La troupe de Figaro / par Louis Valder,...

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J. Madre (Paris). 1868. 34 p. ; in-12.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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LA
TROUPE DE FIGARO
t'Ait
LOUIS VALDER
AUTElit DE
FIGARO TRIBUNE LIBRE!!!
PA'US
EN VENTE : CHEZ M. J. MADRE, LIBRAIRE
20, RUE DU CROISSANT, 20
1868
LA
TROUPE DE FIGARO
Assez longtemps Figaro a moné en laisse l'opinion pari-
sienne, comme un piqueur sa meule turbulente. Assez et
trop longtemps Figaro a fait marcher son monde par le
fouet de ses indiscrétions et par l'appât des commérages
scandaleux.
Il est temps de faire justice de ces acteurs médiocres
qui, dans la même séance, jouent comme Gringalet le rôle
de Socrate et celui de Diogône. La plupart d'entre eux
écrivent comme jouait Bobèche, sans y penser.
Figaro est la plus mauvaise de toutes les feuilles pari-
siennes, sans en excepter le Siècle, car elle continue l'oeu-
vre dissolvante de Voltaire, sans nous dédommager ni par
l'esprit, ni par le mérite littérale. A tous les points do
vue, c'est un fléau pour la salubrité morale et le caractère
français. Son rire habitue l'esprit public à trancher les
plus graves questions par des plaisanteries d'un goût fort
douteux.
Palinodistes railleurs, les Figarotins propagent le scep-
ticisme le plus déplorable; chroniqueurs épicuriens, en-
tretenant sans cesse leurs lecteurs des reines du théâtre,
du lac et du boudoir, ils semblent faire de leur journal
un bureau de placement pour ces déesses, Par leurs can-
cans, leur miso en scène perpétuelle, leurs dictionnaires
drolatiques, leur collection do calembours, vieux clichés,
rajeunis par l'art de teindre les cheveux, ils perpétuent
cet esprit parisien, léger, fat, ignorant, jugeant tout, dé-
chirant tout impitoyablement : la réputation des femmes
et les constitutions, sottise brillante et cruelle que Vol-
taire, dans son humeur caustique, définissait un mélange
de paon et de dindon, de tigre et do singe, sottise qui fait
la roue, s'amuse parfois h boire du sang et prend la gri-
mace pour un rire spirituel.
Est-ce là un résultat digne du journalisme ? Et ceux qui
le poursuivent sans relâche et sans honte au profit do leur
caisse et d'une popularité éphémère, sont-ils des pen-
seurs, des écrivains, des mineurs de l'avenir, les pionniers
de la civilisation ?
Grands mots que tout cela pour des sceptiques badins
qui nient tout, qui rient de tout, qui travestissent tout ce
qui est sacré. Eux s'élancer sur la brèche ! Combattre et
mourir à son poste d'honneur !
Eh ! pour qui ? Eh ! pour quoi ?
Figaro a-t-il une idée, un principe ? Son idée c'est de
rire; sa pièce principale c'est le boniment qui fait entrer
le monde. Figaro, en effet, et son dépôt le Paris-Magazine,
tiennent un grand musée à plusieurs compartiments.
Voici d'abord le musée sinistre ! Vous y trouverez non-
seulement les assassins contemporains, mais encore les
vieilles empoisonneuses, les anciens voleurs de grand che-
min, toutes les faces patibulaires.
Une ombre de journaliste vous en fait la légende ; ce
montreur, c'est M. Hocher.
Une annexe de ce musée hideux, c'est celui de 03; col-
lection aussi riche en scélérats. Un jeune homme, d'une
voix fièrement étudiée, vous fait l'apologie des terroristes
et des thermidoriens, ces pourvoyeurs do guillotine.
Ce jeune monsieur, c'est M. Clarctie dit Candide,
Voilà lo musée des souverains !
M. Jules Richard s'i'îlovoe dV-lre ?!'ricn\', mais la gravité
de M. Villcmut, l'immensité \iùe de Baudruche, les
sauts prodigieux de M. de Villemessaut et les grâces de
M. WolllTcmpûchcnt de montrer sans rire les profondeurs
du panorama politique.
Pour vous reposer, M. Chose vous racontera les fins
déjeuners chez Pélers où la rédaction traite ses affaires..,
inter yocula.
Entrez, Messieurs ! entrez, Mesdames !
C'est ici la bagatelle, le bazar de la bimbeloterie pari-
sienne, MM. Maillard, Blavct et Magnard font l'article.
Si vous ne craignez pas d'être asphyxié par l'odeur du
musc et du patchouli, entre/, dans cette salle où le demi
jour est assez indiscret.
M. Marx, le reporter, vous montrera la belle nature
contemporaine, toutes les dames de Paris, toutes les cour-
tisanes célèbres au naturel; naturel n'est pas tout à fait le
mot, car souvent
Telle grâce est un effet de l'art.
Moins la beauté des articles, on croirait voir un de ces
marchés où les Turcs vont acheter les principaux meubles
du harem.
Et comme si cette littérature énervante ne suffisait pas
aux amateurs de petits scandales, Timothée Trimm, fati-
gué de la tenue demi-correcte, dcmi-bourgcoiso quo sa
qualité de précepteur des concierges et des renticules» lui
impose ,au Petit Journal, vient prendre ses ébats chez
Figaro en exhibant la collection de ses anciennes...
muses.
Nous arrivons enfin au musée dramatique.
Xc vous attendez pas à voir la scène, 1e jeu dos acteurs,
les beautés du drame. M. Jules Prével ne peut montrer
que les coulisses, les petits manèges du foyer, les faux
chignons cl les loques des artistes, et quand il ne peut
e\hibiir aux amateurs un morceau de l'artiste elle-même,
il donner les mesures quo les tailleuses connaissent... et les
intimes aussi.
M. Paul de Cassagnac a mille fois raison : « Faiso7is
» comme fit Augias un jour, détournons un fleuve, s'il le faut,
» et faisons lu passer dans Vétable. »
Comme dans un incendie me voici formant la chaîne;
j'apporte nu fleuve mon tribut; je l'ai puisé aux sources
pures des convictions et de la poésie, cette reine que Figaro
poursuit de son mépris et veut décidément étouffer sous
si prose.
Je l'ai déjà dit dans ma brochure : Figaro tribune libre ! ! !
le. sujet de cotte Épilre n'est pas une fiction.
L'incident principal est l'histoire de mes visites chez
Figaro, de mon commerce épistolaire avec ces Messieurs
pour obtenir la rétractation d'une assertion injurieuse de
M. J. Clarctie, qui affirmait avec l'aplomb d'un figarotin
que l'auteur des Odeurs de Paris n'avait jamais osé attaquer
Proudhon vivant. Il suffisait pourtant de parcourir les Mé-
langes de M. Louis Veuillot pour s'assurer qu'il avait rude-
ment secoué Proudhon, Proudhon wvant, Proudhon en
chair et en os, et que le pataud socialiste avait un jour
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refusé l'assaut décisif que lui offrait, dans l'Univers même,
le fléau des libres-penseurs.
■M. Candide imita son héros; son siège était l'ait, il eut
le dernier mot, ma réplique ayant été perdue dans les
cartons ou dans les paniers.
C'est le moyen de garder la Tribune libre pour les
MM. Candide.
Un autre incident que rappelle mon ÉPJTRE se rapporte
à une plaisanterie sacrilège de M. d'Ornant contre le culte
des Reliques, plaisanterie que M. Magnnrd avait recueillie
comme une précieuse trouvaille.
L'Église, disait-on, offrirait à la vénération des fidèles
quatre tètes et huit bras du même saint Biaise.
Je démontrai que les Actes des Saints constataient qu'il y
a eu quatre saints Biaise authentiques et parfaitement dis-
tincts par leur pays, leur profession, l'époque do leur
existence.
L'article refusé au Figaro parut dans le Monde; mais il
me valut la monnaie habituelle des Figarotiers, une ombre
de rétractation et deux ou trois impertinences. C'est ainsi
qu'on garda cette fois encore la Tribune libre pour les dif-
famateurs de l'Église catholique.
A ces deux faits, qui me regardent personnellement, j'ai
ajouté, sans tenir compte des dates, d'autres incidents re-
latifs à de récentes polémiques bien connues de toute la po-
pulation lisante, et j'ai groupé ainsi dans un même cadre
tous les traits qui achèvent la physionomie de Figaro.
Je crois faire une oeuvre de justice en publiant sous la
forme d'EpItre et dans le ton de la Satire : LA TROUPE DE
FIGARO.
Il est temps de renverser les coulisses qui cachent la pé-
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taudière. Si tous les hommes sérieux, tous ceux qui com-
battent pour une grande idée, osaient avancer la main
pour arracher le masque à ces docteurs do Casino, à ces
oracles du demi monde, les sous-lettrés qui les admirent,
voyant enfin les vrais visages, ne reconnaîtraient dans les
Figaroticrs que des parasites do la littérature, des commer-
çants de lettres qui font leur moisson dans le champ du
crime, de la bêtise et du scandale.
A l'oeuvre donc! H est temps d'écheniller le journalisme.
Hommes de conviction et do littérature, secouez l'arbre et
faites-moi tomber ces chenilles de lettres. Le vent des
grandes luttes, le souffle de la grande opinion publique
emporteront ces détritus littéraires où vont les débris
impurs : dans la poussière et dans l'oubli.
LA
TROUPE DE FIGARO
ÉPITRE
A M. II. DE V1LLEMESSANT
nédacteur eu chef du Figaro
Mou cher Villemessant, vous qu'on dit si brave homme,
Apprendrez-vous do moi, sans en être surpris,
Que tous les imprimeurs de l'immense Paris
Sont transis de frayeur aussitôt qu'on vous nomme?
En voyant ton portrait, Figaro-gentilhomme,
Ils se pâmaient d'effroi pensant à Rochefort;
Et tous, la larme à l'oeil et la parole émue,
D'un imprimeur rossé me prédisaient le sort :
— « Jeune homme, disaient-ils, ne perdez pas de vue
Le zouave immole par Vallès dans la Hue !
1.
~ 10 —
Je riais, ils tremblaient.
— « Pensez, ajoutaient-ils,
» Quels procès, quels assauts, quels terribles périls
» Figaro courroucé fait courir à nos presses ;
» C'est le roi des journaux par l'or et les prouesses,
» Et pour sauver sa troupe il peut nous affamer.
» Le grand mur Guilloutct toucherait à la lune,
» Que Figaro saurait l'enjamber; sa rancune
» A des airs de colombe, un bec à déplumer
» Un condor tout vivant ; dans l'art de diffamer
» Il sait comment on tourne un article du Code,
» Lorsque son adversaire est par trop incommode,
» Figaro va partout criant au sacristain !
» Basile, inquisiteur et limier de police,
» Ce sont des traits mortels dans le quartier latin.
)> L'indiscret Figaro comme un serpent se glisse,
» Il surprend les secrets même des plus prudents
» Et si quoiqu'un se fâche, il lui montre les dents.
i> C'est par de tels exploits qu'ils amusent la ville,
» Ces « gens biens élevés » ironiques et fins,
» Héritiers blasonnés du Rarbier de Sévillc.
» Rengainez, imprudent, tous vos alexandrins. »
J'ai craint qu'il ne fallut les imprimer à Rome
_ \\ —
Ces téméraires vers. Enfin un imprimeur,
Cuirassé fortement, eut pitié d'un rimeur
Et m'accoucha soudain pour ma petite somme.
Pourquoi des vers? On dit que votre Majesté
A déclaré la guerre à toute poésie,
Qu'elle choisit la bière et laisse l'ambroisie,
Comme d'un Limousin le palais dégoûté
Préfère le Suresne au vin de Malvoisie.
Je voudrais vous charmer en chantant Figoro.
Maitre, convenez-en, cet effort est sublime :
De ses nombreux exploits devenir le héraut,
Allier au bon sens la mesure et la rime
Pour peser son esprit et découvrir l'estime
Dont le hardi Barbier peut jouir dans Paris ;
Peiudre cet idéal des journaux de l'Empire,
Opposant panaché, politique pour rire,
C'est un rude labeur dont peu seraient épris
Et qui sans doute aura le bonheur de vous plaire,
Car je peins Figoro, l'enfant à son bon père.
Arous n'aimez pas les vers! Je l'avais soupçonné
A votre seule prose, un jour qu'après diner.
— 12 —
Pour m'endormir un peu, je pris votre gazette
Qui charme le commis, l'employé, la grisette.
Je sais mon Figaro; je suis sur maintenant
Que l'air de l'officine est mortel au poète,
Et je vais de ce pas apprendre à tout venant
Par quel heureux harard, et sans nul artifice,
Je surpris cet aveu d'un bonhomme vermeil,
D'un brave chroniqueur, rival du baron Brisse,
Qui découpe chez vous d'un ciseau sans pareil,
Le menu du Nain-Jaune et l'esprit de Jocrisse,
Et coud de son gros fil la Lune et le Soleil.
Un jour, dans vos bureaux, je demandais Mécène;
Mécènes c'était vous, qu'on ne s'y trompe pas.
Veuillot livrait alors sur les bords de la Seine,
Contre les libéraux, de terribles combats.
Un de vos écriveux faisant le diable à quatre
Déclamait que Veuillot, toujours prudent lutteur,
Contre Proudhon vivant n'osa jamais se battre
Et qu'il était honteux do s'attaquer au plâtre
Du pataud francomtois. Candide et jeune auteur !
Tu ne savais donc pas que le chrétien austère
Avait pris corps â corps le grand blasphémateur,
Qui, fort endommagé, crut sage de se taire I
— 13 ~~
J'avais lu ces duels sans être bachelier,
Quand je limais encore mes discours d'écolier.
Claretie, un savant qui se consume à lire,
Il vous le dit en face, il vous le dit sans rire,
Ignorait ces combats connus depuis vingt ans !
Nommant un chat un chat suivant fus des vieux Francs
Je venais démasquer cette ignorance extrême.
Je ne connais pas, moi, la nouvelle Bohème,
L'art d'affirmer sans preuve et de filer sans bruit
Devant un argument qui, vainqueur, me poursuit.
Lorsque dans un assaut par malheur je m'enferre,
Abaissant mon cpée aussitôt contre terre
Je reconnais ma faute et dis : Je suis touché.
Aux braves à trois poils que votre esprit dirige
Je croyais cet honneur, chez nous si recherché,
Qui relève le gant, puisque noblesse oblige.
0 cher Villemessant, que je me suis trompé !
Mais excusez, Nestor, ma naïve jeunesse :
En lisant Figaro j'avais été frappé
D'un certain air ouvert tout plein de gentillesse
Qui semblait dire :
— a Entrez; clérical ou pataud,
» Vous serez bien reçu dans notre salle d'armes
— 14 —
» En respectant l'huissier, les dames, les gendarmes
» Et la langue française, et les lois de l'assaut.
» Amusez le public : parlez de Dieu, du diable,
» Dites qu'à l'Alcazar chantait Vénus-Guenon,
» Affirmez que la rousse est d'un blond admirable;
» Nous, sceptiques badins, doutant du oui, du non,
» Juges de ce champ clos, n'admirant que l'adresse,
» Recherchant de l'esprit la délicate ivresse,
» Riant des vérités qui tranchent un débat,
» Nous donnons le spectacle ; aux échos de la presse
» Nous irons acclamer le vainqueur du combat. »
J'entrai donc, réjoui, sur la foi de l'enseigne;
Mais, hélas! comme vous plus d'un monarque règne
De la TRIBUNE LIBRE, estrade du Normaud,
Donncrez-vous bientôt le grand couronnement ?
0 Mécène, ô Nestor, que ma jeunesse est grande !
Je tenais pour Veuillot et l'autre pour Proudhon.
Je propose un duel avec frauc abandon ;
Refus! Qu'ai-je donc fait? Ah ! je me le demande!
On dit que le malheur à quelque chose est bon.
Je le crois : eu huit jours j'acquis l'expérience

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