La situation de la France et les réformes nécessaires / par le général de Wimpffen

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A. Le Chevalier (Paris). 1873. 1 vol. (108 p.) ; in-18.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1873
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LA SITUATION
DE
LA FRANCE
ET LES
REFORMES NECESSAIRES
PAR
Le Général de WIMPFFEN
Prix : 1 fr. 50 c.
PARIS
ARMAND LE CHEVALIER, ÉDITEUR
61, RUE DE RICHELIEU, 61
1873
Tous droits réservés
LA SITUATION
DE LA FRANCE
ET LES
RÉFORMES NÉCESSAIRES
IMPRIMERIE MODERNE, rue Jean-Jacques-Rousseau, 61
(BARTHIER, Directeur).
LA SITUATION
DE
LA FRANCE
ET LES
REFORMES NECESSAIRES
PAR
Le Général de WIMPFFEN
PARIS
ARMAND LE CHEVALIER, ÉDITEUR
61, RUE DE RICHELIEU, 61
1873
Tous droits réservés
PREMIÈRE PARTIE
PREMIERE PARTIE
De l'esprit des partis. — L'armée comme moyen de répres-
sion. — Action à modérer. — Tentatives de réformes. —
Instruction publique. — Service obligatoire.
Appelé, par mon grade et sur une lettre du mi-
nistre de la guerre, à prendre le commandement de
l'armée à la bataille de Sedan, la blessure reçue par
le maréchal de Mac-Mahon l'ayant mis hors de
cause, je dus subir les conséquences de cette journée
malheureuse, quoique honorable pour nos armes,
notre lutte contre des forces bien supérieures ayant
duré de quatre heures et demie du matin à six heures
du soir.
A mon retour de captivité, un conseil d'en-
quête dépréciant les qualités militaires d'un chef
n'ayant pas moins de quarante années de bons et
loyaux services, je demandai ma mise à la retraite,
comme seule protestation qu'on ne pût me con-
tester. Je quittai les rangs de l'armée avec regret,
je l'avoue , ma vie s'étant presque entièrement
écoulée dans les camps ou à la guerre.
Retiré en Algérie, je trouvai dans cette colonie
que j'aime, la résignation et le calme qui m'étaient
nécessaires ; je me mis ensuite à parcourir des con-
trées de l'Europe que je connaissais peu, et ren-
trai enfin en France, à Paris.
A peine arrivé dans notre capitale, plusieurs jour-
naux déclarèrent que j'étais déterminé à vivre loin
des affaires politiques ; j'ai protesté et affirmé que,
au contraire, je m'en préoccupais ; ce que je prouve
en publiant ma manière de voir sur notre situation
actuelle.
Dans la nouvelle et modeste position que je me
suis volontairement faite, dégagé de tout intérêt per-
sonnel, n'ayant d'autre désir que de voir ma patrie
se relever de ses désastres, j'ai cherché à me rendre
consciencieusement compte des efforts de nos
hommes d'État tendant à replacer, autant que pos-
sible, la nation au rang qu'elle venait de perdre.
J'ai constaté combien la tâche était difficile, et il
m'est arrivé d'applaudir aux succès obtenus par nos
gouvernants. Si parfois des mesures ne m'ont point
satisfait, j'ai été souvent disposé à l'indulgence en-
vers leurs auteurs, en raison des obstacles à sur-
monter. Mais, d'autre part, je suis porté à en ac-
cuser quelques-uns d'être trop du temps passé et
de ne pas savoir assez tenir compte des exigences,
ainsi que des besoins actuels de la France.
L'esprit de parti l'emporte souvent, et tout sys-
tème exclusif présente de grands périls.
Le progrès le plus complet obtenu dans notre ré-
organisation, est celui qui concerne l'armée, et
encore n'a-t-on pas procédé d'une façon suffisam-
ment nationale. Les règles adoptées sont dues à
deux causes : la première, prouver à nos ennemis
que nous avons pu reconstituer promptement des
troupes nombreuses et disciplinées; la deuxième,
nous assurer une force à opposer aux résistances
qui se manifesteraient contre le pouvoir établi.
Cette dernière considération attriste, car elle
prouve le manque de confiance des gouvernants
dans l'impulsion donnée, par eux, à une popula-
— 10-
tion trop peu instruite de ses droits pour savoir,
au besoin, les exiger par des démonstrations d'un
caractère pacifique.
Or, l'armée utilisée comme moyen répressif pré-
sente, pour les institutions d'un pays, de graves
dangers : celui de servir d'appoint à une ambition
personnelle et celui de faire défaut à un pouvoir
comptant trop sur son dévouement ; notre histoire
en fournit plusieurs exemples.
Est-il possible de porter remède à cette action
trop directe des troupes dans nos affaires inté-
rieures ? Je le pense. Les moyens ne manquent pas
pour modérer les impatiences de certaines classes,
les amener à se résigner, aider ainsi à la marche des
institutions, assurer la tranquillité du pays, et
contribuer parfois à sa grandeur.
La Russie se développe chaque jour en étendue
et en puissance, tout en restant attachée à l'un des
pouvoirs les plus despotiques. Ses classes diri-
geantes, façonnées à la pensée d'une suprématie à
venir sur l'ancien monde, forment de ces peuples
divers un faisceau que rien ne semble devoir
briser.
Comme pendant à ce tableau, les Etats-Unis,
peuple nouveau s'accroissant d'une façon vertigi-
neuse, n'en restent pas moins, dans toutes leurs ag-
— 11 —
glomérations d'origines différentes, passionnés pour
leur constitution républicaine et fédérative. C'est
avec raison, car celle-ci facilite, sous forme d'États,
l'annexion successive de l'Amérique du Nord. Cette
confédération, maîtresse de rives d'un développe-
ment immense sur les deux grands Océans, se sent
marcher vers la domination des mers ; elle pressent
qu'elle imposera un jour à toutes les nations les
produits de son vaste territoire et d'une industrie
grandissant tous les jours.
L'idée de se soustraire à la domination autri-
chienne a poussé le peuple italien à faire taire des
rivalités locales et à renvoyer ses souverains pour
ne former qu'une seule nation se personnifiant dans
Rome capitale, ville aux grands souvenirs et impo-
sant, chez cette fraction de la race latine, une forte
unité, l'amour des armes et la pensée de grandir
encore, même au détriment de la France qui l'a
tant aidée.
La volonté de ne plus être à la merci de puissants
voisins, a créé l'unité allemande autant qu'ont pu le
faire, dans l'intérêt de la Prusse, le génie de ses
souverains et nos fautes.
Sachons, à notre tour, convaincre notre pays
que nous marchons avec énergie vers un but na-
tional, et que, pour l'atteindre, nous saurons pro-
— 12 —
céder à de sérieuses réformes, à la bonne réorgani-
sation de toutes nos forces; toutes les classes s'em-
presseront alors de suivre l'impulsion donnée par
nos hommes d'État. Il n'y aura plus ainsi que
d'éphémères agitations, faciles à réprimer par les
autorités civiles et les milices locales. On n'aura
plus à concentrer sous Paris et Lyon les effectifs
de neuf corps d'armées, sur les dix-huit à répartir
sur l'ensemble de notre territoire; mesure répres-
sive fâcheuse qui présente, en outre, le danger de
laisser trop peu de troupes dans les autres circon-
scriptions régionales pour recevoir et instruire les
réserves, ce qui rend inapplicable, dans sa partie
principale, la loi militaire dernièrement votée.
Cette concentration dangereuse en certains mo-
ments, ainsi que je l'ai indiqué, est inutile lorsque
le pouvoir sait satisfaire aux besoins matériels et
moraux d'un pays. A-t-on eu à maintenir une
armée sous les murs de Paris et de Lyon, afin d'y
comprimer des agitations, durant nos guerres de
Grimée, d'Italie et à nos débuts contre la Prusse ?
Ces villes, au contraire, n'ont nécessité aucune pré-
caution de ce genre.
J'ai dit que, en dehors de l'armée, aucune mo-
dification sérieuse n'avait été tentée, j'en excepte
cependant les impôts qu'on a créés ou augmentés,
— 13 -
afin de solder la rente d'une dette énorme et les
exigences de dépenses courantes qu'on a trop peu
cherché à diminuer.
En jetant un coup-d'oeil sur nos diverses admi-
nistrations nous voyons, en effet, peu de tentatives
économiques et les budgets plutôt accrus qu'amoin-
dris.
La décentralisation devait contribuer à réduire les
rouages compliqués et parfois inutiles d'une coûteuse
administration centrale ; à peine de timides essais
ont-ils été tentés, qu'on semble rejeter ce qui a été
fait. Cependant il convient de remarquer qu'en
présence du sentiment d'examen et de critique qui
commence à se répandre partout en France, le pou-
voir devrait être intéressé à diminuer sa responsa-
bilité et les charges qu'impose son administration.
Pourquoi ne pas accorder aux départements et aux
communes le droit d'être davantage les maîtres de
leurs intérêts particuliers, par conséquent de la
partie administrative qui les concerne, leur laissant
le soin de trouver les procédés les plus économiques
pour y satisfaire?
La commission de la guerre, chargée de présenter
à l'Assemblée nationale la loi sur l'armée, déclare
que la décentralisation est même un besoin en ce qui
concerne les troupes. Elle dit :
— 14 —
« La division du travail est une des conditions
« essentielles du progrès des sociétés modernes.
« Notre commission, messieurs, vous propose d'en
« faire l'application à notre organisation militaire,
« en détachant de l'administration centrale de la
« guerre une partie de ses attributions, pour les
« transporter aux généraux commandant les corps
« d'armée. On peut gouverner de loin, mais on
« n'administre bien que de près. »
Cette réforme s'impose plus encore aux services
civils.
MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR
Le gouvernement était entré dans cette voie de
décentralisation en laissant aux communes, au-
dessous de 40,000 âmes, le soin d'élire leur maire;
il est question de leur enlever cette prérogative. On
redoute que ces maires élus montrent trop d'indé-
pendance en ce qui concerne l'administration de
leur commune. Si leurs pouvoirs sont trop étendus,
s'ils ont besoin d'un contrôle ou même d'approba-
tion pour certains de leurs actes, ne pourrait-on
confier cette mission aux conseils généraux, sortes
de petits parlements ? Mais ces conseils et leurs com-
— 15 —
missions chargées de surveiller la bonne et prompte
direction des affaires des départements sont accusés,
à leur tour, de vouloir jouer un rôle trop considé-
rable et de nuire à la liberté d'action des préfets.
Les sous-préfets, considérés sous l'Empire
comme des intermédiaires plus nuisibles qu'utiles
entre les populations et les préfets, comme agents
électoraux souvent maladroits et dont la suppres-
sion économique était à l'ordre du jour, paraissent
être, maintenant, rentrés en faveur. Au soin que
le pouvoir actuel met à les choisir, on les croirait
devenus indispensables, et ce qu'on semble exiger
d'eux donnerait à penser qu'ils se montreront au
moins plus habiles, quant à la politique de
combat.
MINISTÈRE DES TRAVAUX PUBLICS.
Si nous examinons un des services intérieurs,
nous remarquons que les chemins de fer, établis
et administrés par des agents n'appartenant point
à l'Etat, absorbent aujourd'hui la plus grande part
de la viabilité de la France. Cette situation n'in-
dique-t-elle pas que le moment est venu de modi-
fier l'organisation des ponts et chaussées, aussi
considérable qu'aux époques où nos voies princi-
pales supportaient tous les transports ? Combien
de ces routes dites nationales sont presque aban-
données ou ne rendent que des services secon-
daires permettant de les classer au nombre des
chemins à surveiller et à entretenir par les dépar-
tements et les communes. En les leur livrant, on
obtiendrait une diminution du personnel soldé par
l'Etat et souvent une économie dans l'entretien, les
marchés passés par les services généraux étant ra-
rement conclus en temps opportun et par des agents
pouvant redouter les conséquences des critiques
locales.
MINISTERE DES FINANCES.
En considérant l'action si puissante de la Banque
de France dans ses rapports avec les particuliers
et l'État, et le rôle considérable qu'elle vient de
remplir dans nos emprunts, n'y a-t-il pas à s'en
servir pour la perception des impôts et les dépenses '
à effectuer? Grâce à ses succursales établies dans
nos centres un peu importants et l'emploi des che-
mins de fer, rendant les communications si faciles,
ne peut-on se contenter d'agents inférieurs des
— 17 _
finances pour verser dans les succursales les fonds
encaissés par eux, et y toucher ceux nécessaires
aux paiements qui leur sont confiés?
Cette innovation aurait l'avantage de supprimer,
ou tout au moins de diminuer, les emplois plus
onéreux qu'utiles de trésoriers payeurs ou géné-
raux, receveurs particuliers, etc., etc.
MINISTÈRE DE LA JUSTICE.
La magistrature ne pourrait-elle aussi subir
quelques réductions? Le nombre des tribunaux,
un par arrondissement, n'est-il pas reconnu de
beaucoup trop considérable pour celui des affaires ?
MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE.
Les discussions relatives à l'instruction obliga-
toire, constamment remises, ne donnent-elles pas
à supposer que nos législateurs hésitent à fixer
les règles à suivre pour répandre dans les masses
le savoir qui leur manque ? Il est cependant urgent
de les élever, au moins, au niveau d'instruction
que possèdent les catholiques et les protestants
habitant nos frontières du nord et de l'est.
_ 18 —
L'instruction obligatoire nécessite de nombreuses
écoles, et le budget actuel de l'Etat, ainsi que ce-
lui des communes, ne peuvent satisfaire à l'entre-
tien de celles existant et à l'édification de celles
à créer.
La condition de non gratuité s'impose donc à
l'égard des familles en état de fournir une rétri-
bution , sans redouter de leur part un droit d'ap-
préciation, qu'on a tenu jusqu'ici à laisser dans
son entier au gouvernement. Il importe, en outre,
à notre avis, que les fonds provenant des familles,
dès communes et même de l'Etat, soient assez
considérables pour que les maîtres d'écoles aient
un revenu leur permettant de se consacrer à leurs
élèves sans autres préoccupations. Procédé qui se-
rait, du reste, avantageux à l'Etat, en ce qu'il trans-
formerait des hommes mal rétribués et mécontents
en conservateurs, inculquant leurs nouveaux prin-
cipes à ceux qu'ils enseignent.
Ce sujet est trop important et occupe une trop
grande place dans nos réformes à venir pour que
je ne reproduise pas quelques-unes de mes obser-
vations prises à l'étranger :
« En Allemagne, l'instruction est obligatoire et
non gratuite. Les chefs de familles subviennent
aux dépenses qu'elle exige. Une contribution est
— 19 —
imposée par enfant et ne s'élève généralement pas
au-dessus de deux francs par mois. Dans les villes
de plus de 6,000 âmes, cependant, la contribution
atteint le chiffre de trois francs. Elle diminue en
raison du nombre d'élèves qu'une famille envoie
aux écoles primaires, et aussi en raison des res-
sources de chacun. L'impôt descend quelquefois
jusqu'à soixante ou soixante-dix centimes, sommes
égales à celles payées par la commune ou par le
canton pour les gens dénués de toutes ressources.
« J'ai visité avec soin un grand nombre de ces
écoles ; je les ai trouvées toutes spacieuses et tou-
jours en rapport avec le nombre d'enfants qu'on
doit y recevoir. Elles possèdent des locaux aérés et
un jardin. Le mobilier est convenable.
« Les livres, les cartes, le papier et les autres
fournitures sont aux frais des parents aisés, aux
frais de la commune pour les enfants pauvres.
Celle-ci paie les maîtres, les sous-maîtres et les
aides, avec les fonds provenant de l'impôt prélevé
sur les familles.
« Lorsque, dans les écoles primaires, les recettes
dépassent les dépenses, les excédents sont capita-
lisés et reversés sur d'autres établissements de
même nature. De sages règlements fixent les dé-
penses et les maintiennent dans des limites dont on
— 20 —
ne s'écarte jamais, donnant tout à l'utilité, rien au
luxe. Le budget de l'Etat ne vient en aide à celui
des écoles que là où les centres de population,
trop peu nombreux, ne peuvent pourvoir à tout.
Des élèves pauvres, se destinant à l'instruction
publique et reconnus dignes d'entrer dans les écoles
normales, y sont admis gratuitement ; mais si l'in-
dividu objet de cette faveur vient à démériter et à
être révoqué, pour une cause quelconque, de son
fait, il est condamné à rembourser à l'Etat la dé-
pense occasionnée par lui.
« On peut entrer dans la carrière de l'instruction
sans passer par les écoles professionnelles. Beau-
coup de candidats ayant étudié dans les institutions
libres ou ayant suivi des cours particuliers, sont
admis également à subir les examens exigés pour
le professorat. Ces candidats venus de tous les
points de la contrée, forment une concurrence sé-
rieuse aux élèves des écoles normales, source véri-
table d'émulation.
« Si les habitants sont de différents cultes, ils sont
autorisés à fonder une école confessionnelle. Dans
ces contrées point d'écoles neutres, toutes sont
confessionnelles, mais toutes sont soumises au con-
trôle des académies
« Les religieuses sont, en pays protestants, auto-
— 21 —
risées à tenir des écoles de filles. Elles sont rétri-
buées par les communes. Ces religieuses sont
très-instruites et soumises, comme tous les maîtres,
sous-maîtres et aides laïques, aux examens et au
contrôle des académies. »
ISTERE DE LA GUERRE.
En même temps que l'instruction obligatoire,
une autre nécessité s'impose à la France ; celle de
lui créer une force armée nombreuse, disciplinée et
instruite, de plus constituée dans des conditions
économiques. L'organisation militaire actuelle est
un progrès incontestable, par rapport à ce qui
existait avant nos désastres ; mais, malgré la capa-
cité de ceux qui en ont arrêté les bases, elle est
incomplète et ne présente point la suppression de
dépenses peu utiles, ce que réclame d'une manière
absolue notre état financier. Il semble qu'elle est le
produit d'un travail rapide, non suffisamment étudié,
et de la crainte de faire de notre nation une armée.
Le service obligatoire doit être dégagé de trop
nombreuses exceptions susceptibles d'abus, tout
citoyen devant à la patrie son temps, son sang et
sa vie. Il ne devrait y avoir d'autre exception que
- 22 —
celle concernant les incapables de porter des armes,
par suite d'infirmités morales ou physiques, et cela
pendant le temps que durent ces infirmités.
Comme recrutement on laisserait à tort, en dehors
de cette loi, les gens ayant subi des condamnations ;
ce bénéfice deviendrait un encouragement au mal.
Ces hommes, plus ou moins en révolte contre la
société, peuvent être employés comme discipli-
naires, ou comme soldats dans nos colonies, suivant
des conditions particulières.
Le régime qui leur serait appliqué et la satisfaction
pour eux de payer aussi leur dette au pays, en
amélioreraient peut-être quelques-uns.
Les communes auraient à venir en aide aux
familles nécessiteuses, durant le temps passé au
service par leurs enfants.
Toutes les catégories demandant à ne rester
qu'un temps de service très-limité, dans nos camps
et garnisons, auraient à faire preuve d'une sérieuse
instruction militaire.
Enfin, au jour d'une déclaration de guerre, il
faudrait trouver instruits, organisés et prêts à mar-
cher ou à combattre, les diverses classes de citoyens,
suivant la spécialité de chacun.
Une organisation militaire appelée à faire passer
dans l'armée active tous les citoyens, ne doit com-
- 23 —
porter que le temps indispensable à la connaissance
des devoirs à remplir, durée d'autant moins longue
que les habitants d'un pays se montrent plus in-
telligents et plus faciles à instruire.
Or, trois années suffisent aux Allemands, pourquoi
en exiger cinq en France ? La première année est
acceptée avec résignation par l'homme qui regrette
son foyer, la seconde année l'absorbe encore par les
mille travaux qu'on lui impose, la troisième com-
plète son instruction et est pour le fantassin bien au
delà de ce qui lui est nécessaire. Les quatrième et
cinquième années consacrées, de par la loi, à un
travail que sait le soldat, lui font trouver la besogne
fastidieuse, le conduisent à l'ennui, à la paresse, à
l'oubli de ses premiers travaux et souvent à la dé-
bauche. Le seul but obtenii par cette prolongation
est de porter un nombre trop considérable de sol-
dats à ne plus vouloir d'autre existence, et de leur
faire oublier tout autre désir d'être utiles à la
société.
Les Allemands, dans le but de faciliter l'instruc-
tion militaire et pour n'y consacrer que le moins de
temps possible, ont imposé à la jeunesse, jusqu'à
l'âge de la conscription, l'étude des théories et leur
application.
Nous devons, à notre tour, ne pas nous contenter
— 24 —
de quelques écoles où se font les exercices avec plus
ou moins de soins et où, dans d'autres, on refuse
l'usage des armes envoyées par le gouvernement,
sous prétexte du mauvais esprit des élèves. Il faut
savoir exiger dans toutes les communes et dans toutes
les écoles l'étude des choses militaires et savoir en
fournir les moyens d'exécution.
Cette prescription était obligatoire sous Charles V,
à l'époque où les Anglais couraient en vainqueurs
presque toute la France. Ne saurions-nous plus
répondre à une exigence aussi patriotique ?
DEUXIÈME PARTIE
DEUXIEME PARTIE
ORGANISATION DES FORCES DE LA FRANCE
Armée active. — Première réserve. —Seconde réserve. —
L'Algérie dans les mêmes conditions militaires que les
autres colonies. — Rôle à remplir pour les commandants
militaires des corps d'armée et les généraux commandant
les corps régionaux. — État de siège. — Force militaire
pour la sécurité à l'intérieur.
Je n'ai pas l'intention d'entrer dans tous les dé-
tails que nécessite la constitution d'une force armée,
assurant à la France cette suprématie militaire que
les derniers événements viennent de lui faire
perdre.
Le cadre de mon travail m'engage à ne présenter
que d'une manière générale, la composition des
divers groupes appelés à concourir à notre tran-
— 28 -
quillité intérieure et à assurer, en temps opportun,
notre action politique.
Je désirerais d'abord, comme je l'ai déjà dit, la
loi de recrutement pour tous, et afin d'en rendre
l'application moins pénible, réduire la durée du ser-
vice à trois années, période suffisante pour donner
une sérieuse instruction militaire. Je pense que l'on
devrait accorder certains avantages aux hommes ap-
partenant à des catégories déterminées par nos lois,
et ne leur fixer, comme limite de temps à passer
dans les rangs de l'armée, que celui qu'il leur faut
pour apprendre à y être utilement employés, les au-
torisant ensuite à retourner à leurs études ou à leurs
fonctions.
Cette mesure serait d'autant plus facile à prendre
sur une échelle en rapport avec l'effectif adopté
pour l'armée active, que l'instruction militaire
aurait été développée, dans toutes les classes de
notre société, avant l'appel sous les drapeaux.
J'ai vu, chez nos voisins, des enfants se former
en colonne et en bataille avec une régularité par-
faite, munis de petits bâtons dont ils se servaient
comme de fusils ou de sabres, simulant la charge
et les feux, puis frappant de la pointe et du tran-
chant.
J'ai assisté aux manoeuvres exécutées par des
- 29 -
élèves plus âgés, marchant au son du tambour, ar-
més de fusils en bois, ou même d'armes réelles. En-
fin, une pension, voisine de ma demeure, éveillait
souvent l'attention douloureuse d'un prisonnier par
des décharges de petits canons dont on étudiait avec
eux les moindres détails ; preuves évidentes du soin
avec lequel on développe les connaissances mili-
taires chez ces futurs soldats.
C'est ainsi que nos voisins initient leur jeunesse
à tout ce qui a trait à la guerre, qu'ils arrivent à
pouvoir dispenser d'un stage prolongé de nouvelles
réserves, même à les faire passer sans transi-
tion des établissements scolaires dans la réserve
ou landwher, et qu'ils délivrent à ceux d'une supé-
riorité d'instruction militaire incontestable, des bre-
vets de sous-officiers ou d'officiers.
Suivons ce procédé pratique, il rendra à nos con-
citoyens, si intelligents, le savoir et les qualités
militaires qui leur ont fait défaut lors de notre der-
nière guerre, au point de laisser supposer à nos en-
nemis que notre nation manquait de patriotisme.
Il faut que le gouvernement déclare comme
obligatoire, dans toutes nos écoles, l'étude des con-
naissances militaires, théoriques et pratiques, pro-
pres à faire des élèves, des soldats suffisamment
instruits, et qu'il décide que ce travail sera encou-
- 30 —
ragé à l'égal des autres sciences, et formera un ap-
point indispensable aux titres que procure un
complet enseignement.
En attendant que l'instruction générale devienne
obligatoire, il convient, dès à présent, de prescrire
que dans toutes les communes la jeunesse de quinze
à vingt ans s'exercera, à des époques régulières,
au maniement des armes et aux manoeuvres. Elle y
acquierra une connaissance plus ou moins dévelop-
pée des exercices, l'idée d'une subordination néces-
saire, et, en outre, le sentiment que le premier
des devoirs à remplir, de l'âge de raison à la vieil-
lesse, est celui de concourir a la défense de la
patrie.
Chaque arrondissement aurait un champ de tir où
serait convoquée la population, où les meilleurs ti-
reurs recevraient une récompense. Quant aux in-
tructeurs à trouver, il est peu de localités qui n'aient
des officiers ou des sous-officiers retirés, lesquels
tiendront à honneur de se consacrer à ce devoir
national.
Du reste, le gouvernement pourrait envoyer des
sous-officiers et officiers de la partie active dans les
communes qui en manqueraient.
La force armée, destinée à marcher en cas de
guerre, devrait comprendre trois catégories :
— 31 —
La première, formée d'hommes restant trois an-
nées sous les drapeaux, aurait, en temps de paix,
l'effectif le moins considérable possible. Le recrute-
ment s'en opérerait par régions et non, comme l'a
décidé la Chambre, sur l'ensemble du pays, parce
qu'il convient d'éviter aux contingents ayant achevé
leur service et rappelés comme appartenant à la
première partie de la réserve, l'inconvénient d'être
dirigés sur des compagnies ou escadrons où ils
n'auraient aucune attache, soit comme camarades,
soit comme chefs. Il importe qu'en arrivant, ces
hommes, convoqués en raison de graves circon-
stances, soient réconfortés par la vue d'officiers
qu'ils ont appris à connaître et qui les ont soumis
aux lois d'une sévère discipline.
La cause qui a fait décider que le recrutement au-
rait lieu sans distinction de régions a été toute de
politique intérieure. On a tenu à éviter que des
corps d'armée fussent entièrement composés
d'hommes provenant de circonscriptions entachées
d'idées trop avancées.
Cette mesure est loin d'avoir la valeur qu'on y at-
tache, puisque, à des époques difficiles, ces hommes,
dispersés au début de leur service, sont appelés à ne
former plus tard qu'une même troupe. Évitons
donc des opérations différentes dont l'une ne repose
— 32 —
que sur des appréhensions que des procédés à la
fois intelligents et énergiques rendraient illu-
soire.
Un gouvernement répendant l'instruction dans
toutes les classes, se montrant préoccupé de leurs
intérêts, indiquant le but à atteindre, n'aura pas à
redouter des manifestations politiques et moins en-
core le petit nombre de mécontents que rien ne peut
satisfaire.
La France, malgré les révolutions survenues de-
puis 1789, est moins révolutionnaire que ne la font
des hommes de parti. Elle se laisse volontiers di-
riger, commander même, mais elle a trop d'initia-
tive, de perspicacité, pour supporter indéfiniment un
pouvoir exclusif et se croyant infaillible.
La première révolution a été due à des abus
d'une trop longue durée et au besoin d'une plus libé-
rale répartition du sol et des charges.
Elle fut terrible.
Les autres ont été la conséquence de prédilections
indisposant certaines classes, et de beaucoup d'im-
prévoyance. Un peu moins de confiance dans les
forces répressives, une étude plus approfondie des
besoins de tous, pouvaient contribuer à maintenir
les pouvoirs qui sont tombés. C'est donc plutôt
l'impéritie des gouvernements qu'il faut accuser de
— 33 -
leur chute, que l'amour du changement chez leurs
administrés.
ARMEE ACTIVE
L'armée sous les drapeaux, en temps de paix,
pourrait ne s'élever qu'à 350,000 hommes, au lieu
de 450,000, chiffre adopté par la Chambre. La par-
tie active, telle que je la conçois, serait d'un effec-
tif plus réel que celui qui existe, en adoptant des
modifications et réductions sur des corps inutiles en
temps de paix, et que j'indiquerai plus loin.
Cette armée se concentrerait dans des camps pour
y manoeuvrer deux ou trois mois de l'année ; elle y
recevrait les hommes de la première portion de la
réserve, venant chercher dans ses rangs des habi-
tudes d'ordre et d'obéissance.
Les corps de l'armée active iraient ensuite occuper
des garnisons dont on diminuerait le nombre le plus
possible, tant dans un intérêt d'économie que de fa-
cile surveillance de la part des chefs de troupes.
Ces troupes, tout en restant dans une circon-
scription régionale, n'occuperaient point des rési-
dences fixes, le soldat- devant être façonné aux
déplacements.
— 34 -
La première portion de la réserve destinée à
renforcer l'armée active se composerait :
1° Des hommes qui, après leur appel, séjourne-
raient peu ou point dans l'armée active, comme
suffisamment instruits.
2° Des hommes libérés après trois années de
service.
3° Enfin de tous les citoyens n'ayant point dé-
passé leur vingt-septième année.
Ces contingents formeraient un effectif de huit
à neuf cent mille soldats, en supposant le contin-
gent annuel de près de deux cent mille hommes.
Ils grossiraient l'armée de guerre suivant ses
besoins, soit par des appels successifs, en procé-
dant par la classe des moins avancés en âge, soit
par un appel général ; les cadres des compagnies
ou escadrons étant calculés de manière à répondre
au commandement de plus d'un million de soldats.
La nécessité de terminer promptement une guerre,
d'écraser un ennemi de façon à ce qu'il ne puisse
profiter de toutes ses ressources ou se procurer des
alliés, me font préférer, à moins de circonstances
particulières, l'emploi complet et immédiat de cette
réserve.
Le gouvernement organiserait à l'avance, avec
des hommes de cette catégorie, des corps accès-
— 35 —
soires à la partie combattante où s'utiliseraient des
spécialités.
Les prêtres, les séminaristes, les frères des écoles
se consacreraient aux devoirs religieux, aux soins
à donner dans les hôpitaux et ambulances de l'ar-
mée comme infirmiers et seraient, à la suite des
troupes, comme brancardiers.
Les médecins et les pharmaciens se trouveraient
dans des conditions indispensables pour remplir
les mêmes fonctions aux armées et dans les éta-
blissements hospitaliers.
;Ces services ont tous besoin de fonctionner au-
trement qu'ils ne l'ont fait jusqu'à ce jour, si l'on
ne veut encore voir des blessés restant trop long-
temps sur des champs de bataille, et y trouvant la
mort faute d'un transport presqu'immédiat dans les
ambulances et dans les hôpitaux, ou conservant
plusieurs jours des premiers pansements incom-
plets, faute d'opérateurs.
Les ingénieurs et certains de leurs agents seraient
employés aux chemins de fer et à divers autres tra-
vaux.
Des ingénieurs ont pris une part remarquable à
nos luttes désespérées, et quelques-uns ont publié
des aperçus militaires qui indiquent tout ce qu'on
peut attendre d'eux. Il est à désirer que ces sa-
— 36 —
vants ne dédaignent pas trop l'épée et qu'ils
veuillent apprendre assez de notre métier pour
figurer aux premiers rangs de nos corps de réserve.
Pourquoi ne suivraient-ils pas l'exemple d'un des
ingénieurs distingués de la Suisse, actuellement
chef d'état-major de l'armée fédérale?
La guerre fait surgir mille besoins qu'il faut pré-
voir en temps de paix, et auxquels peuvent satis-
faire des hommes de finances, des magistrats, des
hommes appartenant à l'industrie et au commerce,
des ouvriers en objets d'art.
Des fractions de cette réserve, constituées d'une
façon spéciale, accroîtraient le personnel des corps
du génie, des pontonniers, des trains, des ouvriers
militaires, des services administratifs, des lignes
télégraphiques, etc., etc., ce qui permettrait de di-
minuer en temps de paix ces effectifs, et serait
la source de sérieuses économies.
La première partie de la réserve étant organisée
ainsi que je viens de l'indiquer, chaque homme
étant façonné au rôle qu'il aurait à remplir et im-
matriculé dans les corps ou services affectés au
corps d'armée de sa région, saurait où diriger ses
pas aux époques des convocations.
Il n'y aurait plus à redouter des instructions
faites à la hâte au moment d'une crise, au sujet
— 37 —.
des rassemblements ou de certaines formations, et
souvent mal comprises et tardivement exécutées.
En temps de paix, la première partie de la ré-
serve se réunirait par moitié dans les camps d'ins-
truction, où auraient été concentrés les divisions
actives ou corps d'armée, de manière à ce que tous
les deux ans les réservistes de vingt à vingt-sept ans
aient pris part aux travaux et aux manoeuvres.
Les hommes ayant passé trois années sous les
drapeaux en seraient dispensés.
Les manoeuvres et instructions dans les camps
devront être autrement pratiques que celles dont
se moquaient nos adversaires, lorsqu'ils assistaient
à nos études au camp de Châlons.
Les manoeuvres, telles que nous les pratiquons,
ne sont point à rejeter, elles apprennent des appli-
cations bonnes à la guerre, mais il faut y adjoindre
une instruction plus générale et développer plus de
savoir dans les détails.
Une compagnie est-elle de 150 à 200 hommes,
il faut qu'elle sache procéder en corps isolé, s'é-
clairer, se garder et même savoir prendre l'initia-
tive du combat.
Les campements, lors des concentrations, doi-
vent être souvent changés, les ordinaires préparés
comme en campagne.
- 38 —
Les travaux du génie exécutés par corps ou frac-
tions de corps, puis attaqués et défendus.
Le tir de l'artillerie exécuté comme école dont
l'armée suivrait les cours et où s'exerceraient des
officiers et un certain nombre de soldats d'infan-
terie et de cavalerie.
Des cours, ainsi que l'application qui en résulte,
auraient aussi lieu pour l'établissement des ponts et
leur destruction, ainsi que pour les passages à gué.
Des travaux seraient exécutés pour l'établisse-
ment de chemins de fer aussi bien que pour les
désorganiser.
Des notions d'hygiène seraient données à tous, de
manière à ce que personne n'ignore par quels pro-
cédés simples on peut arrêter l'effet mortel de cer-
tains accidents ou de blessures.
C'est dans ces concentrations que les spécialités
seraient exercées aux divers devoirs leur incom-
bant.
Les hommes destinés à compléter l'armée active,
au lieu de se diriger sur des points de concentration,
ainsi que' le veut l'organisation nouvelle, c'est-à-
dire d'abord sur le dépôt de recrutement, puis sur
les corps auxquels ils sont affectés, se rendraient
directement et individuellement à leur destination
définitive; il y aurait là économie de temps et
— 39 —
d'argent. Ils se mettraient en route sur une simple
invitation du maire de leur localité. Ceux-ci se-
raient informés des contingents à fournir par des
états nominatifs que leur enverraient les bureaux
de recrutement. Les maires feraient savoir au com-
mandant de ce dépôt les causes d'absence de cer-
tains individus, et les corps leur enverraient les
noms de ceux qui n'auraient pas rejoint. Les dépôts
de recrutement, ainsi prévenus, prendraient alors
les mesures nécessaires contre ces absents, de ma-
nière à les forcer à remplir l'obligation qui leur est
imposée.
Il importe de considérer en face les dangers que
la France peut avoir à courir et après s'être rendu
compte de la fâcheuse situation qui nous a été faite,
par suite d'une trop lente organisation et l'insuf-
fisance de nos forces, nous devons nous déterminer
à prendre toutes les précautions susceptibles de
nous éviter de nouveaux désastres.
Notre nation a trop oublié l'usage des armes,
pour s'abandonner sans réserve aux jouissances que
procurent l'agriculture, l'industrie, le commerce,
les sciences et les arts.
Bannissons l'utopie longuement professée de la
fraternité des peuples et d'une paix universelle.
Soyons une nation armée, capable de repousser
— 40 —
de nouvelles exigences en argent et en territoire
qui nous réduiraient à une sorte de royaume de
Bourges.
Sachons, tout en nous livrant aux travaux paci-
fiques, être en mesure de marcher et de combattre,
au moins en nombre égal à nos adversaires.
D'après ce que j'ai dit plus haut, nous pourrions,
en réunissant à l'armée active, la première partie
de la réserve, avoir en ligne quatorze à quinze cent
mille hommes ; n'hésitons pas à en trouver un
nombre même supérieur, aussi bien organisé, pour
parer à des revers ou faciliter des succès.
La deuxième partie de la réserve, composée des
citoyens de 28 à 35 ans, par conséquent dans la
force de l'âge et ayant une instruction militaire
complète, n'aurait point à subir en temps de paix
des déplacements nuisant à ses travaux.
Ces hommes, formés en compagnies, pelotons ou
escadrons, et en fractions des autres corps ou services,
se concentreraient de temps à autre, mais rarement,
pour se constituer en bataillons, en escadrons ou
batteries, etc., apprendre à connaître leurs chefs et
consacrer vingt-quatre ou quarante-huit heures à
des manoeuvres. Ces troupes auraient leurs cadres
formés de caporaux et de sous-officiers, passés de
l'armée active dans cette deuxième partie de la ré-
— 41 —
serve, ou de jeunes gens brevetés caporaux ou sous-
officiers par suite d'examens. Ces derniers ne
pourraient prétendre au grade de sous-lieutenant
qu'après un certain stage et après avoir donné des
preuves d'aptitude.
Les grades d'officiers seraient conférés à des
officiers retraités ou démissionnaires, et reconnus
aptes à un service actif; puis à des officiers à bre-
vets, tous ne pouvant arriver à un emploi supérieur
qu'après un temps de grade plus ou moins long.
La position d'officier ne serait acquise que par suite
d'une présentation au ministre, faite par les géné-
raux commandant les corps de cette réserve et par
l'acceptation du pouvoir exécutif:
Cette troupe de réserve aurait une organisation
toute semblable à celle de l'armée active, afin d'être
sans relard utilisée comme elle. Les corps cantonaux
ou régionaux seraient appelés, soit par fractions
constituées en bataillons ou régiments, à renforcer
les divisions actives de leur région, soit comme
troupe de seconde ligne, à protéger les approvision-
nements de l'armée engagée ; elle serait, en outre,
chargée d'arrêter et de recevoir les hommes restant
en arrière et de réprimer les actes de désertion ou
de déprédations.
C'est au milieu de ces réserves que se constitue-
4.
— 42 -
raient les tribunaux militaires, où se jugeraient
sommairement les délits et les crimes constatés.
Les conseils de guerre devant toujours se trouver
dans le voisinage des corps opérant, afin que les
répressions, jugées nécessaires, puissent avoir
immédiatement leur cours.
Les corps de réserve pourraient aussi opérer
comme corps d'armée afin de masquer une place
ennemie , dans le but de n'y pas employer des
troupes de première ligne, ou bien afin de concourir
à la défense ou au siége de places fortes.
Ces deux armées, l'une de première ligne,
l'autre dite de réserve, auraient dans leurs régions
leurs magasins spéciaux.
Les magasins de la première ligne seraient éta-
blis, de préférence, au point de concentration habi-
tuel des troupes ou dans son voisinage, de manière
à permettre aux hommes convoqués d'aller de suite
s'installer au camp et y vivre de l'ordinaire des
troupes qui s'y trouveraient pour les recevoir.
Les magasins des corps cantonaux auraient
leurs emplacements déterminés de façon à pouvoir
armer et équiper les différentes fractions qui les
composent, de telle sorte que les réservistes de la
dernière catégorie n'aient point à parcourir plus
d'une ou deux étapes peur s'y rendre.

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