La Revue Littéraire n° 56

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Le numéro 56 est en librairie le 18 février 2015. La Revue Littéraire, en onze ans d’existence, a toujours maintenu le cap qu’elle s’était fixé : se renouveler sans cesse, ne pas arrêter de s’inventer.
Revue d’une maison d’édition, elle est, plus que jamais, l’expression de sa vie, le reflet de la diversité des personnalités de ceux qui la font. Elle témoigne de la volonté des Éditions Léo Scheer, de rejeter toute ligne dogmatique et de préserver la plus grande ouverture possible face à l’infinie variété de la littérature, de la pensée, de la création. Cette revue n’a jamais été, ne sera jamais, celle de la bien-pensance.
Une telle démarche sera assurée, dans les années qui viennent, par une équipe dirigée par Angie David (Directrice de la publication) et Richard Millet (Rédacteur en chef à partir d’avril 2015).
Publié le : mardi 17 février 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756105420
Nombre de pages : 180
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LA REVUE LITTERAIRE
N°56



Retrouvez tous les sommaires de La Revue littéraire sur
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numérique.

oCette livraison du n 56 est une transition.
erLa nouvelle Revue littéraire débutera le 1 avril 2015.


Comité éditorial
Directrice de la publication
Angie David



© Éditions Léo Scheer, 2015


EAN numérique : 978-2-7561-0541-3978-2-7561-0542-0

EAN livre papier : 9782756102962


www.leoscheer.com RICHARD MILLET
Le Salut par l’islam
« Notre-Dame, priez pour nous,
Afin que nous soyons dignes de
Jésus-Christ. »
Litanies à la Vierge noire.
« L’histoire des juifs barre l’histoire
humaine comme une digue barre un
fleuve, pour en élever le niveau. »
Léon BLOY, Le Salut par les Juifs.
« Dans un tel contexte, nos vieux
arguments de laïques, d’hommes
éclairés et rationalistes sont non
seulement émoussés et inutiles, mais encore
font le jeu du pouvoir. »
Pier Paolo PASOLINI, Écrits corsaires.
Le livre que Michel Houellebecq consacre à Joris-Karl Huysmans est
remarquable sur bien des points, notamment pour sa façon de faire
jouer un sujet apparent contre un sujet réel, autrement dit l’islam
politique contre le catholicisme littéraire, ou contre la dimension
littéraire du catholicisme, soit sa figure perdante, voire perdue, et, avec elle,
le statut de Fille aînée de l’Église qui a été, bien plus que la devise
1Critique : à propos de Soumission de Michel Houellebecq
républicaine, l’emblème de la France, aurait pu écrire Jean Paulhan,
dans un des articles paradoxaux et profonds qu’il donnait à La Nouvelle
Revue française, à l’époque glorieuse où cette revue était une des
grandes institutions de ce pays. Paulhan est brocardé, dans Soumission ;
on est même tenté de dire, en parlant cette fois le langage de l’époque
actuelle, qu’il est lourdé, et avec lui la « littérature française » en tant
qu’épiphanie post-religieuse, ce que dit Soumission n’étant rien d’autre
que la fin littéraire de la France, c’est-à-dire la défaite du christianisme,
pour peu qu’on puisse dissocier la littérature du christianisme dont
la dimension littéraire a été, pour une part, constituée par des Juifs.
En décrétant qu’il n’a « jamais pu supporter » Paulhan ni son œuvre,
mais reconnaissant une importance éditoriale considérable au
personnage mort en 1968, l’année où a commencé l’évacuation de la
langue littéraire de l’enseignement public et, bientôt, de la
littérature elle-même, le narrateur de Houellebecq touche au cœur du
problème : ce qui est mort avec Paulhan, ce n’est pas seulement une
« certaine idée de la littérature », c’est la littérature en tant qu’elle est
constitutive de l’esprit et de la nation française. Les avant-gardes qui
suivront n’auront plus de littéraire que leur abandon à ce qui sera
nommé, dans une autre langue, la French Theory, les grands romans
français étant alors écrits par Derrida, Foucault, Deleuze, Baudrillard,
Lacan, Girard – le moraliste Barthes se tenant de plus en plus dans
la distance qui entérinait la fin du paulhanisme.
Soumission prend donc acte d’une mort qui s’avance aujourd’hui sous
les signes d’une bonne santé « culturelle ». Le culturel n’est plus, dans
ce roman, qu’un fonds d’investissement saoudien – en vérité «
émiratique » et « qatari », pour parler comme les journalistes ou comme
Houellebecq, plutôt que de dire, en bon français, « des émirats » et
« qatarien ». Cette mort, le livre l’évoque à travers un personnage,
François, quadragénaire au prénom déjà vieillot pour son âge et pour
son temps. Tout semble d’ailleurs vieillot, dans Soumission, comme
si 2020 était déjà là, notamment l’islam qui fige la France, bientôt
l’Europe, dans une modernité intemporelle, voire ringarde : celle d’un
retour à l’ordre. Ce qui est ringardisé, au premier chef, c’est la
litté2Richard Millet
rature dont, en fin de compte, il n’est question que par raccroc, ou
en écho, surtout grâce à Huysmans, le travail universitaire
uniquement voué à la perpétuation d’un corps enseignant en déclin, selon
un modèle également applicable aux écrivains, par ailleurs
étrangement absents du roman.
Huysmans, symptomatique auteur d’un temps de crise, n’est en vérité
qu’un prétexte : liquidateur du naturalisme (lequel fait un vertueux
come-back, dans la post-postmodernité, avec le roman sociologique),
converti mélancolique, célibataire rêvant du pot-au-feu conjugal ou
du pain de ménage, dirait son contemporain Jules Renard, autre
barbichu littéraire, plus moderne dans la forme, quoique «
socialiste », Huysmans donnant, après les gages naturalistes, une série de
romans autobiographiques et complexes, dont les titres, au moins,
sont modernes : À rebours, En rade, À Vau-l’eau, Là-bas – ce dernier
livre évoquant la figure de Gilles de Rais et la question satanique,
le grand livre de Huysmans demeurant À rebours, magnifique hapax
romanesque à quoi Mallarmé a dédié sa Prose pour des Esseintes, et
qui est moins un bréviaire du dandysme ou du « décadentisme »
qu’un traité de la vie impossible, autrement dit du nihilisme. Les
livres de la conversion (En route, La Cathédrale, L’Oblat) sont au-delà
des catégories ; car, Houellebecq le souligne avec raison, si cette
conversion n’a pas la valeur incendiaire de celles de Péguy, de Bloy
et de Claudel, elle montre la logique d’une âme, comme on disait
en un temps où l’homme n’était pas réduit à une somme d’affects
et de déterminismes sociopsychologiques. Huysmans a aussi donné
une hagiographie de sainte Lydwine de Schiedam et de beaux textes
sur l’art, notamment sur Grünewald, Metsys, van der Weyden (Trois
primitifs), en hommage à sa lignée néerlandaise, accomplissant ainsi
le programme fourni par sa semi-pseudonymie (il se prénommait en
réalité Charles Marie Georges) en remontant à l’origine – ce qui nous
permet de rappeler que la littérature, loin du rôle social et «
progressiste » vers quoi Zola et Anatole France l’inclinaient, est une aventure
spirituelle qui questionne les échos mystérieux de l’origine
individuelle et collective dans le monde contemporain.
3Critique : à propos de Soumission de Michel Houellebecq
Et pourtant, sous le sujet de Soumission (Huysmans, donc, et le
dernier Huysmans, autant que l’islamisation de la France), se
dessine, en abyme ou en miroir, un autre sujet : François, le
narrateur – c’est-à-dire le Français contemporain : le vaincu, celui qui
aura passé vingt années de sa vie avec l’auteur d’À Rebours et qui,
comme ce dernier, est pris dans la fatalité célibataire, non par
choix de garçon flaubertien, comme Huysmans, mais parce que le
couple, à l’époque contemporaine, est aussi décomposé que la
famille et que l’homme lui-même, la liquidation du «
judéo-christianisme » s’achevant à travers la seule figure de femme dont on
puisse dire que le narrateur ait éprouvé pour elle quelque chose qui
ressemble à ce qu’on appelait autrefois de l’amour : Myriam, la jeune
Française juive que l’accession au pouvoir d’un parti islamique
contraint à suivre sa famille en Israël. Le sort des Juifs, comme
celui des catholiques n’appartenant pas à la secte des « cathos de
gauche », est d’ailleurs un des impensés de la France actuelle ; et si
Houellebecq l’évoque, on s’étonne qu’il fasse l’impasse sur la question
homosexuelle, criminalisée par l’islam, mais devenue en Occident
un lieu commun culturel, donc idéologique.
Loin de moi l’idée de voir du symbolique partout, dans Soumission,
même si ce roman en joue sans cesser de déplacer les symboles d’un
« sujet » à l’autre, le sujet réel étant, en fin de compte, la langue et
l’évacuation de celle-ci par le capitalisme mondialisé, ici actualisé par
l’islam politique – qui est, lui aussi, un des modes de manifestation
du nihilisme. La post-littérature comme liquidation de la langue
même, dans le divertissement du tout-à-l’égout romanesque ; le
cadavre de Paulhan jeté à l’égout comme celui d’Héliogabale ;
Artaud et Rivière liquidés par le ministère du grand Consensus ; les
illusions amoureuses et religieuses bradées au profit d’une
restauration politico-économique, peu importe qu’on soit musulman ou
protestant, voilà ce que suggère Houellebecq, en bon weberien,
grâce à un dispositif qui entérine d’abord la fin d’une conception
« Nouvelle Revue française » de la littérature, quelque nostalgie qu’on
en ait ; ensuite, l’idée d’une pérennité de la littérature elle-même,
4Richard Millet
sachant que l’islamisation de la France ne peut que marquer le
renoncement au littéraire, le Coran ayant rendu l’arabe infiniment
et névrotiquement tautologique : d’où le fait qu’il n’existe pas de
grand roman arabe, par exemple ; enfin, ce qui est le filigrane de la
lecture houellebecquienne du monde contemporain :
l’accomplissement de soi en tant que trahison ou renoncement à être, oui,
l’énigmatique douceur du renoncement, prélude à la soumission générale
– ce qui ne date pas d’aujourd’hui, soit dit sans remonter à La Boétie.
« Que souhaitent les hommes ? Être esclaves. Ils le seront, d’un
maître ou de l’autre. Et ils s’en réjouiront, longtemps encore, quand
nul ne se réjouira plus de nous sur la terre », écrivait Montherlant
dans Solstice de juin, en 1941, à propos d’une époque non moins
terrifiante que la nôtre où la joie et l’espérance ont entièrement
disparu.
Avec Huysmans comme dépressif miroir de François, le chiasme
Michel Huysmans/Joris-Karl Houellebecq peut fonctionner à plein :
un grand écrivain mineur propose une ontologie spéculaire à un
médiocre universitaire qui, au moins, n’écrit pas de romans. Quant
au roman qu’en tire Houellebecq, il paraît sur la « scène » littéraire
avec l’autorité du « grand écrivain français le plus traduit à l’étranger »
(et grand pour cela seul, susurre la vox mediatica) : la grandeur est
ici sans légitimité puisqu’elle s’établit sur un champ de ruines qui
fait de Houellebecq le maître des fins dernières, du moins l’un
d’eux, ce qui repose la question du catholicisme, plus ou moins
esquivée (ou simplifiée) dans Soumission, malgré l’allusion à Léon
Bloy (et aussi à Péguy, à Chesterton et à Belloc, magnifiques
catholiques anglais) : il ne suffit pas de dire que l’islam s’engouffre dans
le vide laissé par le reflux du christianisme et le nouvel exode des Juifs
français ; il se peut que les derniers catholiques soient eux aussi
contraints à l’exode : l’exil intérieur du dernier écrivain. D’où l’intact
pouvoir d’un Bloy, qui revient en même temps que Joseph de Maistre,
Péguy et Bernanos.
Dans le couple Huysmans/Bloy, devenus ennemis après avoir été liés
d’amitié, se lit moins le sort de la religion catholique, en France, que
5Critique : à propos de Soumission de Michel Houellebecq
celle du littéraire, la figuration Huysmans l’emportant sur celle de
Bloy, le pot-au-feu sur la vache enragée, le petit-bourgeois grincheux
sur le « Pèlerin de l’absolu », la bêtise et le nombre sur la
singularité irréductible. Bloy est évidemment l’anti-Huysmans, autant que
l’anti-Zola, et en cela, peut-on déduire du dispositif houellebecquien,
une réponse à l’expansion de l’Islam dont Claudel, quelques années
plus tard, fera la métaphore du nazisme triomphant en Europe : non
pas le triomphe de Voltaire, Zola et Camus, sainte trinité de la
laïcité, ni de l’idéal républicain avec sa « tolérance » judiciarisée, mais
le recours à une position critique qui fait du « pauvre » bloyen la
pierre vive de la vérité. François refuse ce statut du pauvre qui n’a
plus pour lui que l’absolu de la vérité : il lui préfère la misère
d’esprit. Voilà ce qu’on peut déduire du roman de Houellebecq qui
a l’intelligence de ne pas parler de l’État islamique, des Talibans,
d’AlQaïda, de Boko Haram, ni d’attentats tels que ceux de janvier 2015,
à Paris, le jour même de la sortie de Soumission en librairie, tout en
faisant prendre la grande dépression occidentale au piège oxymorique
d’un « islam modéré », les ilotes français consentant, bon gré mal gré,
à se trouver un maître – un vrai, et non plus le falot clergé qui ne
gouverne plus rien, la religion des « droits de l’homme » expirant sur
le sein de l’universalisme capitaliste qui a digéré le djihad pour le
rendre compatible avec le Nouvel Ordre mondial, connecté et
adaptable au revival de l’Imperium romanum.
Léon Bloy revient donc comme fantôme derrière J.-K. Huysmans,
dans un impossible face-à-face avec Houellebecq dont l’ironie est une
sorte d’hommage à ce qui demeure de la féroce et jubilatoire « exégèse
des lieux communs » à laquelle s’est livré toute sa vie l’auteur du Salut
par les Juifs. Soumission peut être lu comme une exégèse de la doxa
contemporaine, non pas systématiquement, mais selon certaines
situations, notamment érotiques et « culturelles ». C’est surtout
dans la langue qu’elle a lieu – celle de Houellebecq étant le symptôme
de la défaite littéraire et politique de la France. La langue de
Houellebecq est sans style (passons sur le lieu commun qui, volonté
ou fatalité, ferait un style de cette absence de style) : une « écriture »
6Richard Millet
moins neutre ou moins « blanche » qu’on ne le croit, puisque sa
fonction est de neutraliser tout élan stylistique, celui-ci désormais
sans valeur en un monde où l’échelle critique, la distinction et le goût
sont abolis, tout comme la visibilité érotique de la femme bientôt
cachée sous diverses étoffes islamiques, de la même façon qu’elle
l’était sous l’idéologique voile de l’égalité, l’islam s’imposant sans
peine dans une France qui, après tout, a longtemps été amoureuse
du bleu de chauffe maoïste. Houellebecq écrit avec les lieux
communs littéraires de notre époque : narration au passé simple
(comme dans le service minimum narratif de la paralittérature
« polar », « SF », devenue quasi hégémonique, le néonaturalisme
romanesque usant, lui, plus volontiers d’un sociologique présent
narratif), solécismes ordinaires et quasi lexicalisés par la « tolérance »
et les publicitaires : « débuter quelque chose », « partir à », « profiter
à quelqu’un », « rentrer » (au lieu d’entrer), « rajouter » pour
« ajouter », évacuation de la tournure impersonnelle « il est » en
faveur de « c’est », de « en un sens » au profit de « dans un sens »,
de « c’est vrai » pour « il est vrai » ; ajoutons-y le pléonasme « résultat
final », et « cela ne m’évoquait rien » au lieu de « évoquait pour moi »,
la constante confusion entre le discours direct et l’indirect, « sans que
ne », « terminaison » au lieu de « conclusion », la non-concordance
des temps du subjonctif (le passé de ce mode systématiquement
évacué), le triomphe de la parataxe plutôt que de la phrase complexe,
le règne de l’argot et du langage vulgaire (supercool, chiant, à chier,
merde, etc.), l’ensemble de ces fautes faisant partie du grand cliché
linguistique français, la langue française en quelque sorte mise à mort
comme mythe et comme instrument de transmission au profit
d’une « communication » plus instantanée, « authentique »,
« ludique » et « sympa » (Soumission ayant lui-même les allures d’un
roman sympa, tout comme François est cool) : autrement dit la fin
d’un monde – celle de l’Europe, continent littéraire par définition.
La langue de Houellebecq est donc une ironique soumission non
seulement au cliché mais aussi au kitsch (« un paysage riant, boisé »,
écrit-il), tout comme était kitsch celle de Huysmans, notamment par
7Critique : à propos de Soumission de Michel Houellebecq
ses néologismes, d’ailleurs étudiés par François. La véritable
soumission, ici, c’est la soumission à l’idée que la littérature française ne
puisse plus exister autrement que par le cliché : il n’est jamais
question de dissidents littéraires contemporains, chez Houellebecq.
C’est ce qui réduit la portée apocalyptique de l’entreprise par laquelle
il révèle la défaite du langage devant le consumérisme culturel
général ; d’où cette marque du discours houellebecquien : le recours
aux italiques qui signale le cliché, un peu comme l’italique, chez
Gracq, faisait signe vers le poétique, le merveilleux, Houellebecq
s’affirmant comme l’anti-Gracq, écrivain presque majeur (ou grand
écrivain mineur, comme Huysmans), et ultime figure littéraire
paulhanienne, à tout le moins le grand-oncle de la littérature
française, avant la régression vers Jacques Prévert, Romain Gary et
les romancières vertueuses.
Si tout est cliché (publicité, propagande, pornographie,
infantilisme, littérature), comment en sortir ? Comment vivre dans une
langue défaite, reflet d’une nation décomposée ? Le recours au
passé ? Une « marche républicaine » destinée à effacer la lecture
houellebecquienne du monde contemporain ? Huysmans s’évacue
de lui-même, semble-t-il, dans le kitsch, mixte de Gustave Moreau
et de néocatholicisme (notamment à Lourdes, tout comme le gros
Zola, lui aussi auteur d’un très kitsch Lourdes, et qui quittera la scène
littéraire sur Quatre évangiles socialistes). De la même façon, il y a
quelque chose de kitsch dans un des rares romans non huysmansiens
cités dans Soumission : Histoire d’O de Dominique Aury, maîtresse
de Paulhan, qui avait donné, en 1954, le roman de la soumission
sexuelle dont la pornographie reprendra la donne pour en exploiter
de façon industrielle le cliché ; c’est le roman auquel pense François,
rue des Arènes, en arrivant dans l’ancienne maison de Paulhan qui
est pour lui « à chier », dit-il – « à chier » étant la nouvelle
désignation du kitsch, dans le tout-venant langagier du peuple post-français,
tout comme François est ici le nom d’une disparition : celle du peuple
françois. Le catholicisme ayant été répudié en même temps que la
langue, restent les « conquêtes sociales », et la foi sentimentale dans
8Richard Millet
le bonheur, autrement dit l’assomption du petit-bourgeois planétaire,
qu’importe s’il a le masque musulman ou athée, pour peu qu’il soit
un consommateur heureux – l’islam étant ici le nouveau nom du
consumérisme pacifié.
Quant à la France comme paysage, les lieux ne sont pas choisis au
ehasard. Paris, le 13 arrondissement, les arènes de Lutèce, et Martel,
Rocamadour, Poitiers, Ligugé, qui fleurent bon l’Ouest et le
SudOuest, plutôt que la Méditerranée appelée au recentrement
islamique. Rocamadour est le cœur mystérieux de la géographie
houellebecquienne, celui d’une France dont l’histoire mystique
demeure lisible grâce au catholicisme, à la littérature, à la musique
– comme dans les émouvantes Litanies à la Vierge noire de
Rocamadour de Poulenc. Les Vierges noires, dont la couleur n’a
aucun fondement théologique, abondent dans le Limousin et
l’Auvergne. Elles sont représentées assises, l’Enfant Jésus sur leurs
genoux. La Vierge noire est la mère absolue, par-delà tout féminisme :
une figure qui évoque et loue le mystère même de la vie,
particulièrement nécessaire en ces temps de procréation assistée, de mères
porteuses, de régulation des naissances, de sexualité obligatoire,
d’égalitarisme idéologique. La méditation de François devant la
Vierge de Rocamadour, où il se retrouve en état d’« hypoglycémie
mystique », et sur le point de croire, comme il avait été sur le point
d’aimer la jeune Myriam avant de céder aux charmes de call-girls,
est le seul moment où quelque chose eût été possible qui aurait
dépassé la ligne de flottaison dépressive du personnage et de la
société française dans son ensemble. Le recours à l’alliance entre Juifs
et catholiques, comme refus de la soumission et comme espoir de
salut collectif ou personnel, est repoussé au profit de la doxa islamique
qui impose ses clichés finalement séduisants, notamment La Trinité
ordre, argent, sexe. Tout est résolu. Le Français, bientôt le Belge, puis
l’Européen, enfin déculturés, peuvent devenir des esclaves heureux.ANGIE DAVID
Le bonheur dans la soumission
Il est de la nature même d’une revue littéraire de s’inscrire dans un
temps légèrement décalé par rapport à celui des médias. Aussi, je ne
me voyais pas écrire la énième chronique sur Soumission, le nouveau
livre-événement de Michel Houellebecq, ou réaliser le énième
entretien avec un auteur qui s’est déjà très largement exprimé sur ce qu’il
a voulu faire, jusqu’au plateau de David Pujadas, où, en guest-star
du JT de France 2, il a été reçu tel un chef d’État. J’ai donc décidé
de le traiter sous l’angle de sa réception par les journalistes, et si je
m’attendais à lire ou entendre un flot de réactions aussi outrées
qu’attendues , je ne pouvais imaginer que l’actualité tragique des 7
et 9 janvier 2015 lui donnerait cette résonance. L’ensemble du
calendrier médiatique entourant la sortie du roman a d’ailleurs
suscité des coïncidences ahurissantes – le week-end des 3 et 4 janvier,
Houellebecq s’affichait en une de Libération le jour où Le Parisien
évoquait, parmi les premiers, l’exil des Juifs français vers Israël ; le
6 janvier, Edwy Plenel, venu promouvoir son manifeste
promusulman, attaquait Soumission, tout en reconnaissant ne pas l’avoir
lu, et invoquait le sempiternel « Grand Remplacement » de Renaud
Camus ; et, bien sûr, la parution du livre le jour de l’attentat contre
Charlie Hebdo, qui venait de sortir son numéro avec, en couverture,
la caricature de Houellebecq – numéro qui, d’occasion, a atteint des
10Angie David
sommes folles sur eBay –, prouvant une fois de plus que les grandes
œuvres produisent autour d’elle une synergie si puissante que le
monde entier en est secoué.
Ce qui m’intéressait était d’observer l’accueil que lui réserverait la
presse de gauche ; si tant est, comme le dit Houellebecq, qu’elle
puisse être autre chose que ce pouvoir consensuel de centre-gauche
qui a porté François Hollande à la présidence de la République.
Houellebecq est leur idole, bien que sa littérature n’ait jamais cessé
de battre en brèche les illusions humanistes de la social-démocratie,
mais ce que j’appelle l’axe France Culture-Télérama-Libération
semblait s’en accommoder fort bien, mettant les phrases non
politiquement correctes de l’écrivain sur le compte de la provocation
branchée, ou d’un délabrement physique et moral à la Artaud.
(Cela me fait penser que, contrairement à l’image, que certains
médias ont essayé de propager, d’un auteur détruit par l’alcool et la
misanthropie, Houellebecq était, dans toutes ses interventions
médiatiques, en grande forme.) Cette fois, sur ce sujet-là, celui de
la place de l’islam en France, il était évident que la plupart des
critiques littéraires seraient gênés aux entournures, mais après les
assassinats perpétrés par des losers devenus des machines à tuer, leur
mauvaise foi devint éclatante.
Je passe donc sur la presse de droite, qui a défendu le livre de
Houellebecq parce qu’il rencontre ses propres points de fixation, mais
aussi, et c’est un comble, parce qu’elle se révèle souvent une tribune
plus ouverte qu’à gauche. Après le rassemblement national du
dimanche 11 janvier, où la foule est venue en masse manifester son
soutien à la liberté d’expression, la violence idéologique de Mediapart
d’un côté, les fallacieux arguments littéraires de L’Express ou de
Marianne de l’autre, ou encore les contournements prudents de
Télérama et des Inrockuptibles (Nathalie Crom ne s’intéresse qu’à la
réflexion de Houellebecq « sur la place du sentiment religieux dans
la modernité occidentale » et Nelly Kaprièlian s’appuie sur la «
sexualisation à outrance » de ses récits), m’ont paru un tantinet douteux.
Il faut dire que tous partagent avec l’ancien rédacteur en chef de
11Critique : à propos de Soumission de Michel Houellebecq
Charlie Hebdo, Philippe Val, cette mentalité laïcarde, qui délimite
sans cesse les frontières de ce que l’on a le droit de dire ou pas
(cf. l’affaire Siné), tout en prônant le droit absolu de tourner en
dérision ce que bon leur semble. Ainsi, il serait interdit, ou disons
malvenu d’écrire des fictions sur ce qui tracasse la population
française, sous peine de faire le lit de nos ennemis, c’est-à-dire le Front
national. Il me semble que des gens censés être les héritiers de la
psychanalyse ne peuvent ignorer que les non-dits et les
refoulements pourrissent tout système de l’intérieur.
Obligé d’admettre qu’un écrivain a le droit de raconter ce qu’il
veut dans ses livres, Edwy Plenel juge les lecteurs de Houellebecq,
en expliquant que lire un auteur islamophobe, c’est comme de lire
Céline, cet antisémite qui a rien moins que révolutionné la langue
française. Houellebecq a dû apprécier le rapprochement, pour ma
part, j’éprouve une certaine angoisse à envisager un monde où ma
conscience ne serait éveillée que par des articles de Mediapart. Dans
la même tribune, Sylvain Bourmeau a annoncé la couleur dès le
2 janvier. Ami et fan de la première heure de Houellebecq, il s’est
retourné contre son « dieu » (scénario assez banal au fond) lorsqu’il
a découvert, horrifié, le propos de Soumission. Pour justifier cette
volte-face, puisque les thèmes qu’il vilipende sont, je l’ai dit, présents
dans l’œuvre de Houellebecq depuis son premier roman (le
désenchantement de l’Occident, le retour inéluctable du religieux dans nos
sociétés laminées par le matérialisme athée, l’économie sexuelle),
Bourmeau utilise deux arguments, qui seront repris partout : primo,
c’est un mauvais livre, deuxio, c’est invraisemblable.
« Roman sec et triste, approximatif, mal documenté, pas dialogique
pour un sou et sans une once de poésie […], Soumission sonne
faux de bout en bout », nous annonce Bourmeau. Un peu plus
modéré, Christophe Barbier reconnaît, dans L’Express, que Houelle -
becq « dit de nous ce que nous ne voulons pas toujours voir », et
pourtant se fend, non seulement d’un jugement définitif sur le plus
célèbre écrivain français vivant (« Houellebecq n’est pas un bon
écrivain »), mais d’une leçon d’écriture. On frôle le burlesque quand
12Angie David
il explique, notamment, qu’un « bon écrivain ne saurait utiliser
[…] “par contre” à la place de “en revanche” » ; je ne pensais pas,
redepuis que j’ai quitté ma classe de 1 L, que j’entendrais ça à
nouveau un jour. Son de cloche équivalent au Monde des livres, de
Jean Birnbaum : « Peu importe que [Soumission] soit de facture
assez médiocre. Non, décidément, Houellebecq ne parle pas pour
ne rien dire. Ce qu’il dit, il le dit, et cela en dit long, malgré tout,
malgré nous, sur nous aussi. » Heureuse que nous soyons d’accord
sur ce point, mais je le suis moins quand il nuance son jugement en
descendant les qualités littéraires du livre, comme l’a fait ensuite
Augustin Trapenard dans le Grand Journal du 12 janvier. Déclarer
que ce roman est raté, même si ce qu’il montre est important, et qu’il
faut préserver la liberté de création à tout prix, jeter le discrédit
littéraire est une censure qui ne dit pas son nom. Son but est de limiter
le succès du livre, sa diffusion, et la propagation d’un état d’esprit
nauséabond, digne d’Éric Zemmour ; et alors là, tout est dit.
En ce qui concerne le deuxième argument, l’invraisemblance, je
pourrais me contenter de répondre qu’il s’agit d’une «
politiquefiction », et non d’un programme ou d’un essai, mais plusieurs des
intuitions de Houellebecq sont en train de se réaliser, et cela apparaît
davantage depuis les événements qui ont ensanglanté Paris. Sans
dresser une liste exhaustive, on peut redonner l’exemple de l’Alya,
cet exode vers Israël qui s’intensifie chaque année depuis l’affaire
Merah, la France apparaissant comme un pays hostile, antisioniste.
François, le narrateur de Soumission, a pour amante Myriam, une
étudiante juive qui quitte la France et le quitte pour suivre sa
famille. Et que dire de la « disparition du rayon casher du Géant
Casino » où François a l’habitude d’aller acheter les plats tout prêts
qui constituent son ordinaire ? Frédéric Bonnaud, sans abandonner
Houellebecq, raille toutefois, dans son édito des Inrockuptibles du
7 janvier, la possibilité de la « réélection – imaginée dans Soumission,
i-ma-gi-née – de François Hollande en 2017, contre Marine Le Pen
au second tour ». Après ce deuxième mandat, dans sept ans,
la France, définitivement anéantie, élirait à la présidence le parti de
13Critique : à propos de Soumission de Michel Houellebecq
la Fraternité musulmane. Comme personne ne peut nier que Marine
Le Pen a de fortes chances d’être au second tour au prochain
scrutin, Bonnaud semble considérer comme improbable que
Hollande soit encore dans la course, mais c’est sans compter sur les
circonstances. Après avoir réuni une cinquantaine de chefs d’État
autour de lui à la manifestation « Je suis Charlie », Hollande a tout
de suite été réhabilité dans la presse de gauche. Il avait, selon
Libération du 12 janvier 2015, « retrouvé une légitimité et s’était
replacé au centre du jeu ».
Pour ce qui est d’une alliance « UMPS » avec la Fraternité musulmane,
parti du futur président Mohamed Ben Abbes, afin d’éviter « la
seule vraie menace qui plane aujourd’hui sur la République » (dixit
Kaprièlian), je dresse un parallèle avec ceux qui appellent à la défense
d’un islam modéré et qui découvrent en même temps le tweet de
JeanMarie Le Pen : « Keep calm and vote Le Pen » – avec une photo de
Marine souriant qui, il faut avouer, fait froid dans le dos. L’hypothèse
de l’arrivée au pouvoir de Ben Abbes n’est peut-être pas si farfelue,
il suffit d’être capable de se représenter un système différent de celui
qu’on a toujours connu, et de ne pas s’aveugler comme l’avaient fait
« les intellectuels, politiciens et journalistes des années 1930 –
unanimement persuadés qu’Hitler “finirait pas revenir à la raison” ». Au sujet
de l’entente fondamentale entre les identitaires et les islamistes
(hybride incarné par le professeur Rediger, qui convertit le narrateur)
sur « le rejet de l’athéisme et de l’humanisme, sur la nécessaire
soumission de la femme, sur le retour au patriarcat », le massacre
perpétré contre Charlie Hebdo donne une fois de plus raison à
Houellebecq. Ce n’est pas Zemmour, Camus ou Soral qui ont été
attaqués, mais les chantres de la République multiculturelle.
Ce constat est à rapprocher d’une autre tartufferie, que Sylvain
Bourmeau, s’exprimant avant les attentats, n’a pas manquée : « La
semaine précédant l’écriture de cet article, il a suffi à chaque fois de
quelques heures pour que le prisme islam soit privilégié par les
médias et les responsables politiques, lorsqu’il s’est agi d’informer à
propos de trois événements survenus à Dijon, Joué-lès-Tours et
14Angie David
Nantes. Quelques jours plus tard, le prisme “faits divers” (paraissait)
s’imposer, et la coloration islam s’estomper radicalement. » Ainsi, les
agresseurs seraient seulement des déséquilibrés isolés (ce qui
reviendrait à dire que les Français qui partent décapiter des mécréants en
Syrie sont sains d’esprit), se revendiquant de l’Islam comme un tic
d’époque. Ces types avaient pourtant expressément lancé avant leur
assaut : « Allah akbar ». À Charlie Hebdo, les frères Kouachi, afin de
dissiper tout malentendu, ont d’ailleurs pris le temps de clamer haut
et fort qu’ils avaient tué au nom du prophète Mahomet, avant de
se sauver. Cette forme d’étouffement du danger, de minimisation de
la guerre que nous déclarent les islamistes rappelle les jours qui
précèdent l’élection de Ben Abbes, où les medias taisent, afin d’éviter
la panique collective, les affrontements qui ont lieu. De nombreux
journalistes ont levé les yeux au ciel : jamais ils ne failliraient à leur
mission, qui est d’informer le peuple français. Autre trouvaille de
Houellebecq : le « mouvement antiraciste a réussi en interne à
l’emporter sur sa mouvance laïque » (la défense des musulmans
l’emporterait sur la laïcité, justifiant, par exemple, le port du voile
à l’école). Bourmeau refuse d’y croire, les antiracistes sont les laïcs.
Quand, après ce qui s’est passé début janvier, Libération se précipite
pour solliciter l’opinion des jeunes de banlieues, ils recueillent :
théorie du complot, aggravation de l’islamophobie, stigmatisation
de tous les Coulibaly, nom très répandu chez les Africains… Ce refus
très net de partager le deuil national ne leur est pas reproché, ce n’est
pas de leur faute, c’est à nous, là encore, de nous fustiger. Et comme
on n’est plus à une contradiction près, on censure Dieudonné,
adulé dans les « quartiers » parce qu’il parle pour eux.
Je pourrais continuer à énumérer d’autres coïncidences troublantes,
comme la place avant-gardiste qu’occuperait la France dans cette
guerre entre l’Islam et l’Occident, ce qu’a révélé le mouvement
« Charlie », mais j’aimerais en venir au sujet, selon moi, le plus
délicat, celui de la place de la femme dans ce nouvel ordre mondial
– que Houellebecq juge, de son point de vue, confortable et
satisfaisant. Philippe Lançon a capté le premier cette subtilité d’un
15Critique : à propos de Soumission de Michel Houellebecq
islam soft, pour ne pas dire cool. « Une France sans juifs et sans
femmes libres dans l’espace public relève désormais du “soft” et du
“cool” », s’insurge Éric Conan dans Marianne. Mais alors, l’islam
peut-il être modéré, oui ou non ? Car la soumission de la femme,
la polygamie sont la base de cette religion, même dans une forme
sécularisée. Houellebecq imagine que les femmes accepteraient sans
trop de résistance de perdre leur liberté et leur autonomie,
s’appuyant, pour cela, sur celles qui, en France, se radicalisent ou se
convertissent. La protection d’un homme offre une famille aux
filles qui ont grandi en foyer, comme Hayat Boumeddiene, et la
possibilité de structurer un homme à la dérive, en lui apportant des
pères, des frères et des oncles, donne aux autres le sentiment d’être
utiles. À l’inverse de ceux qui ont vu dans Soumission une prophétie
islamophobe, je suis justement inquiète de ce désir, ou de cette
résignation du narrateur à l’islam. La dernière phrase du roman, au
conditionnel, insinue d’ailleurs que nous pourrions regretter d’avoir
renoncé à ce que nous sommes. Après Ben Abbès, dont on ne
connaît que les débuts politiques, que se passerait-il ? Essaierait-il de
lutter contre les pressions des Émirats qui, en échange de l’injection
massive de pétrodollars, imposeraient l’établissement de la charia ?
La perspective d’être l’esclave sexuelle d’un pauvre type (reste à
espérer que les hommes soient, comme François, au bout du rouleau,
avec un appétit érotique très mesuré en regard de leur quête
métaphysique), puis sa bonniche, n’est guère réjouissante – Houellebecq avoue
que ce système lui conviendrait à lui et à quelques autres, mais pas
à tous. Et je ne suis pas sûre qu’à l’image de ce vieux guide javanais,
aussi sage qu’irrésistible, que j’avais rencontré avec ma mère quand
nous étions allées visiter les temples hindous de Yogyakarta, qui nous
avait expliqué avoir renoncé à la polygamie parce que, toute sa vie,
il n’avait aimé que sa femme, les hommes s’empêcheront de nous
utiliser intégralement.
Emmanuel Carrère (qui abordait lui aussi, dans Le Royaume, ce
retour du religieux, mais d’une façon plus personnelle), dans la
belle analyse qu’il a consacrée à Soumission pour Le Monde des livres,
16Hafid AGGOUNE, romancier.
Lilian AUZAS, romancier.
Mounir BELHIDAOUI, critique littéraire.
Lucille BION, étudiante en lettres modernes appliquées.
Clément BOSQUÉ, agrégé d’anglais, romancier, critique littéraire et
directeur d’établissement social.
Morgan CARIOU, aphoriste.
Thibault COMTE, étudiant en lettres.
Fabrice DEL DINGO, romancier et critique littéraire.
Jérôme ENEZ-VRIAD, romancier et critique littéraire.
Armelle FAVRE, étudiante en lettres et en philosophie.
Guillaume FÉDOU, chanteur et romancier.
Kevin JULIAT, bloggeur critique littéraire et romancier.
Marie-Magdeleine LESSANA, psychanalyste, auteur et essayiste.
Emmanuelle MAFFESOLI, romancière.
Jean-Baptiste SCIEUX, romancier.
Camille TENNESON, journaliste free-lance.
Myriam THIBAULT, romancière.
Alexandra VARRIN, romancière.
Alexandre WÄLTI (suisse), étudiant en langues et journaliste.

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