La vérité sur la révolution d'Espagne / par Oscar Lessinnes

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les principaux libraires (Paris). 1868. 32 p. ; in-16.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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LA VÉRITÉ
SUR LA
REVOLUTION DWM
PAR
OSCAR LESSINNES
PARIS
CHEZ LES PRIXCIPALX HBRAtRES.
1868.
LA. VÉRITÉ
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1
Tout le monde n'a pas apprécié jusqu'ici la
révolution d'Espagne sous son vrai jour. Beau-
coup de Français de la génération actuelle ont
transporté du monde des affaires dans la littéra-
ture un esprit vif et subtile qui n'aime pas d'ap-
profondir .les choses et les comprend plus ou
moins dans leuif ensemble. C'est ce plus ou moins
qui est un malheur. Le Français d'aujourd'hui,
très intelligent et toujours pressé, juge souvent
de la façon la plus prompte et aussi la plus
fausse, parce qu'il croit savoir, tandis qu'il n'a
fait qu'effleurer. -
En ce qui concerne les plus graves complica-
tions extérieures, il ne les étudie, la plupart du
temps, que sur l'opinion de journaux partiaux
ou sur le dire de voyageurs, dont les uns sont
exilés pour raisons politiques, dont les autres
viennent grossir la foule aventureuse et Uottante,
cherchant la fortune dans le tourbillon de Paris,
dont tous enfin sont mécontents.
Les hommes remuants de l'étranger courent
tout de suite aux journaux. Les hommes sages
et modérés ont moins d'intrigue. Ils s'affilient
moins facilement aux feuilles parisiennes, qui
en sont réduites aux informations, quelquefois
mensongères, toujours exagérées des premiers.
Ajoutei qu'il y a en France toute une pléiade
d'écrivains qui possèdent chacun son lot de
phrases creuses et sonores, au nom desquelles
ils veulent 'réformer l'univers entier. Le Fran-
4
çais, j'entends le Français qui passe sa vie à se
croire dans une situation politique détestable et
qui formule en matière philosophique et sociale
les rêves les plus insensés, ce Français-là est as-
sez absolu. Il ne veut pas comprendre que les
théories dont il appelle le règne en France (avec
ou sans raipon ; peu nous importe à nous étran-
gsrs) que ces théories ne peuvent pas être bon-
nes pour tous les pays. L'histoire, le passé, la
situation financière, le caractère, les sentiments,
les habitudes, le climat, différencient chaque
nation et lui assignent son rang et sa mission.
Tout homme a dans l'ordre physique ses apti-
tudes spéciales ; ainsi de tout peuple. Le bonheur
pour un pays n'est pas d'avoir en quelque sorte
sa place fixe dans le régiment du progrès et
d'endosser un uniforme semblable à celui du
voisin. Le bonheur est de marcher, selon l'apti-
tude naturelle, vers le progrès, de marcher sans
doute d'un pas ferme et résolu ; mais chacun se-
lon ses dispositions, ses ressources et ses forces.
L'homme vraiment libéral n'est pas absolu*
parce qu'il sait que la liberté, si c'est la faculté
.d'agir selon ses -volontés, c'est cette faculté mi-
tigée par cette réticence : « Ne pas nuire à
autrui. » N'est-ce point nuire à autrui, que de
le forcer, dans sa volonté, dans son initiative, à
emboîter le pas derrière d'autres ? C'est ainsi
qu'en Belgique, tout monarchiques et tout cons-
titutionnels que nous soyons, nous comprenons
parfaitement que la république convienne mieux
que la royauté à certaines contrées et que la
Constitution belge, si utile pour nous, n'est pas
l'idéal des Constitutions pour tous les pays
indistinctement.
Malheureusement, Paris est une ville absor-
sbante qui fait trouver trop petites les question
- 5 -
qui s'agitent au dehors. Les esprits les plus sé-
rieux ne saisissent pas l'importance des affaires
extérieures en temps de calme ; ils ne s'en oc-
cupent que si ces affaires entrent violemment
sur le théâtre des grandes affaires européennes.
Alors, par ignorance, ils les Jugent mal et por-
tent ex professo sur elles des jugements peu lo-
giques et prennent pour choses certaines et ar-
rivées les désirs de leur imagination vive et
passionnée.
Le séjour de Paris transporte dans une vie où
les choses extérieures, en leur marche ordinaire.
paraissent être trop terre-à-terre. Il y a mille
preuves de l'ignorance des faits dans laquelle
sont plongés des esprits du reste très distingués.
A propos de la Belgique, par exemple, que d'er-
reurs de toutes espèces n'ont pas vu le jour
quand il s'agit de la famille royale, des discus-
sions des Chambres, et tout dernièrement quand
il s'agissait d'un prétendu traité entre la Belgi-
bue, la Hollande et la France. Mais voici un fait
qui regarde l'Espagne. En 1861, notez la
date, en 1861, un savant criminaliste,
M. Tissot, publiait un livre où il jugeait les di-
vers systèmes pénaux en vigueur en Europe.
Eh bien ! à propos de l'Espagne, il critiquait
très sérieusement le régime pénal de ce pays. Ce
régime était celui existant à la SA du siècle der-
nier. Une très importante et très parfaite codi-
fication avait eu lieu en 1848, treize ans avant la
publication de l'ouvrage de M. Tissot, et le sa-
vant Français l'ignorait.
6
II
Le peu de créanee, qu'il faut donc accorder en
France aux récits publiés sur les choses exté-
rieures, invite à puiser ses renseignements à
d'autres sources, pour peu qu'on soit désireux
de connaître la vraie vérité et de ne suivre, dans
-ses jugements, d'autres inspirations que celles
de la justice et de la conscience.
« Qu'est-ee que la conscience, demandait hier
le premier et l'un des plus anciens journalistes
de Paris? Elle change suivant le milieu, suivait
le pays et les circonstances, répondait-il? » Tel
n'est pas notre avis. La conscience est la voie da
ces milles sentiments innés pour le beau, le bien
et le vrai que la nature a placés dans nos cœurs.
La conscience fait dire aux hommes : « ac-
complissons notre devoir; advienne que pourra. »
Le devoir pour l'écrivain est de répandre la vé-
rité ; c'est de ne sacrifier que sur les autels de
la Sainte-Justice.–Que les ambitieux suivent
les indications d'un vulgaire esprit de parti, que
les hommes intéressés visent à la fortune en dé-
routant et trompant, par leurs écrits, leurs lec-
teurs : mais dès lors par leurs instincts bas, ils
cessent de mériter 1& titre d'écrivain et l'han;
neur n'a rien à voir avec les uns ni avec les au-
tres. Agir, écrire et parler Qu nom de la justice,
encore que de secrètes inclinations soient frois-
sées par cela, voilà le devoir de l'homme
d'honneur, de l'homme de cœur, de l'homme
qui tient à l'estime, plas qu'à des succès ma-
tériels. Périssent les partis, s'il faut que la vé-
rité triomphe et que justice soit rendue, n'im-
porte qui cette justice et cette vérité doivent
blesser, n'importe sur quelles ruines ou sur
- 7 -
quels froissements elles doivent asseoir leurs
trônes. C'est en suivant la voie de la justice
que les peuples assureront seulement leurs pro-
grès. Hors d'elle, il n'y a que passions, qu'inté-
rêts vils et mesquins.
Le plus sûr moyen d'arriver à la vérité en ce
qui a rapport aux affaires internationales, est le
voyage avant le triomphe d'un parti, c'est-à-dire
en temps de calme relatif et alors que les opi-
nions diverses luttent encore à armes égales, ou
bien c'est aussi un entretien fréquent, appro-
fondi, substantiel, sérieux avec les représentants
de toutes les nuances, avec les hommes qui ont
combattu pour ou contre tel principe, c'est en-
tendre de la bouche même des intéressés de
toute catégorie et de tout drapeau, leurs aveux,
leurs regrets, leurs espérances. L'homrtie froid
qui veut juger avec l'impartialité de l'histoire,
apprécie les uns et les autres, pèse dans sa
conscience et prononce s'il l'ose.
Avec tous les jeunes hommes de ma généra-
tion, mes inclinations pouvaient être au scepti-
cisme; maîs de mon examen attentif j'ai rap-
porté une conviction' profonde et immuable que
je me permets de livrer à l'appréciation de tout
lecteur honnête, qui comme moi, désintéressé
dans les hautes questions du genre, recherche la
justice par amour, pour elle-même, sans réti-
cence, sans faiblesse et sans -autre ambition que
celle d'accomplir une mission d'honnête homme.
8
III
Quand un pamphlet, qui n'avait pas débuté
sans une certaine dignité d'attitude ni sans es-
prit, s'attaqua, il y a quelques mois, à l'épousa
de Celui qui dirigera France, on put prévoir que,
même sans se rendre compte du sentiment qui
les poussait, par une certaine générosité inhé-
rente à leur nature, la masse des Français ne
lui accorderaient plus longtemps le bénéfice de
leurs sympathies. Dans quel oubli des plus sim-
ples convenances des écrivains spirituels sont-ils
donc tombés pour s'attaquer à une femme ?
De même, quand ramassant des bruits men-
songers traîtreusement répandus dans les bas-
fonds d'une presse ordurière, quelques feuilles
de Paris s'en firent les échos, par légèreté plutôt
que par réflexion, on put prédire ou que leurs
attaques cesseraient bientôt ou qu'une sympathie
pour la personne de la reine Isabelle II leur euc-
céderait dans un temps rapproché..
Le caractère abject de calomnies faciles à ren-
verser n'a pas été une des moindres causes de
l'étude que je viens de faire sur la situation de
l'Espagne. Rien de ce qui a été mis en avant re-
lativement à la conduite particulière de la Reine
dans ces dernières années ne subsiste après un
examen attentif. Pourquoi ai-je été amené à
conclure les bruits concernant sa politique
auraient-ils plus de consistance?
Un portrait de cette reine, calomniée dans son
exil, tenterait un écrivain plus habile. Com-
ment dire les hautes qualités de cœur et d'es-
prit de cette princesse, dont il faut avoir ap-
proché pour apprécier l'étrangeté des accusations
- 9 -
dont on l'a accablées. Je ne saurais pas suf-
fisamment faire comprendre de quelle bonté
chacune de ses paroles, chacun de ses regards
sont pour ainsi dire imprégnés. Généreuse et
même prodigue dans l'opulence, elle n'a pas
encore trouvé un mot d'amertume dans l'adver-
sité pour les hommes qui lui devaient tout et
qui l'ont dépeuillée. Elle supporte la perte du
trône et l'exil avec une tranquillité d'âme qui
atteste une foi robuste et une extrême résigna-
tion chrétienne. Par le parfum d'honnêteté et
de loyauté qui l'entoure, par cette bonté de
cœur exprimée sur sa figure sereine, elle a droit
aux sympathies. Par son titre de mère tendre
et chérie, elle a droit au respect que toute
femme peut réclamer de tout homme, s'il a
quelque éducation et quels que soient d'ailleurs
ses principes politiques. Observée et épiée dans
les plus secrets retranchements de sa vie pri-
véé, elle a été calomniée précisément à cause
du seul homme sur qui son choix ne serait pas
tombfr, si elle avait eu des intentions coupables.
Isabelle II est une bonne et tendre mère, et
cette dénomination sera pour toutes les femmes
la plus grande preuve de l'innocence de la
Reine. Elle aime l'intérieur calme et doux, qu'a-
nime de son esprit vif et instruit un Roi, hon-
nête homme, type accompli du premier gen-
tilhomme d'Espagne, répondant aux inj ures par
le sourire et par le mépris, quand ses détrac-
teurs sont dignes d'exciter en lui l'un ou l'autre.
Tout, du reste, ne se passe-t-il pas chez la
Reine au grand jour? Sa maison est de verre
et chacun peut y pénétrer du regard. Il y a dans
les mœurs des familles espagnoles une simpli-
cité et une franchise dont la Reine offre le mo-
dèle parfait. Il ne se rencontre qu'en France des
10
grandes dames se répandant en frivolités, négli-
geant les choses de leur intérieur, l'amour de
leurs enfants et repoussant la paix de l'âme
pour les bruyantes passions du monde. Chacun
peut voir au spectacle des habitudes douces et
honnêtes des dames qui font partie de la suite
royale, si ce n'est point là le digne cortège d'une
princesse honorable.
Critiquez les principes monarchiques dont
Isabelle II est la représentation. Mais soyez des
ennemis généreux ; employez des armes loyales
et n'abaissez point vos caractères à insinuer pe-
titement de lâches calomnies. Soyez assaz fiers
pour ne point servir d'instrnments à des politi-
ques, qui, afin de déprécier la Reine auprès du
paysan espagnol, inculte et insouciant des gra-
ves choses d'état, ne pouvaient chercher à le
rendre hostile que par cette grossière manœu-
vre, -
Si j'ai bien vu, je crois qu9 la Reine a natu-
rellement la conscience de ce qu'elle doit à sa
naissance. Elle sait qu'elle sort 'de la plas an-
cienne maison régnante de l'Europe, sans, pour
cela, cesser d'être simple en ses manières. Elle
sent que rien de ce que l'on a dit ne peut l'at-
teindre. Le sentiment de générosité inné chaz
toutes les femmes, combiné avec le sentiment
de dédain qu'une princesse d'un esprit réelle-
ment cultivé et d'un cœur réellement noble doit
li des calomniateurs, fait que tout à la-fois elle
pardonne à ces derniers et partage, eHe, femme
généreuse, cette croyance que les hommes ne
sont point en masse assez lâches pour croire et
encourager d'ignobles détracteurs. Elle passe le
front haut devant les calomnies. 'Le temps, qui
est un grand juge, en a déjà fait justice.
t Isabelle mérite, en sa qualité seule de femme,
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tous les hommages et les marques de l'o time la
plus absolue.
Il est temps maintenant d'aborder en elle l'é-
tude de la Reine. Examinons les côtés politiques
de son long règne ; n'acceptons point les opinions
toutes faites. Jugeons avec indépendance.
IV
Le temps présent ne s'offre point aux criti-
ques sans éveiller les souvenirs du passé; il a
sa source dans l'histoire. Il n'a pas surgi hier
sans avoir avec le passé ses attaches.
Je n'apprécie donc point du tout le sel qu'il y
a à juger l'époque actuelle sans tenir compte des
origines, des faits, des leçons et des enseigne-
ments d'un temps qui devrait être passé sous
silence, parce qu'il a le tort aux yeux d'écrivains
très bornés, de n'avoir même point connu le
nom de maisons régnant aujourd'hui et parve-
nues par les révolutions.
Eh bien, si l'on consulte l'histoire, on doit
comprendre que toutes les nations ne peuvent
pas avoir aujourd'hui le même degré de civilisa-
tion, puisque toutes n'ont pas commencé en
même temps à prendre le rang de nations com-
pactes, telles que la carte d'Europe les représente
maintenant. Le noyau de la France était formé
depuis longtemps, quand l'Espagne, par exem-
ple, était encore composée de plusieurs petits
royaumes, ayant chacun sa vie distincte. Il n'y
a guère un peu plus de quatre rents ans que la
péninsule Ibérique forme le tout que nous
voyons. Les idées politiques doivent donc né-
cessairement y avoir un autre caractère qu'en

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