La Revue Littéraire n° 37

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Publié le : mercredi 8 juillet 2015
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EAN13 : 9782756108803
Nombre de pages : 144
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Collectif Revue littéraire N° 37 Retrouvez tous les sommaires deLa Revue littéraire surwww.leoscheer.com/catalogue, et en format numérique. © Éditions Léo Scheer, 2009 EAN numérique : 978-2-7561-0880-3 EAN livre papier : 9782756101651 ISSN 1766-9693 www.leoscheer.com
Jean-Marie Blas de Roblès
ENTRETIEN AVECJULIACURIEL ETFLORENTGEORGESCO
1 La Revue Littéraire : Voici, pour commencer, une phrase deLà où les tigres sont chez eux, à propos d’Aynoré, l’Indien que rencontre Moéma, à qui il décrit l’origine du monde d’après le mythe de sa tribu : « De sa persévérance à raconter la geste de son peuple venait cette longue histoire aux ramifications innombrables, cosmogonie parasitaire qui semblait se dérouler d’elle-même sous les lèvres du jeune Indien, se nourrissant de sa mémoire, se perpétuant et se multipliant à la manière d’un virus comme elle le faisait depuis des siècles. » (p. 386) Cela nous semble offrir une parfaite définition de votre roman, lui aussi « cosmogonie parasitaire », récit « se perpétuant et se multipliant à la manière d’un virus » à travers des textes gigognes en permanent écho les uns par rapport aux autres. On peut notamment penser au héron blanc qui semble « arpenter l’ordure avec des précautions de hiéroglyphe égyptien », infime détail d’un moment de l’histoire de Moéma, mais qui la rattache à celle de Kircher, fameux jésuite allemand e du XVII siècle dont la vie nous est rapportée à travers l’hagiographie d’un disciple, et par là à celle d’Eléazard, le personnage central du roman, qui va se pencher, des années durant, sur ce texte. On pourrait multiplier à l’infini les exemples de cette contamination, où des éléments d’un premier récit se retrouvent, à un autre niveau, dans un second, puis un troisième, etc. Jean-Marie Blas de Roblès : Cette « contamination » entre les divers niveaux du texte est volontaire, elle est censée fonctionner de manière plus ou moins subliminale pour établir un pont entre les récits, les rapprocher dans l’esprit du lecteur au moment même où ils semblent les plus éloignés, les plus inconciliables. Au-delà de l’aspect technique, il y a dans l’écriture quelque chose qui tient de la pandémie. Un désordre qui se propage en se nourrissant de lui-même, un chaos hors norme d’où s’engendrent les monstres, et avec eux leurs univers propres. La poésie est toujours du côté du désordre, de l’imprévisible, de l’anormal, elle ne peut naître que d’un déséquilibre panique. La symétrie, l’enchâssement, l’anamorphose participent de cette mise en abyme. R. L. :Du fait de sa structure spéculaire, le roman ne serait-il pas contenu dans le dessin reproduit p. 748 : la spirale de Kircher, qui figure son idée maîtresse, selon laquelle tout l’univers part d’un point, et y retourne ? J.-M. B. de R. : « Ce dessin est reproduit à la page 412 de l’Œdipus Ægyptiacus, sous le titre L’Idée hiéroglyphique. En lieu et place de la puce d’Athanase, on trouve un scarabée symbolisant la matière première activée par l’âme du monde et par les sept métaux planétaires. On y lit également ce vers de Virgile auquel il sera fait allusion par la suite : “Répandue dans les veines du monde, une intelligence en fait mouvoir la masse entière et la mêle au grand tout.” Pour Kircher, le mouvement de l’âme du monde est hélicoïdal ; il procède de l’insensible vers le sensible et retourne cycliquement à son point de départ. » (Note inédite d’Eléazard) Dans mon esprit, cette spirale-Ouroboros – la forme géométrique correspondant auOmnia in omnibus(Tout est dans tout) professé par Kircher – exprime en effet la quête d’un paradis perdu qui anime tous les personnages du roman. Elle en souligne aussi la vanité. R. L. :Parmi les « figures réelles » qui flottent autour des personnages, il en est une que l’on peut juger tutélaire : celle d’Heidegger. Elle ouvre le roman, et le ponctue de temps à autre, par l’entremise d’un perroquet. Quelle place sa pensée a-t-elle prise dans l’élaboration de votre roman ? Vous avez une manière de poser la question du sens, de la vérité, en particulier à travers les recherches de Kircher et les réflexions d’Eléazard, tout en remontant vers l’archaïque, le
primordial, l’origine, qui en dehors même de cette présence psittaciforme peut évoquer l’auteur desChemins qui ne mènent nulle part. J.-M. B. de R. :Heidegger, oui, celui desChemins qui ne mènent nulle part,et surtout desEssais et conférences, notamment deL’homme habite en poète. Mais à condition d’y ajouter Wittgenstein et la fameuse phrase duTractatus: « Ce dont on ne peut parler il faut le taire. » Sans prétendre interpréter correctement leurs textes, j’ai emprunté à ces penseurs quelques thèmes qui me semblent éclairer l’acte créatif. Ce qu’on pourrait appeler une « poétique de la pudeur ». J’ai 2 essayé de m’en expliquer dansMéduse en son miroir(« Une certaine façon de se taire ») ouCe 3 que veut dire « s’engager dans la forêt »certains sentiers traversent la forêt, d’autres en : contournent l’obstacle, quelques-uns la pénètrent pour s’y perdre. Ceux-là sont sans issue : ils ne mènent pas, ils reviennent. Ouverts par le retrait des arbres abattus, ils n’ont frayé la voie que du cheminement.Le labyrinthe, écrit Walter Benjamin,est la patrie de celui qui hésite. Bûcherons et poètes s’y connaissent en labyrinthes. Ils savent ce que veut dire : s’engager dans la forêt. Toujours entraperçu, insaisissable, familier du clair-obscur, le tigre est pour moi la métaphore vivante de ce type de cheminement. R. L. :Autre penseur influent : l’ami d’Eléazard, le philosophe Euclides, avec qui il aime partager sa réflexion. Ce nom n’est sans doute pas dû au hasard tant le roman, dans sa construction, affectionne la géométrie (euclidienne ou non). J.-M. B. de R. : Il y a en effet un clin d’œil au géomètre, mais surtout à l’écrivain brésilien Euclides da Cunha et à son livreOs SertõesIl y décrit de manière magistrale la révolte (1902). millénariste de Canudos et son anéantissement par la République naissante. R. L. :Outre des artistes tels Arcimboldo ou le facteur Cheval, sorte d’« alter ego de Kircher », on peut relever plusieurs références littéraires, principalement dans les carnets d’Eléazard : Caillois, Calvino, Flaubert, qui tous ont fait référence au jésuite allemand. Flaubert surtout, qui aurait écrit : « Si Kircher ressemble à Bouvard et Pécuchet, c’est par sa tentative héroïque et désespérée d’harmoniser le monde. » Cette citation est-elle réellement de Flaubert ou bien sommes-nous là encore dans la fiction : est-ce Eléazard, dans sa tentative de circonscrire Kircher, qui la lui attribue ? Au demeurant, pouvez-vous nous en dire plus sur ces parentés ? S’agit-il de figures de votre panthéon personnel ? J.-M. B. de R. :citation de Flaubert est celle-ci : « Le père Kircher, auteur de la lanterne La magique, de l’Œdipus Ægyptiacus, d’un système pour faire un automate qui parlerait comme un homme, de la palingénésie des plantes, de deux autres systèmes, l’un pour compter, l’autre pour discourir sur tous les sujets, a étudié la Chine, la langue copte (le premier en Europe). Auteur d’un ouvrage dont le titre commence par ces motsTurris Babel sive Archontologia, né en 1602. » (Gustave Flaubert, octobre 1859) La phrase que vous citez (p. 732) est un commentaire d’Eléazard qui fait pendant à la suite du même passage des carnets de Flaubert : « Pierre Jurieu tourmenté de coliques les attribuait aux combats que se livraient sans cesse sept cavaliers renfermés dans ses entrailles.»(Flaubert) Que ce résumé (sur Kircher) coexiste avec la notule concernant Pierre Jurieu, laquelle sera utilisée dans la copie préparatoire deBouvard et Pécuchet, ne laisse guère de doute sur la valeur que Flaubert pouvait accorder à l’œuvre d’Athanase Kircher… (p. 440 deLà où les tigres sont chez eux) Flaubert est effectivement l’une des figures majeures de mon panthéon personnel. Il y côtoie Borges et Lowry, entre autres. R. L. :Une spécificité de ce roman est de n’en avoir aucune en matière de genres. Ou plutôt il y en a plusieurs, qui se côtoient. Son découpage juxtapose différents récits dont le style, à chaque fois, s’adapte à son sujet, sans rompre l’équilibre entre variation et unité. L’hagiographie baroque, le roman d’aventure ou d’initiation, l’enquête, la réflexion critique et philosophique, la poésie, qui surgit parfois à l’improviste, se mêlent, forment une matière unique, singulière. J.-M. B. de R. :Pour ce livre, j’avais le désir d’un roman total, d’un univers qui puisse embrasser tous les genres narratifs possibles : roman historique, roman d’aventure, roman de mœurs, roman
d’initiation, intrigue policière, mais également la poésie, le fragment, l’encyclopédie, etc. jusqu’aux possibilités offertes par l’Internet, c’est-à-dire quelque chose qui se rapproche de la 4 synesthésie. D’où l’index iconographique et musical qui accompagne le roman sur mon site , le complète, l’augmente à l’infini. Le pari consistait à trouver une harmonie entre ces différents styles, leurs niveaux de langage, la volonté d’y mettre en œuvre leGradus, d’honorer la langue e française dans tous ses aspects, tout en conservant la lisibilité des romans-feuilletons du XIX siècle. J’ai toujours eu conscience que c’était une entreprise déraisonnable. Mais si la littérature – j’entends toujours « poésie » derrière ce mot – n’est pas cette opportunité d’explorer un monde possible, elle ne m’intéresse pas. Hier, lors d’une rencontre à la librairie L’Esperluète, à Chartres, j’ai longuement parlé avec une bibliothécaire très sympathique, très consciencieuse, une amoureuse des livres qui m’avouait son trouble de ne pas arriver à faire entrer ce roman dans l’une des cases de la classification Dewey. Que le système permettant d’ordonner l’ensemble du savoir humain à l’intérieur d’une bibliothèque soit incapable de capturer mesTigresm’a enchanté ! À force d’inventer Kircher, je le rejoins peut-être dans l’inclassable, dans l’hétéroclite… R. L. : Parmi tous ces genres, le roman à caractère social n’est pas absent. Vous multipliez, par exemple, les notations sur la condition brésilienne. Il y a Moreira, l’homme politique véreux trempant dans de sales affaires. Il y a, bien sûr, ce truand, le conducteur du bateau de la mission archéologique, ancien fasciste (repenti ?) ayant pratiqué meurtres et tortures, dont l’évocation glace le sang. Mais dans les pires manifestations de la détresse et de la barbarie, une lumière, toujours, peut surgir. Car il y a aussi Nelson, ce gamin mutilé desfavelas, à travers lequel on découvre la misère mais aussi la bonté : il devient, pour un temps, l’ange gardien de Moéma, qui décide à son tour de consacrer sa vie à aider lesfaveleros. J.-M. B. de R. :Cette partie du roman – une narration à caractère social, comme vous le soulignez, « naturaliste », au sens où l’entendaient Zola ou Maupassant – a un rôle dans l’économie du livre, mais reste un hommage à ces gueux magnifiques qui m’ont appris à vivre. C’est une promesse que je leur avais faite, accoudé à un bar de favela ou transi dans la cale d’une jangada : porter témoignage de la misère, de l’injustice qui leur nouait la gorge. Ce sont ces hommes et ces femmes qui m’ont fait aimer le Brésil, parce qu’ils ont su m’en faire découvrir les failles, me dire le dénuement, le scandale définitif, cette horreur de se sentir un animal avec une conscience d’homme. Mon personnage de nazi rescapé est un condensé de ces individus qui choisissent la vie envers et contre tout, de ces « monsieur tout le monde » qui se retrouvent SS ou collabos par veulerie. Pour autant, même blessés ou acculés, ils conservent une part d’humanité susceptible de les sauver. Il y a bêtement de l’homme dans l’homme, disait Giono, inutile de faire appel aux tigres… R. L. :La fin du roman, constituée pour l’essentiel des carnets d’Eléazard, est résolument tournée vers l’ici et maintenant. Son aventure a modifié sa vie et sa vision des choses : « Que dire d’une humanité incapable d’avoir une vision du monde dans lequel elle vit, sinon qu’elle court à sa perte, faute de repères, de point d’appui. Faute de réalité… Cette façon dont le monde résiste désormais à nos efforts de représentation, cette malice qu’il met à nous échapper ne sont-elles pas un symptôme du fait que nous l’avons déjà perdu ? Perdre de vue le monde, n’est-ce pas commencer à se satisfaire déjà de sa disparition ? » Depuis l’étude de Kircher, le déplacement est très net vers une réflexion absolument contemporaine, qui mène Eléazard à cet axiome pas très e réjouissant : « Le XXI siècle prendra l’exacte mesure de nos désillusions, il sera obscurantiste. » (p. 506) J.-M. B. de R. :C’est compliqué. Il n’y a aucun personnage dans ce roman dont je puisse dire qu’il serait mon porte-parole. Chacun d’entre eux, même les moins reluisants, disent quelque chose de cette complexité. Dans l’esprit d’Eléazard, ce contre-pied à la fameuse et pseudo citation de Malraux prend en compte le renouveau des interdits, des tabous, de tout ce qui accompagne l’intégrisme : interdiction de fumer, de boire de l’alcool, de se réunir en société, de proférer des paroles licencieuses ou blasphématoires, etc., de tout cet arsenal de lois qui nous place dans un monde plus proche des années 1830 que dans celui que nous avions espéré en 1968. C’est un constat d’échec : après deux siècles de rationalité, après Voltaire et Diderot, après la mort de Dieu proclamée par Hegel, après Nietzsche ! il y a encore des religions et une multiplicité grandissante
de croyants pour s’y réfugier, ou pire, essayer de les imposer. Dans ce dernier cas, c’est bien de barbarie dont il s’agit, d’un délaissement de la raison, d’un déni de l’humain. Guerre de Trente ans, croisades passées ou contemporaines, peu importe, c’est cette persistance de la superstition et de la croyance que déplore Eléazard. Ce nouveau siècle ne commence pas d’une façon très reluisante, on en conviendra. Ce qui s’oppose aux Lumières – la rage d’une parole révélée, le désir de mourir pour en faire triompher le dogme – nous promet plus de ténèbres que de transcendance. Obscurantisme : ce silence, noir de menaces, qui suit l’acclamation d’une Vérité. e R. L. :XXI siècle à laquelle parvient Eléazard est aussi celle d’une La vision pessimiste du scission entre l’homme et le monde. Et l’absence de liens semble mener à la perte et de l’un et de l’autre. Préoccupation qui vous rapproche de l’Argentin Ernesto Sábato, dont toute l’œuvre et la vie se sont nourries de cette réflexion. Pourtant, dans ce marasme, quelque chose paraît salvateur : la littérature. Que peut-elle ? Eléazard note dans ses carnets (p. 692) : « Si par un livre toute certitude a été perdue et l’alliance trahie entre les choses et nous, c’est par un autre livre que l’alliance est rétablie. » Votre roman semble contenir ces deux livres-là, l’un rétablissant ce qu’un autre a ôté, un troisième, que vous surajoutez, renversant d’ailleurs ce que le premier avait annoncé, d’où une perpétuelle anamorphose. Serait-il exagéré de dire que cette anamorphose est le mouvement propre de votre livre, et en quelque sorte la loi du territoire que vous explorez – ce lieu étrangeoù les tigres sont chez eux? J.-M. B. de R. :Avec l’anamorphose, vous touchez sans doute au cœur de ce que j’ai essayé de mettre en œuvre. Dire que ce que nous voyons comme un magma de couleurs peut révéler dans un miroir sa perfection formelle – et parfois sa beauté –, c’est affirmer que l’altérité nous est indispensable. Aussi difforme que nous apparaisse le monde, aussi incompréhensible, il existe un miroir, un changement de perspective capable de lui donner une signification. Mais ce reflet lui-même n’est à son tour qu’une nouvelle anamorphose en quête de son miroir. Mes personnages sont prisonniers de ce labyrinthe spéculaire, ils errent dans un clair-obscur où seuls les tigres sont à l’aise. La littérature est incapable de changer le monde (il y a aujourd’hui un centre de lancement spatial à Alcântara… et des hôtels avec air conditionné à Canoa Quebrada !), mais un livre peut aider à cette conversion du regard qui permet de l’interroger, ou même seulement de l’apercevoir. R. L. :Mais s’il s’agit d’un roman-miroir, on peut avancer, en regard de ce que l’on apprend dans les dernières pages (sans dévoiler la fin : peut-être quelques personnes ne l’ont-elles pas encore lu), qu’il est aussi un miroir déformant. Voici ce qu’on lit p. 762 : « le reflet l’emportait toujours sur l’objet reflété (…), l’anamorphose surpassait en puissance de vérité ce qu’elle avait à première vue distordu et métamorphosé ». Et Eléazard de conclure : « La vérité n’est-elle pas ce qui finit par nous convenir assez pour que nous l’acceptions en tant que telle ? » (p. 760) Cette « déformation » s’apparente, en somme, à un apprivoisement, une manière d’accord, voire d’harmonie, entre le monde et l’homme, à laquelle celui-ci peut décider de prétendre. Que l’opération relève des puissances de l’imaginaire, de la fiction, ne change rien à son efficacité, ce qui, du reste, l’apparente à la foi religieuse. Tout est signe dans votre livre, comme tout est grâce pour d’autres. Les choses se relient infiniment, s’entremêlent, se répondent, et ce perpétuel mouvement des êtres vers les êtres peut sembler, à certains moments de la lecture de votre livre, la manifestation chaotique d’un mouvement de tous vers une unité perdue, ou invisible. J.-M. B. de R. : Cette poursuite de l’unité perdue, c’est la quête impossible de Kircher, et par contagion celle des autres personnages du livre, mais tous ne découvrent finalement qu’une seule et même chose : la nécessité d’habiter le monde, ici et maintenant. (propos recueillis par courrier électronique le 16 décembre 2008)
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