La soirée Obama

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Après la première élection d’Obama à la présidence des États-Unis, quelques amis, expatriés américains et bobos parisiens, organisent une soirée pour fêter l’avènement de la nouvelle célébrité mondiale. Mais pour certains invités, un Obama à la Maison Blanche, ce n’est pas le plus important, loin de là. Déjà liés, dans leur vie personnelle ou professionnelle, à des célébrités, ils entretiennent avec elles des liens faits d’amour et de haine, d’admiration et de mépris, de jalousie, de dévotion et de pouvoir.
Au cours de cette soirée, on découvre la fille d’un ministre mis en examen ; un voisin de George Clooney au bord du lac de Côme qui voudrait sauver le monde de la crise ; l’agent d’une star victime d’un accident et pleurée par des millions de fans ; l’ex-rivale malheureuse d’une auteure de best-sellers. Quant à la dessinatrice au chômage, devenue malgré elle une spécialiste de la Joconde, elle ne se révèlera que le lendemain en faisant scandale au Louvre.
Cinq personnages fascinés par la célébrité, qui font rire et qui émeuvent, dont l’histoire va révéler les multiples facettes de ce diamant que représente à leurs yeux la notoriété, source de douleur et d’humiliation, de fantasmes, mais aussi de curiosité féconde, voire de remise en cause de soi.
Isabelle Miller vit et travaille à Paris. Elle est l’auteur, chez Sabine Wespieser, du Syndrome de Stendhal (2003) et des Inachevées : Le goût de l’imparfait, au Seuil (2008).
Publié le : mercredi 23 septembre 2015
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EAN13 : 9782756109749
Nombre de pages : 147
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couverture

Isabelle Miller

La Soirée Obama

 

roman

 

Après la première élection d’Obama à la présidence des États-Unis, quelques amis, expatriés américains et bobos parisiens, organisent une soirée pour fêter l’avènement de la nouvelle célébrité mondiale. Mais pour certains invités, un Obama à la Maison Blanche, ce n’est pas le plus important, loin de là. Déjà liés, dans leur vie personnelle ou professionnelle, à des célébrités, ils entretiennent avec elles des liens faits d’amour et de haine, d’admiration et de mépris, de jalousie, de dévotion et de pouvoir.

Au cours de cette soirée, on découvre la fille d’un ministre mis en examen ; un voisin de George Clooney au bord du lac de Côme qui voudrait sauver le monde de la crise ; l’agent d’une star victime d’un accident et pleurée par des millions de fans ; l’ex-rivale malheureuse d’une auteure de best-sellers. Quant à la dessinatrice au chômage, devenue malgré elle une spécialiste de la Joconde, elle ne se révèlera que le lendemain en faisant scandale au Louvre.

Cinq personnages fascinés par la célébrité, qui font rire et qui émeuvent, dont l’histoire va révéler les multiples facettes de ce diamant que représente à leurs yeux la notoriété, source de douleur et d’humiliation, de fantasmes, mais aussi de curiosité féconde, voire de remise en cause de soi.

 

Isabelle Miller vit et travaille à Paris. Elle est l’auteur, chez Sabine Wespieser, du Syndrome de Stendhal (2003) et des Inachevées : Le goût de l’imparfait, au Seuil (2008).

 

Photo de couv : Isabelle Miller par Samuel Boivin (D. R.)

Photo 2 : Isabelle Miller par Thierry Rateau (D. R.)

 

EAN numérique : 978-2-7561-0974-9

 

EAN livre papier : 9782756104089

 

www.leoscheer.com

 
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DU MÊME AUTEUR

Le Syndrome de Stendhal, Sabine Wespieser Éditeur, 2003

Les Inachevées, le goût de l’imparfait, Éditions du Seuil, 2008

« Colomba » dans Dictionnaire des personnages populaires de la littérature des XIXe et XXe siècles, ouvrage collectif, Seuil, 2010.

 

© Éditions Léo Scheer, 2012

www.leoscheer.com

 

ISABELLE MILLER

 

 

LA SOIRÉE OBAMA

 

 

roman

 

 

Éditions Léo Scheer

 

Seuls les esprits totalement inconscients peuvent aujourd’hui consentir à traîner volontairement derrière eux la casserole de la célébrité.

 

Milan Kundera, La Lenteur

Prologue

Sur la sonnette il y a écrit Obama. On ouvre. L’homme qui vous accueille, vous savez qui il est mais c’est la première fois que vous le rencontrez. La première chose que vous remarquez, c’est son pull drapeau américain dont quelques étoiles, vers le sud, sont un peu dilatées par un léger embonpoint. Derrière lui, en contre-champ, quelqu’un filme votre arrivée.

— Bonsoir, je suis Marc, dit-il en vous tendant la main. Hey, vous vous attendiez à qui ?

Jurez qu’un bref instant vous n’avez pas eu envie d’y croire. Marc ne cache pas son plaisir du coup de la sonnette, son menton et sa bouche sont tout froissés de contentement. En fait, s’il a collé Obama, c’est pour confirmer aux arrivants que c’est bien là que la fête a lieu, parce qu’il n’y a pas que ses invités à lui, ce soir : il y a aussi ceux de Myra et Vlad, ou des amis d’amis qui ne connaissent forcément pas l’endroit. Je peux vous dire tout de suite que le nom d’Obama va rester quelques jours sur la porte de Marc, qui fera semblant de l’avoir complètement oublié sous prétexte qu’il a sa clé et qu’il ne fait pas attention à sa propre sonnette – sauf quand il écrit Obama dessus. O-ba-ma, trois syllabes si évidentes qu’un enfant de maternelle peut les déchiffrer, sans redoublement de lettres, sans consonnes compliquées ni diphtongues insidieuses, trois syllabes que l’on peut s’approprier d’emblée, faciles à reproduire sans risquer une faute d’orthographe. Ce soir, l’usurpation est presque légitime en cette occasion spéciale : la soirée donnée chez Marc et Agnès par Myra et Vlad, le samedi qui suit l’élection présidentielle américaine. Chacun a apporté quelque chose, tout cela a été organisé un peu à l’improviste, avec la femme de ménage qui a accepté de faire un extra. Ce soir, peu importe l’intendance. L’idée, c’est d’être ensemble, pour célébrer l’homme le plus célèbre du monde. Ce qui compte, c’est que chacun puisse trouver sa place dans l’histoire du jour. Et là, l’homme à la sonnette marque un point, indiscutablement.

Pour autant, cela n’enlève rien à Myra, la véritable initiatrice de la soirée. Elle va s’efforcer de souligner que le plus important, ce n’est pas l’organisation, mais l’inspiration qui l’a traversée comme une épiphanie, dans la nuit de mardi à mercredi, entre deux fuseaux horaires. Là-bas, c’était encore le suspens, mais Myra pressentait le résultat. Myra voulait sa part de l’événement. C’est ainsi qu’elle eut l’idée de la soirée, une soirée Obama qui resterait dans les esprits comme la soirée Myra. Mais comme chez elle c’est trop petit, elle a suggéré de fêter ça chez Marc et Agnès.

Entrez, je vais vous présenter tout le monde. Nous sommes dans une ancienne boulangerie en duplex transformée en maison de ville et dont Marc a conservé la vitrine au rez-de-chaussée pour faire une galerie d’art. Dans cette vitrine, des collages de la Marilyn de Warhol retravaillée avec la tête d’Ingrid Betancourt. Au fond, un couloir en béton ciré donne sur une courette vide, désormais espace de transition entre la partie commerciale et la partie créative, car Marc est lui-même photographe. Le fournil est devenu son atelier. L’appartement privé est à l’étage. Pardon, je passe devant. Je dois monter voir ce que fait Camille.

Camille ma chérie je t’adore mais si tu pouvais arrêter de faire la tête deux minutes ça m’arrangerait, tu traînes devant ton écran, tu envoies des messages à Thomas au lieu de te sécher les cheveux, je comprends que tu ne sois pas contente mais dans un moment il va quand même falloir que tu descendes relayer ton père pour ouvrir la porte, c’est ce qui était prévu, alors dépêche-toi un peu, ça va être à toi.

Camille est la fille de Marc et Agnès. Ne soyez pas surpris quand vous la verrez tout à l’heure si vous trouvez que ses parents ne lui ressemblent pas, ce sont des parents adoptés. Camille boude parce que ce soir c’est l’anniversaire de sa mère et que depuis une semaine elle préparait un anniversaire surprise. Mais voilà, Myra s’est incrustée, auréolée de la raison d’État.

Myra que voici, justement. Vous la connaissez, au moins de nom, et puis vous avez dû la voir à la télé. Elle se fait appeler Myra, mais en réalité, au départ, c’était Mary. Elle a eu un jour cet éclair de génie d’intervertir deux lettres, le détail qui change tout, qui met en valeur sa personnalité. Voyez comme elle se coule modestement d’un groupe à l’autre, attentive à n’appartenir à aucun d’eux. Elle se déplace lentement, selon une chorégraphie qui semble très simple mais qui est en réalité très calculée, une danse qui lui creuse un espace entre le quotidien et l’étrange. Elle parle peu, comme préoccupée d’une grande cause intime ; se laisse remarquer sans prétendre le faire exprès ; cherche en même temps à vérifier si son amie Adèle est déjà là – espérant cependant que celle-ci arrivera le plus tard possible, sinon ça va lui ruiner la soirée : Adèle, en soi, ce n’est rien, mais si elle apporte du nouveau sur l’affaire Julie Darcy, même Obama va se retrouver en ballottage. Vous êtes au courant, n’est-ce pas, pour Julie Darcy ? Le monde entier est au courant. Comme dit le proverbe, aussi célèbre que l’on soit, il y a toujours plus célèbre que soi. Heureusement Adèle ne s’est pas encore manifestée et Myra peut affiner la scénographie de son propre personnage. Elle est encore belle, sauf ses dents de fumeuse, mais ça y est, elle a arrêté de fumer mercredi matin. Dans la nuit de mardi à mercredi, elle a déclaré « si Obama ne passe pas, j’arrête et je dédie cet effort aux minorités opprimées ». Puis « si Obama passe, j’arrête pour contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique ». Elle sait faire de chaque geste quotidien un acte politique. Elle est largement félicitée, remerciée pour avoir eu l’idée de la soirée, de groupe en groupe sur son passage ses amies lui caressent le bras, la joue, les hommes lui tapotent l’épaule, on l’admire pour son implication dans la marche du monde, sans compter qu’avec tout ce qui se passe, elle a dû mettre entre parenthèses son prochain livre. Ce sera un roman de forme très originale, un récit principal encadré de notes, de commentaires et de récits secondaires. Chaque page affichera une mosaïque de contenus, comme une page de journal interactif, mais sur papier. Il y aura beaucoup de citations, un peu comme chez Montaigne, et des commentaires en marge. Quand on presse Myra de dire où elle puise tant d’inspiration, elle répond « la Bible ». Puis « le Coran, aussi ». Mais depuis l’élection elle n’a pas eu un instant pour écrire, elle passe son temps au téléphone et sur Skype avec sa famille restée là-bas, elle regarde CNN et elle se tient prête – car elle peut être sollicitée à tout moment pour une interview, comme Vlad, voire un tout petit peu plus que Vlad car elle est américaine et pas lui. Myra et Vlad forment un couple déjà légendaire. Certains les comparent même à Sartre et Beauvoir, sauf qu’ils ont deux fils. « Les Sartre-Beauvoir américains », disent leurs admirateurs, bien que Vlad soit argentin.

L’un des fils est amoureux de Camille, c’est le jeune homme à la chemise jaune qui a filmé l’arrivée des invités et que vous apercevez à présent, collé comme un Post-it à la rampe de l’escalier, et c’est une des raisons pour lesquelles Camille traîne en haut – ça, plus le fait que tout en restant en ligne avec son ami Thomas, elle vérifie la cotation des devises étrangères : grâce à l’effondrement de la livre sterling, elle va pouvoir partir à Londres comme étudiante à la London School of Economics l’an prochain, après son bac.

Camille connaît Thomas depuis le collège et leurs parents sont devenus amis. Voici la mère de Thomas, Marc l’embrasse et fait les présentations : Myra, Isabelle ; Isabelle, Myra. Contrairement à Myra, Isabelle, la célébrité, elle en a sa claque. Elle est la fille du ministre dont le procès se déroule ces jours-ci. Elle passe ses journées au Palais de justice, inutile de vous dire qu’elle n’a guère la tête à préparer la grande exposition de décembre prochain, « Boutons de guêtres entre Art, Histoire et Sociologie », dont elle est commissaire. Mais la voilà qui vient par ici, je vous raconterai ça discrètement tout à l’heure.

À propos de père, voici John, qui a perdu le sien il y a quelques mois. Il n’a pas encore pris toute la mesure de sa peine. Parfois, il lui semble qu’il n’en a pas du tout. Récemment, il a rêvé qu’il avait une conversation avec lui, une conversation sereine, sans dispute, comme ça n’est jamais arrivé dans la réalité. Depuis ce rêve, son père commence à lui manquer. Il en a écrit un petit quelque chose, qui sera publié dans le New Yorker le mois prochain (John est un prix Pulitzer). Il émaille parfois ses poèmes de quelques expressions en français, comme et voilà, cliché ou déjà-vu et aussi du prénom de sa femme, Joëlle. Cette fois il s’agit d’un poème sur un deuil interminable et sur le désir d’héroïsme, intitulé Je suis de la génération qui a rejeté les pères. John aurait aimé que son père fût un vrai héros de la Deuxième Guerre mondiale et pas seulement un manifestant sur pelouse devant la Maison Blanche. Quant à lui, né trop tard, dépossédé des grandes batailles, il a préféré se faire poète. John dépose sur le buffet, à côté d’un cupcake géant déjà entamé, une roue de brie et une bouteille de Shiraz. Joëlle a apporté une tarte potiron-courgettes, plutôt que son fameux foie gras maison : elle est devenue végétarienne sans préavis. Son mari lui en veut, ils se sont engueulés au moment de partir, il faut dire que la remarque de Joëlle sur le fait de s’éterniser en public sur le deuil de son père quand on a soi-même près de soixante ans et du cholestérol n’était pas très délicate non plus.

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