La souscription de Chambord / par P.-L. Courier ; (publié par Saillet)

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impr. de J.-P. Gadreau (Brest). 1871. 24 p. ; In-12.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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LA SOUSCRIPTION
DE
CHAMBORD
Par P.-L COURIER
PRIX : 15 CENTIMES.
BREST
Imprimerie J.-P. GADREAU, rue de la Rampe. 55.
1871
AVANT-PROPOS
Dans l'outrecuidant manifeste qu'il nous a
lancé, en partant, l'aîné de la Maison de France,
le Roi, dit qu'il va quitter le Chambord que nous
lui avons donné et dont il est si fier de porter
le nom. Qu'il tienne à grand honneur de porter
le nom d'une résidence où ses ancêtres ont
laissé de si nobles souvenirs, c'est son affaire,
mais qu'il prétende que nous la lui avons donnée,
c'est une autre question. Pour qu'il y ait don,
il faut, que la volonté du donateur soit libre,
spontanée, qu'il n'y ait ni captation, ni violences,
ni menaces, et tous ceux qui connaissent un tant
soit peu l'histoire de la Restauration, savent à
quoi s'en tenir à ce sujet. Le pamphlet que
nous publions tranche d'ailleurs nettement la
question, et montre, par quelles manoeuvres, on
— 4 -
réussit à extorquer à la France, à peine guérie
des calamités d'une double invasion, les sommes
que nécessitait l'acquisition de Chambord.
Quelqu'un, on ne sait qui, un grand parent sans
doute, eut l'heureuse idée d'ouvrir une souscription
nationale dont le but était d'acquérir la terre de
Chambord, mise en vente par les héritiers du
fameux Berthier, son dernier propriétaire, et de
la donner au duc de Bordeaux, à peine âgé de
quelques mois. Le Ministre de l'Intérieur se
chargea d'exploiter cette heureuse idée ; on
demanda de l'argent aux communes, comme on
leur demande les impôts, et elles en donnèrent
avec cette docilité habituelle qu'on ne rougit pas
d'appeler enthousiasme. Une telle souscription,
dans des circonstances aussi critiques, était une
insulte au sens moral; des protestations s'élevèrent
de toutes parts, et Courier se faisant l'interprète
de l'indignation générale, lança le foudroyant
pamphlet qui, sous le nom de Simple Discours, 1
cloua au pilori de l'histoire la souscription et ses
promoteurs.
Ce pamphlet. est un des plus précieux bijoux,
le plus brillant peut-être, de cet écrin pourtant
si riche, que nous a légué Courier ; il est écrit,
— 5 —
d'un bout à l'autre, dans ce style inimitable
dont le vigneron de Véretz, l'ancien canonnier
à cheval, avait seul le secret. Jamais, ni avant
lui, ni après lui, personne n'a flétri, avec une
verve plus vigoureuse, plus éloquente, plus
spirituelle, plus gauloise, et en même temps avec
plus d'atticisme, les vices des courtisans, leur
cupidité, leur rapacité , leurs turpitudes et la
profonde immoralité de cet ancien régime qu'on
voudrait encore'restaurer aujourd'hui.
Mais, habent sua fata libelli... la cour et les
courtisans se fâchèrent, le pamphlet fut déféré à
dame Justice, toujours disposée à sévir contre les
foliculaires, et Courier fut condamné à deux mois
de prison pour avoir outragé la morale ! ! C'est un
peu fort, mais les Jurés d'alors n'y regardaient
pas de si près. Cette absurde condamnation eut
un résultat facile à prévoir ; le Simple Discours
eut une vogue immense, et la réputation de
Courier grandit de cent coudées. Il rendit compte
de son procès dans deux brochures, dont chacune
est un vrai chef-d'oeuvre, et qui achevèrent de
mettre les rieurs de sou côté, en même temps
qu'elles rendaient plus cuisantes, plus inguérissables,
les blessures qu'avait faites le Simple Discours.
— 6 -
Cinquante années se sont écoulées depuis la
publication de ce pamphlet, et pourtant il n'a
pas vieilli ; c'est que, pour nous servir des propres
expressions d'un biographe anonyme, « le Simple
Discours est un des plus éloquents plaidoyers qu'on
ait parlés jamais en faveur de la morale , non
pas publique et telle qu'où l'inscrit dans nos lois,
mais de la morale véritable telle que les croyances
populaires l'ont reconnue. Le lecteur, nous n'en
doutons pas, ratifiera ce jugement, et nous saura
gré d'avoir remis en lumière, un écrit où l'on
rencontre, à chaque ligne, la saine morale, l'amour
de la Patrie et de la Liberté, et une haine
implacable pour le vieux régime et pour ces
courtisans lépreux qui grouillent autour des trônes.
12 Juillet 1871.
SAILLET.
SIMPLE DISCOURS
DE
PAUL-LOUIS
Vigneron de la Chavonnière
Aux Membres de la commune de Véretz
(DÉPARTEMENT D'INDRE-ET-LOIRE)
A l'occasion d'une souscription proposée par S. Exc.
le Ministre de l'Intérieur
Pour l'acquisition de Chambord (1821)
Si nous avions de l'argent à n'en savoir que faire,
toutes nos dettes payées, nos chemins réparés, nos
pauvres soulagés, notre église d'abord (car Dieu passe
avant tout) pavée, recouverte et vitrée, s'il nous restait
quelque somme à pouvoir dépenser hors de cette com-
mune, je crois, mes amis, qu'il faudrait contribuer, avec
nos voisins, à refaire le pont de Saint-Avertin, qui,,
nous abrégeant d'une grande lieue le transport d'ici à
Tours, par le prompt débit de nos denrées, augmen-
terait le prix et le produit des terres dans tous ces envi-
rons ; c'est là, je crois, le meilleur emploi à faire de
notre superflu, lorsque nous,en aurons. Mais d'acheter
Chambord pour le duc de Bordeaux, je n'en suis pas
d'avis et ne le voudrais pas, quand nous aurions de
quoi, l'affaire étant, selon moi, mauvaise pour lui,
pour nous et pour Chambord. Vous l'allez comprendre,
l'espère, si vous m'écoutez ; il est fête, et nous avons
le temps de causer.
Douze mille arpents de terre enclos que contient le
Ere de Chambord, c'est un joli cadeau à faire à qui,
saurait labourer. Vous et moi connaissons des gens
qui n'en seraient pas embarrassés, à qui cela viendrait
fort bien ; mais lui, que voulez-vous qu'il en fasse?
Son métier c'est de régner un jour, s'il plaît à Dieu,
et un château de plus ne l'aidera de rien. Nous allons
nous gêner et augmenter nos dettes, remettre à d'autres-
temps nos dépenses pressées, pour lui donner une
chose dont il n'a pas besoin, qui ne lui peut servir
et servirait à d'autres. Ce qu'il lui faut pour régner,
ce ne sont pas des châteaux, c'est notre affection, car
il n'est sans cela couronne qui ne pèse. Voilà le bien
dont il a besoin et qu'il ne peut avoir en même
temps que notre argent. Assez de gens là-bas lui diront
le contraire, nos députés tout les premiers, et sa cour
lui répétera que plus nous payons, plus nous sommes'
sujets amoureux et fidèles ; que notre dévouement croit
avec le budget. Mais, s'il en veut savoir le vrai, qu'il
vienne ici, et il verra, sur ce point-là et sur bien,
d'autres, nos sentiments fort différents de ceux des
courtisans. Ils aiment le prince en raison de ce qu'on
leur donne ; nous, en raison de ce qu'on nous laisse ;
ils veulent Chambord pour en être, l'un gouverneur,
l'autre concierge, bien gagés, bien logés, bien nourris,
sans faire oeuvre, et peu leur importe du reste. L'af-
faire sera toujours bonne pour eux, quand elle serait
mauvaise pour le prince, comme elle l'est, je le sou-
tiens ; acquérant de nos deniers pour un million de
terres, il perd pour Cent millions de notre amitié :
Chambord, ainsi payé lui coûtera trop cher ; de telles
acquisitions le ruineraient bientôt, s'il est vrai ce qu'on
dit, que les rois ne sont riches que de l'amour des
peuples. Le marché paraît d'or pour lui, car nous don-
nons et il reçoit : il n'a que la peine de prendre ;
mais lui , sans débourser de fait, y met beaucoup du
sien et trop, s'il diminue son capital dans le coeur de
ses sujets : c'est spéculer fort mal et se faire grand
tort. Qui le conseille ainsi n'est pas de ses amis, ou,
comme dit l'autre, mieux vaudrait un sage ennemi.
Mais quoi ! je vous le dis, ce sont des gens de cour
-9-
dont l'imagination enfante chaque jour en merveillenx
conseils ; ils ont plus tôt inventé cela que le semoir
Fallemberg, ou bien le bate au à vapeur. On a eu l'idée,
dit le ministre, de faire acheter Chambord par les com-
munes de France, pour le duc de Bordeaux. On a
eu cette pensée ! qui donc ? Est-ce le ministre ? Il ne
s'en cacherait pas, ne se contenterait pas de l'honneur
d'approuver en pareille occasion. Le prince? à Dieu
ne plaise que sa première idée ait été celle-là, que
cette envie lui soit venue avant celle des Bonbons et
des petits moulins ! Les communes donc apparem-
ment? non pas les nôtres, que je sache, de ce côté-ci
de la Loire, mais celles-là peut-être qui ont logé
deux fois les cosaques du Don Ici nous nous sentons
assez des bienfaits de la Sainte-Alliance : mais c'est
tout autre chose là où on a joui de sa présence, pos-
sédé Sacken et Platow ; là naturellement on s'avise
d'acheter des châteaux pour les princes, et puis on
songe à refaire son toit et ses foyers.
Du temps du bon roi Henri IV, le roi du peuple,,
le seul roi dont il ait gardé la mémoire, pareils dons'
furent offerts à son fils nouveau-né ; on eut l'idée de
faire contribuer toutes les communes de France en l'hon-
neur du royal enfant, et, de la seule ville de La Ro-
chelle, "des députés vinrent apportant cent mille écus en
or, somme énorme alors. Mais le roi : « C'est trop
mes amis, leur dit-il, c'est trop pour de la bouillie;
gardez cela et l'employez à rebâtir chez vous ce que la
guerre a détruit, et n'écoutez jamais ceux qui vous
parleront de me faire des présents, car tels gens ne
sont vos amis ni les miens. » Ainsi pensait ce roi,
protecteur déclaré de la petite propriété, qui, toute sa
vie, fut brouillé avec les puissances étrangères, et qui
faisait couper la tète aux courtisans, aux favoris quand
il les surprenait à faire des notes secrètes.
Ceci soit dit, et revenant à l'idée d'acheter Chambord,
avouons-le, ce n'est pas nous, pauvres gens de village,
que le ciel favorise de ces inspirations ; mais qu'im-
porte, après tout ? Un homme s'est rencontré dans les
hautes classes de la société, doué d'assez d'esprit pour
avoir cette heureuse idée : que ce soit un courtisan fi-

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