La Revue Littéraire n° 55

De
Publié par

Ça y est, nous y sommes ! La Revue littéraire est à nouveau disponible ! Lancée en 2004 par Léo Scheer, elle avait vu sa parution mise entre parenthèses suite à une restructuration de la maison d’édition. Pour autant, elle n’avait jamais cessé de dire ses coups de cœur ou de griffes, dans un blog (le blog de la RL) hébergé sur le site internet des Éditions Léo Scheer. La revue revient donc aujourd’hui sous une forme inchangée de sa version papier, mais avec une nouvelle équipe de chroniqueurs très hétéroclite, composée de romanciers, de blogueurs, de critiques, d’enseignants, d’étudiants.
Pour ce second acte de naissance avec le no 55, nous avons décidé de mettre à l’honneur la rentrée littéraire 2014. Comme un hommage à la littérature. La plupart des livres recensés dans les pages qui suivent sont déjà disponibles en librairie. Nous espérons que vous trouverez, à travers nos regards, de quoi vous orienter parmi la masse publiée, comme chaque année, à cette période.
Bien évidemment, tous ne sont pas répertoriés dans ce numéro, mais nous avons tenu à vous offrir un panel le plus éclectique possible. Et si nous devions nous baser sur notre échantillon, il en ressort une qualité littéraire certaine : 2014 est un bon cru. Nous en profitons pour remercier les maisons d’édition qui nous ont fait confiance et soutenus en nous faisant parvenir leurs nouveautés de la rentrée avant ou pendant l’été.
Dans ce nouveau numéro, outre des notes de lecture, vous trouverez un entretien de la rédaction avec Nicolas d’Estienne d’Orves ; un bel échange entre traducteurs : Pierre Malherbet et Sika Fakambi ; une critique du premier roman de la journaliste Nelly Kaprièlian sur Greta Garbo, accompagnée de la traduction inédite d’un article datant de 1929 et signé par la Divine elle-même ; et un article sur le phénomène Stephen King, à l’occasion de la sortie américaine de son dernier opus, Mr Mercedes (à paraître en France chez Albin Michel).
Nous vous laissons découvrir tout cela, en vous souhaitant bonne lecture !
Myriam Thibault et Lilian Auzas
Les contributeurs : Sophie ADRIANSEN (auteur, bloggeuse et critique littéraire), Hafid AGGOUNE (romancier), Lilian AUZAS, (romancier), Francesca B. (journaliste), Mounir BELHIDAOUI (critique littéraire), Lucille BION (étudiante en lettres modernes appliquées), Antoine BÖHM (directeur de la revue Theoria et chercheur en philosophie, philologie et politique), Camille BORDERIE (étudiante en lettres), Clément BOSQUÉ (agrégé d’anglais, romancier, critique littéraire et directeur d’établissement social),Lize BRAAT (éditrice et traductrice), Alma BRAMI (romancière), Morgan CARIOU (aphoriste), Thibault COMTE (étudiant en lettres), Angie DAVID (éditrice et romancière), Fabrice DEL DINGO (romancier et critique littéraire), Pierre DUCROZET (romancier et critique littéraire), Jérôme ENEZ-VRIARD (romancier et critique littéraire), Armelle FAVRE (étudiante en lettres et en philosophie), Guillaume FÉDOU (chanteur et romancier), Eli FLORY (agrégée de lettres, enseignante et essayiste), Laure GAUTHIER (agrégée d’allemand, maître de conférences à l’université de Reims et auteur), Kevin JULIAT (bloggeur critique littéraire et romancier),Jean-François LATTARICO (agrégé d’italien, professeur à l’université Lyon 3, Arnaud LE GUERN (romancier, éditeur, biographe et critique littéraire), Marie-Magdeleine LESSANA (psychanalyste, auteur et essayiste), Thomas LOUIS (bloggeur critique littéraire et étudiant en lettres), Alexandre MACÉ-DUBOIS (journaliste et nouvelliste), Emmanuelle MAFFESOLI (romancière), Abeline MAJOREL (critique littéraire et directrice du réseau d’experts Chroniques), Pierre MALHERBET (traducteur de l’allemand), Danielle MAUREL (animatrice de débats littéraires et d’ateliers d’écriture), Claudio MORANDINI (italien, romancier et critique littéraire), Myriam THIBAULT (romancière), Alexandra VARRIN (romancière), Alexandre WÄLTI (suisse, étudiant en langues et journaliste).
© Éditions Léo Scheer, 2014
Publié le : mercredi 17 septembre 2014
Lecture(s) : 4
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756105321
Nombre de pages : 174
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
La Revue Littéraire n°55
Ça y est, nous y sommes !La Revue littéraire est à nouveau disponible! Lancée en 2004 par Léo Scheer, elle avait vu sa parution mise entre parenthèses suite à une restructuration de la maison d’édition. Pour autant, ellen’avait jamais cessé de dire ses coups de cœur ou de griffes, dans un blog ȋle blog de la RL) hébergé sur le site internet des Éditions Léo Scheer. La revue revient donc aujourd’hui sous une forme inchangée de sa version papier, mais avec une nouvelle équipe de chroniqueurs très hétéroclite,
composée de romanciers, de blogueurs, de critiques,
d’enseignants, d’étudiants.
Pour ce second acte de naissance avec le no 55, nous avons décidé de mettre à l’honneur la rentrée littéraire 2014. Comme un hommage à la littérature. La plupart des livres recensés dans les pages qui suivent sont déjà disponibles en librairie. Nous
espérons que vous trouverez, à travers nos regards, de quoi vous orienter parmi la masse publiée, comme chaque année, à cette période.
Bien évidemment, tous ne sont pas répertoriés dans ce numéro, mais nous avons tenu à vous offrir un panel le plus éclectique possible. Et si nous devions nous baser sur notre échantillon, il en ressort une qualité littéraire certaine : 2014 est un bon cru.
Nous en profitons pour remercier les maisons d’édition qui nous ont fait confiance et soutenus en nous faisant parvenir leurs nouveautés de la rentrée
avant ou pendant l’été.
Dans ce nouveau numéro, outre des notes de lecture, vous trouverez un entretien de la rédaction avec Nicolas d’Estienne d’Orves; un bel échange entre
traducteurs : Pierre Malherbet et Sika Fakambi ; une critique du premier roman de la journaliste Nelly Kaprièlian sur Greta Garbo, accompagnée de la traduction inédite d’un article datant de ͳ9ʹ9 et signé par la Divine elle-même ; et un article sur le
phénomène Stephen King, à l’occasion de la sortie américaine de son dernier opus,Mr Mercedes (à paraître en France chez Albin MichelȌ.
Nous vous laissons découvrir tout cela, en vous souhaitant bonne lecture !
Comité éditorial
Myriam Thibault et Lilian Auzas
Directrice de la publication
Angie David
Rédacteurs en chef
Lilian Auzas
Myriam Thibault
© Éditions Léo Scheer, 2014.
EAN numérique :997788-22-77556611-00553312-41 EAN livre papier : 9782756102955
www.leoscheer.com
Nicolas d’Estienne d’Orves
Entretien avec Myriam Thibault
Nicolas d’Estienne d’Orves m’accueille dans son antre parisien, dans le e 5 arrondissement, à Saint-Michel. Entre chambre de bonne et petit studio, le lieu où NEO – comme on le surnomme – trouve le calme pour écrire est rempli, du sol au plafond, de centaines voire de milliers de livres parfaitement rangés. Son dernier roman,La Dévoration, qu’il présente comme une grande fresque de tout ce qu’il a écrit pendant quinze ans, repose sur les tables des librairies depuis le 21 août.
La Dévoration
Myriam Thibault. —Votre personnage porte des pantalons de couleur, adore l’opéra et s’appelle Nicolas. Comme vous, si je ne m’abuse… Un personnage qui porte le même prénom que son auteur, ce n’est pas anodin.
Nicolas d’Estienne d’Orves. —Nicolas porte évidemment une partie de moi, mais c’est aussi par provocation, et pour favoriser une ambiguïté. Je me mets en danger, comme avec un miroir déformant. La relation que mon personnage a avec son éditrice, je l’ai vécue avec une amie. Mais au-delà de cela, je n’ai aucunes pulsions sexuelles
3
Entretien
telles que peut en avoir mon personnage (rires) ! Ceci étant dit, Nicolas est sans doute le personnage qui me ressemble le plus. J’aurais pu changer de nom, j’ai failli le faire à la dernière minute, mais je n’ai pas voulu, par goût du malaise.
M. T. DansL’Enfant du matin, comme dans la plupart de vos romans, vous mêlez les époques, dans une structure très complexe. Quel est votre rapport au temps ?
NEO. —Je vis dans le passé, je suis un nostalgique de principe. Je profite des choses après coup, et j’ai du mal à profiter de l’instant présent. Le seul moment où cela m’arrive, c’est lors de moments d’écriture pure. Sinon, je cours toujours après le temps, et je suis obsédé par les horaires. Mon temps est structuré par l’écriture. Le voyage dans le temps est l’un de mes thèmes favoris, cela me fascine. Le temps est une sorte de prison. Avoir le pouvoir de figer les choses serait fabuleux. Même si le temps semble tout de même être une prison qui nous fait avancer. Je le compare à une manifestation du divin, comme si Dieu était une grosse horloge détraquée. Le rapport au temps est la seule chose qui compte : le temps de vie, de mort, et même de digestion (rires) !
M. T. Comment avez-vous travaillé pour construire ce roman ?
NEO. —J’élabore un plan très précis au départ, que je m’efforce ensuite de suivre, en prenant évidemment quelques libertés. Grâce à cette méthode, je ne suis jamais confronté à l’« angoisse de la page blanche », car je sais toujours où je vais. Un roman commeLa Dévorationnécessitait d’autant plus un plan que la structure en est complexe. Je fonctionne comme un artisan.
M. T. DansLa Dévoration, l’harmonie familiale qui règne entre Granny, Nicolas et sa mère est assimilée au « factice ». Et les relations entre Nicolas et son père sont plus que tendues. Finalement,La
4
Nicolas d’Estienne d’Orves
Dévoration, même si ce n’est pas visible à première vue, est entiè-rement basé sur les relations familiales ?
NEO. —Oui, c’est une histoire de famille dévorante, autophage, où ils finissent tous par se dévorer entre eux. Un peu comme dans ma famille. Ma grand-mère a sans doute quelques points communs avec Granny. Je ne m’inspire pas vraiment d’eux, mais la famille est inconsciemment une source perpétuelle d’inspiration.
M. T. D’où est venue cette idée de Morimoto (histoire basée sur l’affaire de Sagawa) ?
NEO. —Cette affaire Sagawa me passionne. J’avais 7 ans à l’époque, donc je m’y suis intéressé après, mais cela fait des années que je voulais écrire sur le sujet. J’aime les structures compliquées : c’est la raison pour laquelle je n’ai pas écrit uniquement sur Sagawa (d’autant que ça avait déjà été fait). J’ai mêlé, dans ce livre, plusieurs sujets que je voulais traiter depuis un moment. J’aime les livres dans le livre, les structures en poupées russes.
Littérature et édition
M. T. DansLa Dévoration, Nicolas et son éditrice Judith semblent très proches. Elle l’aide réellement tout au long du processus d’écri-ture. Quelle est votre vision du rapport de l’écrivain à l’éditeur ? Quel doit être le rôle de l’éditeur vis-à-vis de l’écrivain ?
NEO. —Je pense que le rapport est le même que celui d’une femme enceinte à son accoucheur. L’éditeur doit être une sorte de nounou, le parent adoptif du livre, le Jiminy Cricket dePinocchio. L’éditeur est une personne qui accompagne l’écrivain,sonécrivain, et qui le met dans les meilleures conditions afin qu’il donne le meilleur de lui-même. Il s’agit d’une vraie relation de confiance, où
5
Entretien
les frictions permettent parfois de faire avancer le livre. Comme deux parents qui s’engueuleraient pour l’éducation de leurs enfants.
M. T. Votre personnage, Nicolas, écrit, p. 23 : « D’ailleurs ce n’est pas un métier. Si vous écrivez pour en vivre, c’est déjà foutu. Ça doit être un luxe, un snobisme, une provocation, une liberté. Jamais une nécessité. Un besoin de mots, pas de fric. » Quelle est votre vision de la littérature, du métier d’écrivain ? Avez-vous la même vision que votre personnage ?
NEO. —Je suis évidemment moins radical que lui. L’écriture est un métier, un artisanat. Mais même si c’est une passion, je tiens au terme de « métier », car c’est une activité qui prend du temps, qui implique de la rigueur, de la discipline. Il ne s’agirait surtout pas de croire qu’écrire est un métier de dilettante. Écrire appelle un emploi du temps, des horaires, pour avancer. De plus, l’écriture me fait vivre, ainsi que ma famille et mes enfants. Mais ce n’est pas parce que les premiers livres ne se vendent pas qu’il ne faut pas continuer. Tant que la machine fonctionne, il faut persévérer.
M. T. « Tes livres t’ont vraiment brouillé avec toute ta famille. » Cette phrase de votre personnage semble éminemment actuelle. On peut penser au procès qui a opposé Lionel Duroy à son fils. Pensez-vous que la littérature vaille le coup de se « brouiller » avec sa famille ?
NEO. —Si on écrit un livre pour se brouiller avec sa famille, alors cela n’a aucun intérêt. C’est con. On ne règle pas ses comptes dans un livre. Si le livre est bon, alors oui, cela vaut parfois le coup, et dans ce cas, la famille comprendra. En 2011, j’ai pris ce risque avec la lettreJe pars à l’entracte, publié chez NiL, qui s’adressait à un ami, mais la famille a accepté. Quand on écrit, on ne pense pas à sa famille. D’ailleurs, lorsque mon père m’a appelé après avoir luLa Dévoration, il m’a dit que j’y étais allé fort, mais que malgré tout, c’était un bon livre. Les livres sont des psychanalyses permanentes.
6
Nicolas d’Estienne d’Orves
On écrit parce qu’on en a besoin, comme si on allait chez un psy, pas chez un avocat !
M. T. Votre personnage, Nicolas, évoque la question du culte pour Brasillach et Céline, il dit que ce sont « des ivresses de planqués, de la branlette pour mandarins ». Croyez-vous que l’on puisse faire abstraction de la vie d’un écrivain, et continuer à aimer son œuvre, malgré tout ?
NEO. —On ne peut pas faire abstraction de la vie d’un écrivain, mais on peut l’aimer malgré tout. Comme je le disais, si le livre est bon, et que tu apprends ensuite que l’écrivain est un salaud, le livre reste bon ! L’art survit à tout. Quand on lit des pages antisémites chez Dostoïevski, ou quand on sait qui était Wagner, cela n’enlève rien au talent de ces artistes. Ce n’est pas toujours vrai, mais de grandes œuvres naissent parfois dans le sang.
M. T. Cette question en appelle une autre. Granny, la grand-mère de Nicolas, de qui il est très proche, lui dit un jour qu’elle « déteste sincèrement » ses livres. J’ai lu récemment le petit traité d’un écrivain sur la littérature qui se posait la question de savoir s’il était possible d’être ami avec des gens dont on déteste les livres. Qu’en pensez-vous ?
NEO. —C’est possible, absolument ! J’ai des amis qui détestent mes livres, et inversement. Nous ne sommes pas là pour avoir des relations de fans. Ce sont deux choses différentes, on peut parfai-tement être ami avec des gens dont on n’a pas lu les livres, ou dont on n’aime pas l’œuvre. Ce n’est pas une conditionsine qua non.
M. T. On voit, au cours du roman, votre personnage Nicolas travailler dans un appartement en bazar. Et vous, comment travaillez-vous ?
7
Entretien
NEO. —Je travaille dans l’ordre, et le silence. Je suis très maniaque, très méthodique. J’ai besoin que tout soit parfaitement rangé, et il m’est impossible de travailler en musique. J’ai un bureau à Saint-Michel, et lorsque je pars en vacances, j’ai une grande pièce où il n’y a quasiment rien.
M. T. Pour revenir à vous, vous écrivez, p. 72 : « Dès qu’il s’agis-sait de sa passion, de la “femme de sa vie” (ainsi parlait-il de Paris), il perdait sa réserve et devenait fascinant. » Il me semble que vous êtes un grand amoureux de Paris. Vous écrivez pour leFigaroscope et, si je ne me trompe pas, vous êtes en train de travailler sur le Dictionnaire amoureux de Paris(Plon) ?
NEO. —Je travaille effectivement à l’élaboration de ce dictionnaire. Je suis un éternel amoureux de Paris. Je pourrais écrire des livres et des livres sur Paris. Quand je me penche à la fenêtre de mon petit bureau à Saint-Michel, je vois le Panthéon, Jussieu, Notre-Dame-de-Paris. Soit 2 000 ans d’histoire. Je suis passionné par l’âme des lieux. Il y a des fantômes sous ma fenêtre. Il y a 2 000 ans, des gens se promenaient en toge. J’aime l’idée que des gens aient vécu où je passe. Les endroits neufs ne m’intéressent pas. Dans le même esprit, j’aime aussi les livres d’occasion. J’aime être l’élément d’une grande mécanique. Les Parisiens ont beaucoup de chance, et ils ne s’en rendent pas compte.
Nicolas d’Estienne d’Orves,La Dévoration, Albin Michel, août 2014, 320 p., 20.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Bande de littéraires!

de le-nouvel-observateur

Pierre Michon

de editions-zoe

Propofol

de editions-leo-scheer

Place Colette

de editions-leo-scheer

Fors intérieurs

de editions-leo-scheer

suivant