La vie au point de vue physique, ou Physiogénie philosophique / par Charles Girard,...

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J.-B. Baillière et fils (Paris). 1860. 1 vol. (70 p.) ; in-12.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1860
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LA VIE
AD POINT DE VUE PHYSIQUE
ou
PHYSIOGÉNIE PHILOSOPHIQUE
LIBRAIRIE DE J. B. BAÏLLIÈRE ET FILS.
Traité fies entozoaires et des maladies verinineuscs de
l'homme et des animaux domesticuics - par le docteur
C. DAVAINE, membre de la Société de biologie, lauréat de l'Institut.
Paris, 1860, i fort vol. in-S de 900 pages, avec figures intercalées dans
le texte. 12 fr.
Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent sur
l'homme et sur les animaux vivants, par le docteur Cn. BOB IN. Paris, 1853,
1 vol. in-8 de 700 pages, accompagné d'un bel atlas de 15 planches, des-
sinées d'après nature, gravées, en partie coloriées. 16 fr.
Traité de chimie anatoinique et physiologique normale et
pathologique, ou des principes immédiats normaux et morbides qui con-
stituent le corps de l'homme et des mammifères, par Cn. ROBIN, docteur
en médecine et docteur es sciences, professeur agrégé à la Faculté de mé-
decine de Paris, et F. YERDEIL, docteur en médecine, chef des travaux
chimiques à l'Institut agricole, professeur de chimie. Paris, 1853, 3 forts
volumes in-S, accompagnés d'un atlas de 45 planches, dessinées d'après
nature, gravées, en partie coloriées. 36 fr.
Traite pratique d^anatoinie descriptive suivant Tordre de
I'ATLAS D'AN ATONIE, par le docteur J. N. MASSE. Paris, 1858, 1 vol. in-12
de 700 pages, cartonné à l'anglaise. 7 fr.
»c l'espèce et des races dans les êtres organisés, et spé-
cialement de l'unité de l'espèce humaine, par D. A. GODRON, docteur en
médecine et docteur es sciences, professeur à la Faculté des sciences de
Nancy, etc. Paris, 1859, 2 vol. in-8. 12 fr.
Dictionnaire de médecine, de chirurgie, de pharmacie,
des sciences accessoires et de l'art vétérinaire, de
P. H. NYSTEN. Onzième édition, revue et corrigée par E. LITTRÉ, mem-
bre de l'Institut de France, et Cn. ROBIN, professeur agrégé de la Faculté
de médecine de Paris, ouvrage augmenté de la synonymie latine, grecque,
allemande, anglaise, italienne et espagnole, suivi d'un Vocabulaire de
ces diverses langues. Paris, 1853, 1 vol. gr. in-8 de 1672 pages à deux
colonnes. Illustré de 532 figures intercalées dans le texte.
Prix. 18 fr.
Demi-reliure, dos de maroquin, très-soignée. 3 fr.
Sicçons de physiologie expérimentale appliquée a la mé-
decine, faites au Collège de France, par CL. BERNARD, membre de
l'Institut de France, professeur au Collège de France, professeur de phy-
siologie générale à la Faculté des sciences. Paris, 1855-1856, 2 vol. in-8,
avec figures intercalées dans le texte. 14 fr.
Le tome IL Paris, 1856, in-8 avec figures. 7 fr.
Cours de médecine au Collège de fronce, Des effets des
substances toxiques et médicamenteuses, par CL. BERNARD, membre de
l'Institut de France. Paris, 1857, 1 vol. in-8, avec figures intercalées dans
le texte. 7 fr.
Physiologie et pathologie du système nerveux, par CL. BER-
NARD, membre de l'Institut. Paris, 1858, 2 vol. in-8, avec ligures inter-
calées dans le texte. 14 fr.
CORB1UL. — TYTOGR. UT STEREOT. DE CRBTEi
A
M. P. FLOURENS
MEMBRE DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE ET SECRÉTAIRE PERPÉTUEL
DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES (INSTITUT DE FRANCE), ETC.
MONSIEUR,
En publiant ce petit livre, dans ma langue ma-
ternelle, ma seule pensée, mon unique désir, était
de vous en offrir l'hommage.
Puissent les hommes sérieux le juger digne de
votre patronage.
L'AUTEUR.
AVANT-PROPOS
Je dois à mes lecteurs quelques mots sur
l'origine de ce livre : ils seront son histoire.
En 1849, un écrivain croyait avoir décou-
vert un nouveau liquide organique, un li-
quide générateur de la vie, le liquide biogène.
Ce liquide devait présider à la formation
de l'oeuf, point de départ de tout être orga-
nisé.
A cette époque je me livrai à des recherches
embryogéniques, longues et assidues, afin de
vérifier les faits et d'étudier le phénomène en
question. v
En 1850, après bien des labeurs, j'arrivai
à pouvoir démontrer que l'auteur s'était
8 AVANT-PROPOS.
trompé, que son liquide biogène n'était autre
chose que de l'albumine, et, dans le Journal
de Silliman, je réfutai sa théorie de la forma-
mation de F oeuf.
J'étendis alors le champ de mes recherches :
j'étudiai comparativement les oeufs en voie de
formation, chez les mammifères, les oiseaux,
les reptiles, les poissons, les insectes, les crus-
tacés, les vers, les mollusques céphalopodes,
gastéropodes, acéphales, et bryozoaires, les
oursins, les étoiles de mer, les méduses et les
polypes, c'est-à-dire des oeufs de toutes les
classes du règne animal, afin de m'assurer si
Yexogénèse cellulaire, que je n'avais jusque-là,
qu'entrevue, était un fait constant chez tous, un
fait général.
Je le retrouvai partout : dans l'oeuf en voie
de formation, avant la fécondation, comme
aussi dans l'embryon après l'accomplissement
de cet acte.
La formation du coeur, celle des artères et
des veines, la formation première du fluide
nourricier, que j'observai également, reporté-
AVANT-PROPOS. 9
rent ensuite mes études sur le phénomène nu-
tritif : je meposai, comme questions nouvelles,
la nature du fluide nourricier, et la nutrition
elle-même.
Dans les recherches nombreuses que j'en-
trepris à cet effet, ne trouvant nulle part de
solution de continuité dans la nutrition de
l'embryon, avant ainsi qu'après son éclosion,
laquelle consiste en une addition de cellules
élaborées par la fabrique animale, je suppo-
sai, pour un instant que la fibrine, chez l'a-
dulte, devait être cellulaire à l'instar du jaune
de l'oeuf.
Je fis alors, sur un herbivore ruminant, des
expériences qui me prouvèrent que la fibrine,
c'est-à-dire l'élément nutritif proprement
dit, n'était en effet qu'un amas de petites cel-
lules : la fibrine ayant été isolée des autres in-
grédients du sang, montrait sa structure cellu-
laire, sous un grossissement de 1000 à 1200
diamètres. ^
Ces deux grands faits : l'exogénèse cellu-
laire, et la structure cellulaire de la fibrine,
10 AVANT-PROPOS.
devaient modifier quelque peu les idées re-
çues sur les phénomènes de la vie physique.
J'écrivis les pages qui vont suivre, et les publiai
en anglais, aux États-Unis de l'Amérique du
Nord, lieu de ma résidence. Ce travail fut
admis, en 1856, au concours du prix Monthyon
de Physiologie expérimentale. (Comptes ren-
dus des séances de l'Académie des sciences.
Vol. XLII, 1856, 514.)
Une heureuse circonstance m'ayant permis
de revoir ma mère patrie, j'ai cru devoir consa-
crer quelques heures de loisir à la préparation
de cette édition française.
GIRARD.
PARIS, Octobre 1859.
LA VIE
AU POINT DE VUE PHYSIQUE
ou
PHYSIOGÉNIE PHILOSOPHIQUE
i
PHYSIQUE ET MORAL.
Les êtres animés manifestent une double na-
ture: l'une est matérielle, l'autre, spirituelle.
La nature matérielle revêt une forme, un con-
tour, propres à chaque espèce, et constitue des
corps tangibles et visibles pour nos sens ; la na-
ture spirituelle consiste en une essence imma-
térielle, sans forme ni contour, impalpable et
invisible pour nos sens.
Or donc, que nous appelions cette dernière,
12 LA YIE
principe immatériel, esprit ou âme, cela n'altère
en rien le fait de son existence : considérons-la
comme la condition sine qua non de la manifes-
tation physique des êtres animés. C'est à sa sphère
que se rapportent les actes moraux et les ten-
dances morales qui appartiennent au domaine de
la philosophie.
Nous ne nous occuperons dans ce mémoire
que de la nature physique des êtres animés : les
phases diverses qu'ils parcourent, dès leur évolu-
tion ou manifestation première, jusqu'au terme
de leur existence terrestre, constituant ce que nous
sommes convenus d'appeler ici les phases ou les
aspects physiques de la vie.
Les aspects physiques de la vie sont le résultat
d'une série de fonctions, toutes dépendantes d'une
seule et unique fonction, laquelle préside à toutes
les époques, à toutes les phases de la vie animale :
en d'autres termes, la loi sous laquelle les êtres
organisés font leur première apparition, est la
loi qui les gouverne durant toute la durée de leur
existence.
Donc, le but principal que nous nous sommes
proposé, est la recherche des phénomènes de la
AU POINT DE VUE PHYSIQUE. 13
vie organique, c'est-à-dire, l'élaboration de la ma-
tière, son assimilation ou transformation dans les
régions diverses et les organes variés qu'elle con-
stitue.
La pensée mère de ce travail pourrait dès-lors
se formuler brièvement de la manière suivante:
LES PHÉNOMÈNES DE LA VIE ORGANIQUE ONT LIEU
COMME SI LA FABRIQUE ANIMALE N'AVAIT POUR BUT
DÉFINITIF QU'A ÉLABORER DES CELLULES :
Premièrement. <— Tous les organes, tous les
tissus sont composés de cellules modifiées ou mé-
tamorphosées de diverses manières;
Secondement. — La forme première sous la-
quelle l'être organisé se manifeste est celle d'une
cellule ;
Troisièmement. — L'expression la plus simple
de l'être organisé est également une cellule ;
Quatrièmement. — Le développement ultérieur
de l'être organisé n'est qu'une simple multipli-
cation et addition de cellules ;
Cinquièmement. — L'acte de la nutrition con-
siste en un remplacement pur et simple de cellules
usées ou détruites par des cellules nouvelles.
14 LA VIE
Telle est l'hypothèse, la théorie ou la loi, soit
qu'on l'appelle hypothèse, théorie ou loi.
II
HISTOLOGIE.
Les recherches microscopiques sur les tissus or-
ganiques en général ne permettent plus de douter
que tous les organes de la fabrique animale ne
soient un composé de cellules, ■— que des cellules
ne forment la hase de tous les tissus organiques,
— qu'elles ne soient les matériaux constitutifs de
la charpente organique tout entière.
La démonstration indubitable de ces faits a déjà
donné naissance à toute une littérature, et créé
une branche importante de l'anatomie générale.
Nous nous éloignerions de notre sujet si nous
entreprenions l'analyse des documents qui viennent
à l'appui de la théorie cellulaire pour en faire une
doctrine. Nous ne discuterons pas non plus avec
ceux qui pourraient encore la nier. Pour nous,
nous la croyons philosophique et vraie, attendu
AU POINT DE VUE PHYSIQUE. 15
que toutes nos recherches et toutes nos études nous
l'ont partout révélée.
La théorie cellulaire est donc à la base de cet
essai, l'axe pivotai autour duquel les divers cha-
pitres se groupent comme autant de faisceaux.
Ill
THEORIE CELLULAIRE.
Dans la structure organique de l'animal, il est
des cellules primordiales de leur nature, et d'autres
cellules, qui, prenant naissance dans l'intérieur
des premières, ont été désignées par nous sous le
nom de cellules dérivées.
1° — Les cellules primordiales naissent de l'u-
nion de deux liquides primaires, qui se combinent
d'après un plan d'affinités réciproques.
2° — Les cellules dérivées se forment dans l'in-
térieur des cellules primordiales, étant le résultat
du développement des noyaux qu'elles contiennent
peu après leur formation, et cela d'après le principe
de l'exogénèse.
16 LA YIE
IV
CELLULES PRIMORDIALES.
Les expériences d'Ascherson (1) nous ont fait con-
naître le mode de formation artificielle des cellules
primordiales, qui a lieu simplement en mettant en
contact de la graisse liquide, ou ce qui revient au
même, de l'huile et de l'albumine, à la température-
ordinaire de la chaleur animale.
Lorsqu'on examine au microscope de la graisse
liquide ou de l'huile, ainsi que de l'albumine dans
leur état de pureté parfaite, ces substances présen-
tent cet aspect particulier que l'on est convenu d'ap-
peler continuité de structure: c'est-à-dire sans
structure aucune, mais une homogénéité parfaite
de toute la masse. Un contact de ces substances
entre elles n'a pas plus tôt lieu, que des cellules se
trouvent presque instantanément formées. Un exa-
men attentif de ces cellules permet à l'expérimen-
tateur de s'assurer que l'huile, ou la graisse liquide
(1) Comptes rendus de l'Institut (Académie des sciences),
Toi. VII, 1838, p. 837.
AU POINT DE VUE PHYSIQUE. 17
en forme le contenu, tandis que l'albumine en
constitue l'enveloppe, sous la forme d'une mem-
brane dont la formation graduelle a été examinée
et minutieusement décrite (1).
Les cellules primordiales de formation artificielle
sont tellement semblables aux cellules primordia-
les, formées par la fabrique animale, que le phy-
siologiste le plus expert peut se méprendre à leur
égard.
-»*
Et cependant elles ne sont nullement identiques,
philosophiquement parlant, puisque les cellules de
formation artificielle ne parcourent aucune des
phases ultérieures de développement qui carac-
térisent les cellules primordiales de la fabrique
animale. Cette dernière, vrai laboratoire dévie,
imprime aux cellules, sous son contrôle, le dévelop-
pement et la vie, tandis que les cellules artificielles,
en restant isolées de la fabrique animale, s'arrêtent
dans leurs cours dès le début : la vie ne pouvant
leur être communiquée artificiellement. —. Les
phénomènes vitaux sont placés au delà du cadre de
nos expériences. — Nous ne pouvons imprimer la
O^lîjijRÈHs^Archives d'anatomie, de physiologie et de méde-
ç«^ p.^,'àtttëes par J. Mûller. Berlin, 1840.
18 LA Vil!
vie par des moyens mécaniques. Encore moins la
matière aurait-elle le pouvoir de la produire.
Le point de départ des êtres vivants, leur raison
d'être, sont entièrement du domaine moral, méta-
physique ; leur appréciation échappe à la sphère,
à l'intelligence humaines.
V
CELLULES DERIVEES.
Afin de nous faire une idée précise de la formation
des cellules dérivées, revenons à la fabrique ani-
male, qui, seule, peut les produire, et là, exami-
nons la forme primitive, la manifestation première
de l'être qui est destiné à faire son apparition sur
le théâtre de la vie.
Tout être vivant provient d'un oeuf; l'adage an-
cien « omne vivum ex ovo » est aussi vrai que phi-
losophique. Mais l'oeuf lui-même, tel que le com-
prenaient les anciens, est déjà un être : un être qui a
passé par diverses phases de développement, et qui,
par conséquent, a déjà une histoire.
Les recherches sur le développement de l'oeuf,
AU POINT DE VUE PHYSIQUE. 19
dans les diverses classes du règne animal, nous ont
appris qu'il existe un moment dans son histoire où
l'on ne peut le distinguer des cellules ordinaires
constitutives des tissus organiques ;
Et qu'il existe un autre moment, où ces cellules,
destinées à devenir des oeufs, augmentent de volume
en même temps que, dans leur extérieur, s'accumu-
lent des générations successives de jeunes cellules,
préparant ainsi l'oeuf proprement dit.
La marche que poursuit une cellule organique,
destinée à devenir un oeuf, s'opère de la manière
suivante : des noyaux d'abord apparaissent dans son
intérieur, ces noyaux se développent en autant de
cellules, dans l'intérieur desquelles cellules appa-
raissent des nucléolules ou noyaux plus petits en-
core, indiquant une troisième génération de cellu-
les. Celles-ci se développent d'après la même loi
qui a présidé au développement des cellules mères ;
et, c'est ainsi que se multipliant par exogénèse, les
cellules arrivent peu à peu à constituer la sphère
vitellaire de l'oeuf. Car, dès que la troisième géné-
ration de cellules apparaît et se développe, la cellule
grand'mère disparaît, laissant libre son contenu.
Et ainsi de suite jusqu'à maturation de l'oeuf.
20 LA YIE
Martin Barry est le premier auteur qui ait fait
des observations partielles sur la formation de cel-
lules dans l'intérieur de celhdes, dans la troisième
série de ses « Recherches embryologiques, une
contribution à la physiologie des cellules (1). »
Depuis que nos propres recherches ont été diri-
gées vers le même champ d'études, nous n'avons
rencontré nulle part un seul fait en opposition à la
doctrine de la formation des cellules par le dévelop-
pementdes noyaux intérieurs, aussi professons-nous
cette doctrine pour le règne animal tout entier.
VI
EMBRYOGENIE.
Il arrive un moment où l'oeuf atteint à sa matu-
rité, c'est-à-dire à sa grandeur voulue. A cette
époque, le jaune se compose de cellules extrême-
ment petites, à structure homogène et dans un état
apparent de repos absolu. L'oeuf, jusqu'ici, est pré-
paré exclusivement par la femelle. Cependant il ne
(I) Transactions de la Société royale de Londres, 1840, p. 529.
AU POINT DE VUE PHYSIQUE. 21
pourra remplir sa destinée sans le concours du
mâle.
Nous avons discuté ailleurs (1) les phénomènes
qui ont lieu à cette époque de l'histoire de l'oeuf. Ces
phénomènes n'ayant aucune portée, directe ou
indirecte, sur la question traitée dans ce mémoire,
nous nous dispenserons d'en parler ici.
Prenons maintenant l'oeuf après la fécondation :
cette dernière n'a pas plutôt été opérée, qu'il se
manifeste une activité nouvelle, dans les cellules
vitellaires prises séparément, une à une, de même
que dans la sphère vitellaire considérée dans son
ensemble :
La sphère vitellaire parcourt ces phases bien con-
nues sous le nom de division ou de fractionne-
ment, et dont la signification nous apparaît comme
un pétrissement général de sa substance;
Et tandis que ce pétrissement de la masse entière
s'opère, les cellules vitellaires, les cellules constitu-
tives du jaune, chacune séparément, poursuivent
ce travail mystérieux, intime de la vie cellulaire
(i) Journal, de l'Académie de Philadelphie, vol. II. Nouvelle
série, avec figures. 1854.
22 LA. VIE
dont nous avons parlé plus haut (1) : un travail
d'hétérogénéité commence au sein de toutes ces cel-
lules, jadis homogènes, et dont le hut apparent
est de contribuer à la formation de parties, de ré-
gions organiques diverses dans la masse embryon-
naire.
Car, déjà le jaune, ou la sphère vitellaire, est
devenue un embryon. A mesure que l'embryon se
développe, les divers organes dont il sera successi-
vement composé, font leur apparition dans l'ordre
relatif de leur importance : les organes essentiels
d'abord ; puis ceux d'un rang subordonné.
A l'époque de l'éclosion, l'être nouveau est pourvu
d'organes divers, composés de cellules diversifiées ;
si bien qu'un examen microscopique déterminera
Torgane auquel elles appartiennent.
Toute cette diversité de structures, que nous ob-
servons déjà sur l'embryon nouvellement éclos, a
pris origine dans une substance des plus homogè-
nes. Des substances, dont l'analyse chimique n'au-
rait pu révéler l'existence dans l'oeuf avant son dé-
veloppement, et par conséquent avant sa féconda-
(i) Voyez p; 19.
AU POINT DE VUE PHYSIQUE. 23
tion, ont successivement faitleur apparition pendant
le développement de l'embryon.
Mais, dira-t-on, d'où ces substances sont-elles ve-
nues ? L'organisme les aurait-il créées. Assurément
non : la matière ne se crée point elle-même. L'or-
ganisation les produit par la transformation des
substances homogènes placées sous son contrôle.
Cependant il ne faut pas perdre de vue que cette
transformation s'opère sous l'influence de la chaleur
qui pénètre l'enveloppe externe de l'oeuf. La cha-
leur joue donc un rôle important dans l'acte de la
transformation des substances dans l'intérieur de la
fabrique organique. Et ce n'est point déraisonner
que de supposer que les éléments de l'atmosphère
pénètrent l'oeuf, imbibent en quelque sorte la sub-
stance vitellaire, pendant qu'elle se transforme où
se métamorphose.
La même théorie peut rendre compte de la for-
mation du vitellus dans l'enveloppe première de la
cellule primordiale. Cette cellule primordiale, tou-
tefois, est sous le contrôle de la fabrique vivante du
parent, de l'être transformateur, et entourée de li-
quides primaires par l'intermédiaire desquels le dé-
24 LA VIE
veloppement de sa substance peut s'opérer au moyen
de l'endosmose.
Citons un exemple de ce développement. Les cel-
lules primordiales, — et par conséquent les oeufs
primitifs, — avons-nous dit, sont un composé
d'huile d'un côté, et d'albumine de l'autre ; l'albu-
mine formant la membrane ou le contenant, tandis
que l'huile en constitue le contenu. Pour transfor-
mer ce contenu huileux en cellule, ou en noyaux
qui constituent le premier état des cellules, une
addition d'albumine est nécessairement requise, et
l'on peut facilement admettre que cette albumine
pénètre l'enveloppe primordiale par endosmose. De
même, la graisse devenant nécessaire, elle y pé-
nétrerait par endosmose également.
Mais ici nous touchons à l'acte final et impalpa-
ble de la vie physique, lequel échappe à nos ob-
servations.
Résumons brièvement ce chapitre : l'animal, de-
puis son origine jusqu'à sa maturité ou développe-
ment complet, augmente sa masse par une addition
de cellules à ses divers organes, — cellules homogè-
nes, élaborées par sa pi'opre fabrique, et mises à la
disposition de chaque organe, de chaque tissu qui
AU POINT DE VUE PHYSIQUE. 25
assimilent, transforment ces cellules homogènes en
la structure qui leur est propre.
Donc, la même loi qui préside à la manifestation
première d'un être vivant, prévaut à travers toutes ses
phases, toutes ses métamorphoses, toutes ses pério-
des de croissance ; en d'autres termes : les moyens
que la nature emploie en vue de la perpétuité des
espèces, sont les mêmes que ceux dont elle fait
usage pour le développement et le maintien de la
vie matérielle ou physique.
Vil
ÉLÉMENTS ORGANIQUES.
Si donc la cellule primordiale est considérée
comme la paiiicule physiologique élémentaire des
tissus organiques, alors nous pouvons dire en toute
sécurité que, physiologiquement parlant, il n'y a
pas d'éléments organiques proprement dits ; car,
quelque simple que soit une cellule, son état d'être
implique la présence de deux substances, élémen-
taires en apparence, -— une substance interne et
contenue, et une substance externe et contenante.
2G LA YIE
Ainsi une cellule primordiale ne naît pas d'une sub-
stance unique ; deux substances sont nécessaires à sa
formation.
Nous avons dit plus haut que les deux substances
qui donnaient naissance aux cellules primordiales,
étaient, d'un côté, l'huile, et de l'autre l'albumine.
L'huile et l'albumine, donc, constituent les ma-
tériaux organiques primitifs ; mais ni l'huile ni
l'albumine ne sont en eux-mêmes des corps simples
ou des éléments.
Car, les matières huileuses ou grasses sont com-
posées de carbone, d'hydrogène et d'oxygène ;
Et l'albumine de carbone, d'hydrogène, d'oxy-
gène et d'azote ou nitrogène.
Par conséquent, les vrais éléments des substan-
ces organiques sont les mêmes que ceux qui entrent
dans la composition des corps inorganiques.
VIII
MÉCANIQUE DE LA VIE.
Ici nous touchons à un vaste champ d'études.
AU POINT DE VUE PHYSIQUE. 27
Sous ce titre il faut grouper toute cette diversité de
mouvements qui donnent à la nature vivante son
aspect animé.
Ce sont d'abord le mouvement de chaque animal
dans son ensemble ; puis, les mouvements de cha-
cun de ses organes séparément : tous sous la volonté
de l'animal.
Puis, il y a les mouvements de quelques-uns de
ces organes où la volonté de l'animal ne joue aucun
rôle.
Les mouvements d'un animal dans son ensemble
ainsi que les mouvements divers de ses organes sé-
parément, constituent Y aspect zoologique de la mé-
canique de la vie (1).
Derrière (nous pourrions dire à la base de) ces
mouvements tangibles d'organes complexes, il y a
un mouvement moléculaire (si nous pouvons nous
exprimer ainsi) des parties constitutives de chaque
organe, formant l'aspect physiologique de cette
même mécanique de la vie.
Mais chaque mouvement implique un pouvoir
moteur. Examinons ce point.
(1) L'aspect zoologique âe la mécanique de la vie formera le
sujet d'un autre mémoire.
28 LA VIE
Les particules constitutives des tissus organiques
ainsi que des organes eux-mêmes, sont, comme
nous l'avons déjà dit, les cellules animales. Les cel-
lules animales ont en elles-mêmes leur propre pou-
voir moteur, un mouvement intrinsèque inhérent
à chaque cellule. C'est une sorte de pouvoir latent,
qui, sur l'application d'un principe impulsif trans-
mis à la cellule à travers ses parois, la dilate et la met
ainsi en mesure de se mouvoir ; et ce mouvement en
se communiquant aux particules ou cellules adja-
centes, mettra en mouvement un organe tout entier.
Le principe moteur est entièrement physique de
sa nature. L'électricité sous une forme quelconque,
— peut-être comme magnétisme animal, — pénè-
tre tous les corps animés. Son évolution donne lieu
à une combustion chimique. Le mouvement est
d'abord moléculaire : des cellules se dilatent et crè-
vent ; en crevant elles se dissolvent et leurs débris
se consument en tout ou en partie : leurs éléments
constitutifs se changent en gaz, qui sont les vrais
agents moteurs des organes.
L'acide carbonique est le gaz prépondérant ; sa
présence dans les êtres vivants est ainsi liée aux
mouvements du corps ;
AU POINT DE VUE PHYSIQUE. 6S
De même que les matériaux consumés se ratta-
chent à l'acte de la nutrition, ainsi que nous le ver-
rons ci-après.
L'histoire physique d'un être animé, tandis qu'il
a un aspect physique et tangible, consiste dans la
combinaison de quelques éléments chimiques
comme base de sa charpente matérielle, entre-mê-
lés d'autres éléments inorganiques d'une importance
tout accessoire. Ces éléments sont les mêmes que
ceux qui existent dans les autres règnes de la nature
parcourant ici une série de métamorphoses, de
combinaisons d'un ordre plus élevé, plus complexe
pour se dissoudre encore en éléments primaires
lorsqu'ils sont arrivés au terme de leur existence
matérielle.
Disons-le en passant : chez l'être humain, à la
structure animée et physique du corps, est associée
une âme, une nature morale, à laquelle la première
sert de demeure temporaire.
Maintenant donc, afin d'harmoniser l'esquisse
rapide de ce chapitre avec les idées qui nous servent
de guide dans ce travail, nous le résumerons comme
suit :
2.

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