La vie à Nice : conseils et directions pour nos hôtes d'hiver / par M. Léon Pilatte,...

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C. Jougla (Nice). 1865. 1 vol. (118 p.) ; in-12.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1865
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LA VÏÈ A NIGE
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k/ÈME A NICE
lill^ET DIRECTIONS
pour
NOS HOTES D'HIVER
Par AI. L.ÉOIV PILATTE
NICE
LIBRAIRIE INTERNATIONALE
Quai Sl-J.-Baptiite, S S
LIBRAIRIE CHARLES JOUOLA
Place du Jardin-Publit, I
1865
SOMMAIRE
Paget
CHAP. I. — Qui doit venir à Nice?.... 11
— II. — Époque du départ. — Pré-
paratifs 18
— III. — Arrivée. — Logement pro-
visoire. — Hôtels, pen-
sions.— Choix d'un quar-
tier 23
— IV. — Choix d'un logement défi-
nitif. — Moyens de se
renseigner. — Villas. —
Appartements. — Pro-
priétaires. — Concierges 29
— V. — Du prix des locations 38
— VI. — Entrée dans l'appartement.
— Gens de service,— La
question du vivre 43
- 6 -
Pagtt
CHAP. VII, — Manière d'user du climat.. 54
— VIII. — Les médecins. — Le meil-
leur médecin de Nice... 60
— IX, — En cas de mort 67
— X, — Les cultes j .• 73
.— XI. — Moyensd'instructionetpro-
fesseurs 89
— XII. — La société 92
— XIII. —Monaco , 97
— XIV. — Quand peut-on s'en aller? 100
— XV. — Faut-il s'en aller? — Nice
en été. — Séjours d'été
dans les Alpes-Maritimes 104
— XVJ. — Sortie de l'appartement.—
Inventaire 112
-, 7 -
Au lecteur bénévole, salut et
santé !
Résidant depuis tantôt douze
ans dans ce pays avec ma famille,
d'abord comme invalide, puis
comme domicilié, enfin comme
propriétaire, j'ai acquis une petite
expérience de la localité assez
cher payée pour avoir le droitd'en
faire part au public. Il est proba-
ble, toutefois, que je n'aurais pas
— 8 —
de sitôt songé à me prévaloir de
ce droit, si mon intérêt personnel
ne m'y avait en quelque sorte
contraint. Par suite de circons-
tances inutiles à mentionner, un
grand nombre de personnes s'a-
dressent à moi chaque année, soit-
avant de venir ici, soit à leur ar-
rivée, soit pendant leur séjour,
pour obtenir sur Nice et sur la
manière d'y vivre toutes sortes de
renseignements. Je ne sais pas re-
fuser un service, et me voilà con-
damné à écrire je ne sais combien
dé lettres, et à converser avec
je ne sais combien de personnes
sur un sujet passablement re-
battu. Grande perte de temps,
grande dépense de patience, que
Ce petit livré si pour but dé m'è 4
pàrgner. A toutes les questions
qu'on m'adressera 1, je n'aurai
plus qu'à répondre :
— Lisez mon petit livre.
Le lecteur voit d'ici le béné-
fice net que j'attends de ce tra-
vail. J'aurais pu en retirer un
autre, moins précieux mais plus
susbtantiel, en réservant une
petite place à l'annonce et à la
réclame. D'honnêtes industriels
auraient volontiers payé assez
cher une mention honorable dans
cet écrit. J'ai préféré renoncer à
cet avantage, et conserver l'en-
tière liberté de mes appréciations.
Et, d'ailleurs, il me plaît que ce
travail conserve au moins ce ca-
2
-.10-
ractère un peu original d'avoir
été composé uniquement en vue
défaire gagner à l'auteur, non de i
l'argent, mais du temps.
Pour remplir le programme
que je me suis tracé, je prendrai
mon lecteur au moment où lui
vient la pensée de passer ici son
hiver, et je ne me sépareraj de
lui qu'au moment où, la saison
finie, il se dispose à quitter Nice.
— 11 -
CHAPITRE I»
QUI DOIT VENIR A NICE?
Nos hôtes d'hiver se partagent en
deux classes distinctes : les gens de loi-
sir et de plaisir, et ceux que le soin de
leur santé contraint de chercher un
climat plus doux que celui de leur pays.
Aux premiers, j'ai peu de chose à dire :
ils trouveront ici ce qu'ils cherchent,
s'ils y viennent pour jouir d'un ciel pur,
d'un brillant soleil, d'une nature splen-
dide et pittoresque, d'une société élé-
gante et cosmopolite. Quant au reste,
ils sauront se passer de mes conseils.
Habitués à se donner beaucoup de.
peine pour se procurer un peu de plai-
sir, ils sont tout disposés à prendre
celle d'essayer si ce séjour leur con-
vient.
En mettant en'tête de ce chapitre
la question : Qui doit venir à Nice?
j'ai eu en vue seulement la seconde
classe de nos hôtes, la plus, intéres-
sante à mon gré, celle dtes malades» etr
des valétudinaires.
Le climat de Nice, tout bienfaisant
qu'il, soit, n'est pas une panacée*. S'il,
convient à beaucoup de malades, il est
inutile à plusieurs, funeste à quelques-,
uns. 11 impprte donc ayant tout de s'as-
surer, autant que possible, des effets,
qu'on en peut attendre. D'ordinaire, on
consulte son médecin,, et cela est na,-
tuçelj mais çela.rç'est pas toujpurs'suffi-.
- 13 _
s'à'rit. Otie d'excellents praticiens ignô-
rtètît à fond les pays où ils envoient
leurs malades et les conditions diverses
des climats! — « Allez passer l'hiver
dans le Midi. * — Là recommandation
est simple, mais bien vague. îrai-je au
bord de la mer, ou non? Choisirai-je
Pau, dont la température est douce,
mais humide, ou Nice aii ciel brillant
et à l'air sec? M'arïèterai-je à Cannes,
du deVrai-je pousser jusqu'à Menton?
Il y à quelques années, un docteur
distingué d'une ville célébré, ayant con-
seillé l'air du Midi à un de ses clients:
« Gardez-vous, lui dit-il, de séjourner à
Nice, où l'air de mer vous nuirait. Can-
nés, éloigné de là nier ot à l'abri de
son influence, Vous convient infiniment
ttfiëiïx. » Le malade part, arrive et s'é-
tonne grandement de voir la ville de
-w-^
Cannes baignéepaHesflôts'blëu^dêla
Méditerranée. Et cet exemple n'est pâsf
le seul que je pourrais citer. Assurez?--
vous donc der l'aptitude^ de votre rnéV
decin à vous conseiller sur le choix,
d'un séjour d'hiver, et ne vous mettez
en route qu'à bon escient.
Je ne suis pas médecin, e| je ne sau-
rais traiter ex-professo, d'une manière
complète, la question posée en tète do
ce chapitre. Quelques indications gé-
nérales, sanctionnées par les meilleures
autorités et par l'expérience, suffiront
ici. Je dois laisser quelque chose à dire
aux hommes de l'art.
Le climat de Nice,--et l'on peut ap-
pliquer ce qui suit à Cannes et à, Men-:,
ton, car entre les trois localités il n'y
a pas de différence réelle, —le climat
-- -i5:^
de Nice convient admirablement aux
vieillards, aux enfants rachitiques, aux
lymphatiques des deux sexes, aux scro-
fuleux^ aux personnes épuisées par des
causes quelconques, maladies, excès,
fatigues, etc.; aux rhumatisants, aux
splônétiques, aux mélancoliques, aux
bronchitiques, aux chloroliqucs, aux
phlhisiqnes du premier dogre,et généra-
lement à tous ceux qui sous une forme
ou sous une antre sont atteints de ma-
ladies do langueur.
En revanche, tous ceux qui sont
disposés aux inflammations aiguës et
aux hémorragies actives, ainsi que ceux
dont le système nerveux est facilement
surexcité,doivent fuir le climat de Nice.
Cette recommandation s'adresse sur-
tout aux phthisiques du 3me degré.
Malgré l'opinion de docteurs très ins-
= 16-
t^ru.jts.iqui r|fts, se,rftien| çûraj)jes et les
§nypien,t,lesf appellentPMle? retjonnént à
Nice, je. nie crpis, en devoir de leur dire
ce que, leurs ajgiç (leyraierit, leur faire
comprendre : (Jardez^yous de.ce. climat.
Allez à Pise, aljez à ^ome, ngais ne.
yenez nj à Nice, ni à Cannes, ni 4
IJlenton. Faites mieu.x encore, restez
chez yons. Si votre mal a atteint, ce dér
gré fatal que les médecins ne peuvent
méconnaître, et qui, jusqu'à présent, a
défié les efforts de la science, le peu,, de
yie qui vous reste s'en, irait, ici, avec
la, rapidité d'une bougie qui brûle en
plçin air. Que j'en ai vu, de ceux qui,
chez eux, auraient pu vivre quelques
mois encore, et qui sont arrivés à Nice
pour y mourir après quelques semaines
des^jpur !; Leur médecin était aux abois,
ne, savait plus que faire, et, petu/têtse
- -115 —
n'y avait-il plus rien à faire. Pour ne
pas recevoir un beau matin le soufflet
d'Hippocrate, il a flatté l'impatience, le
besoin de changer de" lieu qui tour-
mentent ceux pour lesquels le grand
changement approche. « Changez d'air,
leur a-t-il dit, allez dans le Midi. » Et
le pauvre malade est parti quittant
famille, amis, conforts du chez soi. De
station en station,d'auberge en auberge,
il est arrivé ayant dépensé un mois de
vie en quelques jours de voyage; le cli-
mat a fait le reste.
Si donc vous avez parmi les vôtres
un de, ces malades pour lesquels on a
dû renoncer à tout espoir de guérison,
laissez-le s'éteindre dans son lit, en-
touré de vos soins; ne faites pas voya-
ger si loin et si vainement celui qui va
mourir.
~:18-—
CHAPITRE II
DÉPART POUR NICE. — PRÉPARATIFS.
A vrai dire, ce n'est pas l'époque du
départ que nous-devons indiquer, c'est
celle de l'arrivée. Le malade sait fort
bien quand le climat du pays où il se
trouve cesse de lui convenir. L'im-
portant est qu'il n'arrive pas ici trop
tôt et qu'il passe s'il le faut, dans^uh
climat intermédiaire, l'intervalle qui
sépare le commencement de la mau-
vaise saison dans son pays, de celui
de la bonne saison à Nice.
Il fera bien de se tenir en garde contre
wl9 «
les discours intéressés.: des industriels
qui exploitent en clé les stations ther-
males ou autres. Leur but est de retenir
le plus tard possible leurs hôtes tem-
poraires. Les Niçois font quelquefois de
même. Lorsqu'au mois de mai l'étran-
ger parle de partir pour la Suisse ou
l'Allemagne, « Quoi! lui dit-on, aller en
Suisse déjà?. Aller en Allemagne? Mais
il y fait un froid de loup; mais les
brouillards y régnent encore. » Ainsi
font à l'égard de Nice Suisses et Alle-
mands.
« Comment! Vous partez déjà pour
Nice! Mais il y fait une chaleur lor-
ride! »
Le fait est que, du 4 5 août au 4er sep-
tembre, il est bien rare que l'orage cri-
tique annuel qui met fin à nos grandes
chaleurs n'ait pas eu lieu. Dès que Nice
— 20-
a vu ce salutaire 1 orage, son aspect
change, sa campagne et ses jardins
verdoient; l'été est bien et dûment fini.
On peut donc en toute sécuHté ar-
river à Nice dès le leiî octobre sans
s'exposer aux ardeurs du soleil, où Ce
qui est plus à redouter, à la sécheresse
extrême de l'atmosphère dont nous
souffrons pendant les derniers mois
d'été. Il y a quelque avantage aussi à
prendre place avant l'arrivée de la foule,
quand nos Niçois ne sont pas encore
grisés d'espérances folles pour la sai-
son. Hôtels, pensions, appartements,
maisons meublées sont plus accessi-
bles, et comme choix et comme prix>
à celui qui arrive de bonne heure.
Les préparatifs en vue d'un séjour*
de Nice^sont bien simples et ne diffè-
**, 21 ^
renten rion de ceux du voyage. On
arrive avec sa malle et l'on doit trouver
dans l'appartement ou dans la villa qu'on
loue tout ce dont on a besoin. Seule-
ment, n'oubliez pas d'apporter vos vête-
ments d'hiver. Je ne parle pas des
pelisses et fourrures nécessaires dans
les climats hyperboréens ; je parle des
vêtements chauds qu'on laisse souvent
chez soi, en se persuadant qu'au Midi
on n'en aura jamais besoin. Il est vrai
qu'il fait chaud à Nice, et qu'on doit
s'y vêtir la plupart du temps en demi-
saison. Mais il y a çà et là une jour-
née froide pour laquelle il faut être
préparé. Le corps aussi, sous l'in-
fluence d'une température habituelle-
ment douce, devient plus sensitif; il
craint deux degrés de froid plus que
dix ailleurs. Nous reviendrons sur ce
stget:#;p^â
tioris;: o^ei doit}? prendre /l'iÏÏValide^ffi
;^W—
CHAPITRE IÏI
ARRIVÉ^. —LOGEMENT PROVISOIRE.
f M *' • — CHOIX D'UN QUARTIER.
Vous'voilà arrivé. Qu'allez-vous faire?
Le plus sage est de vous loger pïovi-
soifënipnt dans un hôtel ou dans une
pénâipm Ici avec l'embarras du choix
vous avez une échelle de prix en rapport
avec le luxe plus ou moins grand de
ces établissements et l'intelligence de
leurs propriétaires. Pour éviter des dif-
ficultés ultérieures, entendez-vous clai-
rement avec votre hôtGlier dès l'arri-
vée. Combien là chambre, la table» le
service? Ou s'il s'agit d'Une pension,
combien par jôurj tout'cômprts?feI?ex^
position des chambres, lar-hWtëuf'**dë
l'étage, lëduxe de l'ameublement, eh^'*
traînent des différences dont il faut se
rendre compte. L'intérêt, du maître
d'hôtel est dé vous offrir ce qu'il a de
plus beau et de meilleur. Si vous l'ac-
ceptez, vous payerez en conséquence.;
Le. grand point est dé bien 1 Savoie ce
que vous faitesr
A partir de ce momentj vous êtes
pouf les Niçois Yêtranger^ l'hôte de la
ville, l'hôte bienvenu. Mais vous êtes
aussi le client, le consommateur, c'est*
à/dire un peu la matière exploitable,
la source bienfaisante d'où doit couler
en partie la prospérité de tout un petit
monde qui, travaillant pour l'étranger,;
doit vivre de l'étranger, comme c'est
justice* Prenez-enivôtre parti, en ôvi^
fp^t^deûx excès contraires Î celui de.la.
iéfi4n6e et celui de la confiance; Vous
n'êtes ni dans la forêt de Bondy, ni
dans ïe pays de Cocagne. N'allez donc
pas; comme certaines gens atrabilaires,
voira l'avance un enhéïni cherchant à
vous dépouiller dans chaque individu
avec qui vous ayez affaire; ni comme
d?âutrés trop faciles, voir un ami intime
dans le premier qui vous sourira; soyez
simplement circonspect et prudent.
- Si vptre intention est de séjourner à
l'hôtel, bu dans la pension où vous êtes
descendu, vous pouvez dès le début, ou
%vous aimez mieux au bout d'une se-
vrpaine d'essai, faire des arrangements
pour toute la durée de votre séjour. Le
plus souvent, les conditions seront plus
douces pour un séjour prolongé que
pour un temps très-limité ou incertain.
3
- 26 -
Si vous vous : proposez de louer Un
appartement ou une villa, faites d'abord
une tournée dans les différents quaiv «
tiers habités par la colonie étrangère,
pour reconnaître sles lieux; puis s'il y
à ici un médecin qui ait votre con-
fiance, après l'avoir consulté, vous faites
choix d'un quartier. Ce point est im-
portant. Nous avons à Nice trois ou
quatre climats différents. Tel convient
à merveille à l'un qui serait mauvais
pour unjautre. Je prends pour exemple
le rivage de la mer, et de quelle mer !
De la Promenade des Anglais, du Quai
duMidi, du Lazaret,vous jouissez d'une
vue sans pareille. Si vous avez vécuau
bord dé là mer, avec quel bonheur ne
la revoyez-vous pas! Si vous.: la :voyëz
•pour' 1 la première fois; elle a pour vous
d'irrésistibles attraits. Mais je suppose
r-27 -
i ■
que votre poitrine soit très-délicat^, aj?
taquée même ; il est très-prp))able alprs
que vous devrez vous loger aiHeurs^eaj 1
Piir. vif et salin vous serait peut-^tre fu-r
neste,Vous êtes rassuré à cet égard; maj§
yous êtes d'un tempérament peryeux,
soit;naturellement, soit par l'effejt de la
maladie? En ce cas,méfie2-vous en.çorçe
du bord de la mer; car il se ppiirrait
que, yous y perdissiez le sommeij, .qy^e
ypjis y devinssiez d'une irritabilité $ç?
trime* et qu'en fin de compte vous
.dussiez renoncer à votre logement ppur
aller chercher, dans une atmosphère
moins excitante, le sommeil et le calme
qui vous manqueraient là.
Il est des tempéraments auxquels,en
revanche, l'air de la mer est des plus
favorables et qui doivent le respirer à
tout prix. Ce dont le lecteur doit se soii-
— 28-*
venir, c'est qu'il y a un choix à faire
entre les divers quartiers et les nuancés
diverses, du climat. Aubofd de.la mer
les gens qui 1 se portent bien, les lym-
phatiques, lés malades des organes
digestifs, ceux chez 1 lesquels la vie à
besoin d'être activée et comme fouettée.
A la Croix-de-Marbre, Longchariîps,
Saint-Etienne, la route de Gênes, Cara-
bàcel, Cimiès, les invalides de toutes
sortes, les poitrinaires surtout. Ces
deux dernières localités pour ceux qjii
veulent le plus de chaleur possible à
l'abri du vent et de toute humidité.
"-» —
OHAPITRE IV
CHOIX D'UN LOGEMENT DÉFINITIF. — MOYENS
DE SE RENSEIGNER. ~ VILLAS. ^--APPAR-
TEMENTS. — PROPRIÉTAIRES. —• CONCIERGES.
Votre choix est fait; vous avez ré-
solu de passer votre saison dans un
quartier déterminé; la question est
maintenant de savoir où se trouve le
logis qui vous convient. Comment le
découvrirez-vous? Vous savez le moyen
primitif : il consiste à se promener,
lire les écriteaux et visiter successive-
ment tous les appartements à louer,
jusqu'à ce qu'on en ait trouvé un à sa
convenance. Mais ce moyen est lent
— 30 —
laborieux, même impossible pour lès
invalides. Les agences de location sont
plus modernes et décidément préféra-
bles j Je voudrais, pouvoir, indiquer en
première ligne feu l'Union Syndicale,
institution toute de protection pour
l'étranger,qui avait été fondée pour lui
fournir gratuitement les renseigne-
ments désirables. Par des causes qu'il
est inutile de rappeler ici, elle est
morte à peine née; que la terre lui soit
légère! A défaut de cette agence publi-
que et désintéressée que le Niçois n'a
pas voulu faire vivre, il y a de nom-
breuses agences privées auxquelles on
peut s'adresser. Je n'en désigne aucune
pour rtë pas faire de jaloux; mais on
peut compter sur beaucoup dé zèle et
d'activité, quel que soit celui des agents
àUQUôl on s'adresse. La raison en est
- 3i-
simple : il est d'usage que le proprié-
taire paie à l'agent qui lui amène un
locataire tant pour cent, 5 °/o d'ordi-
naire, sur le prix de la location. Les
propriétaires ajoutent naturellement le
prix du courtage à celui du loyer, do
sorte qu'en définitive le locataire paye
toujours. Si la location se fait sans in-
termédiaire, on doit réduire le loyer
d'autant. Il s'est pourtant trouvé des
propriétaires peu scrupuleux qui s'at-
tribuaient à eux-mêmes le courtage
qu'ils ne payaient pas à d'autres. Espé-
rons qu'il n'y en a plus. En tout cas, il
est bon d'avertir le propriétaire, si au-
cun agent n'a indiqué la maison.
Prenez votre temps pour faire un
choix. N'oubliez pas le proverbe : qui
se décide à la hâte se repent à loisir.
Toutes les maisons ne sont pas égale-
— 32 -
ment bien construites, ni également
bien exposées; tous les propriétaires
ou loueurs d'appartements ne sont pas
également dignes de confiance. Ren-
dez-vous donc bien compte du logis
que vous allez louer, et tâchez de sa-
voir un peu à qui vous avez affaire,
La première condition à exiger d'une
habitation pour l'hiver est quelle soit
exposée en plein_midi, et qu'aucune
construction ou plantation n'y projette
son ombre. J'ai connu quelqu'un qui;
ayant été conduit à un appartement
pour le voir à une certaine heure de la
journée, le trouva inondé de soleil,
Quelques jours plus tard, l'ayant loué,
il alla l'occuper. Son étonneraient fut
grand lorsqu'il découvrit que pendant
presque tout le jour son logis était dans
•'ombre des:maisons voisines. On lé lui
-33 —
avait montré pendant la seule heure du
jour où le soleil le visitait. De tels faits
sont rares sans doute ; mais comme, en
définitive, on vient h Nice pour acheter
du soleil, il faut s'assurer avec soin, si
l'on reçoit pour son argent la quantité
voulue de la marchandise désirée.
J'appelle aussi votre attention sur le
drainage de la maison que vous pensez
à choisir. Il y a dans Nice quelques
habitations fort belles, qui, par suite
d'une inconcevable incurie de leurs
propriétaires, sont régulièrement em-
poisonnées à chaque perturbation at-
mosphérique et même plus souvent,
par des émanations méphitiques prove-
nant, soit des éviers, soit des lieux d'ai-
sance.
: Exigez donc que. les lieux soit ino-
dores et que les éviers soient convena-
- 34 T-
blement disposés. Questionnez aussi et
au besoin faites vos conditions touchant
certaines opérations nocturnes prati-
quées au profit de l'agriculture beau*-
coup trop fréquemment pour ceux dont
les nerfs olfactifs sont quelque peu dé-
licats. Au sujet des matières dont il
s'agit ici, défense d'y toucher ou.désin-
fection préalable; né Sortez pas dé là,
Dès que vous avez trouvé la villa ou
l'appartement que vous voulez louer; 1 et
que lé prix demandé vous a été dit,
ayant de prononcer le oui définitif, avant
surtout de signer le bail, faites de l'état
des lieux et du mobilier un examen
attentif.
Vous devez vous assurer que tout
ce dont vous pouvez raisônnablenYént
aVbir besoin s'y trouve, et exiger soit
- 35 -
qu'on vous fournisse ce qui manque,
soit qu'on s'engage par le bail même
à le fournir. Il est des propriétaires
faciles et comme il faut, qui avant
le bail signé vous diront : S'il vous
manque quelque chose, vous n'avez
qu'à le dire, et vous l'aurez. Et ils tien-
nent parole, Mais j'en ai connu qui
mênie après avoir promis tout ce qu'on
voulait en termes généraux, répon-
daient par un non possumus à toutes
les réclamations postérieures à la signa-
ture du bail. Au reste, quelque soit la
personne à qui on a affaire, il vaut
mieux n'avoir rien ou que peu de chose
à demander après la signature du bail.
Il n'est pas juste non plus qu'après
avoir loué pour un prix déterminé un
appartëmëntv tel que vous l'avez vu,
vous nièltiez le propriétaire dans l'obli-
_36 —
gation de dépenser des sommes consi-
dérables,pour satisfaire des besoins nou-
veaux et quelques fois de purs caprices.
Songez autant que possible à tous vos
besoins, ayez si vous le voulez tous vos
caprices, mais avant la signature de
votre bail, Quel que soit votre proprié-
taire, cela vaudra toujours mieux et pour
lui et pour vous.
S'il y a un concierge dans la maison,
informez-vous de ses exigences en trai-
tant avec le propriétaire. Il est d'usage
à Nice que le concierge balaye l'esca-
lier et l'éclairé, et qu'il pompe l'eau qui
alimente les robinets des cuisines, etc.,
le tout aux frais des locataires. Pour
ces services, il reçoit de chaque loca^
taire Une somme qui peut varier de
cinq à vingt-cinq francs par mois, selon
l'importance de l'appartement. Certains
— 37 —
propriétaires stipulent dans lo bail pour
leur concierge; d'autres, moins sages à
mon sens, livrent leurs locataires à la
merci du concierge Celui-ci sans être
précisément farouche, n'est pas toujours
aussi traitable qu'il faudrait. Traitez
avec lui à temps : les bons comptes
font les bons amis.
— 38 —
" CHAPITRE V , :
DÛ PRIX DES LOCATIONS A NICE
Les loyers sont chers à Nice, cela est
incontestable. Ils le paraissent encore
plus, peut-être, qu'il ne le sont réel-
lement ; le lecteur impartial n'a qu'à
réfléchir un instant pour le compren-
dre. Pour qui a-t-on bâti ces nombreu-
ses villas dont la campagne de Nice
est émaillée? Pour qui ces quartiers
nouveaux, ces riches habitations qui
forment une ville nouvelle tout autour
dé l'ancienne? Pour les étrangers, pour
vous. Or, combien de temps vous plaît-
il dé passer à Nice? Quatre, cinq, pu
- 39. -
six mois. Et pendant les six ou sept
autres mois de l'année, que croyez-vous
qu'un fasse de tout ces immeubles; de
tous ces mobiliers? Rien. Les uns et
les autres ne servent donc, au plus, que
là moitié de l'année. Or, n'est-il pas
juste que le capital ainsi placé rapporte,
en six mois, les intérêts de l'année en-
tière, et que vous payiez pour vos habi-
tations ici, qui pendant six mois vous
attendent, le prix de toute l'année? Cela
semble exorbitant, et pourtant cela est
de toute justice.
Et ce que j'ai dit du prix des loca-
tions est applicable à toutes les indus-
tries, hôtels, pensions, professions, etc.,
qui ont pour but de répondre aux be-
soins delà colonie étrangère. Il faut que
tout ce monde qui passe six mois à tra-
vajllerpouf vous, à vous attendre, à vous
— 40 -
préparer lés comforts dont vous voulez
jouir, y trouvé son compte et soit payé.
Ajoutez à cela les chances de non loca-
tion. Qu'une guerre éclate, qu'uneépi-
démie sévisse, que la vogue vous en-
traîne ailleurs, et voilà Nice vide. Or,
les logements qu'on vous prépare ne
sont pas une marchandise qu-î, faute
de vente, on puisse ou consommer sur
place ou exporter au dehors. Si on ne
loue pas, c'est pure perte. L'élévation du
prix est la seule assurance contre un
risque pareil. Résignez-vous donc à l'a-
vance à payer un loyer relativement éle-
vé, et à trouver la vie ici relativement
un peu chère, comme, d'ailleurs, elle l'est
dans tous les lieux fréquentés par une
colonie étrangère et passagère.
Il est difficile, en traitant le sujet des
prix de sortir des généralités. Là situa-
- — 41 —
tion dé la maison, la hauteur de l'étage,
la dimension des pièces, la richesse plus
ou moins grande du mobilier, sont au-
tant de causes de variation dans les prix.
Si vous avez besoin de cinq lits dans
votre appartement, avec salon, salle à
manger, cuisine, vous pourrez payer de
1,500 fr. à 6,000 fr. Si vous voulez une
villa entière, vous en trouverez dont les
prix varient entre 2,000 et 20,000 fr.
Tout dépendra de vos besoins et de vos
exigences. Au reste, les prix des loca-
tions subissent, comme ceux do toutes
les marchandises, la loi de l'offre et de
la demande. Pendant la saison de 1862-
63, les étrangers furent très-nombreux
à Nice, et les loyers montèrent en con-
séquence. Pendant celle de 1863-64, il
y eut diminution sensible dans le nom-
bre des visiteurs ; il en résulta une
^ 42 —
Caisse énorme : certains appartements
se louèrent à vil prix. Espérons qu'il
n'y aura plus de ces grands écarts, et
qu'une sorte de. moyenne raisonnable
tend à s'établir d'une manière perma-
nente,
^43 —
-v-- CHAPITRE VI
ENTRÉE DANS L'APPARTEMENT. — GENS DE
SERVICE. LA QUESTION DU. VIVRE..
L'entrée dans l'appartement n'est
pas aussi'simple qu'il paraît d'abord.
Le propriétaire vous confie, avec son
appartement ou sa villa, tout son mobi-
lier. Il en a dressé un inventaire com-
plet dont il vous remet un double, et
vous ayez, soit par vous-même, soit par
un délégué de votre choix, à recevoir
pièce par pièce tout ce qui y est porté.
On note en marge tous les dégâts appa-
rents : vaisselle ébréchée ou fêlée, meu-
bles déjà avariés, taches ou déchirures
- 44 —
aux rideaux, tapis, etc., etc. Si pro-
priétaires et locataires étaient tous
consciencieux, cette opération serait
vite faite; mais tantôt les uns, tantôt les
autres, s'écartent de la droite ligne, et
des deux parts il est plus prudent de la
tracer bien distinctement. Un inven-
taire bien fait à l'entrée est le plus sûr
moyen d'éviter les difficultés à la sor-
tie ; le locataire a d'autant plus d'in-
térêt à y veiller que tous les objets
qu'il reçoit sont supposés reçus en bon
état, et doivent être rendus tels.
Ce n'est pas tout que d'avoir son
appartement meublé, il faut s'y faire
servir et y vivre, deux grosses questions
pleines de difficultés, à Nice au moins
autant qu'ailleurs. Je suppose mon lec-
teur du nombre de ceux qui subissent
la servitude d'être servis. Je ne parle
— 45 —
pas des richissimes, dont les domesti-
ques sont des espèces de gardes du
corps qui suivent partout leurs maîtres
et font pour ainsi dire partie intégrante
de leur bagage indispensable. Je parle
des personnes de classe moyenne, de
ceux qui doivent compter, et qui en
projetant de passer l'hiver à Nice se
demandent : Comment serai-je servi?
Emménerai-je mes domestiques? Et à
défaut des miens, en trouverai-je aisé-
ment qui puissent les remplacer?
Si vous avez une cuisinière incor-
ruptible, une femme de chambre de
confiance, des domestiques de l'atta-
chement et de la probité desquels vous
soyiez sûr, — amenez-les avec vous.
Sous le rapport du comfort et sous
celui de la dépense même, vous y
gagnerez indubitablement; les frais de
. — 46 -
voyage seront amplement compensés
par l'économie qui résultera des achats
faits par des domestiques honnêtes.
Si vous avez de bons serviteurs, mais
dont vous n'êtes pas absolument sûr,
des gens faibles et susceptibles de
subir les influences d'un mauvais mi-
lieu, — laissez-les derrière vous; car
Nice, comme tous les endroits du même
genre, est la perdition des domestiques.
Tout concourt à ce triste résultat ï la
présence d'un grand nombre de domes-
tiques d'aventure avec lesquels les nou-
veaux venus se trouvent en contact, les
gros gages donnés pour l'hiver à ceux
qu'on ne prend que pour quelques mois,
et qui font paraître petits les gages, en
réalité plus élevés, de ceux qu'on em-
ploie toute l'année ; l'indifférence des
maîtres, qui, engageant pour quelques
mois seulement leurs serviteurs, s'in-
quiètent peu ou point de leur moralité
et de leur honnêteté, pourvu que leur
service se fasse, et se résignent à être
volés dans une certaine mesure, le
sachant, plutôt que d'affronter les en-
nuis d'un changement; la coutume peu
délicate d'un grand nombre de four-
nisseurs, parmi lesquels il est d'usage
d'offrir et de donner tant pour cent aux
domestiques sur les factures,sauf à faire
payer au maître leur libéralité sous
forme de différence dans la qualité, la
quantité ou le prix de la marchan-
dise.
Cependant si vous n'avez pas amené
vos domestiques, il faut bien en prendre
ici. Il y en a de respectables et d'hon-
nêtes; mais ils sont rares et difficiles à
trouver. C'est à votre expérience, à la

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