La Tour d'Auvergne ; par L. Le Saint,...

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Barbou frères (Limoges). 1869. La Tour d'Auvergne, Corret de. In-8° , 240 p., fig..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1869
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CHRÉTIENNE ET MORALE
APPROUVÉE
PAR MGR L'ÉVÊQUE DE LIMOGES.
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tous les susjierls
LA TOUR
D'AUVERGNE
I AK 1. LE SAINT,
OFFICIER D'ACADÉMIE.
tIMOGES
TARBOU FRÈRES, IMPRIMEURS-LIBRAIRES.
A Monsieur
ANTOINE DE ECAILLES, nec DE MOUCHY,
Prince de Poix, Grand d'Espagne
de première classe.
Hommage de l'Auteur,
L. TE SAINT.
PRÉFACE.
Les travaux sur La Tour d'Auvergne ne font
pas défaut ; outre les articles insérés dans de nom-
- breux dictionnaires biographiques, nous avons
les excellentes notices de MM. J. GaudryetF. B.,
et surtout l'histoire si intéressante de M. Buhot
- de Kersers -que devra nécessairement consulter
quiconque entreprendra de retracer les vertus et
les exploits de l'illustre descendant de Turenne.
J'ai cru néanmoins qu'il ne serait pas sans intérêt
— 8 —
pour la jeunesse de présenter sous un jour nou-
veau l'existence du vaillant capitaine breton. Les
articles des dictionnaires ne peuvent dépasser la
limite d'un résumé suceint; d'un autre côté, le
livre de M. Bubot de Kersers, à cause des consi-
dérations qu'il renferme, semble plutôt s'adres-
ser à des hommes qu'à des enfants. J'ai cherché à
tenir le milieu entre ces publications diverses, et
pour éviter, autant que possible, la sécheresse or-
dinaire des biographes, j'ai rattaché à notre his-
toire les faits accomplis par le héros qu'on a jus-
tement comparé à Bayard. Mon but a été d'ins-
truire en amusant : puissré-je l'avoir atteint!
Beauvais, le 8 mars 1869.
L. L3 SAINT.
1..
SOMMAIRE.
CHAPITRE I. —Les mines de Poullaouen et du Huel-
goat. — Carhaix ; son histoire. — Eloge de Correl, né
près de cette ville. — Sa famille. — Ses études an col-
lège de Quimper. — Il entre à l'école militaire de la
Flèche. — Entrée dans les mousquetaires noirs, puis au
régiment d'Angoumois infanterie. — Le duc de Bouillon
le reconnaît comme descendant de La Tour d'Auvergne.
— 10 —
CHAPITRE II. — La Tour d'Auvergne oblient de com-
battre sous les ordres du duc de Crillon, au siège de
Mahon. — Il sert dans le corps des volontaires de Cata-
logne. — Il met le feu à une frégate anglaise et à plu-
sieurs bateaux. — Son courage dans une lutte énergi-
que pour repousser une sortie de la garnison. — Il sauve
un soldat blessé. — Rapport honorable du duc de Cril-
lon à son sujet. — Le roi Charles III d'Espagne recon-
nait aussi ses services. — Il est rappelé en France.
- Son application à l'étude pendant la paix. — Mort de
son frère. — Mariage de sa nièce. — Une décoration
lui est accordée par le roi d'Espagne. — Il dirige des
travaux à Sain-Jean-de-Luz.
CHAPITRE III. — La révolution éclate ; La Tour d'Au-
vergne en adopte les principes. — Sa conviction que le
premier de ses devoirs est de défendre la patrie mena-
cée. — Refus de tout avancement. — Commencement
dt.nne lutte de 23 ans de la France contre une partie de
l'Europe. — Le général Montesquiou chargé de con-
quérir la Savoie. — Beau Fait d'armes de La Tour d'Au-
— Il —
vergne avec sa compagnie. — Il entre dans Chambéry.'
— La Savoie devient le département du Mont-Blanc.
— Le général Anselme entre dans Nice. — Les Français
évacuent cette ville l'année suivante. — La Tour d'Au-
vergne est envoyé avec son régiment à l'armée des Py-
rénées Orientales.
CHAPITRE IV. — Déclaration de guerre à l'Espagne.
— Préparatifs du général Servan. — Deux commande-
ments : Servan et Deflers. — Campagne de 1794 et de
1795. — La Tour d'Auvergne y prend une large part.
— Il force l'entrée du val d'Aran. — Il contraint l'en-
nemi à évacuer le fort de Maya. — Un corps d'armée en
retraite lui doit son salut. — Il force les Espagnols à
abandonner le camp retranché du val Carlos. — L'en-
nemi est battu à Baygorry et à Castel-Pognon. — Bril-
lante conduite du héros-breton dans l'affaire du camp de
Louis XIV. Sur le refus de Corret d'accepter un grade
supérieur, le général Servan place sous ses ordres toutes
les compagnies de grenadiers. — La colonne infernale.
— Prise par La Tour d'Auvergne du fort de Saint-Sé-
- 12 -
bastien. — Il se rend maître des fonderies d'Egny et
d'Obéritié. — Les généraux l'admettent dans leurs con-
seils. —Le gouvernement veut le destituer comme noble.
— Protestation des soldats. — Ses réponses à divers
représentants du pouvoir. — Il s'approvisionne aux dé-
pens de l'ennemi. — Persistance dans ses études, quand
la guerre lui accorde un peu de repos. — Estime qu'ont
pour lui les généraux. — Il revoit un moment sa Breta-
gne. — Reprise des hostilités. — Défense de Saint Jean-
de-Luz par des recrues. — Les Espagnols battus sur la
Bidassoa. Un mouvement opéré par La Tour d'Auvergne
dans la vallée de Bastan, sous les ordres de Moncey.
Il écrase l'ennemi au village d'Ebratza. - Les Espagnols
abandonnent la vallée. — Rapports flatteurs du repré-
sentantdu peuple Lezanne etdu général Moncey. - Sou-
venirs laissés par Corret dans les Pyrénées.
CHAPITRE v. — Après la signature du traité de Baie,
ongé accordé à La Tour d'Auvergne. — Il s'embarque
à Bordeaux. — Captivité en Angleterre. — Il empêche
qu',on ne lui enlève sa cocarde, ainsi qu'à ses compa-
— 43 —
gnons. — Echange des prisonniers. — Retour en France.
— La Tour d'Auvergne est mis à la réforme. — Aumô-
nes autour de lui à Passy. — Publication nouvelle des
Origines gauloises. — Il travaille à un glossaire poly
glotte. — Anecdote racontée par un archevêque défie-
zançon. — Corret avait fait rendre ses biens au duc de
Bouillon ; le duc veut lui offrir une terre. — Son refus.
— Lettre du duc. — Au mois de mars 1799, nouvelle
coalition contre la France. — Conscription. — Le fils
de Le Brigant, ami de La Tour d'Auvergne, va partir;
il le remplace sous les drapeaux. — Il est incorporé
dans la 46e demi-brigade, et refuse tout grade. — Cette
brigade est bientôt appelée la Terrible. — Revers de
la France en Italie et en Allemagne. — Les victoires de
Brune à Bergen et de Masséna à Zurich sauvent notre
teritoire. — Entrée de La Tour d'Auvergne dans la ville
de Zurich. — Sa clémence envers les vaincus. — Re-
tour à Passy, à la fin de la campagne. — Lettre du mi-
nistre Carnot ; le premier consul accorde au héros le
titre de Premier grenadier de France et un sabre
d'honneur.
— 44 —
CHAPITRE vi. — Lettre du premier consul au roi d'An-
gleterre. — Nouvelle guerre. — Moreau en Allemagne,
Masséna en Italie. — Bataille de Marengo ; la Péninsule
conquise. — Appel du minîstre à La Tour d'Auvergne.
— Le vieux capitaine rentre dans la 46e demi-brigade,
sous les ordres du chef de brigade Forld, en Allemagne. -
— Sa tristesse au moment de quitter ses amis. -Arri-
vée en Bavière. — On le place à l'avant-garde. — Com-
bat sur les hauteurs d'Oberhausen. — Il est frappé au
cœur d'un coup de lance. — Sa mort est un deuil pour
l'armée. — Dispositions prises par le général en chef à
l'occasion de cet événement. — Son tombeau. — Urne
pour son cœur. — Honneurs rendus jusqu'en 4814 à
la mémoire du premier grenadier de France. — Le mo-
nument élevé par l'ordre de Moreau est restauré en
1837 par le roi de Bavière.
CHAPITRE vu. — Qualités de La Tour d'Auvergne com-
me homme privé. - Le portrait de TurenneparFlécbier
ressemble au sien. — On peut surtout le comparer avec
— 15 —
Bayard. — Ses sentiments religieux. — Sondévoûment
à ses amis.
CHAPITRE vin. — Vaste érudition de La Tour d'Auver-
gne. Ses Origines gauloises. — But qu'il s'y propose.
— Opinion de M. de Courson sur les Celtomanes. — Ci-
tation. -Analyse des Origines gauloises. — Citation.
- Aptitude de Corret à des études de toute nature —Sa
simplicité malgré sa science. — Sa gaieté. — Compo-
sition de chansons bretonnes. — Il est justement fier
J de son titre de premier grenadier de France.
CHAPITRE IX. - La famille de Pontavice revendique 9
le cœur du héros. — Procès intenté à M. de La Tour-
d'Auvergne Lauranguais. — Arrêts divers. — Les restes
du vaillant guerrier sont transportés à Carhaix.— Des-
cription de l'urne qui les renferme.
CHAPITRE X. - Le buste de La Tour d'Au\ergne est
placé dans les galeries de Versailles et aux Tuileries par
l'ordre du roi Louis-Philippe. — Une commission est
-16 —
formée à Carhaix pour élever au héros une statue. — L'i-
nauguration du monument est fixée au 27 juin 1841.
— La fête répond à l'attente des organisateurs. — Con-
cours nombreux. — Description du monument. — La
gloire de La Tour d'Auvergne ne périra pas.
Appendice. — Pièces justificatives
LA TOUR D'AUVERGNE.
1
CARHAIX. - ENFANCE DE LA TOUR D'AUVERGNE. -
SON ÉDUCATION.
Le touriste qui parcourt les campagnes du Fi-
nistère manque rarement de visiter les mines de
plomb argentifère de Pouîlaouen et de Huelgoat,
à quelque distance de.Morlaix. Ces mines, exploi-
tées dès le XIe siècle, sont aujourd'hui entre les
-18 —
mains d'une compagnie de Paris, qui occupe six
cent-cinquante ouvriers, et retire de leur travail,
année moyenne, 800,000 kilogrammes de plomb
et 15,000 kilogrammes d'argent.
Poullaouen, ainsi que le dit M. Pol deCourcy,
dans son intéressant itinéraire de Rennes à Brest,
offre un aspect triste et désolé, par l'accumulation
des scories, des charbons et des bois pelés prêts à
alimenter les fourneaux. Cet aspect s'assombrit
encore par l'entourage des collines arides et nues
qui forment comme une enceinte à la mine.
4 droite, à gauche, devant, derrière, tout est soli-
tude et abandon. Vers le soir seulement, ajoute
M. de Courcy, on voit passer un à un, sur la
route, des hommes à figure de cadavre, une cein-
ture de cuir autour du corps et une lampe de fer
-19 -
suspendue à cette ceinture : ce sont les mineurs
qui rentrent à leur domicile.
La mine du Huelgoat, à six kilomètres de la
première, présente quelque chose de plus riant.
Le chemin qui y conduit, pratiqué au fond d'un
vallon , est très-pittoresque. La tranquillité des
eaux du canal qui le longe contraste avec la rapi-
dité torrentielle d'un ruisseau voisin, dont lecours,
sans cesse arrêté par des blocs de granit, va gros-
sir la rivière d'Aulne.
Si, en quittant les mines, le voyageur se dirige
vers Lorient, il ne tarde pas à atteindre, sur une
haute montagne près de Hyère, une petite ville
dont l'air misérable le frappe. C'est Carhaix, le
berceau du premier grenadier de France. La masse
de débris antiques qui couvrent, pour ainsi dire,
— 20 -
le sol, sont pour lui l'indice d'une cité dont l'ori-
gine remonte à une époque très-reculée. Les géo-
graphes Pomponius Mela et Claude Plolémee la
désignent, au I. et au II. siècle, sous lentm de
Verganium, et l'on croit qu'elle fut la capitale d'un
des peuples de l'Armorique qui prirent part à la
guerre des Venètes contre César. Sept voies ro-
maines la mettaient en communication avec les
points les plus importants du littoral. Un grand
nombre de médailles prouvent aussi que les con-
quérants s'y étaient établis dès le temps des pre-
miers empereurs. Après l'expulsion des Romains,
elle fit partie du royaume de Cornouaille, fondé
par Grallon et devint la résidenced'Àhès, fille de
ce prince, qui lui imposa son nom actuel de Ker-
Ahès — ville d'Allés, — dont le français n'est que
— 211 —
la traduction. Démembrée de la Cornouaille, vers
520, par Comorre, elle fut réunie, au Xe siècle,
au domaine ducal par Barbe- Torte.
Carhaix fut prise et reprise par les soldats de
Jean de Montfort et ceux de Charles de Blois de
134-4 à 1547, et par Du Guesclin en personne en
1363. En 4590, le capitaine du Liscoët, — dont
la famille est alliée aujourd'hui à celle des Mahé
de Kérouan, lui donna une camisade. Les habi-
, tants des paroisses limitrophes se levèrent en
masse pour se venger des royalistes, mais ils fu-
rentbattusetperdirent leurs chefs. En 4592, Fon-
tenelle attaqua à son tour la ville, et fortifia une
des églises pour y déposer le butin qu'il faisait
dans les campagnes. Une révoltedes paysans éclata
en 4675, à l'occasion de l'établissement du papier
- 22 -
timbré et des droits de contrôle. Les environs pri-
rent part à l'insurrection de l'an VBI. Maintenant
Carhaix est telle que l'ont faite les Normands, les
Anglais et la Ligue,' une ruine et une bourgade,
selon l'expression de Pitre-Chevalier. Mais un
souvenir glorieux l'empêche de tomber dans l'ou-
bli : La Tour d'Auvergne y vit le jour.
Les qualités du guerrier dont le nom brilla d'un
éclat si vif à la fin du siècle dernier, ont été juste-
ment appréciées par divers écrivains. Voici en quels
termes l'auteur d'un article inséré dans le diction-
nairé de la conversation s'exprime au sujet de
l'illustre Breton :
« Il a existé un homme réunissant toutes les
hautes vertus des liëros que l'antiquité nous a lé-
gués pour modèles etdontPlutarque nousatrans-
— 23 —-
mis l'histoire; un homme qui, allié par sa nais-
sance à une famille souveraine, doué des plus
hautes faeultés de l'intelligence, fut appelé par
son courage et ses talents à commander les armées ;
qui, objet de tous les hommages, d'offres de for-
tune, de distinctions, d'honneurs, ne voulut ni
honneurs, ni grades, ni richeses, sut toutesa vie
rester pauvre et fier, savant et modeste, vécut en
héros et mourut en simple soldat: cet homme
s'appelait La Tour d'Auvergne. Son histoire n'ap-
partient ni aux chroniques de la monarchie ni
aux fastes de l'empire; La Tour d'Auvergne fut
une des gloires de la république française. Dire
combien de fois ses hauts faits le rendirent l'admi-
ration de nos armées, combien de fois, dans
l'humble rang de capitaine, ou même simple sol-
M —
dat, il guida nos troupes à la victoire, par le seul
ascendant que donnent l'intelligence et la bra-
voure ; retracer cette pénible époque de sa vie,
oiI, prisonnier des Anglais, 11 lutta avec tant de
dignité contre les insultes d'une population irritée;
rappeler ses studieux loisirs, son ardent amour de
la patrie, ses traits d'humanité, de dévoûment;
enfin peindre la vieillesse sublime de cet homme,
qui, accablé d'infirmilés, lorsque presque tout son
sang s'était écoulé pour sa patrie de ses nombreu-
ses blessures, voulut remplacer sous les drapeaux
le fils d'un ami qui n'avait pour vivre que le tra-
vail de son enfant, ce serait une grande et noble
tâche. »
Cet éloge n'a rien qui soit exagéré. La Tour
d'Auvergne fut du nombre des personnages émi-
— 25 —
La Tour d'Auvergne. 2
liants qui nous apparaissent, au déclin du XVIIIe
siècle, marqués d'un caractère particulier de cou-
rage et de vertu : -armé de l'énergie morale qu'en-
tretenaient dans son cœur des efforts constants
pour défendre des intérêts sacrés à ses yeux, il
montra dans des circonstances souvent critiques
l'intrépidité qu'il déployait partout sur les champs
de bataille, gardant, au milieu des dissensions in-
testines, une neutralité héroïque, et se dévouant
sans partage à son pays. L'austérité de ses mœurs,
la pratique des vertus antiques, qu'il tâchait, par
son exemple, de faire refleurir dans ces temps
difficiles, tout le séparait de ses contemporains;
alors que les liens qui unissent les citoyens entre-
eux étaient rompus, il sut conserver comme un
dépôt le culte de la justice. Ce sont là les traits
— 26 —
sous lesquels s'offre à notre admiration le petit-
fils de Turenne.
La famille de La Tour d'Auvergne est une des
plus anciennes de la province d'où elle tire son
nom; quelques-uns la font remonter au XIIe siè-
cle. Ce qu'il y a de certain, c'est que Bertrand,
premier de nom, seigneur de la Tour, marié
en 1275, eut trois fils, qui furent les tiges des
branches de Montgascon, d'Oliergues et d'Auver-
gne. A cette dernière branche appartenait Henri
de la Tour, duc de Bouillon, prince souverain de
Sedan et de Raucour, et frère du maréchal de
Turenne. Catherine Henriette, princesse de La
Tour d'Auvergne, ayant épousé Amaury de
Goyon, seigneur de la Moussaye et comte de
Quintin, Henri de La Tour crut devoir suivre sa
— 27 —
Sf.
destinée avec sa femme,, née Dupuis de la Galou"
perie, et ce fut ainsi qu'il alla s'établir en Bre-*
tagne, province que sa famille a toujours habitée
depuis cette époque. Mflthurin de La Tour se fixa
dans la patrie adoptive de son père ; du mariage
de son fils Olivier avec Jeanne Lucrèce Salaiin
dame du Reste, naquirent Théophile et Thomas.
La terre de Kerbeauffret, près de Carbaix, où ils
vinrent au monde, a peu d'importance; elle est
passée, par voie d'acquisition, dans une maison
étrangère.
Théophile-Malo Corret de Kerbeauffret naquit
le 25 décembre 1745. Il respira dans la maison
paternelle l'amour de la patrie, et il y reçut des
principes d'honneur auxquels il resta toujours
-- -
sincèrement attaché. Cette voix d'un père ne
— 28 —
cessa jamais de retentir dans son cœur; ellè t'a-
nima constamment dans les luttes qu'il soutint
contre les ennemis de la France. Les beautés de
la nature, au milieu des sites pittoresques qu'il
avait sous les yeux, l'impressionnaient vivement
x aussi, et il en conserva partout le souvenir : sa
pensée se portait sans cesse vers les champs de la
Bretagne ; ses ouvrages sont pleins de réminis-
cences de son pays.
Au sortir de l'enfance, Corret fut envoyé au
collége de Quimper, dirigé par de savants jésui-
tes, et qui était renommé pour l'enseignement du
latin. Il s'y distingua par son grand amour du
travail, l'aménité de son caractère et. sa remar-
quable aptitude pour l'étude des langues ancien-
nes et modernes. Il se familiarisa aussi avec If-
— 39 -
diôme breton ou celtique, entouré qu'il était de
condisciples venus, pour la plupart, du fond des
campagnes, et qui, en arrivant, ignoraient pres-
que tous '.a langue française. Ce fut alors qu'il
conçut le plan des Origines gauloises, travail qui
plus tard établit sa réputation de celtologue, et
charma ses loisirs de garnison, ainsi que ses veil-
lées de bivouac.
11 contracta au collège de nombreuses liaisons
- d'amitié auxquelles il attacha beaucoup de prix
pendant sa vie entière. Il faut citer au premier
rang celui qui fut son rival de classe et son ami
intime : Claude Lecoz, de Plouévez Porzay, dé-
cédé, en 1815, archevêque de Besançon, comte de
l'empire, et l'un des prélats les plus illustres dont
la Bretagne puisse être fière. Nourris l'un et l'au-
t- 30 -
tre aux sources du 'bC<lU et du vrai, ils-furent des
modèles, le premier pour le clergépar sa conduite
edinante, sa charité inépuisable et ses écrits; le
second, pour les guerriers et les bons citoyens,
par ses vertus et "Ses exploits.
Lorsque le jeune Théophile eut terminé ses
humanités, sa famille exprima le désir de le veir
se livrer à l'étude du droit. Mais, animé des nobtes
sentiments qui lui avaient été transmis par ses
ancêtres, il manifesta pour la carrière des armes -
un penchant si vif que ses parents ne crurent pas
devoir le contrarier ; ils demandèrent en consé-
quence et obtinrent son admission à l'école mili-
taire de La Flèche ; sa naissance lui en ouvrit
facilement les portes. Dans cette nouvelle posi-
tion, dit M. Buhot de Kersers, Corret se distingua
— 31 —
tellement qu'on put déjà prévoir qu'il serait un
jour compté au nombre de nos officiers les plus
instruits. Pour exciter l'émulation, on décernait
une croix de mérite à l'élève qui en était jugé le
plus digne par sa bonne conduite et son applica-
tion; ce fut lui qui obtint cette récompense, gage
des triomphes qui l'attendaient sur un plus vaste
théâtre.
Le 5 avril 1767, à l'âge de vingt-quatre ans, il
entra dans les mousquetaires noirs, mais il n'y
resta pas longtemps ; le 1er septembre de la même
année, le ministre lui donna une sous-lieutenance
dans le régiment d'Angoumois infanterie, et, le
21 mai 1771, il fut promu au grade de lieute-
nant. L'état militaire pour beaucoup de jeunes
officiers est une vie de dissipation; au lieu de
- 32 -
suivre ce torrent, il occupa ses loisirs à des tra-
vaux littéraires, et il ne larda pas à s'élever par
ses connaissances au-dessus de ses camarades.
Une pareille supériorité fit comprendre au duc de
Bouillon que ce jeune homme, qui était de son
sang, devait honorer son nom, et lorsque Corret
lui demanda de le reconnaître comme descendant
de Henri de La Tour d'Auvergne, prince souve-
rain de Sedan et de Raucour, le duc n'hésita pas
à lui accorder cette faveur. Voici la lettre qu'il
lui écrivit à ce sujet :
A Caen, le 23 octobre 1777.
» Je serai très-content, Monsieur, d'être à por-
tée de vous être utile; j'en saisirai toutes les oc-
casions avec bien du plaisir. Je n'avais pas besoin
- 33 -
2..
du certificat que vous m'avez adressé et que je
vous renvoie ci-joint, pour m'assurer de tous les
détails dans lesquels vous êtes entré avec moi et
avec M. Marchand, mon intendant, qui m'a ren.
du un compte exact des pièces que vous lui avez
communiquées pour en faire l'examen. En consé-
quence, vous pouvez, Monsieur, d'après cette
lettre, prendre mon nom et les armes de ma mai-
son, qui sont La Tour d'Auvergne et le gonfanon,
ajoutant dans l'écusson la barre, comme enfant
naturel de ma maison. Je prendrai toujours l'in-
térêt le plus vif et le plus sincère à ce qui pourra
vous concerner, soyez-en bien persuadé, et que
personne ne vous honorera, Monsieur, avec une
plus particulière distinction que moi. »
a Godefroy, duc régnant de Bouillon. »
— 34
eet te décision fut ratifiée dans un diplôme que
le prince rédigea de sa main, le 20 mii 1780. Ce
diplôme, enregistré à la cour de Bouillon, et re-
nouvelé !e 9 avril 1785, est conçu ainsi :
« Sur le compte qui nous a été rendu par
M. La Tour d'Auvergne Corret, de ses sollicita-
tions auprès du ministre de la guerre, pour faire
réformer l'omission qui se trouve dans sa com-
mission de capitaine au régiment d'Angoumois,
expédiée le 28 octobre dernier, sous le nom sim-
plement de Corret de Kerbeauffret, et du refus
qu'il a essuyé, par suite de rusage établi dans les
bureaux, de ne jamais s'écarter de l'énonciation
des extraits baptistaires, fournis lors de l'eutrée
au service de France, sur lesquels sont expédiés
— 35 —
les premiers brevets accordés aux officiers, vou-
tant, autant qu'il est en notre pouvoir, réparer
celte erreur, et assurer d'autant plus à M. La
Tour d'Auvergne Corret, le nom que nous lui
avons permis de porter, et qu'il doit prendre dans
toutes les occasions, lui avons, par le présent,
renouvelé l'assurance de nos intentions, qui sont
aussi invariables que notre affection et notre ten-
dre amitié pour lui. En témoignage de quoi nous
l'avons signé de notre nom, fait sceller de nos ar-
mes, contre-signer par notre conseiller, secrétaire
ordinaire de nos commandements et finances.
» Donné en notre château de Navarre, le neu-
vième jour d'avril, l'an mil sept cent quatre-
vingt-cinq.
» GODEFP.OY. »
— 36 —
Ce témoignage d'affection et de haute amitié
produisit sur Corret une impression profonde.
L'admiration qu'il éprouvait depuis son enfance
pour Turenne n'en devint que plus grande, et il
jura de porter toujours pur et sans tache le nom
de La Tour d'Auvergne. L'occasion s'offrit bientôt
à lui de prouver qu'il était digne de cette faveur.
Plein de sympathie pour la cause de l'indépen-
dance de l'Amérique du Nord, il sollicita., avec
instance, en 1778, l'autorisation de faire partie
comme volontaire de l'expédition de LafayeLte ;
sa demande parvint trop tard et ne put être ac-
cueillie. Mais, peu d'années après, il lui fut pos-
sible d'appliquer ses théories militaires et, en
même temps, de combattre indirectement pour
l'Amérique.
Il
j EXPÉDITION DE MAHON. — RETOUR ET SEJOUR DE
LA TOUR D'AUVERGNE EN FRANCE.
En 1781, La Tour d'Auvergne était en garni-
son à Strasbourg. Craignant qu'on ne l'autorisât
pas à voyager en Allemagne pendant l'hiver, ainsi
*
-qu'il en avait l'intention, il se disposait à aller
passer un semestre en Bretagne, auprès de sa
— 38 —
sœur, madame du Timeur, lorsqu'il entrevit la
possibilité de se rendre à l'île Minorque, où une
armée combinée d'Espagnols et de Français, sous
les ordres du duc de Crillon, assiégeait Malion
et le fort Saint-Plilippe, citadelle réputée impre-
nable qui défendait la ville.
Malion ou Port-Mahon, située dans la partie
méridionale de File, tire son nom de Magon,
général carthaginois , auquel on attribue sa
fondation en 702 avant Jésus-Christ. Le duc de
Hichelieu la prit en 1756aux Anglais, qui l'oc-
cupaient depuis 1708. Elle leur avait été rendue
en 1763 et leur appartenait encore lorsque le
duc de Crillon, lielltenant-sénéral commandant
les provinces de Picardie, Artois et Boulonais,
entré au service de l'Espagne avec l'assentiment
- 39 —
du roi de France, se plaça à la tète des troupes
espagnoles pour la reprendre de nouveau. Le dé-
sir de défendre les intérêts de l'Amérique poussa
La Tour d'Auvergne à mettre, s'il était possible,
son épée à la disposition du duc de Crillon, et l'on
voit, par sa corresrondance, que ses demandes fu-
rent dictées par les plus généreux sentiments. Il
crut d'abord devoir écrire au chef de sa famillle
pour s'excuser de ne pas attendre sa permission,
et lui adressa la lettre suivante :
A Son Altesse le duc de Bouillon.
Strasbourg, le 15 octobre 1781.
« Monseigneur,
« Je viens d'apprendre que votre régiment
est destiné à l'expédition de Minorquc : ma bonne
— tO-
fortune m'a donné un semestre cette année, et
ma vocation m'appelle à rechercher toutes les
occasions d'aller au devant de votre attachement
par les voies qui s'accordent le plus avec ma fa-
çon de penser. Dans ces sentiments , Monsei-
gneur, brûlant d'être témoin des opérations de la
campagne qui va s'ouvrir, d'acquérir sous vos
drapeaux une grande gloire à travers de grands
périls,' après avoir communiqué mes projets au
baron de Wimpffen, et bien sûr de son approba-
tion, je me suis décidé à parlir, en faisant, comme
si vous me l'aviez permis, une démarche que
j'aurais peut-être faite trop tard si j'avais attendu
ici l'agrément de Votre Altesse, n'étant pas em-
ployé dans l'armée de Minorque, et ne voulant
pas me mettre au risque de perdre mon état; mon
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projet se borne à choisir le camp du général Fal-
kenheim pour lieu de mon semestre, ne pouvant
nulle part faire une élude plus réfléchie de
mon métier, ni un choix plus conforme âmes
goûts.
Le baron de Wimpffen était chargé de la ré-
daction des ordonnances et du code militaire
qu'on se disposait à publier. Comme son frère
commandait le régiment de Bouillon, il s'em-
pressa de prodiguer ses offres de services à l'offi-
cier auquel le prince colonel en litre témoignait
tant d'intérêt; mais il tint à le prévenir qu'il ne
devait se considérer à Mahon que comme un cu-
rieux qui suivrait les opérations et y prendrait
part pour son compte personnel, et il lui écrivit
dans ce sens :
- 42 -
« Le ministre, Monsieur, ne peut autoriser
votre démarche, parce que beaucoup d'officiers
vi de gens de cour ont brigué le même avantage
< l qu'il s'est obstiné à les refuser; si on pouvait
donc lui citer un tel exemple, il serait perdu, et
l'on crierait avec raison à l'injustice. D'après
cela , vous ne pouvez poursuivre votre projet que
comme un officier qui a un semestre, et qui pré-
fère l'île de Minorque à tout autre séjour. Arrivé
là, en quelque manière, comme un curieux du
camp, M. le duc de Grillon peut faire usage de
votre volonté et de votre zèle et vous procurer,
peut-être, de grands avantages en Espagne. 11
sera difficile de prévoir quel sera le produit de
votre démarche. Il est toutefois certain qu'elle ne
peut être improuvée, et, si le succès ne répond
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pas à vos espérances, vous aurez toujours par de
vers vous, aux yeux des gens justes, le mérite
d'une volonté louable. Je ne suis qu'en peine,
Monsieur, -pour votre passage, mais peut-être
que mon frère le colonel trouvera quelque moyen
de vous aplanir les difficultés. Je suis très-sensi-
ble à tout ce que vous me dîtes d'honnête et d'o-
bligeant. »
La Tour d'Auvergne partit donc pour Minor-
que, et il obtint d'être attache au corps des vo-
lontaires de àt-alogne, destiné f dit le rapport
de M. de Crîllon, à occuper toujours les postes
les plus rapprochés de l'ennemi. Quoique les tra-
vaux du siège dussent poussés avec a-etiv-ité, les
Espagnols, dans un pays où le manque de matiè-
— 44 -
res premières leur opposait de sérieux obstacles,
ne purent les terminer qu'au bout de trois mois.
Le 6 janvier 1782, à six heures du matin, ilsou-
vrirentle feu avec toutes leurs pièces de canons
et quarante mortiers; i!s réduisirent bientôt au
silence l'artillerie du fort Malboroug, ainsi que la
redoute de la Reine. Le 15, le donjon et les au-
tres forts échangeaient seuls quelques boulets
avec les assiégeants. La garnison, réduite à deux
mille cinq cents hommes, suffisait à peine à la
défense de la ville. Les secondes parallèles étaient
commencées, et les batteries, établies à cent
soixante mètres des glacis, allaient faire ce che-
min-là en avant; enfiole port ,par lequel les as-
siégés avaient jusque-là reçu des secours, était
complétement bloqué. Mais la citadelle apparais-
— 45 —
sait encore dans une position tellement formida-
bleque, suivant beaucoup, elle pouvait tenir au
moins deux mois. Les Espagnols avaient perdu
deux cents hommes ; placés au front de bandière
devant la place, ils avaient plus souffert que les
Français, campés de l'autre côté de la mer.
La Tour d'Auvergne voulut avoir sa part des
fatigues et des périls du siège, et il ne tarda pas
à se signaler par un trait d'une incroyable au-
dace. Une frégate anglaise placée sous les murs
d'un fort, protégée par le canon et par la mous-
queterie de la place, gênait les opérations. L'ar-
mée hispano-française n'avait pas de forces nava-
les, et cette frégate ne pouvait être supprimée
que par un coup de main qu'il semblait impos-
sible d'exécuter. La Tour d'Auvergne le tenta et
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réussit. Accompagné seulement de quelques bra-
ves, il alla mettre le feu au navire, qui fut incen-
dié à la vue des Anglais. Peu de jours après, il
brûla également de grands bateaux remplis de
munitions, au milieu même des ennemis.
La destruction de ces bâtiments avait rendu
plus difficile la position des Anglais; le-général
Murrey, qui les commandait, fit une sortie, qtii
faillit devenir fatale au duc de Grillon. Le général
en chef, dans une reconnaissance, s'était avancé
près des murs de la citadelle. : tout à coup les
portes s'ouvrent, et les Anglais, avec .des forces
supérieures, tombent sur lui. C'en était fait du
siège, si le duc de Grillon et son étal-irçajor
avaient été enlevés. La Tour d'Auvergne l'accom-
pagnait,, à la tète d'un petit nombre d'officiers; il
— 47 ■—
soutint avec une présence d'esprit admirable et
une bravoure héroïque le choc des Anglais, et-
donna ainsi aux Français et aux- Espagnols le
temps d'accourir sur le champ de bataille. Le
hardi volontaire présenta au duc un caporal an-
glais qu'il avait fait prisonnier.
Peu de jours après, les assiégés tentèrent une
nouvelle sortie, et furent une seconde fois re-
pousses. Dans la chaleur de l'action, les Cata-
lans avaient suivi les Anglais jusque sous les
murs de la place, et, en se retirant; ils avaient
laissé sur les glacis un des leurs, blessé et sans
secours. La Tour d'Auvergne quitte les rangs de
l'armée, s'avance froidement vers le glacis, et,
sous le feu de l'ennemi, arrive au soldat blessé;
il le charge sur ses épaules, s'éloigne sans s'é-
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mouvoir et le transporte au camp des Catalans,
émerveillés de son audace et de son-bonheurl
Le duc désira vivement s'attacher le jeune
Corret. Quelques jours avant la reddition du fort
Saint-Philippe, il assembla les officiers généraux
de l'état-major, et, en leur présence, il le pro-
clama commandant en second des volontaires de
Crillon; mais La Tour d'Auvergne, qui s'était
fait une règle de ne pas accepter d'avancement
hors de sa patrie, se borna à remplir les fonctions
périlleuses d'aide-de-camp du général. Il était
venu, disait-il, pour s'instruire, et non pour com-
mander, et d'ailleurs le temps de son semestre
étant sur le point de finir, il allait retourner à
son poste. Ces faits sont consignés dans un rap-
port du duc de Crillon, qui les raconte ainsi :
- 49 -
La Tour d'Auvergne. 3
« Sa bonne conduite, sa brillante valeur, join-
te à la grande douceur de son caractère, et un
excellent cœur, lui ayant attiré l'estime, l'amitié
-et le suffrage général des deux armées, je le choi-
sis, le 5 décembre, pour commander en second
les volontaires de mon nom, que je me faisais
moi-même un plaisir d'honorer par ce choix. Je
le lui déclarai à l'heure de l'ordre, et en présence
de tous les ofnciers généraux de l'armée, état-
major et autres chefs. 11 me répondit, avec sa
modestie ordinaire, qu'il était venu pour s'ins -
truire, et non pour prendre aucun commande-
ment, qu'il jugeait devoir appartenir de préfé-
rence aux braves et intelligents officiers espa-
gnols, qu'il voyait combattre journellement.
» Afin que le fruit du travail de M. de La
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Tour d'Auvergne Corret, et de l'attachement
constant qu'il a montré, dans l'armée que je
commandais, à tous les devoirs qui doivent for-
mer les meilleurs officiers, ne soit pas entière-
ment perdu pour lui, je l'ai prié de vouloir bien
accepter ici le témoignage authentique de mon
estime, de mon amitié particulière pour lui, et
tous les sentiments de satisfaction que sa valeur.,
son zèle, son désir de s'instruire, et enfin toutes
les autres vertus que j'ai reconnues en lui m'on
t
inspirés pour sa personne. »
Le roi d'Espagne, Charles III, voulut aussi ré-
compenser l'officier breton de ses services, et il
lui conféra l'ordre qui porte son nom. On pré-
tend que La Tour d'Auvergne refusa la pension
de 1,000 francs attachée à cette décoration mili-
— of-
à
taire; rien dans ses papiers ne fait allusion à
cette nouvelle preuve de désintéressement, qui,
du lesle, n'étonne nullement chez un homme de
son caractère. Quoi qu'il en soit, au moment où,
après avoir pris part à toutes les fatigues et à
tous les périls du siège, il allait participer aussi à
la gloire du succès auquel il avait puissamment
contribué, un ordre du ministre, M. le marquis
de Ségur, le rappela en France. Il partit pour
Versailles, au mois de janvier 1782, muni de
lettres de recommandation de M. le duc de Cril-
lon, qui le demandait au ministre, en qualité
d'aide de-camp. Mais les efforts de ses protecteurs
furent inutiles, et il ne put obtenir l'autorisation
de retourner à Mahon; il fut obligé de rejoindre
sur-le-champ son régiment, sans avoir la liberté
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de passer ailleurs le reste de son semestre. Cette
nécessité le contraria beaucoup, mais il s'en con-
sola en pensant qu'il avait rendu des services, et
que tôt ou tard il lui en serait tenu compte. Il
avait d'ailleurs retiré de cette expédition de la
considération et de l'honneur. Ainsi ce fut l'am-
bassadeur d'Espagne lui-même qui lui annonça,
au mois de février, la prise de Mahon ; le feu avait
pris aux magasins du fort Saint-Philippe, où
étaient réunis les provisions de bouche et les mu-
nitions pour l'artillerie, et la place s'était rendue
par suite plus tôt qu'on ne l'avait espéré. La ré-
ception que lui firent ses camarades, à son retouv
en Alsace, le dédommagèrent également des tri-
bulations que l'envie lui avait suscitées ; tous
étaient fiers de la gloire dont il s'était couvert, et
c. J

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