La vérité est toujours vérité

De
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Renard (Paris). 1815. France (1815, Cent-Jours). 66 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1815
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1 LA VERITÉ
EST
r ,
TOUJOURS VÉRITÉ.
PARIS,
Chez
REIÎARD, Libraire, rue Caumartin , nO, K,
Et rue de l'Université, no. 5 ;
LE NORMANT, Imprimeur-Libraire, rue de Seine;
181 5.
IMPRIMERIE DE LE NORMANT, RUE DE SEINE, 140. 8.
i.
LA VERITE
fcST
TOUJOURS VERITE.
I
LA lecture de toutes les feuilles périodiques,
de tous les pamphlets, de tous les imprimés
répandus sur les événemens présens, m'ont
invité à écrire. Je vais donc me livrer à la cen-
sure de mes lecteurs, à l'animadversion de ceux
que je blâmerai, et au jugement du public.
WVWVWVVWWV
Du jugement.
Pour porter un jugement, il faut être sans
passion, sentir, connaître, apprécier l'impor-
tance de la question que l'on vous soumet,
réfléchir, examiner, si elle est basée sur un
(4) -
principe incontestable; si les faits, les preuves
à son appui sont démontrés mathématique-
ment; si elles sont énoncées ou narrées d'une
manière simple, et uniquement dans le but d'ap-
peler;le jugement, et non de le provoquer: avec
un tel esprit, il est, je crois, difficile d'errer.
La loi.
La loi est le oui, ou l'expression de la vo-
lonté, de l'assentiment de toute une société ou
de tout un peuple, pour exprimer son adhésion
à la proposition qui lui a été ooumiae.
Origine de la loi.
Lorsque les hommes se sont réunis en société,
ils ont senti la nécessité où ils se trouvoient de
faire entre eux un pacte, ou des conventions,
pour pouvoir s'unir de fait et d'intention, et
s'aider dans tous leurs besoins, parce qu'ils ont
senti qu'ils croîtroient et se multiplier oient dans
l'association qu'ils venoient de former; et que
tous ont vu qu'ils ne pourroient, sans le con-
cours de plusieurs, subvenir à mille travaux
qui deviendraient indispensables. Ils discutèrent
donc et arrêtèrent entre eux des réglemejis cou-
( 5 )
formes à l'intérêt individuel et général; par
cette convention, ils se rendirent dépendans les
uns des autres, pour se protéger mutuellement,
tant dans leurs travaux que dans leurs besoins,
leurs affections et leurs peines.
La loi est donc la première pensée de l'homme
réuni en société; elle démontre et manifeste sa
prévoyance et son intelligence ; elle est la pre-
mière base de toute association, de tout gou-
vernement; elle maintient son existence, assure
sa sécurité, protège les individus et les biens
de ceux qui vivent sous elle.
Conséquence de la loi.
Les hommes, après avoir raisonna, discuté ,
réfléchi, et, par suite, unanimement adopté les
réglemens proposés, ainsi que les conventions
jugées bonnes pour leurs besoins partiels et inté-
rêts réciproques, garantie naturelle de leur
liberté individuelle, de leurs propriétés res-
pectives, se lièrent entre eux par un serment
de ne jamais contrevenir aux réglemens adop-
tés, de les suivre, et de s'y conformer stric-
tement.
Afin d'en maintenir la perpétuité, ils en
firent dépôt, et jugèrent nécessaire, pour en
C 6 )
assurer, surveiller l'exécution, et rappeler le
souvenir, qu'il .étoit à propos et convenable
d'élire un d'entre eux pour en être le déposi-
taire : ils (formèrent a celui qu'ils Dominèrent a
la pluralité de voix, le nom de chef, et l'Înves'j
tirent d'un pouvoir et d'une force nécessaires,
pu nom de tous, pour faire exécuter la loi,
veiller à son observance, afin qu'elle fût suivie
littéralement et sans aucune interruption.
Origine de la Religion.
Toute société réunie, formant nation ou
peuple, d'après.ses limites, son étendue ou sa
puissance, a, d'elle-même, porté son idée, son
imagination sa" pensée sur le tableau vivant de
cet ordre admirable, varié, successif et éternel
.de cette terre sur laquelle tout semble avoir été
créé pour l'honime9 puisqu'il lui a été donné
la puissance de s'en approprier toutes les pro-
ductions; -
Son intelligence lui a fait pressentir que, de
même que toutes les œuvres manuelles dont
il 'se sert offrent la démonstration qu elles sont
sorties de la main des hommes, de même
l'existence de cet univers doit démontrer
cju'il existe un auteur de cet inimitable s admi-
( 7 )
rable et divin œuvre : de ce qu'il lui demeure
inconnu, ou qu'il ne le voit pas, il ne peut en
nier l'existence, et ne pas la voir comme
indispensable, nécessaire et incontestable.
Les hommes, en eux-mêmes, ont un senti-
ment qui ne leur permet pas d'en douter ; car,
dans leurs peines, dans leurs plaisirs, dans les
événemens extraordinaires, ils ont tous, pour
exclamation , le nom de cette puissance su-
prême, soit pour l'invoquer, soit pour la remer-
cier, ou la supplier. Qu'ils passent entre eux
quelques engagemens , qu'ils contractent
quelques obligations, c'est par sermens, en in-
voquant la divinité, comme témoin de leurs
intentions, de leurs promesses et de leurs pa-
roles , en appellant sur leur tête sa malédiction,
s'ils venoient à devenir réfractaires.
Conséquence de cette croyance.
Les hommes les plus sages, les plus instruits,
les plus intelligens de la société ont, comme
inspirés par la divinité, conçu combien il inté-
ressoit au bonheur, à la sécurité et à la stabi-
lité d'un gouvernement, d'établir et de propager
un sentiment religieux qui porte en lui-même
consolation dans l'adversité, satisfaction de soi-
( 8 )
même, extérieure et intérieure, et récompense
pour l'avenir d'une vie consacrée à la félicité ,
au soulagement et à l'affection de nos semblables
pendant notre courte apparition dans ce bas
monde.
Ils ont donc jugé utile d'établir un culte, des
cérémonies religieuses, afin de rendre public
ce sentiment naturel, religieux, afin d'imprimer
au peuple le respect qu'entraîne l'importance
des prières adressées à la divine majesté.
Ils ont fait des prières, les ont composées de
paroles les plus propres à inspirer de la vénéra-
tion, y ont mis toute l'onction dont ils étoient
susceptibles pour les rendre agréable à l'Eter-
nel, et obtenir de lui, dans leur réunion,
protection et force dans toutes les entre-
prises.
Est-il en effet rien de plus imposant, de
plus majestueux, que de voir un peuple, in-
voquant le ciel, prosterné aux pieds de sa
sublime puissance, lui adressant des vœux ?
Tout notre être semble, en ce moment, jouir
d'une félicité et d'un calme heureux. Nous
oublions toutes les peines de ce monde, pour
pous reporter tout entier vers celui qui peut
seul nous accorder un bonheur sans trouble.
Si, à l'instar de cet ordre qui régit cet uni vers
( 9 )
que nous ne voyons jamais varier, nous suiv ons
constamment l'ordre établi pour la conser-
vation du gouvernement et sa sécurité, qui ne
peut jamais être interverti, sans plonger la
société dans des malheurs incalculables et sans
nombre.
Institution, nécessité de cette croyance.

De la même opinion sur la divinité, s'en est
suivi un concours unanime de pensées, pour
aviser au moyen de célébrer et chanter plus
dignement les louanges de Dieu. Les hommes
les plus sages, les plus vertueux ont été désignés
pour se consacrer au culte et aux cérémonies
religieuses; on s'est imposé des lois divines,
afin de rendre un hommage général à la
puissance suprême, en en prescrivant l'exé-
cution : c'est en les pratiquant qu'on se perfec-
tionne , parce qu'elles tendent toutes à la
pratique des vertus qui sont la satisfaction et
le bonheur de la société. Elles sont instituées
pour rendre hommage, vénération, recon-
noissance, supplication à Dieu, afin qu'il daigne
éclairer notre entendement, fortifier nos coeurs
dans sa croyance, devenir, ainsi que cet astre
( 10 )
lumineux qui nous éclaire, le générateur et le.
régénérateur de cette nature, une lumière assez
parfaite, pour éclairer nos semblables, et les
porter à la pratique de toutes les vertus sociales.
Nous y parviendrons en rapportant toutes
ces actions à Dieu, et en nous conduisant avec
les intentions de ne jamais faire à autrui ce
que nous ne voudrions pas qui nous fùt fait à
nous-mêmes.
C'est pour propager de tels principes , que
les ministres du culte ont été choisis, pour,.
par leur conduite, prêcher d'exemple , en im-
primant respect aux lois, au chef de l'Etat, et
en portant dans tous les exercices du culte
cette décence, cette onetion de paroles qui
porte avec elle persuasion, fait sentir la néces-
sité des préceptes qui ne tendent qu'à l'avan-
tage du bonheur et de la prospérité publique.
- C'est d'après cela que les. peuples ont jugé
utile de bâtir des temples, afin que le recueil-
lement et la réunion de tous en un même lieu,
rendit plus majestueux et plus solennels les
hommages qu'ils rendroient à l'Eternel.
< » )
La Loi et la Religion sont dépendantes, et
, ne peuvent exister l'une sans l'autre.
Les hommes ne se sont soumis à' des lois
que parce qu'ils les ont librement et volon-
tairement consenties; ils n'ont revêtu de la
puissance suprême un d'eux que pour en
faire surveiller l'exécution, mais en lui en-
joignant positivement de n'ordonner qu'au
nom de la loi;-ils ont même arrêté des peines
pour les réfractaires. Le chef ne peut donc
être accusé de punir, puisque c'est la loi qui
-prononce, à cause de l'oubli qu'on a fait de la
suivre, et en y contrevenant.
.Le chef ne peut ni interpréter, ni temporiser
ni souffrir aucune infraction, parce qu'il a juré
solennellement, en présence du peuple, et à la
face de Dieu, de se conformer à la loi, et que
ce n'est qu'en vertu de son serment s >qu'on l'a
investi de la puissance. Le - peuple et le chef se
sont donc, réciproquement liés : ni l'un ni
l'autre ne peuvent, sans commettre un crime
aux yeux de là loi et de la religion, se libérer de
leur serment ; car, de cet oubli de principes, naî-
troient le désordre et les plus grandes calamités.
La religion et la loi sont établies pour
( 12 >
Maîtriser les passions; elles sont l'égide et le
palladium du paete social; elles imposent et
démontrent tous les devoirs qu'ont à remplir
chaque membre de la société, l'obligation où
ils sont de les suivre strictement. Le culte est
le maintien et la pratique de l'ordre social : le
mépriser, c'est - contrevenir à la loi et se rendre
parjure. Les cérémonies religieuses sont l'imagç
de tous les services que doivent se rendre
mutuellement les hommes, pour assurer leut
bonheur et leur -tranquillité intérieure et exté-
rieure qui, de toute nécessité , dépend d'un
concours unanime. Adoration dans les temple s
de la divinité est une reconnoissance bien mé-
ritée que nous devons à Dieu, pour tous les
biens dont il ne cesse de nous combler, en
donnant une production et une reproduction
toujours renaissante dans cet admirable ou-
vrage, destiné à notre utilité, nos besoins et
notre bieu-étre. Nous ne pouvons trop lui
rendre d'actions de grâces, ni trop le remercier
de nous avoir pourvus d'une intelligence
Susceptible de sentir, d'apprécier que de
l'exécution des lois et de la pratique de la reli-
gion dépend notre félicité présente et à venir ;
car l'une et l'autre sont le..gage de notre liberté,
l'assurancé de notre indépendance et la source
fie toutes les jouissances.
( 13 )
Réflexions sur les Gouvernemens.
De tous les gouvernemens, celui qui paroît
Je plus sage, est sans contredit le monarchique:
il est, pour ainsi dire, d'institution di vine, et
c'est celui auquel se sont soumis tous les grands
peuples ; en cela, ils ont calqué les lois
immuables de Dieu et de la nature , car, de
même qu'un seul soleil régit cet uni vers, de
même un seul chef doit régir une nation.
L'ordre de la nature est soumis à des lois
impérieuses; le soleil en est le régulateur : il
ne varie, n'avance, ni ne retarde son cours,
parce qu'il est aussi puissant dans sa volonté
que constant dans son établissement. Si donc
un monarque veut l'imiter et sui vre son
exemple, qu'il demeure ferme dans la volonté
de suivre et de faire exécuter les lois qu'il a
jurées, qu'il s'est imposées, en les imposant aux
autres; l'ordre permanent se maintiendra, et
la nation gouvernée par lui jouira de sa
liberté, et sera heureuse.
Un peuple ne s'est fait un Roi, et ne l'a élevé
sur le trône que pour son propre intérêt, et
dans la vue de se procurer un plus grand bon-
heur. L'autorité ne lui a été mise en main que
( 14 )
pour le bien de la patrie ; s'il s'écarte du but
que s'est proposé, la nation en lui confiant la
puissance royale, s'il ne s'occupe qu'à ruiner
l'Etat et ses sujetsb s'il viole les lois les plus
saintes, les devoirs les plus sacrés, il doit être
chassé et proscrit comme un monstre dénaturé,
- qui, au lieu de protéger les propriétés et la vie
des citoyens, dispose de l'un et de l'autre pour
satisfaire ses passions ;.car les peuples ne sont
pas faits pour les Rois, mais bien les Rois pour
les peuples, et ceux qui abusent du précieux
dépôt qu'on leur a confié, méritent qu'on
exerce l'adage : Cujus est instituere, ejus est
abrogare.
Les hommes ont formé, par adhésion una-
ïiime, les gouvernemens; ils leur ont donné;
dans le principe, la forme la meilleure, la plus
conforme à leurs habitudes, à leurs inclinations
et à leur propre uvantage, car la volonté de
l'homme n'est jamais déterminée' que pour un
bien réel.
La raison, ainsi que les passions, la vertu t
comme le vice, sont mus par le même senti-
ment ; mais la vertu et la raison sont bien éloi-
gnées d'être d'accord avec le vice et les pas-
sions, par rapport aux objets en quoi elles font
consister le bien.
( 15 )
Quand un peuple s'est constitué un chef, il
ne l'a pas établi dans la vue de le rendre puissant,
glorieux, riche et despote, mais pour son propre
bien, pour la garantie de ses propriétés, de sa
liberté individuelle, et l'intérêt général de tous.
La loi fondamentale d'un Etat est donc que
celui ou ceux à qui on a confié l'autorité ne
peuvent l'exercer qu'au nom de la loi, et pour
l'accomplissement de ce que l'on s'est proposé
en la leur conférant. Un chef d'Etat devient
injuste et despote lorsqu'il ne pense qu'à lui,
et qu'il fait abstraction de l'intérêt public ; on
doit le proscrire comme ennemi de la nation,
en parjurant ses sermens, et enfreignant les lois
humaines et di vines.
Le Roi est le père de la grande famille;
nécessité dont il est.
La foiblesse avec laquelle nous naissons tous,
nous rend incapables de pouvoir, par nous-
mêmes, parvenir à tous nos besoins de première
nécessité; nos pères et nos mères sont donc les
premiers protecteurs, non-seulement de notre
enfance, mais ils deviennent aussi nos pour-
voyeurs pour l'avenir; ,car ils soignent notre
éducation, nous font acquérir des connois-
< i6 )
saticès, et chercher à augmenter notre patr £ »
moine en employant tous les moyens pour nous
en assurer la pDssession.
Le Roi est le père de famille ; il 3 été établi
pour veiller à tous nos besoins, pour les pré-
venir, parce que les hommes ont pressenti que
la multitude, si elle n'étoit retenue par aucune
loi, si elle ne reconnoissoit aucune discipline ,
seroit peut-être naturellement portée à user de
sa liberté ou de sa force pour la direction de
ses actions, en ne considérant que son propre
intérêt. Tant qu'un homme craindra son
voisin, et qu'il n'aura d'autre défense que sa
propre force, de nécessité, il vivra dans une
inquiétude continuelle qui nuira à son bonheur
et à sa tranquillité.
C'est par cette raison- que les hommes se sont
associés entre eux pour ne faire qu'une même
famille et un même corps, afin d'être indivi-*
duellement protégés par les lois et le chef de
l'Etat, et afin que les divers talens que chacun
possède en particulier pussent devenir utiles à
toute la société, et que, par une bonne disci-
pline, aucun ne pût enfreindre les réglemens
prescrits.
L'homme porte eir lui-même des affections,
des passions, et souvent des vices contraires au
( 17 )
but de la loi ; il désireroit s'y soustraire. Il em-
ploie souvent toutes les ruses pour l'éluder,; il
youdroit être indépendant, vivre d'après son
caprice, n'être le tributaire de personne, et
que tous devinssent le sien c'est par ces raisons
'que la loi a été instituée, et qu'on l'a confiée,
pour en faire suivre l'exécution, à celui qu'on a
reconùu comme le plus sage et le plus capable de
5 remplirles devoirs de l'emploidontil a été re vêtu;
mais tous ses pouvoirs se réduisent à veiller àla'
stricte observance des conventions que le peuple
a consenties. Jamais un Roi ne peut ordonner
qu'au nom de la loi, s'il ne veut être parjure.
Le véritable chef d'un Etat est celui qui
s'occupe du bonheur de ses sujets, qui s'ap-
plique à encourager l'industrie, à protéger les
arts, à favoriser le commerce, à diriger toutes
ses pensées vers l'utilité publique, à veiller
scrupuleusement à l'administration de la justice,
à maintenir la paix intérieure et extérieure, ar
ne se servir de la force armée qui lui est con-
fiée et soumise à ses ordres , que pour le main-
tien de l'ordre, et protéger la nation contre
tout envahissement : tel doit être la conduite
d'un Roi, s'il veut être le père de son peuple,
et répondre à la confiance de ceux qui l'ont
élevéàjcfitte haute dignité.
~~r~
2
( 18 )
Que les Rois ne s'imaginent pas que tous
doivent plier au gré de leurs caprices et obéir
à leurs volontés : non, oela n'est pas possible ;
car il n'est pas naturel que des hommes se soient
livrés au caprice et à la volonté d'un seul, pour
renoncer à une liberté qu'ils tiennentde la nature;
qu'ils ont bien, il est" vrai , enchaînée par la loi.,
mais pour le bien-être de tous, en enchaînant
également celle du Roi, aux mêmes con di-
tions, et par le même serment. En effet, que
l'on compulse tous les auteurs sur les vdi-
verses acclamations des peuples en dési-
gnant leur chef, elles sont toutes à peu près
ainsi conçues :
« Nous, qui valons autant que toi, te faisons
notre Roi, à condition que tu garderas et obser-
veras nos privilèges et nos libertés, et non pas
autrement. »
Les lois fondamentales d'un Etat ne doivent
jamais être renversées ni détruites. Le laps de
temps fait changer les habitudes, nécessite
même des réglemens nouveaux, tant pour la
Impression des abus, que pour des circonstances
non prévues. Alors, soit par nécessité, soit par
besoin, le chef est contraint d'appeler le peuplé,
pour consentir nouvelle loi ou nouvel impôt,
pour subvenir à des dépenses que commande
( 19 )
2.
la situation de l'Etat, afin de contracter un nou-
veau pacte ; mais il est essentiel d'observer que
tout homme salarié par le chef, - faisant partie
d'une administration, ne peut être appelé, ni
faire partie de cette assemblée. Il en est de même
de la force armée, parce qu'il y a une très-
grande différence d'esprit et d'intérêt dans la
personne esclave ou citoyen.
Le citoyen a un véritable intérêt à la réforme
des abus, au maintien de l'ordre qui lui assure
sa liberté individuelle en lui donnant une ga-
rantie certaine des fruits de sonintelligence et
de ses labeurs. Le citoyen est, proprement dit,
le peuple, parce qu'il n'a d'autre intérêt que
celui du bien-être public, parce qu'il est véri-
tablement le sien ; c'est donc le seul qui puisse
être appelé aux assemblées, tant pour la ré-
forme des- abus et la création de nouveaux régle-
mens, que pour faire choix d'un Roi, qui doit -
être un homme sage, ami de la vérité et de la
justice, réunissant cette bonté, cette fermeté ,
cette égalité qui inspirent la confiance, et cette,
impartialité'qui lui sert de régulateur pour de-
venir ie guide de son peuple, en le portant au
bien, en le pratiquant et ne s'en écartant point.
L'esclave est celui qui tient du souverain ses
places, sa fortune, et qui, par conséquent, est
( 20 )-
dépendant : par cela même, il nepeut être consi-
déré comme citoyen, parce que, si le Roi est
bon, il administrera sagement et sans vexation,
sa partie; mais si le chef est un déprédateur,
l'homme en place aura un grand intérêt à la pro-
pagation du désordre, parce qu'il partagera les
déprédations, et qu'il pensera que , servant son,
maître d'après son goût, il parviendra à des pla-
ces meilleures, plus lucratives et plus honori-
fiques. L'homme, dans les mains du gouvernant,
préférera toujours l'intérêt de son maître et le
sien propre, à l'intérêt général, parce qu'il croira
que cette conduite lui donnera fortune et hon-
neurs ; si toutefois on peut se glorifier d'être par-
venu au prix du sang, de l'injustice, et se parer
de la dépouille des foibles citoyens qui ont été
opprimés par la force.
L'armée est également esclave : elle est
salariée, il est vrai, par le peuple, mais l'avan-
cement et les traitemens sont dans les mains
du Roi; l'armée est donc dépendante. Aussi,
souvent les Rois s'en servent-ils pour asservir
les peuples. Si le chef et l'armée se parjurent, ils
oublient, l'un et l'autre , le peuple et la patrie.
Mais ils n'ont pas pensé qu'enfin la tyrannie
fatigue, et que le despotisme d'un chef uni à
son armée, né peut être de longue durée, parce
C 21 )
que tous les jours il s'accroît, ét qu'il arrive
un moment où le peuple, se réveillant de
l'esclavage féroce et arbitraire sous lequel il
étoit courbé, reprendra sa première puissance,
et exterminera tous ces vils satrapes ainsi que
leur chef, chargés des dépouilles des infortunés,
se ritnt de leur misère, quP, sous le moindre
prétexte prodiguent le sang de ceux qui
veulent leur résister : en oubliant qu'ils ont des
parens, une famille et une patrie : ils attireront
sur eux la vengeance du peuple, celle des
nations et la malédiction universelle, parce que
le salut du peuple est la loi suprême.
Un Roi qui gouverne d'après son ambition,
ses caprices, qui foule aux pieds les lois qu'il
a juré d'observer, devient le fléau du jgenre
humain : c'est l'épée exterminatrice dont se sert
quelquefois la puissance di vine, pour rappeler
les peuples à la raison en leur faisant jeter un
regard sur le passé, pour leur faire sentir com-
bien ils se sont rendus coupables en interver-
tissant un ordre qui, s'il .ne les rendait pas
heureux , au moins, leur conservoit une espèce
de liberté : elle est totalement détruite, en
Francelrjs4-j4jnais aucun Roi ne l'a violée si -
impj^^ilffît^^jîapoléon.
ik
( 22 )-
Des Idées Libérales,
Si l'on entend par idées libérales, état de
liberté d'agir, de penser et d'écrire; désir de
l'ordre, maintien de la constitution du gouver-
nement, soutien et appui ferme de la hiérarchie
des pouvoirs dispensés aux divers magistrats
établis pour porter respect au chef de l'Etat et
aux lois qui sont la base de la tranquillité, rien
n'est plus louable que'de propager de sem-
blables idées; mais si, par idées libérales, on
entend innova'ion dans la constitution, nouvel
établissement de lois, pour servir rarnhition
d'un chef de parti et de ses partisans, qui n'ont
d'autre but, en sapant les anciennes lois, que
de s'adjuger la puissance, pour la rendre arbi-
traire , afin de pouvoir, à leur gré, disposer de
la fortune publique et individuelle, pour satis.
faire leurs passions, certes, de semblables idées
libérales sont criminelles : un gouvérnement
doit les étouffer dans son principe, ainsi que
tous ceux qui les prêchent; car elles provoquent
l'infraction aux lois, cherchent à déprimer le
gouvernement, pervertissent la morale, dé-
truisent la religion, entraînent VEtat dans de
continuelles convulsions, le li vrent à Ulle anay-
( 23 )
ebie perpétuelle, parce que ce n'est que dans le
trouble que ces hommes peuvent envahir les
richesses de l'Etat et celles des particuliers, en
couvrant le sol de meurtre, de brigandages et
de confiscations qu'ils rendent légales: moyens
atroces et dignes du génie infernal de ces
cannibales.
De la Liberté.
La liberté est un préoieux présent de Dieu,
donné à tous les hommes; elle e: t aussi un don
de la nature. C'est le couteau à deux tranchans
livré entre les mains d'un enfant on d'un
aveugle ; il peut avec lui se porter au véritable
-bien ou s'en éloigner: ce moyen de détruire
toutes les racihes du mal lui a été mis eutre les"
jnains.
Que l'on considère la liberté sous son véri-
table aspect, on verra quelle fait l'homme si
puissant qu'elle le rend presque semblable à
-Dieu, puisqu'à l'aide de son intelligence, avec
un désir bien prononcé du bien, par ses fa-
cultés, elle le met à même de parvenir à
pouvoir sentir et apprécier la différence du
bien et du mal.
En effet, que l'homme s'applique à raisonner,
a penser, à réfléchir, à étudier} à rechercher
( H )
quel peut être le moteur de toutes les choses,
admirables qui se renouvellent sans cesse à ses
yeux , il est, certes, impossible qu'il ne par-
vienne pas , après un travail assidu et une
intention droite, à acquérir un commencement
de connoissance du principe et de la cause de
tous les effets qui se manifestent sur cette terre,
tant pour son instruction que pour ses besoins
naturels. Si son intelligence ne le porte qu'à
considérer le tableau, à n'user des productions
qui-lui sont offerteLpar la nature que pour
son utilité présente, il ressemblera à celui qui
considérera un tableau retraçant une perspec-
tive, dont il reconnoîtra la ressemblance, qu'il
verra bien avoir été fait par la main, de son
semblable, mais sans avoir aucun désir de
cojanoître le moyen et le mêlange des couleurs
qu'il a employées pour représenter la nature.
Les moyens que-Dieu a employés pour la
perfection d'un œuvre fait pour l'homme, sont
très - simples, tous naturels, et à sa portée ;
il faut en être convaincu et se le persuader,
pour pouvoir parvenir à prendre connoissance
de quelques uns des moyens qui insensible-
ment le portent à une plus ample connoissance.
La liberté est donc un vérilable présent de
Dieu, mais il faut qu'elle ne .soit entravée, ni
(25 y
par Les préjugés, ni par l'esprit des autres, ni
par aucune crainte puérile. Il faut, pour la
posséder véritablement, laisser à son imagi-
nation tout l'essor dont elle .est susceptible;
rien ne doit arrêter la pensée. Que l'homme se
persuade bien que, par sa pensée, il peut se
porter partout où il veut, et il en a l'expérience ;
il n'y a personne qui ne sache qu'en rentrant
en lui-même, quand il a vu un lieu, un objet,
il ne se le retrace tel qu'il existe, fût-il à cent
lieues: il ne s'agit donc que de se procurer la
connoissance,
Nul doute que le tableau n'existe, puisque
nous en. faisons partie; nul doute qu'il n'existe
un auteur r puisqu'il ne peut être un effet du
hasard. Nous ne pouvons pas donner notre
existence à l'effet du hasard quand nous sentons^
- la cause; nous ne pou vous donc que dire que
la cause nous est inconnue : si nous la re-
cherchons, nous la trouverons. Comment la
découvrirons-nous? en portant toute l'intel-
ligence dont nous sommet pourvus, à nous dire
et- à nous répéter sans cesse que , créés à
l'image de la Divinité, nous devons avoir en
nous une puissance divine ; que c'est cette
puissance qu'il faut mettre en action, et une
fois que nous la sentirons, nous porterons
( 26 )
toutes nos pensées vers celui qui gouverne cet
univers, et fbrts par lui, nos yeux s'ouvriront ;
le mécanisme de l'œuvre divin nous deviendra
simple, familier, et nous finirons par aper-
cevoir l'architecte.
Tous les hommes ne peuvent pas élever leurs
pensées aussi haut, ni exalter leur imagination
au même degré, soit par faute de dévelop-
pement d'intelligence, soit par faute de cons-
truction naturelle. Dans la nature, les produc-
tions de même espèce sont plus ou moins
parfaites ; l'espèce qui réunit en, elle son
ensemble d'harmonie et d'ordre est en rapport
direct avec le principe primitif: alors, tous les
effets de la nature et toutes ses influences
contribuent à la perfection de son être, et il
tend au véritable but de son créateur.
De l'Egalité.
L'égalité n'est ni d'ordre naturel ni d'ordre
divin ; c'est par l'inégalité et la non ressemblance
que la haute puissance de Dieu est manifestée.
Par elle-même, il démontre combien sa perfec-
tion est intinie : aucune de ses œuvres n'est sem-
blable; aucun homme n'a la même stature la
même figure, la même expression, .ni le
même sentiment.

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