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La Revue Littéraire n° 30

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couverture

Collectif

Revue littéraire N° 30

 

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© Éditions Léo Scheer, 2007

 

EAN numérique : 978-2-7561-0868-1

 

EAN livre papier : 9782756100470

 

ISSN 1766-9693

 

www.leoscheer.com

Nicolas Vatimbella

 

MA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE

L’annonce de ma candidature

 

Oui, ai-je répondu, mon cœur battait comme fou et Oui j’ai dit Oui je veux bien Oui, je suis candidat à l’élection présidentielle, Oui, j’ai caressé le dessus de ma main gauche avec ma main droite tout en répondant Oui, timidement, timide j’étais, humble j’étais par rapport à cette annonce, par rapport à mon annonce, mon annonce était un moment fort, le plus fort de cette campagne, mon annonce a éclipsé tous les autres moments de cette campagne, et moi j’ai joué l’humilité, pour donner encore plus de force à mon annonce, la France ne s’y est pas trompée, ma déclaration est un don que j’ai fait à la France, entre ma déclaration et la France tout ce qui en moi n’était pas cette déclaration devait s’effacer, s’est effacé, il n’est resté que ma déclaration et la France, la France qui a soudain été réveillée de sa torpeur comme dans ces contes de fées où un baiser réveille un monde, la France plus belle que jamais, la France, comme une jeune fille amoureuse d’un homme mûr, la France a baissé les yeux et suspendu son souffle, Oui, ai-je dit, et je tournais ostensiblement le dos à la table où des journalistes auraient pu se tenir, j’ai dit Oui et j’ai coupé un autre morceau de pizza et je l’ai porté à ma bouche, mon interlocuteur a gardé le silence, mon interlocuteur a gardé le même silence que le silence impressionné de la France, la France qui face à ma candidature se comportait comme une jeune fille amoureuse d’un homme mûr, mon interlocuteur confronté à cet événement inouï n’a pas pris la parole, en prenant la parole mon interlocuteur aurait fait preuve de goujaterie vis-à-vis de la France, mon interlocuteur (le rédacteur en chef de cette revue) n’a rien dit, il a coupé un morceau de sa pizza et puis il l’a porté à sa bouche, comme une jeune fille amoureuse d’un homme mûr, il a répété mon geste, il a fait ce qu’il fallait faire, le geste qu’il fallait faire dans ces circonstances, quand il m’a vu découper mon morceau de pizza et le porter à ma bouche, il a fait de même, et en faisant après moi les mêmes gestes et actions que moi il a signifié de la manière la plus éclatante que la France avait reçu l’annonce de ma candidature et que mon annonce lui agréait, Oui, a dit la France, quand mon rédacteur en chef a découpé son morceau de pizza et l’a porté à la bouche, Oui, a-t-elle répondu, son cœur battait comme fou et Oui elle a dit Oui je veux bien Oui, tu es mon favori à l’élection présidentielle.

 

Ma conférence de presse

 

Pour ma conférence de presse j’invite tous les autres candidats à se tenir à côté de moi, ma conférence de presse a lieu dans la minuscule cuisine de mon appartement, il n’est pas facile de faire entrer tous les candidats dans ma minuscule cuisine, malgré l’exiguïté du local tous les autres candidats qu’il est difficile dorénavant de ne pas qualifier de petits depuis l’annonce de ma candidature se pressent dans ma cuisine, tous les autres candidats n’en reviennent pas d’avoir été conviés à ma conférence de presse, tous les autres candidats font tous les efforts possibles pour pouvoir se tenir à côté de moi dans ma minuscule cuisine pour ma conférence de presse, tous les autres candidats font des pieds et des mains pour être à mes côtés, et c’est un fait qu’ils sont tous là, et c’est un fait qu’aucun ne manque à l’appel, et c’est un fait qu’ils luttent tous entre eux pour être le plus près de moi, dans cette cuisine tout à fait exiguë ils se disputent entre eux l’honneur de se trouver contre moi, ce n’est pas jolijoli à voir, ils ont beau tous s’être mis sur leur trente et un ce sont tous des gamins et des gamines mal élevés, s’ils savaient que je les aime tous de la même façon, celui qui se serre contre moi comme celui qui jouant de malchance s’est vu relégué dans l’évier, ils ne se battraient pas comme des chiffonniers pour se serrer contre moi, s’ils savaient que je n’ai pas plus de considération pour le Sarcozi qui s’accroche de toutes ses forces à la couture de mon pantalon que pour le Bovet1 qui, repoussé par ses camarades déchaînés, baigne dans l’eau sale de la vaisselle pas encore faite, ils ne feraient pas tant d’histoires pour être le plus près de moi possible, je me dis aussi qu’ainsi va la nature humaine et je les laisse faire, il m’amuse même de les voir se donner des coups de pied, se mordre, mettre en lambeaux leurs beaux costumes et leurs beaux tailleurs, tous se sont parfumés, certains à l’excès sachant qu’ils dégagent naturellement une odeur désagréable à mon odorat, ils dégagent tous une odeur que même leur excès de parfum ne peut masquer, une odeur rendue dix fois plus intense aujourd’hui par leurs sécrétions naturelles, la sueur qui ruisselle de leur front, qui s’exsude de leurs aisselles, qui s’accumule sous leurs chaussettes et leurs bas (signe de santé), par le sang qui coule des griffures qu’ils se font, qui jaillit des morsures qu’ils s’infligent, dans cette cuisine qu’on ne peut imaginer plus exiguë ils sont tous là, je suis de la plus extrême courtoisie avec chacun d’eux ce qui redouble leur attitude servile, Sarcozi me baise la main, comme toujours il en fait beaucoup trop, il voudrait faire taire les autres et chanter Mendiant d’amour, une chanson à ma gloire qu’il a écrite avec Michel Sardou ou Guy Bedos, mais je ne le laisse pas faire, il faut que la conférence de presse commence, je mets mon képi à cinq étoiles, tout le monde se tait, j’ouvre les bras, Sarcozi veut se précipiter contre moi, je le repousse et en m’asseyant, je commence, la France je la veux NUE.

 

Mon premier geste fort

 

Comme premier geste fort, je décide de garder les enfants du couple Royale Holland, à la question qui va garder les enfants ? je réponds moi, avec la plus grande solennité je réponds moi, je dis, sans rire, que c’était une bonne question, je dis avec le plus grand sérieux qu’il était regrettable qu’on se soit bien gardé d’apporter le moindre commencement de réponse à cette question, je dis avec la plus grande conscience de la responsabilité qui incombe à un homme politique que face à l’absence de plan A ou de plan B de la classe politique je suis le seul à donner une réponse claire, je dis enfin que des paroles ne suffisent pas et que je montrerai qu’un homme politique est aussi un homme d’action, persuadé au plus profond de moi, dis-je, que s’il était une question qu’on ne pouvait laisser sans réponse c’était bien celle-là, faisant état de ma plus intime conviction que puisqu’une telle question avait été posée et laissée sans réponse il me revenait d’y apporter une réponse sans ambiguïté, une réponse qui m’engage comme m’engage tout ce que je dis, je dis à Royale et à Holland et à tous les Français, il n’y a pas de question qui restera sans réponse, et puisque personne n’avait répondu et n’avait eu le courage politique de trouver la solution à votre problème, je serai le Président qui trouvera une vraie solution à vos vrais problèmes de vraies gens, je serai le Président qui gardera les enfants de votre couple, je ne connais ni leur nombre ni leur âge, mais qu’importe, je serai le Président qui gardera les enfants du couple Royale et Holland, et gardant les yeux fixés à la caméra que tient ma fille cinéaste je laisse mon esprit vagabonder et s’émouvoir des larmes de reconnaissance qui perlent des yeux du couple Royale et Holland.

 

Mon futur Premier Ministre

 

Depuis quelque temps Sarcozi tourne autour de moi, depuis quelque temps, Sarcozi qui, dès l’annonce de ma candidature, a abandonné toute prétention à devenir Président de la République, tourne autour de moi car il voudrait bien être mon Premier Ministre, Sarcozi meurt d’envie d’être mon Premier Ministre, je laisse Sarcozi tourner autour de moi, je ne dis ni oui ni non à Sarcozi, je le laisse tourner autour de moi, Sarcozi est prêt à tout pour être mon Premier Ministre, Sarcozi pour me séduire prend l’accent racaille, de temps en temps je m’amuse à brandir dans la direction de Sarcozi un appareil de nettoyage propulsant de l’eau à haute pression, cet appareil nettoie tout, j’appuie sur la poignée de commande de la lance et l’eau comprimée est projetée à une pression de 80 bars sur Sarcozi, je relâche la poignée de commande de la lance et l’eau tourne alors en boucle dans la pompe, Sarcozi apprécie mon humour, il me trouve irrésistible avec mon High Pressure Cleaner amélioré, il accentue son accent racaille, ziva me dit Sarcozi, et moi j’appuie à nouveau sur la poignée et l’eau sort avec une pression de 100 bars, Sarcozi est prêt à tout pour être mon Premier Ministre et moi j’adore asperger Sarcozi quand il prend l’accent racaille, même quand il est aspergé d’eau Sarcozi continue à me signifier qu’il veut être mon Premier Ministre, même quand il devient la caricature de son accent racaille Sarcozi continue à me signifier qu’il veut être mon Premier Ministre, je ne dis ni oui ni non, au fond de moi je ne pense pas du tout à Sarcozi ni à Royale ni à aucun des autres petits candidats, au fond de moi je pense à mon rédacteur en chef, je vais offrir le poste de Premier Ministre à mon rédacteur en chef, mais je ne le dis pas à Sarcozi, à Sarcozi qui veut être mon Premier Ministre je ne dis ni oui ni non, il n’y a pas grand monde qui supporterait une pression de 120 bars, Sarcozi oui, mon rédacteur en chef aussi, Sarcozi supportera tout pour être mon Premier Ministre, mon rédacteur en chef aussi, ziva me dit Sarcozi, j’appuie à nouveau sur la poignée et j’asperge Sarcozi avec une pression de 120 bars, mais c’est mon rédacteur en chef qui a ma préférence, je me réjouis de la bonne surprise que je vais faire à mon rédacteur en chef quand je l’aspergerai avec une pression de 140 bars en lui offrant le poste de Premier Ministre.

 

Mes 100 propositions

 

Mes 100 propositions se limitent à 3, mes 100 propositions sont 3, elles sont cachées dans les 100 propositions de Ségolène Royale, je demande aux Français de trouver mes 3 propositions parmi les 100 propositions de Ségolène Royale, je demande aux Français de se rassembler dans les préaux des écoles, dans les salles des mairies, dans les salons des conseils régionaux, de dialoguer entre eux sur les blogs, de s’envoyer des Short Message Services pour trouver parmi les 100 propositions de Ségolène Royale quelles sont mes 3 propositions, parmi les 100 propositions de Ségolène Royale je ne dis pas si je sais déjà quelles sont les 3 propositions qui sont les miennes, je ne dis pas non plus que je choisirai parmi les 100 propositions de Ségolène Royale les 3 qui emporteront le plus de suffrages parmi le gentil peuple de France, je ne dis ni une chose ni une autre, je ne sais pas ce que va croire le gentil peuple de France, je ne sais qu’une chose c’est que le gentil peuple de France va se mobiliser en masse dans les préaux des écoles, dans les salles des mairies, dans les salons des conseils régionaux, sur internet et sur les ondes des fournisseurs de téléphonie mobile pour trouver, ou me fournir, les 3 propositions qui feront tout mon programme, je ne sais qu’une chose et puis une autre aussi, c’est que mes 3 propositions se trouvent déjà parmi les 100 propositions de Ségolène Royale.

 

Je rencontre les Grands de ce Monde

 

Les Grands de ce Monde accourent pour me rencontrer, je leur ai indiqué la station de métro la plus proche et donné des indications précises pour ne pas se perdre en route, et les voilà qui débarquent, Sarcozi qui vit dans le hall de mon immeuble les voyant passer leur remet une supplique pour moi, les Grands de ce Monde prennent machinalement la supplique de Sarcozi et nul ne saura jamais ce qu’il sera advenu de la supplique de Sarcozi, les Grands de ce Monde montent l’escalier de mon immeuble pourtant pourvu de deux ascenseurs, précédé du gardien de l’immeuble les Grands de ce Monde empruntent l’escalier de service car ils savent que je n’utilise jamais l’ascenseur mais utilise toujours l’escalier de service, arrivés à mon étage les Grands de ce Monde frappent respectueusement à ma porte, et comme je suis parti les Grands de ce Monde disent que puisque c’est ainsi ils reviendront demain, et le lendemain, à nouveau, les Grands de ce Monde descendent à la station Dupleix, descendent la rue de Lourmel, montent les escaliers après avoir fait disparaître la nouvelle supplique de Sarcozi, et frappent à ma porte, et comme je suis parti les Grands de ce Monde disent que puisque c’est ainsi ils reviendront demain, et le lendemain, à nouveau, les Grands de ce Monde descendent à la station Dupleix, remontent la rue de Lourmel, montent les escaliers après avoir fait disparaître la nouvelle supplique de Sarcozi, et frappent à ma porte, et comme je suis parti, et ainsi de suite, et quand je serai élu à la Présidence de la République et installé au palais de l’Élysée, les Grands de ce Monde descendront à la station Champs-Élysées-Clemenceau, traverseront les Champs-Élysées, fourreront on ne saura où une supplique de Sarcozi et viendront frapper à ma porte et comme je serai parti ils diront puisque c’est ainsi nous reviendrons demain, et le lendemain, même manège, ils reviendront, tous les jours de ma Présidence qui sera longue et heureuse ils reviendront frapper à ma porte, les Grands de ce Monde.

Prix Nobel de la Paix

 

Avec plusieurs mois d’avance, je reçois le prix Nobel de la Paix, et pour faire bonne mesure le prix Nobel de littérature et le prix Nobel d’économie, ainsi que le prix Nobel de médecine, ce dernier pour mes pouvoirs thaumaturgiques dont je fais profiter de vastes populations lors de mes déplacements dans le métro, le prix Nobel de littérature me fait plaisir pour la France, bien que l’Académie Nobel me compare favorablement au Voyageur de l’Au-delà ou au Barde des Îles, c’est la suprématie indéniable et éternelle de l’éternelle littérature française qui est récompensée à travers moi, dis-je aux Français, peuple littéraire par excellence, ce que je ne me lasse pas de leur rappeler, le prix Nobel d’économie me semble normal, tout candidat à la Présidence de la République devrait au moins posséder un prix Nobel d’économie, dis-je sans la moindre perfidie, mais évidemment ce qui fait ma fierté c’est le prix Nobel de la Paix, reçu, selon l’Académie, en prévision de toutes les choses que je ferai pour la paix suite à mon élection à la Présidence de la République française, il n’y a pas de plus grande fierté que de recevoir le Prix Nobel de la Paix pour un homme pacifique comme moi qui aime la paix et souhaite en faire profiter tous les Français, je me rends au Champ de Mars, et devant le mur de la paix je dis que je suis pour la paix et j’ajoute pour faire bonne mesure que je suis pour la paix sous toutes ses formes, ce qui est apprécié à sa juste valeur comme une excellente entrée en matière pour présenter mon plan pour l’Assistance Publique, les Artistes Pompiers, les Amours Protégées, les Anvies Profondes, les Animaux Peureux et l’Adolescence Perturbée, que je prononce avec toute la componction d’un futur premier Président de la République française à avoir reçu le Prix Nobel de la Paix.

 

Bravitude

 

Ségolène Royale a décidé de m’apporter son soutien, Ségolène Royale a apporté son soutien sans réserve à ma candidature, Ségolène Royale l’a fait d’une manière beaucoup plus élégante que ne l’a fait Sarcozi, Ségolène Royale est allée jusqu’au Milieu du Monde, Ségolène Royale, renonçant à son ego, est allée le plus humblement qu’il soit, vêtue de deuil et d’un grand sourire, se fondre dans le peuple le plus grouillant de la planète pour annoncer qu’elle me soutenait, Ségolène Royale est partie de la frontière de la Corée à l’Est, elle a marché jusqu’au désert de Gobi à l’Ouest, elle a parcouru les 10 000 li de la Grande Muraille de Chine en deuil et avec un grand sourire parce qu’il ne lui apparaissait rien de plus important que de dire qu’elle me soutenait, Ségolène Royale en quittant Paris savait ce qu’elle allait faire, elle n’allait en Chine, sur la Grande Muraille, que pour cette unique raison, annoncer qu’elle me soutenait, Ségolène Royale ne souhaitait pas le faire de la manière intéressée et veule de Sarcozi, Ségolène Royale rendue d’une délicatesse infinie par sa conscience des hauteurs où je situe ma candidature, a annoncé qu’elle me soutenait de la manière la plus subtile qui soit, de la manière la plus chinoise qui soit, par un poème, Ségolène Royale qui est d’une crasse inculture mais, ainsi qu’il est apparu, d’une grande délicatesse, a choisi la voie sacrée de la poésie pour dire qu’elle me soutenait, n’étant pas poète Ségolène Royale a comme une évidence choisi la poésie pour dire qu’elle me soutenait, aidée de quelques conseillers et armée de sa connaissance approximative de la langue française, Ségolène Royale a traduit en français un poème chinois pour dire qu’elle me soutenait, qu’importe le poème (d’une parfaite banalité au demeurant) c’est le fait d’avoir parlé en poésie qui importe, car à quel autre candidat que moi (en l’absence d’une candidature de Jacques Roubaud ou d’Olivier Cadiot) pouvait s’adresser un poème, quel autre candidat que moi (en l’absence d’une candidature de Jacques Roubaud ou d’Olivier Cadiot) pouvait être en mesure de recevoir un poème, quel autre candidat que moi porte le moindre intérêt à la littérature, personne ne s’y est trompé, il n’y a de doute pour personne, Ségolène Royale a traduit en français un poème chinois pour dire qu’elle me soutenait (j’ajoute : si Ségolène Royale, aidée de quelques conseillers et armée de sa connaissance approximative de la langue française, a dans son poème inventé malgré elle un mot, c’est que le soutien que m’apporte Ségolène Royale engage tout l’être de Ségolène Royale, il engage le conscient et l’inconscient de Ségolène Royale, il engage la raison et les affects de Ségolène Royale, c’est avec ses tripes que Ségolène Royale, dépourvue du moindre talent poétique, a annoncé en Chine, avec brio et bravoure, et en poésie, qu’elle soutenait ma candidature).

Je veux être le premier Président juif de l’histoire de

France

 

Je décide de me convertir au judaïsme, je veux être le premier Président juif de l’histoire de France, ma femme me dit qu’on ne devient pas juif du jour au lendemain, que cela prend du temps, que je ne serai sans doute pas juif avant l’élection présidentielle, je m’en moque, personne ne va vérifier si je suis devenu effectivement juif, je vais faire mon annonce devant les habitants de la cité du Val Fourré à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines le chef couvert d’une kippa, les médias s’en saisiront aussitôt, l’annonce de ma conversion au judaïsme vaudra pour argent comptant pour les médias, désormais pour les médias je me serai converti au judaïsme, pour les médias je serai juif, pour la France entière je serai juif, j’aurai fait mon annonce, j’aurai annoncé que je me convertissais au judaïsme, personne ne remettra en cause la réalité de cette conversion, je serai le premier Président juif de l’histoire de France, les quelques juifs qui savent bien qu’on ne devient pas juif comme ça du jour au lendemain on ne les entendra pas, pour le reste de la France je serai le candidat juif, certains penseront que c’est un coming-out, que j’ai toujours été juif, que je n’avais pas d’autre choix que de le dire, qu’il me serait devenu impossible de le cacher, d’autres diront que c’est par besoin de publicité, qu’il me faut faire mon intéressant, d’autres assèneront qu’un être autant privé de racines que moi a besoin de s’en créer, on parlera de moi, on parlera de ma conversion au judaïsme, on sera persuadé que je serai le premier Président juif de l’histoire de France, pour montrer que ma conversion n’est pas du flanc, je déciderai de traverser la Seine, les flots s’ouvriront devant moi, la Seine se partagera en deux pour moi, quand tous les autres petits candidats emmenés par Sarcozi voudront me suivre, la Seine se refermera sur eux, la Seine les engloutira, ils ne referont surface que bien plus tard, à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines, le jour où le chef couvert d’une kippa je ferai mon premier discours de premier Président juif de l’histoire de France.

 

Rencontre avec mes prédécesseurs encore vivants

ou déjà morts

 

J’invite mes prédécesseurs à l’Élysée à me rencontrer, j’invite Giscard et Chirac à goûter, j’installe une photo de Mitterrand dans un cadre sur la table autour de laquelle nous nous réunissons, je garde le silence, Giscard et Chirac ne savent pas quoi dire, ils regardent la photo de Mitterrand, je fais passer des Pépitos, d’un geste de la main je les invite à se servir, Giscard et Chirac se jettent dessus mais une fois qu’ils se sont servis, ils hésitent, manger devant moi qui ne me suis pas servi est-il convenable ? ça ne l’est pas, Giscard d’un regard le fait comprendre à Chirac, Chirac réfrène son envie de croquer le Pépito qu’il tient à la main, Chirac cale son attitude sur celle de Giscard, le temps passe, je ne dis toujours rien, Giscard et Chirac se donnent des coups de pied sous la table, le chocolat fond sur leurs doigts, au bout d’un certain temps d’un autre signe de la main je les invite à manger le Pépito, ce qu’ils s’empressent de faire, leurs doigts sont pleins de chocolat, se les lécher, est-ce convenable ? d’un regard encore Giscard dissuade Chirac de le faire, je leur tends la photo de Mitterrand, la prendre avec leurs doigts pleins de chocolat ? Giscard signifie que oui, il ne serait pas convenable de se défiler, Chirac prend la photo de Mitterrand, avec ses doigts pleins de chocolat, Chirac macule la photo de Mitterrand, d’un signe je lui fais comprendre de passer la photo à Giscard, que c’est maintenant au tour de Giscard de prendre la photo, Giscard la prend, avec ses doigts pleins de chocolat il macule la photo, puis il remet la photo sur la table, obéissant à un mouvement de ma main il repose la photo sur la table, je ne dis toujours rien, Giscard et Chirac n’osent pas prendre la parole, je regarde la photo qu’ils ont maculée, ils sont gênés, conduits par mon regard ils regardent la photo qu’ils ont maculée, ils sont terriblement gênés, ils ne peuvent détacher leurs regards de la photo qu’ils ont maculée, maintenant je pose mon regard sur leurs doigts, c’est plus qu’ils n’en peuvent supporter, ils cachent leurs mains sous la table, aux gestes qu’ils font je comprends qu’ils s’essuient les doigts sur leurs pantalons, je referme le paquet de Pépito avec un élastique, je vais la ranger dans la cuisine, quand je reviens Giscard et Chirac sont partis, sur la table, un message écrit avec leurs doigts pleins de chocolat qui dit qu’ils ne recommenceront plus et qu’ils soutiennent ma candidature.

 

Promesse

 
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