La vérité aux habitants des campagnes , par M. le chevalier Casimir de R*****

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Impr. de Guyot aîné (Orléans). 1816. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °.
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Publié le : lundi 1 janvier 1816
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LA VÉRITÉ
AUX HABITANS
DES CAMPAGNES,
PAR M.r le Chevalier CASIMIR DE R*****
DIEU ET LE ROI.
Mes amis, point de bonheur pour vous, si vont
ne les aimez bien tous deux. Nous voulons notre Roi,
et tous les factieux de la terre dussent-ils en expirer
de rage, nous conserverons notre Roi et nos Princes,
pour régner sur nous et sur nos enfans à perpétuité.
ORLÉANS,
DE L'IMPRIMERIE DE GUYOT AÎNÉ.
Septembre 1816.
AVERTISSEMENT.
J'AI composé ce léger opuscule dans
un moment où les journaux étaient
remplis de découvertes de conspira-
tions. Des circonstances particulières
en ont retardé jusqu'ici la publication.
Je suis heureux de pouvoir ajouter que
depuis ce temps l'esprit public s'est
sensiblement amélioré. Monsieur le
Conseiller d'Etat Préfet du départe-
ment du Loiret n'a recueilli, dans
toutes les communes qu'il vient de
parcourir , que les témoignages les
moins équivoques du dévouement de
la population de ce département pour
le meilleur des Rois. S'il existe encore
des hommes égarés, ils se condamnent
eux-mêmes au silence et à l'obscurité.
Puissent-ils enfin se convaincre qu'il
n'y a pour eux d'autre moyen de re-
couvrer l'estime de leurs concitoyens,
qu'en partageant franchement leur
amour pour le Souverain légitime !
C'est donc à eux seuls que j'adresse
cet écrit ; car il devient inutile au plus
grand nombre qui, à l'époque récente
de la Fête du Roi (Fête nationale ,
s'il en fût jamais ) , a fait éclater des
sentimens qui sont le gage d'un bon-
heur inaltérable.
LA VÉRITÉ
AUX HABITANS
DES CAMPAGNES.
HABITANS DES CAMPAGNES,
Au moment où de vils agitateurs emploient
tous les moyens imaginables pour vous égarer
et vous faire trahir votre devoir le plus sacré,
la fidélité au Roi légitime, je veux vous
prouver que ces éternels ennemis du repos
vous trompent, qu'ils abusent de votre cré-
dulité , enfin que leurs funestes efforts ne
tendent à rien moins qu'à vous replonger
dans l'abîme de malheurs dont vous êtes
à peine sortis.
Se peut-il que vous ayez sitôt oublié les
maux terribles qu'a engendrés la trahison ?
( 6)
Quoi ! l'envahissement de la France par les
armées étrangères, vos champs ravagés,
vos maisons en cendre, le sang de vos fils
répandu par torrens, tout ne vous dit-il pas
que Dieu punit le parjure, et qu'un peuple
infidèle à son Roi attire tôt ou tard sur lui
les foudres du Ciel et la vengeance des
hommes ?
Eh bien ! tous ces malheurs vous mena-
cent de nouveau, pour peu que vous prêtiez
l'oreille aux perfides insinuations de la mal-
veillance ; et je vous le dis en tremblant : le
repentir même pourrait-il vous faire obtenir
un pardon dont vous seriez devenus indignes ?
Le Roi a tout oublié. Son inépuisable clé-
mence l'a emporté sur sa justice. Il n'a
Voulu voir dans son peuple infidèle que des
enfans égarés ; en père tendre et miséricor-
dieux, il leur ouvre ses bras, et ne songe
plus qu'à cicatriser les plaies que les fac-
tieux ont faites à la Patrie.
Ah ! seriez-vous insensibles à tant de bonté ?
Les vertus qui firent le bonheur de vos pères
seraient-elles sans charme pour vous, et
donneriez-vous deux fois à l'Europe étonnée
le spectacle inoui de Français que la clémence
enhardirait à l'infidélité ?
(7)
Non, vous ne vous avilirez pas à ce point ;
le but des malveillans dévoilé ne vous ins-
pirera plus qu'horreur et mépris. Je vous
connais : je fais mes délices de vivre parmi
vous ; et si l'on peut vous abuser un moment,
je sais qu'il est difficile de vous corrompre.
Vos habitudes, vos utiles travaux vous
mettent généralement à l'abri des vices si
communs dans les grandes villes. Vous êtes
francs, bons et honnêtes ; vous n'imaginez
pas qu'on puisse vous tromper ; et c'est cette
confiance peu réfléchie en des personnes que
vous croyez plus instruites que vous, qui
a causé jusqu'ici tous vos malheurs, et qui
vous en prépare encore de nouveaux si vous
n'êtes enfin convaincus que tout ce qui tend'
à vous éloigner de l'amour que vous devez
au Roi, cache des vues criminelles, et que
les agitateurs, en vous excitant à la révolte,
vous choisissent pour victimes, afin de re-
cueillir seuls le fruit qu'ils en attendent.
Je suis instruit des infâmes moyens qu'ils
mettent en usage ; mais ma plume se refuse
à retracer leurs blasphèmes et leurs men-
songes.
Qu'ils tremblent ces furieux insensés ,
qui , dans leur rage sacrilége, osent encore
(8)
rêver la ruine de la Patrie ! qu'ils tremblent !
le glaive des lois , suspendu sur leurs têtes,
va les atteindre. Déjà plusieurs ont payé
de leur vie leurs odieux attentats ; les évé-
nemens de Grenoble en sont une preuve
convainquante : vous en avez sans doute été
frappés. Les rebelles étaient nombreux ;
leurs chefs leur avaient tenu le même lan-
gage , leur avaient fait les mêmes promesses.
Qu'en est-il résulté ? au premier choc, les
troupes royales les ont culbutés, et ceux
qui ont échappé au combat ont bientôt subi
le sort inévitable réservé aux traîtres.
Habitans des campagnes, sachez que le
trône des Rois qui firent pendant quatorze
siècles le bonheur de nos pères et la gloire
de la France, est désormais inébranlable.
Cent mille Français , l'élite de la Nation ,
sont armés pour le soutien des Lis, et des
millions de braves voleraient au besoin à
leur défense. Ce n'est donc que par le plus
pur sentiment de l'humanité que j'entre-
prends de porter la conviction dans vos ames.
Habitans des campagnes , écoutez-moi.
Mon langage est celui de l'honneur et de
la vérité ; et si je puis vous persuader que
votre obligation la plus sacrée, que votre
(9)
plus grand intérêt est d'aimer Dieu et votre
Roi, si je puis éviter à un seul d'entre vous
les maux certains qu'entraînent après eux
le mépris de ses devoirs et la rébellion,
je bénirai toute ma vie l'heureux instant
où j'ai conçu la pensée de vous rendre au
repos et au bonheur, en arrachant aux
traîtres le masque perfide dont ils se couvrent.
BUONAPARTE, fier des succès qu'il dut
autant et plus à la valeur bouillante des
Français et à l'habileté de ses généraux
qu'à ses propres talens, aspira au suprême
pouvoir. La réputation militaire qu'il s'était
acquise, le besoin de repos qui, après tant
de sanglantes agitations, se faisait sentir
aux peuples accablés, et plus que tout cela ,
les grands coupables désespérant de faire ja-
mais oublier l'horrible assassinat de leur Roi,
lui en facilitèrent le chemin. Ces auteurs de la
Révolution ne crurent pouvoir s'assurer l'im-
punité, qu'en mettant à la tête du Gou-
vernement un homme qui leur devrait sa
couronne, et qui, par reconnaissance ou par
intérêt, ne pourrait les punir d'avoir pro-
fessé des principes que sa nouvelle position
Règne
de Buonaparte.
( 10 )
le forcerait désormais de condamner. Le
sang de l'infortuné Duc d'Enghien, d'au-
guste et douloureuse mémoire, fut le sceau
de leur alliance.
Dès-lors Buonaparte, ne trouvant plus
d'obstacle, ceignit impudemment le dia-
dème des Rois. Sa vaste ambition n'eut
plus de bornes. L'armée , avide de gloire et
de fortune, seconda merveilleusement ses
desseins , et l'usurpateur à sa tête se pré-
cipita comme un torrent sur tous les Etats,
qu'il remplit de deuil et d'épouvante.
La saine partie des Français , restée fidèle
à la cause sacrée du Roi légitime, gémit
en silence, et prévit les maux qui devaient
un four fondre sur la France.
La conscription, cette infâme loi de des-
truction , fut complètement organisée, et
alimenta tous les ans ces bataillons que leur
barbare souverain se plaisait à conduire à
la mort. Lès impôts devinrent exhorbitans ;
la guerre anéantit le commeree, et le la-
boureur put à peine trouver, à force d'or,
des bras pour l'aider dans la culture de ses
terres. Des administrateurs cupides foulèrent
les départemens, et secondèrent à l'envi le
despotisme du chef. Enfin, les malheureux
( 11 )
Français sentirent, mais trop tard, qu'ils
s'étaient donnés des fers d'autant plus odieux
qu'ils ne pouvaient les rompre.
Mais Buonaparte , parcourant l'Europe
le fer et la flamme à la main, culbutant
les Empires, soit par la force de ses armes,
soit par les plus épouvantables perfidies,
hâtait lui-même le moment qui devait à-
la-fois venger la Religion outragée d'une
manière indigne dans la personne de son
vénérable Chef, le sang français qu'il avait
fait couler à grands flots, et les Rois et les!
peuples victimes de ses fureurs ou de sa
barbare politique.
La Providence avait marqué l'instant de
sa chute. Moscou en fut le signal.
Je ne vous donnerai aucuns détails sur
cette catastrophe. Vous savez tous qu'une
armée de cinq cent mille hommes, parmi
lesquels vous comptiez des fils, des frères,
des amis, périt presque entièrement par le
froid, la faim, les maladies ou le fer de
l'ennemi ; mais ce que je ne saurais trop
vous remettre sous les yeux, c'est la con-
duite du Tyran à cette époque, dont le seul
souvenir fait encore verser bien des larmes.
(12)
Il fuit lâchement l'armée qu'il a sacrifiée,
la laisse sans munitions, sans ressources,
succombant à tous les genres de misère, et
poursuivie vivement par les vainqueurs. Il
arrive aux Tuileries, n'exprime pas le
moindre regret. ; et tandis que la France
éplorée redemandait à grands cris ses enfans,
ce farouche despote, assis tranquillement
auprès de son feu, dans ses fastueux ap-
partemens, calculant combien il vous restait
encore de fils et d'écus, disait : Il fait meil-
leu ici que sur les bords de la Bérésina.
Habitant des campagnes, voilà l'hotnme
auquel vous avez prodigué si long-temps
votre sang et vos fortunes !
Une paix honorable lui est offerte à
Dresde, il la refuse. A Leipsick, il joue
encore les destins de la France, perd la
bataille ; et quand il juge que la retraite
peut lui être coupée, tremblant poussa vie,
il fait sauter un pont par où l'armée devait
passer, et, par cet horrible trait d'égoïsme
et d'insensibilité, ne laisse plus aux malheu-
reux Français que la cruelle alternative de
rendre lés armes à l'ennemi ou de périr
dans les flots.
Il revient encore à Paris, ordonne de
5 13 )
nouvelles levées d'hommes et d'argent. Les
Alliés pénètrent dans le royaume . le sang
ruisselle par-tout ; des villes et des villages
sont réduits en cendre; les campagnes sont
ravagées : l'Europe avait à se venger de
vingt ans d'outrages, et de revers. . . .
Et nous, paisibles Français, toujours en-
nemis de la Révolution et de ses auteurs,
qui n'avons jamais porté le meurtre et le
pillage chez les peuples voisins , innocent
des crimes dont ils avaient à se plaindre,
nous avons été également leurs victimes.
Mais sachons que tout ce que nous avons
souffert n'est rien en comparaison des maux
qu'on leur a fait éprouver pendant si long-
temps. L'Italie, l'Allemagne, l'Espagne et
la Russie, furent tour-à-tour le théâtre des
fureurs de Buonaparte. L'Espagne sur-tout
se ressentira pendant de longues années des
plaies sanglantes de sa perfide usurpation!
Bien jeune encore, j'ai parcouru ce mal-
heureux pays, ah! combien j'ai frémi !...
Les combats, les supplices, les exécutions
militaires, ont enlevé un tiers de sa po-
pulation ; ses villes, ses villages, ses châ-
teaux ont été incendiés et détruits. . .
Et de quoi était-il coupable ce peuple in-
fortuné? de quel crime le punissait-on?
( 14 )
d'avoir le noble courage de résister au Tyran
du Monde, d'être fidèle à son Roi légitime
que la plus noire trahison lui avait ravi,
et de préférer la mort à là honte de rece-
voir des lois d'un lâche usurpateur.
Nation grande et généreuse, ta constance
héroïque devait enfin triompher de tous les
efforts du crime. Tu recueilles aujourd'hui
les doux fruits de tes vertus et de ta mag-
nanimité : tu as conquis ton Roi. L'Europe
t'admire, et la postérité dira que, dans ces
temps déplorables où l'irréligion et l'immo-
ralité avaient infecté tous les coeurs, où la
crainte avait glacé tous les courages, tu
donnas seule au monde le grand spectacle
d'un peuple luttant pendant cinq ans contre
des forces immenses et victorieuses, et dé-
cidé à tous les sacrifices pour la défense de
ses autels, de son Roi et de son honneur.
Les Alliés, suspendantun instant leur mar-
che , eurent encore la générosité d'offrir la
paix à leur cruel ennemi ; il la refusa avec
une orgueilleuse opiniâtreté. Enhardi par
un léger avantage remporté à Montereau,
il osait dire hautement qu'il était plus près
de Vienne que les Russes ne l'étaient de
Paris. Cependant, tandis que, trompé par
( 15 )
une fausse manoeuvre, il suivait un corps
ennemi du côté de Laon, l'armée étrangère
parut tout-à-coup sous les murs de Paris.
Un combat sanglant y fut livré ; une capi-
tulation honorable fut consentie-par les
vainqueurs, et ils firent leur entrée dans la
Capitale le 31 mars 1814.
Ce fut alors que la France épuisée , en-
vahie par un million d'hommes , tremblante
sur l'avenir , pouvant enfin manifester toute
son horreur pour le Tyran et briser ses
chaînés honteuses, tourna ses regards sup-
plians vers l'auguste famille des Bourbons,
dont elle avait si long-temps méconnu les
droits. Un Prince de cette Maison, le sage
et valeureux Duc d'Angoulème , avait
déjà rallié au Roi une belle et riche pro-
vince ; Bordeaux l'avait reçu dans son sein ,
et toute la population de cette ville, trans-
portée d'amour et de confiance , avait fait
retentir les airs du cri cher et sacré de
Vive le Roi ! Paris l'imita ; la France en-
tière partagea son enthousiasme, et bientôt
on ne forma plus qu'un voeu, on n'eut plus
qu'une espérance : « Où sont-ils ? qu'ils
" paraissent ces Princes chéris, s'écriait-on
» de toutes parts ; eux seuls peuvent sauver,
Chute du Tyran.
( 16 )
» la Patrie. Nous ne fûmes qu'égarés ; nous
» désavouons le plus grand des crimes;
» vingt-cinq ans de malheurs nous ont ins-
» truits , et désormais nous voulons , à force
» de repentir et de dévouement, effacer
» les funestes traces de nos infidélités. »
A ce touchant retour au principe de la
légitimité, principe conservateur des Em-
pires, l'Europe reconnut la France ; les
sentimens de haine et de vengeance s'étei-
gnirent dans le coeur des Rois et des peuples,
et l'aurore du bonheur commença à luire
pour tous.
Buonaparte, déchu de son odieux pou-
voir , obtint en propre la souveraineté de
l'Ile d'Elbe, et six millions de revenu pour
lui et sa famille. Le lâche, pour la pre-
mière fois de sa vie, versa des larmes, et
partit chargé de la malédiction des peuples.
Heureuse la France, si alors un bras ven-
geur en eût délivré la terre qu'il avait si
long-temps souillée de crimes et de carnage !
Monsieur, Frère du Roi, parut, revêtu
par Sa Majesté du titre de Lieutenant-gé-
néral du Royaume. Son caractère franc et
chevaleresque, ses manières aimables et
vraiment
( 17 )
vraiment françaises, lui gagnèrent tous les
coeurs.
Son Altesse Royale dut poser les bases préli-
minaires du traité de paix que nous attendions
tous avec tant d'impatience. Les Alliés deman-
dèrent avec justice que les pays, ports et
places fortes, qu'ils avaient perdus depuis
1792, fussent restitués à leurs anciens et
légitimes Souverains. La France, ainsi re-
placée dans ses limites naturelles, restait
forte et puissante, et conservait son rang
parmi les autres Etats de l'Europe.
Le Prince témoigna à l'armée française,
dont le monde entier avait admiré la bra-
voure , des sentimens d'estime qui durent
la flatter, et lui promit, au nom du Roi,
la conservation de ses titres, places et hon-
neurs.
Enfin, le Roi lui-même toucha le sol de
la Patrie. . . . Comme son ame fut émue
à la vue de la terre natale dont l'impiété
et la révolte l'avaient banni depuis tant
d'années ! . . . Mais qui pourrait décrire
l'enthousiasme que son auguste présence ins-
pira sur son passage ? qui pourrait donner
une idée de ce concert unanime d'accla-
mations qui l'accompagna depuis Calais jus-
Armée du Roi.
( 18 )
qu'à la Capitale, de cette foule immense
de peuple qui formait son cortége en faisant
retentir les airs de cris d'amour et de chants
d'espérance, de cette physionomie où tout
à-la-fois sont empreints les traits augustes
du malheur, la bonté ineffable d'un père
et la majesté d'un Roi ?
A l'aspect d'un Bourbon, les Français
retrouvaient leurs coeurs, s'étonnaient d'y
voir renaître des sentimens qu'ils y croyaient
éteints, et mesuraient avec effroi l'abîme
où naguère ils étaient plongés, et dont la
Providence les retirait si miraculeusement.
« Le doigt de Dieu est là, s'écriait-on ;
" en vain voudrions-nous en douter. Nous
» avions mérité nos malheurs, mais ils sont
" finis. L'Eternel a renversé le Tyran, et
» nous a rendu notre Roi. »
Ils contemplaient, aux côtés du Monarque,
la Fille de Louis XVI, cette Princesse
adorable dont l'ame avait été si cruellement
déchirée ; qui, dans les fers, dans l'exil,
n'avait cessé de prier pour les bourreaux
de sa famille , et de faire des voeux pour
la France ; cette Princesse dont les tou-
chantes vertus firent l'admiration des peu-
ples , dont le courage et la résignation conso-
( 19 )
lèrent si souvent notre Roi, et qui distribua
elle-même des secours aux Français que le
sortdes armes avait conduits dans des cli-
mats lointains. . . . Elle ne voyait en eux
que des malheureux, et dès-lors ils deve-
naient ses enfans.
Habitans des campagnes , je vous le dis,
celui qui pourrait n'être pas touché de tant
de vertus, de courage et de grandeur, est
ou le plus stupide des hommes , ou une bête
féroce digne d'habiter les déserts de l'Afrique
avec les tigres et les panthères,
Le traité signé par Monsieur fut approuvé
par le Roi.
L'ancien sénat de Buonaparte , accou-
tumé à tirer parti de tous les changemens
de gouvernement, avait rédigé à la hâte une
constitution, où, semblant établir les droits
de la Nation , non-seulement il avait songe
à conserver les titres et la fortune scanda-
leuse qui, sous, l'usurpateur , avaient été pour
la plupart d'entre eux le prix du plus lâche
silence, mais encore à les augmenter et à
se faire payer bien cher le prétendu service
qu'ils rendaient aux Bourbons , par la pu-
blication tardive du voeu national, qui certes
aurait bien eu son effet sans eux. Dans un
Conduite
du sénat de Buo-
naparte.
(20)
moment où les finances de l'Etat étaient
totalement épuisées par les guerres de Buo-
naparte et par la présence des armées de
l'Europe ? ces indignes Français eurent la
bassesse de se constituer une dotation de
cent millions, réversibles à leurs enfans. ( 1 )
Voilà, malheureux peuple, comme en
ont toujours agi ceux qui, pendant vingt-
cinq ans, ne t'ont parlé que d'humanité,
de désintéressement, de liberté et d'honneur !
Ils se disaient les défenseurs de tes droits,
et tous les ans ils consentaient que tes enfans
( 1 ) C'est une consolation pour les amis de la
vertu, de trouver au milieu d'une assemblée aussi
corrompue, des hommes sages et éclairés, comp-
tant la Patrie pour tout et l'intérêt personnel pour
rien, qui surent faire de nobles sacrifices, et qui
ne craignirent même pas d'encourir la haine et les v
persécutions du Tyran par une courageuse résis-
tance à ses furieux caprices. Ces véritables citoyens
ont bien mérité de la Nation dont ils ont osé dé-
fendre les droits contre la plus cruelle oppression ,
et de leur Roi dont ils ont partagé les dernières
infortunes. Aujourd'hui la France les contemple
avec orgueil au rang de ses Pairs, et c'est la digne
récompense de leur longue expérience, de leurs
lumières et de leur fidélité.
( 31 )
fussent envoyés à la boucherie ; ils accueil-
laient et rendaient exécutoires tous les pro-
jets d'impôts qui devaient consommer ta
ruine; plongés dans les voluptés, ils jouis-
saient impudemment, sous tes yeux des tré-
sors que chaque jour leur insatiable cupidité
augmentait, et qui n'étaient que le fruit
de tes malheurs et de tes nombreux sacri-
fices ; enfin, pour achever ce tableau ré-
voltant , ils étaient complices et esclaves du
Tyran , et toi l'esclave d'eux tous.
Le Roi rejeta loin de lui cet odieux code
d'égoïsme et d'iniquité.
D'ailleurs, de quel droit les assassins de
Louis XVI, les fauteurs et agens de la
Révolution ou de la tyrannie, les spolia-
teurs et ; déprédateurs des fortunes publiques
et particulières, des hommes sans foi, sans
religion, sans moeurs, sans honneur, pré-
tendaient-ils dicter des lois au Souverain
légitime, lorsqu'ils auraient dû tomber à ses.
pieds pour y implorer un pardon qu'ils ne
méritaient pas, ou , s'ils se jugeaient in-
dignes de sa clémence , aller loin de sa cour
cacher à tous les yeux leur front marqué
du sceau de la réprobation ?
Habitans des campagnes, c'est ici le cas
( 22 )
de vous le dire , et pénétrez-vous bien de
cette vérité : il est aussi abominable en mo-
rale d'attenter aux jours de son Roi qu'à
ceux de son père ; et en politique, le crime
est encore plus grand , puisqu'il compromet
l'existence de tout un peuple.
La Royauté a été instituée par Dieu même.
Les peuples doivent à leur Roi, respect,
obéissance, fidélité et confiance , et les Rois
prennent l'engagement de veiller à leur bon-
heur ; mais ils n'ont et ne peuvent avoir
d'autre juge que la Divinité. C'est de l'ou-
bli de ces principes, garans du bonheur des
hommes, que sont venus tous nos maux.
Voyez le sort réservé à ces monstres qui
se sont joués de tout ce qu'il y a de plus
sacré dans la société. ... Est-il un seul
d'entre vous qui n'ait remarqué avec effroi
que les régicides, les destructeurs des autels,
les incendiaires des châteaux, enfin tous
ceux qui, pendant la Révolution, se sont
livrés au délire de leurs passions, ont porté
la peine due à leurs crimes ? . . Les uns
ont terminé leur odieuse vie sur l'échafaud
qu'ils avaient inondé du sang de leur Roi
et de celui de ses fidèles serviteurs ; les autres
sont morts dans les tourmens d'une longue
De la Royauté.
agonie, rongés de maux affreux et plus en-
core de leurs remords ( 1 ). Ceux enfin qui
( 1 ) Je ne puis m'empêcher de citer comme
un exemple effrayant la mort du sanguinaire Collot-
d'Herbois, déporté à Cayenne avec son digne col-
lègue Billaud-Varenne. Leurs noms et leurs crimes
sont malheureusement trop donnus. Le détail de
leur conduite révolutionnaire ferait horreur à tous
et n'instruirait personne.
C'est ainsi que M.r Louis-Ange Pitou, auteur
d'un Voyage à Cayenne, publié en 1805, peint
la mort de Collot dont il fut témoin, et la vie
de Billaud dans l'éxil :
" Billaud, dit-il, voyait son collègue avec in-
différence ; ils étaient souvent en rixe au milieu
de l'abondance, car le gouvernement leur donnait
1200 livres de pension, le logement et les vivres.
» Malgré, ces pérogatives, ils ont toujours été
exécrés des blancs et des noirs, qui ont cous-
tamment refusé tout ce qu'ils leur offraient. Ils
écrivaient souvent ; ils savaient toutes les nou-
velles, malgré la surveillance de Jeannet ( alors
agent du Directoire français, à Cayenne). Collot
avait commencé l'histoire de laRévolution ; il la
suspendait souvent pour envisager son sort. — Je
suis puni, s'écriait-il ; cet abandon est un enfer.
Il attendait son épouse ou son retour ; son impa-
tience lui occasionna une fièvre inflammatoire.
Le chirurgien du poste fut mandé ; il ordonna des
paraissaient avoir jusqu'alors échappé à la
vengeance divine et non à l'exécration des
calmans, et, d'heure en heure, une potion de vin
mouillé de trois quarts d'eau. Le nègre qui le
gardait pendant la nuit, s'éloigna ou s'endormit.
Collot, dans le délire, dévoré de soif et de mal,
se leva brusquement et but d'un seul trait une
bouteille de vin liquoreux. Son corps devint un
brasier. Le chirurgien donna ordre de le porter
à Cayenne , qui est éloigné de six lieues. Les nègres
chargés de cette commission, le jetèrent au mi-
lieu de la route, la face tournée sur un soleil
brûlant. Le poste qui était sur l'habitation, fut
obligé d'y mettre ordre. Les nègres disaient ( dans
leur langage) : — Nous ne voulons pas porter ce
bourreau de la Religion et des hommes. Qu'avez-vous,
lui dit en arrivant le chirurgien ? — J'ai la fièvre
et une sueur brûlante. — Je le crois bien, vous
suez le crime. Collot se retourna et fondit en larmes ;
il appelait Dieu et la Vierge à son secours. Un
soldat à qui il avait prêché en arrivant le sys-
tème des athées, s'approche et lui demande pour-
quoi il invoque ce Dieu et cette Vierge dont il
se moquait quelques mois auparavant ?
» — Ah ! mon ami, ma bouche en imposait à
mon coeur. Puis il reprenait : Mon Dieu, mon Dieu,
puis-je encore espérer un pardon ? Envoyez-moi un
consolateur, envoyez-moi quelqu'un qui détourne
mes yeux du brasier qui me consume... Mon Dieu,
( 35 )
hommes, n'ont-ils pas, en comblant la me-
suré de leurs forfaits par une trahison nou-
donnez-moi la paix. L'approche de ce dernier mo-
ment était si affreux qu'on fut obligé de le mettre
à l'écart. Pendant qu'on cherchait un prêtre, il
expira, le 7 juin 1796, les yeux entr'ouverts,
les membres retournés, en vomissant des flots de
sang et d'écume.
» . . . . Son enterrement se fit un jour de fête.
Les nègres fossoyeurs , pressés d'aller danser, l'in-
humèrent à moitié ; son cadavre devint la pâture
des cochons et des corbeaux.
» ... . Pendant la maladie de Collot, Billaud
fut envoyé à Synnamari, à 24 lieues au nord-est
de Cayenne ; tous les Synnamaritains se donnèrent
le mot pour le traiter comme une bête fauve.
Bosquet seul, pour lui donner asile, brava l'ani-
madversion publique ; sa maison fut redoutée,
comme celle d'un lépreux.
»... En 1796 et 1798, ses amis publièrent
secrètement, pour relever son crédit, qu'il était
rappelé au corps législatif. Quelques jeunes gens,
indignés d'un pareil choix, l'attendirent un jour
à l'écart, au milieu du bois qui conduit au bord
de la mer, au moment où il passait d'un air
triomphant. Il fut interdit par ces mots : Arrête,
scélérat ! Il se jeta à genoux, demanda très-hum-
blement la vie à quatre chasseurs qui le mettaient
2*
(26)
relie, forcé le plus clément des Rois et le
meilleur, des Princes de les chasser de leur
Patrie, aux applaudissemens unanimes de
tous les bons citoyens?
Errans dans les Etats voisins, portant sur
leurs visages livides et décharnés l'empreinte
du crime et des remords, en horreur au
genre humain, par-tout le mépris les ac-
compagne, partout on lesrepousse comme
les éternels ennemis de l'ordre public, de
la morale, de la Religion et de toutes les
vertus. . . . Et ce sont eux qui, comptant
sur votre simplicité , prétendent vous exciter
encore à la révolte ? Ils connaissent , les
misérables, leur impuissance et la vôtre !
ils savent que les hommes séduits qui ose-
raient les écouter et seconder leurs vues
atroces, courberaient bientôt leurs têtes sons
le fer vengeur ; mais ils sont réduits au der-
nier désespoir, et, dans la soif dit désordre
qui les dévore, ils veulent mourir comme
ils ont vécu, dans des flots de sang.
Habitans des campagnes, le récit rapide
en joue avec une carabine qui n'avait pas de chien.
Il regagna le village à pas de géant. De ce mo-
ment , il ne sortit plus de sa case que pour prendre
son dîner, et se barricada avec soin. ».
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que je viens de vous faire du règne de
Buonaparte et des causes de l'envahissement
de la France en 1814, doit vous convaincre
que c'est à son ambition et à son caractère
féroce que vous devez attribuer vos souf-
frances à cette époque. Le rétablissement
du Roi légitime nous a sauvés, e pouvait
seul nous préserver, de la vengeance des
Nations victorieuses.
Jetons maintenant un coup-d'oeil sur le
Gouvernement royal, et voyons quels sont
les auteurs des funestes événemens qui, dix
mois après, ont mis de nouveau la Patrie
à deux doigts de sa perte.
Le Roi, dont nous avions abreuvé la vie
d'amertume, et à qui nous devions notre
salut, avait mûri pendant vingt-cinq ans
la Charte qu'il a bien voulu nous accorder.
Cette Charte, fruit de sa haute sagesse,
de ses lumières et de sa bonté plus qu'hu-
maine, dut satisfaire les plus zélés partisans
du régime constitutionnel, et rassurer les
acquéreurs des biens dits nationaux.
Sa Majesté eut égard aux nouvelles moeurs
que la Révolution vous avait données. Sa
constitution fut appropriée à l'esprit du jour.
Les biens , les titres, les honneurs, furent
Charte
constitutionnelle
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conservés et garantis aux hommes nouveaux
qui s'étaient distingués par leurs services ad-
ministratifs ou par de hauts faits d'armes.
Deux Chambres , l'une composée des
grands de la Nation, et l'autre des députés
élus par les départemens, furent placées
comme intermédiaires entre le pouvoir des
Rois et l'intérêt des sujets. Est-il rien de
plus libéral, puisque vous aimez tant ce
mot dont on a fait cependant un si cri-
minel abus ?
L'ancienne noblesse fut rétablie.
Habitans des campagnes, le Roi pouvait-
il faire moins pour cette illustre partie de
ses sujets, qui avait vu ses pères ou ses en-
fans , fidèles à leurs sermens, périr pour la
plupart sur l'échafaud et dans les champs du
véritable honneur, ou qui avait suivi son
Souverain dans l'exil, en lui sacrifiant sa
Fortune et son repos ? Elles rentraient dans
leur patrie, ces tristes victimes de la fidé-
lité ; elles jouissaient enfin du bonheur si
long-temps désiré de respirer l'air natal,
et, après tant de malheurs , il ne leur res-
tait pas même une pierre où elles pussent
reposer leurs têtes appesanties par l'âge et
par l'infortune. Elles étaient nées dans l'opu-

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