La Revue Littéraire n° 30

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Publié le : mercredi 8 juillet 2015
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EAN13 : 9782756108681
Nombre de pages : 382
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Collectif
Revue littéraire N° 30

Retrouvez tous les sommaires de La Revue littéraire sur www.leoscheer.com/catalogue, et en
format numérique.

© Éditions Léo Scheer, 2007

EAN numérique : 978-2-7561-0868-1

EAN livre papier : 9782756100470

ISSN 1766-9693

www.leoscheer.comNicolas Vatimbella

MA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE
LL ’ a n n o n c e d e m a c a n d i d a t u r e

Oui, ai-je répondu, mon cœur battait comme fou et Oui j’ai dit Oui je veux bien Oui, je suis
candidat à l’élection présidentielle, Oui, j’ai caressé le dessus de ma main gauche avec ma main
droite tout en répondant Oui, timidement, timide j’étais, humble j’étais par rapport à cette
annonce, par rapport à mon annonce, mon annonce était un moment fort, le plus fort de cette
campagne, mon annonce a éclipsé tous les autres moments de cette campagne, et moi j’ai joué
l’humilité, pour donner encore plus de force à mon annonce, la France ne s’y est pas trompée, ma
déclaration est un don que j’ai fait à la France, entre ma déclaration et la France tout ce qui en moi
n’était pas cette déclaration devait s’effacer, s’est effacé, il n’est resté que ma déclaration et la
France, la France qui a soudain été réveillée de sa torpeur comme dans ces contes de fées où un
baiser réveille un monde, la France plus belle que jamais, la France, comme une jeune fille
amoureuse d’un homme mûr, la France a baissé les yeux et suspendu son souffle, Oui, ai-je dit, et
je tournais ostensiblement le dos à la table où des journalistes auraient pu se tenir, j’ai dit Oui et
j’ai coupé un autre morceau de pizza et je l’ai porté à ma bouche, mon interlocuteur a gardé le
silence, mon interlocuteur a gardé le même silence que le silence impressionné de la France, la
France qui face à ma candidature se comportait comme une jeune fille amoureuse d’un homme
mûr, mon interlocuteur confronté à cet événement inouï n’a pas pris la parole, en prenant la parole
mon interlocuteur aurait fait preuve de goujaterie vis-à-vis de la France, mon interlocuteur (le
rédacteur en chef de cette revue) n’a rien dit, il a coupé un morceau de sa pizza et puis il l’a porté
à sa bouche, comme une jeune fille amoureuse d’un homme mûr, il a répété mon geste, il a fait ce
qu’il fallait faire, le geste qu’il fallait faire dans ces circonstances, quand il m’a vu découper mon
morceau de pizza et le porter à ma bouche, il a fait de même, et en faisant après moi les mêmes
gestes et actions que moi il a signifié de la manière la plus éclatante que la France avait reçu
l’annonce de ma candidature et que mon annonce lui agréait, Oui, a dit la France, quand mon
rédacteur en chef a découpé son morceau de pizza et l’a porté à la bouche, Oui, a-t-elle répondu,
son cœur battait comme fou et Oui elle a dit Oui je veux bien Oui, tu es mon favori à l’élection
présidentielle.

MM a c o n f é r e n c e d e p r e s s e

Pour ma conférence de presse j’invite tous les autres candidats à se tenir à côté de moi, ma
conférence de presse a lieu dans la minuscule cuisine de mon appartement, il n’est pas facile de
faire entrer tous les candidats dans ma minuscule cuisine, malgré l’exiguïté du local tous les autres
candidats qu’il est difficile dorénavant de ne pas qualifier de petits depuis l’annonce de ma
candidature se pressent dans ma cuisine, tous les autres candidats n’en reviennent pas d’avoir été
conviés à ma conférence de presse, tous les autres candidats font tous les efforts possibles pour
pouvoir se tenir à côté de moi dans ma minuscule cuisine pour ma conférence de presse, tous les
autres candidats font des pieds et des mains pour être à mes côtés, et c’est un fait qu’ils sont tous
là, et c’est un fait qu’aucun ne manque à l’appel, et c’est un fait qu’ils luttent tous entre eux pour
être le plus près de moi, dans cette cuisine tout à fait exiguë ils se disputent entre eux l’honneur de
se trouver contre moi, ce n’est pas jolijoli à voir, ils ont beau tous s’être mis sur leur trente et un ce
sont tous des gamins et des gamines mal élevés, s’ils savaient que je les aime tous de la même
façon, celui qui se serre contre moi comme celui qui jouant de malchance s’est vu relégué dansl’évier, ils ne se battraient pas comme des chiffonniers pour se serrer contre moi, s’ils savaient que
je n’ai pas plus de considération pour le Sarcozi qui s’accroche de toutes ses forces à la couture de
1mon pantalon que pour le Bovet qui, repoussé par ses camarades déchaînés, baigne dans l’eau
sale de la vaisselle pas encore faite, ils ne feraient pas tant d’histoires pour être le plus près de moi
possible, je me dis aussi qu’ainsi va la nature humaine et je les laisse faire, il m’amuse même de
les voir se donner des coups de pied, se mordre, mettre en lambeaux leurs beaux costumes et leurs
beaux tailleurs, tous se sont parfumés, certains à l’excès sachant qu’ils dégagent naturellement une
odeur désagréable à mon odorat, ils dégagent tous une odeur que même leur excès de parfum ne
peut masquer, une odeur rendue dix fois plus intense aujourd’hui par leurs sécrétions naturelles, la
sueur qui ruisselle de leur front, qui s’exsude de leurs aisselles, qui s’accumule sous leurs
chaussettes et leurs bas (signe de santé), par le sang qui coule des griffures qu’ils se font, qui jaillit
des morsures qu’ils s’infligent, dans cette cuisine qu’on ne peut imaginer plus exiguë ils sont tous
là, je suis de la plus extrême courtoisie avec chacun d’eux ce qui redouble leur attitude servile,
Sarcozi me baise la main, comme toujours il en fait beaucoup trop, il voudrait faire taire les autres
et chanter Mendiant d’amour, une chanson à ma gloire qu’il a écrite avec Michel Sardou ou Guy
Bedos, mais je ne le laisse pas faire, il faut que la conférence de presse commence, je mets mon
képi à cinq étoiles, tout le monde se tait, j’ouvre les bras, Sarcozi veut se précipiter contre moi, je
le repousse et en m’asseyant, je commence, la France je la veux NUE.

M o n p r e m i e r g e s t e f o r t

Comme premier geste fort, je décide de garder les enfants du couple Royale Holland, à la question
qui va garder les enfants ? je réponds moi, avec la plus grande solennité je réponds moi, je dis,
sans rire, que c’était une bonne question, je dis avec le plus grand sérieux qu’il était regrettable
qu’on se soit bien gardé d’apporter le moindre commencement de réponse à cette question, je dis
avec la plus grande conscience de la responsabilité qui incombe à un homme politique que face à
l’absence de plan A ou de plan B de la classe politique je suis le seul à donner une réponse claire,
je dis enfin que des paroles ne suffisent pas et que je montrerai qu’un homme politique est aussi
un homme d’action, persuadé au plus profond de moi, dis-je, que s’il était une question qu’on ne
pouvait laisser sans réponse c’était bien celle-là, faisant état de ma plus intime conviction que
puisqu’une telle question avait été posée et laissée sans réponse il me revenait d’y apporter une
réponse sans ambiguïté, une réponse qui m’engage comme m’engage tout ce que je dis, je dis à
Royale et à Holland et à tous les Français, il n’y a pas de question qui restera sans réponse, et
puisque personne n’avait répondu et n’avait eu le courage politique de trouver la solution à votre
problème, je serai le Président qui trouvera une vraie solution à vos vrais problèmes de vraies
gens, je serai le Président qui gardera les enfants de votre couple, je ne connais ni leur nombre ni
leur âge, mais qu’importe, je serai le Président qui gardera les enfants du couple Royale et
Holland, et gardant les yeux fixés à la caméra que tient ma fille cinéaste je laisse mon esprit
vagabonder et s’émouvoir des larmes de reconnaissance qui perlent des yeux du couple Royale et
Holland.

M o n f u t u r P r e m i e r M i n i s t r e

Depuis quelque temps Sarcozi tourne autour de moi, depuis quelque temps, Sarcozi qui, dès
l’annonce de ma candidature, a abandonné toute prétention à devenir Président de la République,
tourne autour de moi car il voudrait bien être mon Premier Ministre, Sarcozi meurt d’envie d’être
mon Premier Ministre, je laisse Sarcozi tourner autour de moi, je ne dis ni oui ni non à Sarcozi, je
le laisse tourner autour de moi, Sarcozi est prêt à tout pour être mon Premier Ministre, Sarcozi
pour me séduire prend l’accent racaille, de temps en temps je m’amuse à brandir dans la direction
de Sarcozi un appareil de nettoyage propulsant de l’eau à haute pression, cet appareil nettoie tout,
j’appuie sur la poignée de commande de la lance et l’eau comprimée est projetée à une pression de
80 bars sur Sarcozi, je relâche la poignée de commande de la lance et l’eau tourne alors en boucledans la pompe, Sarcozi apprécie mon humour, il me trouve irrésistible avec mon High Pressure
Cleaner amélioré, il accentue son accent racaille, ziva me dit Sarcozi, et moi j’appuie à nouveau
sur la poignée et l’eau sort avec une pression de 100 bars, Sarcozi est prêt à tout pour être mon
Premier Ministre et moi j’adore asperger Sarcozi quand il prend l’accent racaille, même quand il
est aspergé d’eau Sarcozi continue à me signifier qu’il veut être mon Premier Ministre, même
quand il devient la caricature de son accent racaille Sarcozi continue à me signifier qu’il veut être
mon Premier Ministre, je ne dis ni oui ni non, au fond de moi je ne pense pas du tout à Sarcozi ni
à Royale ni à aucun des autres petits candidats, au fond de moi je pense à mon rédacteur en chef,
je vais offrir le poste de Premier Ministre à mon rédacteur en chef, mais je ne le dis pas à Sarcozi,
à Sarcozi qui veut être mon Premier Ministre je ne dis ni oui ni non, il n’y a pas grand monde qui
supporterait une pression de 120 bars, Sarcozi oui, mon rédacteur en chef aussi, Sarcozi supportera
tout pour être mon Premier Ministre, mon rédacteur en chef aussi, ziva me dit Sarcozi, j’appuie à
nouveau sur la poignée et j’asperge Sarcozi avec une pression de 120 bars, mais c’est mon
rédacteur en chef qui a ma préférence, je me réjouis de la bonne surprise que je vais faire à mon
rédacteur en chef quand je l’aspergerai avec une pression de 140 bars en lui offrant le poste de
Premier Ministre.

M e s 1 0 0 p r o p o s i t i o n s

Mes 100 propositions se limitent à 3, mes 100 propositions sont 3, elles sont cachées dans
les 100 propositions de Ségolène Royale, je demande aux Français de trouver mes 3 propositions
parmi les 100 propositions de Ségolène Royale, je demande aux Français de se rassembler dans
les préaux des écoles, dans les salles des mairies, dans les salons des conseils régionaux, de
dialoguer entre eux sur les blogs, de s’envoyer des Short Message Services pour trouver parmi
les 100 propositions de Ségolène Royale quelles sont mes 3 propositions, parmi
les 100 propositions de Ségolène Royale je ne dis pas si je sais déjà quelles sont les 3 propositions
qui sont les miennes, je ne dis pas non plus que je choisirai parmi les 100 propositions de Ségolène
Royale les 3 qui emporteront le plus de suffrages parmi le gentil peuple de France, je ne dis ni une
chose ni une autre, je ne sais pas ce que va croire le gentil peuple de France, je ne sais qu’une
chose c’est que le gentil peuple de France va se mobiliser en masse dans les préaux des écoles,
dans les salles des mairies, dans les salons des conseils régionaux, sur internet et sur les ondes des
fournisseurs de téléphonie mobile pour trouver, ou me fournir, les 3 propositions qui feront tout
mon programme, je ne sais qu’une chose et puis une autre aussi, c’est que mes 3 propositions se
trouvent déjà parmi les 100 propositions de Ségolène Royale.

J e r e n c o n t r e l e s G r a n d s d e c e M o n d e

Les Grands de ce Monde accourent pour me rencontrer, je leur ai indiqué la station de métro la
plus proche et donné des indications précises pour ne pas se perdre en route, et les voilà qui
débarquent, Sarcozi qui vit dans le hall de mon immeuble les voyant passer leur remet une
supplique pour moi, les Grands de ce Monde prennent machinalement la supplique de Sarcozi et
nul ne saura jamais ce qu’il sera advenu de la supplique de Sarcozi, les Grands de ce Monde
montent l’escalier de mon immeuble pourtant pourvu de deux ascenseurs, précédé du gardien de
l’immeuble les Grands de ce Monde empruntent l’escalier de service car ils savent que je n’utilise
jamais l’ascenseur mais utilise toujours l’escalier de service, arrivés à mon étage les Grands de ce
Monde frappent respectueusement à ma porte, et comme je suis parti les Grands de ce Monde
disent que puisque c’est ainsi ils reviendront demain, et le lendemain, à nouveau, les Grands de ce
Monde descendent à la station Dupleix, descendent la rue de Lourmel, montent les escaliers après
avoir fait disparaître la nouvelle supplique de Sarcozi, et frappent à ma porte, et comme je suis
parti les Grands de ce Monde disent que puisque c’est ainsi ils reviendront demain, et le
lendemain, à nouveau, les Grands de ce Monde descendent à la station Dupleix, remontent la rue
de Lourmel, montent les escaliers après avoir fait disparaître la nouvelle supplique de Sarcozi, et
frappent à ma porte, et comme je suis parti, et ainsi de suite, et quand je serai élu à la Présidencede la République et installé au palais de l’Élysée, les Grands de ce Monde descendront à la station
Champs-Élysées-Clemenceau, traverseront les Champs-Élysées, fourreront on ne saura où une
supplique de Sarcozi et viendront frapper à ma porte et comme je serai parti ils diront puisque
c’est ainsi nous reviendrons demain, et le lendemain, même manège, ils reviendront, tous les jours
de ma Présidence qui sera longue et heureuse ils reviendront frapper à ma porte, les Grands de ce
Monde.
P r i x N o b e l d e l a P a i x

Avec plusieurs mois d’avance, je reçois le prix Nobel de la Paix, et pour faire bonne mesure le
prix Nobel de littérature et le prix Nobel d’économie, ainsi que le prix Nobel de médecine, ce
dernier pour mes pouvoirs thaumaturgiques dont je fais profiter de vastes populations lors de mes
déplacements dans le métro, le prix Nobel de littérature me fait plaisir pour la France, bien que
l’Académie Nobel me compare favorablement au Voyageur de l’Au-delà ou au Barde des Îles,
c’est la suprématie indéniable et éternelle de l’éternelle littérature française qui est récompensée à
travers moi, dis-je aux Français, peuple littéraire par excellence, ce que je ne me lasse pas de leur
rappeler, le prix Nobel d’économie me semble normal, tout candidat à la Présidence de la
République devrait au moins posséder un prix Nobel d’économie, dis-je sans la moindre perfidie,
mais évidemment ce qui fait ma fierté c’est le prix Nobel de la Paix, reçu, selon l’Académie, en
prévision de toutes les choses que je ferai pour la paix suite à mon élection à la Présidence de la
République française, il n’y a pas de plus grande fierté que de recevoir le Prix Nobel de la Paix
pour un homme pacifique comme moi qui aime la paix et souhaite en faire profiter tous les
Français, je me rends au Champ de Mars, et devant le mur de la paix je dis que je suis pour la paix
et j’ajoute pour faire bonne mesure que je suis pour la paix sous toutes ses formes, ce qui est
apprécié à sa juste valeur comme une excellente entrée en matière pour présenter mon plan pour
l’Assistance Publique, les Artistes Pompiers, les Amours Protégées, les Anvies Profondes, les
Animaux Peureux et l’Adolescence Perturbée, que je prononce avec toute la componction d’un
futur premier Président de la République française à avoir reçu le Prix Nobel de la Paix.

B r a v i t u d e

Ségolène Royale a décidé de m’apporter son soutien, Ségolène Royale a apporté son soutien sans
réserve à ma candidature, Ségolène Royale l’a fait d’une manière beaucoup plus élégante que ne
l’a fait Sarcozi, Ségolène Royale est allée jusqu’au Milieu du Monde, Ségolène Royale, renonçant
à son ego, est allée le plus humblement qu’il soit, vêtue de deuil et d’un grand sourire, se fondre
dans le peuple le plus grouillant de la planète pour annoncer qu’elle me soutenait, Ségolène
Royale est partie de la frontière de la Corée à l’Est, elle a marché jusqu’au désert de Gobi à
l’Ouest, elle a parcouru les 10 000 li de la Grande Muraille de Chine en deuil et avec un grand
sourire parce qu’il ne lui apparaissait rien de plus important que de dire qu’elle me soutenait,
Ségolène Royale en quittant Paris savait ce qu’elle allait faire, elle n’allait en Chine, sur la Grande
Muraille, que pour cette unique raison, annoncer qu’elle me soutenait, Ségolène Royale ne
souhaitait pas le faire de la manière intéressée et veule de Sarcozi, Ségolène Royale rendue d’une
délicatesse infinie par sa conscience des hauteurs où je situe ma candidature, a annoncé qu’elle me
soutenait de la manière la plus subtile qui soit, de la manière la plus chinoise qui soit, par un
poème, Ségolène Royale qui est d’une crasse inculture mais, ainsi qu’il est apparu, d’une grande
délicatesse, a choisi la voie sacrée de la poésie pour dire qu’elle me soutenait, n’étant pas poète
Ségolène Royale a comme une évidence choisi la poésie pour dire qu’elle me soutenait, aidée de
quelques conseillers et armée de sa connaissance approximative de la langue française, Ségolène
Royale a traduit en français un poème chinois pour dire qu’elle me soutenait, qu’importe le poème
(d’une parfaite banalité au demeurant) c’est le fait d’avoir parlé en poésie qui importe, car à quel
autre candidat que moi (en l’absence d’une candidature de Jacques Roubaud ou d’Olivier Cadiot)
pouvait s’adresser un poème, quel autre candidat que moi (en l’absence d’une candidature de
Jacques Roubaud ou d’Olivier Cadiot) pouvait être en mesure de recevoir un poème, quel autre
candidat que moi porte le moindre intérêt à la littérature, personne ne s’y est trompé, il n’y a dedoute pour personne, Ségolène Royale a traduit en français un poème chinois pour dire qu’elle me
soutenait (j’ajoute : si Ségolène Royale, aidée de quelques conseillers et armée de sa connaissance
approximative de la langue française, a dans son poème inventé malgré elle un mot, c’est que le
soutien que m’apporte Ségolène Royale engage tout l’être de Ségolène Royale, il engage le
conscient et l’inconscient de Ségolène Royale, il engage la raison et les affects de Ségolène
Royale, c’est avec ses tripes que Ségolène Royale, dépourvue du moindre talent poétique, a
annoncé en Chine, avec brio et bravoure, et en poésie, qu’elle soutenait ma candidature).
J e v e u x ê t r e l e p r e m i e r P r é s i d e n t j u i f d e l ’ h i s t o i r e d e
FF r a n c e

Je décide de me convertir au judaïsme, je veux être le premier Président juif de l’histoire de
France, ma femme me dit qu’on ne devient pas juif du jour au lendemain, que cela prend du
temps, que je ne serai sans doute pas juif avant l’élection présidentielle, je m’en moque, personne
ne va vérifier si je suis devenu effectivement juif, je vais faire mon annonce devant les habitants
de la cité du Val Fourré à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines le chef couvert d’une kippa, les
médias s’en saisiront aussitôt, l’annonce de ma conversion au judaïsme vaudra pour argent
comptant pour les médias, désormais pour les médias je me serai converti au judaïsme, pour les
médias je serai juif, pour la France entière je serai juif, j’aurai fait mon annonce, j’aurai annoncé
que je me convertissais au judaïsme, personne ne remettra en cause la réalité de cette conversion,
je serai le premier Président juif de l’histoire de France, les quelques juifs qui savent bien qu’on ne
devient pas juif comme ça du jour au lendemain on ne les entendra pas, pour le reste de la France
je serai le candidat juif, certains penseront que c’est un coming-out, que j’ai toujours été juif, que
je n’avais pas d’autre choix que de le dire, qu’il me serait devenu impossible de le cacher, d’autres
diront que c’est par besoin de publicité, qu’il me faut faire mon intéressant, d’autres assèneront
qu’un être autant privé de racines que moi a besoin de s’en créer, on parlera de moi, on parlera de
ma conversion au judaïsme, on sera persuadé que je serai le premier Président juif de l’histoire de
France, pour montrer que ma conversion n’est pas du flanc, je déciderai de traverser la Seine, les
flots s’ouvriront devant moi, la Seine se partagera en deux pour moi, quand tous les autres petits
candidats emmenés par Sarcozi voudront me suivre, la Seine se refermera sur eux, la Seine les
engloutira, ils ne referont surface que bien plus tard, à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines, le jour
où le chef couvert d’une kippa je ferai mon premier discours de premier Président juif de l’histoire
de France.

R e n c o n t r e a v e c m e s p r é d é c e s s e u r s e n c o r e v i v a n t s
o u d é j à m o r t s

J’invite mes prédécesseurs à l’Élysée à me rencontrer, j’invite Giscard et Chirac à goûter, j’installe
une photo de Mitterrand dans un cadre sur la table autour de laquelle nous nous réunissons, je
garde le silence, Giscard et Chirac ne savent pas quoi dire, ils regardent la photo de Mitterrand, je
fais passer des Pépitos, d’un geste de la main je les invite à se servir, Giscard et Chirac se jettent
dessus mais une fois qu’ils se sont servis, ils hésitent, manger devant moi qui ne me suis pas servi
est-il convenable ? ça ne l’est pas, Giscard d’un regard le fait comprendre à Chirac, Chirac réfrène
son envie de croquer le Pépito qu’il tient à la main, Chirac cale son attitude sur celle de Giscard, le
temps passe, je ne dis toujours rien, Giscard et Chirac se donnent des coups de pied sous la table,
le chocolat fond sur leurs doigts, au bout d’un certain temps d’un autre signe de la main je les
invite à manger le Pépito, ce qu’ils s’empressent de faire, leurs doigts sont pleins de chocolat, se
les lécher, est-ce convenable ? d’un regard encore Giscard dissuade Chirac de le faire, je leur tends
la photo de Mitterrand, la prendre avec leurs doigts pleins de chocolat ? Giscard signifie que oui, il
ne serait pas convenable de se défiler, Chirac prend la photo de Mitterrand, avec ses doigts pleins
de chocolat, Chirac macule la photo de Mitterrand, d’un signe je lui fais comprendre de passer laphoto à Giscard, que c’est maintenant au tour de Giscard de prendre la photo, Giscard la prend,
avec ses doigts pleins de chocolat il macule la photo, puis il remet la photo sur la table, obéissant à
un mouvement de ma main il repose la photo sur la table, je ne dis toujours rien, Giscard et Chirac
n’osent pas prendre la parole, je regarde la photo qu’ils ont maculée, ils sont gênés, conduits par
mon regard ils regardent la photo qu’ils ont maculée, ils sont terriblement gênés, ils ne peuvent
détacher leurs regards de la photo qu’ils ont maculée, maintenant je pose mon regard sur leurs
doigts, c’est plus qu’ils n’en peuvent supporter, ils cachent leurs mains sous la table, aux gestes
qu’ils font je comprends qu’ils s’essuient les doigts sur leurs pantalons, je referme le paquet de
Pépito avec un élastique, je vais la ranger dans la cuisine, quand je reviens Giscard et Chirac sont
partis, sur la table, un message écrit avec leurs doigts pleins de chocolat qui dit qu’ils ne
recommenceront plus et qu’ils soutiennent ma candidature.

P r o m e s s e

Les grands noms que me donnent déjà les Français entre eux, dans leur intimité, je les trouve
émouvants, rien ne me fait autant plaisir dans cette campagne électorale que d’apprendre chaque
soir que les Français entre eux, dans leur intimité, ont inventé de nouveaux grands noms pour moi,
les Français entre eux, dans leur intimité, déploient un trésor d’imagination pour me donner des
grands noms, et moi c’est ravi que j’écoute, couché dans mon lit, les Renseignements Généraux
me susurrer à l’oreille les grands noms que me donnent les Français entre eux, dans leur intimité,
c’est transporté d’aise que j’apprécie combien je suis une source d’inspiration pour les Français,
combien ma candidature a mis la France en transe, je sais que si les Français déploient entre eux,
dans leur intimité, un trésor d’imagination pour me donner des grands noms c’est que moi, parmi
toutes les tâches qui m’occupent, je prends le temps qu’il faut pour trouver des petits noms dont
j’affuble les Français, des petits noms dont je fais cadeau aux Français pour en faire usage entre
eux, dans leur intimité, c’est en réponse à mes petits noms aux Français que les Français me donne
des grands noms, quand je serai élu Président de la République les Français continueront chaque
jour à recevoir leurs petits noms, quand je serai élu Président de la République je continuerai à
donner aux Français leurs petits noms, concoctés entre moi et moi, dans mon intimité, incités par
tous les petits noms que je donnerai aux Français, entre eux, dans leur intimité, ceux-ci
continueront à me répondre par des grands noms, je fais le serment que quand je serai élu
Président de la République je continuerai à donner chaque jour aux Français leurs petits noms,
Mendès France avait sa causerie à la radio, le général de Gaulle et ses successeurs jusqu’à moi ont
fait grand usage de la télévision, méthodes d’un autre temps, moi je communique avec les
Français avec des petits noms, je les susurre aux Français dans leur intimité, rien ne fait autant
plaisir aux Français, rien ne les attendrit autant que les petits noms que je leur susurre dans leur
intimité, rien ne me fait autant plaisir dans cette campagne électorale que de susurrer des petits
noms aux Français dans leur intimité, rien ne me fait autant plaisir dans cette campagne électorale
que d’apprendre chaque soir que les Français entre eux, dans leur intimité, ont inventé de
nouveaux grands noms pour moi.

P a n e l d e d j e u n e s

Un panel de djeunes est réuni autour de moi, je dis au panel de djeunes, comme je le dirai à tous
les jeunes, que je suis l’ami des jeunes, les jeunes seront contents, les djeunes du panel sont
contents, les jeunes me diront qu’ils comptent sur moi, ils seront gentils, tout comme les djeunes
du panel le sont aujourd’hui, les jeunes seront autour de moi les yeux exorbités, je serai déguisé en
Père Noël, ils me feront des demandes gentilles, ils me demanderont pourquoi je ne suis pas
déguisé en Ronald McDonald, je leur dirai que le Père Noël est aussi une invention américaine, ils
seront impressionnés par mon savoir, les djeunes du panel sont impressionnés par mon savoir, ils
ont tous vingt centimètres de haut, comme tous les jeunes aujourd’hui les garçons du panel portent
des chapeaux rigolos, ils ne se rasent presque jamais, les filles feront un effort sur leur tenue, elles
seront toutes aussi belles que la fille du panel, la fille du panel de djeunes est en longue jupe jaune,body bleu et cape noire avec un cœur dans les cheveux et une pomme à la main, les djeunes du
panel me demandent de faire en sorte quand je serai élu que les méchantes sorcières soient jetées
en pâture aux loups, je leur dirai qu’il n’y aura plus de méchantes sorcières, il n’y aura que de
gentilles mamans et des princes charmants, qu’en même temps il ne faut pas être contre le marché,
ils approuvent, ils ne sont pas contre le marché, mais que je parlerai aux papas pour qu’ils
n’épousent pas de vilaines belles-mamans, car la politique a encore une vraie importance, ils
seront soulagés, je ne les aurai pas déçus, je n’ai pas déçu les djeunes du panel, et puis comme ils
n’ont plus grand-chose à me dire, je les quitte, les vrais jeunes seront avec moi, je suis l’ami des
vrais jeunes, je suis content de ces instants passés avec le panel des djeunes disposés sur le gazon
du jardin de la Résidence où je vis, c’est si rare quand on a fait don de sa personne à la France de
passer de vrais instants avec des djeunes à parler de leurs vrais problèmes.

P o u r q u o i m a p r é s i d e n c e s e r a s i p r o f i t a b l e a u x F r a n ç a i s

Je me suis donné un entretien à moi-même, le journal Le Monde va reproduire cet entretien en
première page et sur 3 pages intérieures, le journal Le Monde est très fier de l’entretien de moi
qu’ils vont publier, le journal Le Monde compte sur cet entretien pour montrer qu’il est encore un
journal capable du meilleur et que ses journalistes sont les plus brillants journalistes politiques de
la presse sérieuse, je suis heureux de faire ce plaisir au journal Le Monde dont je suis abonné
depuis des lustres, même si j’ai rédigé moi-même les questions et mené l’entretien avec moi de
bout en bout je suis heureux de laisser dire que les journalistes du journal Le Monde ont mené un
entretien qui fera date dans l’histoire des entretiens politiques, je suis heureux que l’entretien que
je me suis accordé à moi-même et que le journal Le Monde va reproduire en première page et
sur 3 pages intérieures soit considéré dans les écoles et les rédactions de journalistes comme un
modèle du genre et que les journalistes du journal Le Monde soient cités comme un exemple à
suivre, quand je serai Président de la République tout ce que je ferai le peuple de France se
l’attribuera, le peuple de France pourra s’attribuer tout ce que je fais comme les journalistes du
journal Le Monde le feront avec l’entretien que je me suis accordé, le peuple de France dira
siennes toutes mes paroles, quand je dirai je le peuple de France se targuera d’avoir dit je, quand je
serai Président de la République je n’aurai pas plus d’ego que maintenant, quand je serai Président
de la République mon ego sera aussi petit petit que maintenant alors que je laisse les journalistes
du journal Le Monde tirer toute la gloire de l’entretien que je me suis accordé, Sarcozi a été le
premier à féliciter les journalistes du journal Le Monde, Sarcozi s’extasie sur les sommets qu’ont
atteints les journalistes du journal Le Monde dans l’entretien avec moi qu’ils ont publié, Sarcozi
est un amateur, tous les autres petits candidats aussi, ils me félicitent d’avoir tiré le meilleur des
journalistes du journal Le Monde, ils ont tous décidé de reprendre un abonnement payant au
journal Le Monde, quand je serai Président de la République tout ce que je ferai sera profitable aux
Français, de tout ce que je ferai les Français tireront profit en s’en attribuant le mérite.

P l u s d e 1 5 0 0 0 0 l e c t r i c e s d e c e t t e r e v u e v o n t l a n c e r
u n a p p e l à v o t e r p o u r m o i

Les 150 000 lectrices de cette revue lanceront un appel à voter pour moi, les 150 000 lectrices de
cette revue se sont rassemblées dans le bois de Boulogne pour lancer leur appel, il y a des dizaines
de groupes de 150 000 personnes qui vont dans les jours qui viennent lancer à leur tour un appel à
voter pour moi, mais les 150 000 lectrices de cette revue réunies dans le bois de Boulogne pour
lancer dans les heures qui viennent un appel à voter pour moi me tiennent particulièrement à cœur,
avec chacune d’entre elles j’ai développé au fil de mes participations à cette revue une relation
particulière, et voilà que renonçant à leur égoïsme et à tout sentiment de jalousie elles vont signer
ensemble un appel à voter pour moi, voilà que les 150 000 lectrices de cette revue qui ont chacunedéveloppé une relation absolument particulière et unique avec moi se mettent ensemble pour
signer un appel commun à voter pour moi, je suis ému comme je n’ai jamais été ému de toute cette
campagne, voilà que les 150 000 lectrices de cette revue au lieu de se jalouser et de se détester
vont se mettre ensemble dans le bois de Boulogne pour lancer un appel à voter pour moi, c’est du
jamais vu, c’est absolument inouï, les journaux télévisés vont tenir un sujet comme ils n’en ont
jamais tenu, un sujet comme jamais aucune campagne à l’élection présidentielle n’en a offert,
les 150 000 lectrices de cette revue se sont rassemblées dans le bois de Boulogne, elles attendent
que j’aille les rejoindre, et quand je serai au milieu d’elles elles lanceront un appel à voter pour
moi, Sarcozi s’est déguisée en femme pour être avec elles, Sarcozi s’est juré de signer aussi
l’appel des 150 000 lectrices de cette revue à voter pour moi, Sarcozi était sur des charbons
ardents quand il a appris que les 150 000 lectrices de cette revue allaient lancer un appel à voter
pour moi, Sarcozi a immédiatement voulu se rendre au bois de Boulogne pour se trouver au milieu
des 150 000 lectrices, Sarcozi m’a demandé d’arranger sa coiffure avant de partir dare-dare au bois
de Boulogne, Sarcozi je le crains va passer un mauvais quart d’heure, je crains de retrouver
Sarcozi en mauvais état, les 150 000 lectrices de cette revue ne supporteront pas qu’un autre
homme que moi se trouve en leur sein au moment où elles vont annoncer qu’elles appellent à
voter pour moi, Sarcozi n’avait plus qu’un seul désir, être au milieu des 150 000 lectrices de cette
revue, Sarcozi n’est pas conscient des risques qu’il prend, Sarcozi a perdu tout contrôle de
luimême, je n’y peux pas grand-chose si les 150 000 lectrices de cette revue mettront en pièces tout
homme qui ne sera pas moi et qui se sera risqué à se trouver avec elles dans le bois de Boulogne.

II l s a u r o n t é t é c o m m e l e s g r a i n s d e s e l
d a n s l e s e m b r u n s d e l a m e r d u N o r d

Ils auront été comme les grains de sel dans les embruns de la mer du Nord, ils auront été comme
les pics et les creux des vagues sur le littoral de la Manche, ils auront été comme les molécules
d’eau dans les gouttes de pluie sur la Bretagne, ils auront été comme les étoiles dans le ciel de la
Charente, ils auront été comme les grains de sable sur les dunes des Landes, ils auront été comme
les photons dans les rayons de soleil sur les plages de la Méditerranée, ils auront été comme les
senteurs en Provence, ils auront été comme les sources et les ruisseaux des grandes rivières et des
grands fleuves, ils auront été comme les boulons et les vis qui tiennent ensemble la tour Eiffel, ils
auront été comme les trésors et les beautés de France, ils auront été nombreux, ils auront été
innombrables, les pipoles qui m’auront soutenu, les intellectuels qui auront signé des pétitions en
ma faveur, les hauts fonctionnaires qui m’auront passé des notes confidentielles, les chefs
d’entreprise qui auront cotisé à mes caisses noires, les journalistes qui n’auront juré que par moi,
les sondages qui ne me voyant pas au second tour m’auront donné gagnant dès le premier, les
politiques qui se seront ralliés à moi, les artistes qui m’auront dédié leurs œuvres, mais le
ralliement le plus significatif, le ralliement qui aurait porté la plus haute charge émotive et
symbolique, le ralliement dont je ne me serais pas lassé de faire état n’aura pas eu lieu, celui dont
je suis le clone aura décidé envers et contre tout, envers la multitude innombrable, la foule
incommensurable, celui dont je suis le clone aura décidé de se présenter contre moi, en
conséquence je décide de retirer ma candidature c’est fait je ne suis plus candidat, je veux éviter à
la France la palinodie des élections pas claires, des 50-50 indécidables, des recomptages
incessants, puisque celui dont je suis le clone se présente, je lui laisse la place, et j’appelle
solennellement la France et les Français à voter pour lui.

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