La vie de S. Jean-de-la-Croix / ,... par M. Collet,...

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Méquignon junior (Paris). 1826. Jean de la Croix (saint ; 1542-1591). XXVIII-436 p. ; in-12.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1826
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LA VIE
DE
S.>BSN-DE-LA-CROIX,
PREMIER CARME-DÉCHAUSSÉ
LA VI
DE
S. JEAN-DE-LA-CROra,
PREMIER CARME-DÉCHAUSSÉ,
CONFESSEUR DE SAINTE THERESE , ET SON
COIDJUTEUR DANS LA REFORME DU CARMEL,
Par M. COLLET , Prêtre de la Congré-
gation de UL Mission, et Docteur en
TkéologU. L. FJ A u -, - 1
A PARIS,
Chez MÉQUIGNON JUNIOR, Libraire de la
faculté de Théologie, rue des Grands -Augus-
tins, no g.
- 1826.
1. AUX NOVICES
DES RR. PP. CARMES,
ET
DES DAMES CARMÉLITES
C'est à vous , mes très-chers en-
fans , car vous voudrez bien passer
ce terme à mes cheveux blancs et à
ma respectueuse tendresse ; c'est à vous
seuls que j'ose dédier ce petit ouvrage ,
faible production d'une languissante
vieillesse. On a si souvent écrit la vie
de voire bienheureux Père, qu'il n' y a
personne de ceux qui ont passé quel-
ques années dans vos maisons, qui ne
fait lue plusieurs fois. ylinsi lorsque
vos pères et vos mères en Jésus Christ
me l'ont demandée avec tout d'ins-
tance, ce n'est , à proprement par-
Í v Aux Novices
1er, que pour vous qu'ils t'ont sol-
licitée. Il est vrai que des cinq prin -
cipales vies de ce grand homme , qui
ont paru, il r en a trois qui sont
trop abrégées ; el deux autres , dont
une jeunesse , déjà très- occupée, a
quelque peine à soutenir les digres-
sions et la prolixité. Mais je ne lais-
serai pas de vous exhorter à les lire
dans la suite des temps , et surtout
celle du père Dosithee de saint-Alexis.
Celle que j'ose vous présenter aujour-
d'hui, et qui est bien moins étendue
que la sienne, pourra vous servir d'in-
troduction ; et peut-être même qu'elle
servira à mieux graver en votre mé-
moire certains événemens , qui ne s'ou-
blient jamais plus vite, que lorsqu'un
écrivain , qui veut tout dire, les a trop
multipliés. Toute la grâce que je vous
demande , humblement prosterné à vos
pieds, c'est de vous souvenir de moi,
toutes les fois que vous prendrez ce pe-
Aux Novices: v
lit ouvrage pour en faire la lecture.
Cette courte prière : Seigneur , ayez
pitié d'un grand pécheur , vous cou-
lera bien peu , et elle me servira beau-
coup. Que ne peuvent pas auprès de
notre divin Maître les vrais en fans du
Carmel !
J'attends de vous cette faveur avec
autant de confiance, que j'ai d'em-
pressement à vous la demander. Il
me semble que saint Jean-de-la-Croix
unit ses vœux aux miens pour vous
fléchir. Refuseroit-il celle consolation
à un homme qui n'a pu étudier sa
vie sans l'aimer tendrement ; lui qui
f aurait si volontiers accordée à ses
plus mortels ennemis ? Non ; et je suis
sûr qu'en parlant de ses principes ,
vous irez encore plus loin ; et qu'après
ma mort, que vous apprendrez bien-
tot, vous continuerez ce que vous aurez
commencé pendant ma vie. Celle douce
idée modéré la frayeur que j'ai, et
Aux ISo vices:
que je dois avoir des jugemens de
Dieu. Il y a long-temps que je vous
offre à lui au saint autel. Si la main
da ministre est pleinc de taches, la
victime qu'elle immole est toujours
a an prix infini.
Je sais en l'amour de son cœur
a dora b le 1
Mes chers el tres-chers enfans
Votre très - humble et très- ~deouc
Serviteur, P. c.
vij
AVERTISSEMENT.
J'AVOUE de bonne foi-, et je ne
puis l'avouer qu'à ma confusion ,
que lorsqu'on me pria de donner
une nouvelle vie de saint Jean-de-
la-Croix, je ne le connoissois guè-
res que de nom. J'avouerai encore,
que lorsque j'eus parcouru une par-
tie de son histoire, je me proposai
bien de ne l'écrire jamais. De son
côté je trouvois des vertus admi-
rables , de ces vertus , qui, supé-
rieures en quelque sorte aux forces
ordinaires de la grâce , caractéri-
sent les plus grands saints ; mais
je voyois d'un autre côté , qu'on
ne peut y donner le jour nécessaire,
sans retracer les excès , où quel-
ques-uns de ses anciens et de ses
nouveaux frères sont tombés à son >
égard. Je ne sais comment ces ré-
flexions, qui d'abord avoient fait
viii Avertissement.
tant d'impression sur moi, se sont
si vite dissipées ; et je croirois pres-
que que le ciel s'en est mêlé. J'ai
bien senti que le monde, ou une
seule famille , qui n'est composée
que de cinq ou six personnes, donne
souvent au public les scènes les -
plus affligeantes, triompheroit avec
sa malignité ordinaire , en voyant
de la division dans un - ordre reli-
gieux. Mais j'ai pensé que les gens
sages , instruits et trop instruits par
leur propre expérience , se conten-
teroient de gémir sur les faiblesses
de l'humanité ; et de trembler pour
eux-mêmes, au lieu d'insulter à ceux
qui ont eu le malheur de faire un
faux pas. Que celui qui se croit ferme,
craigne de tom ber, c'est l'avis que
nous donne le grand apôtre ; et
le vrai chrétien ne le perdra jamais
de vue. Seigneur, disoit un grand
saint, veillez sur moi ; car si vous n'y
prenez garde , je vous trahirai aujour-
d'hui.
Avertissement. ix
J'espère donc qu'en lisant la vie
du bienheureux Jean- de-la- Croix,
on s'instruira et par sa patience,
et par les fautes mêmes de ceux
qui l'ont exercée. Il ne me reste
après cela qu'à rendre compte de
la manière dont j'ai exécuté mon -
faible travail.
Je me suis, selon ma coutume,
attaché à un style simple et uni. A
Dieu ne plaise que je courre jamais
après le bel esprit. Des expressions
pompeuses , des idées fines et bril-
lantes , ne réussissent pas mieux
dans une histoire pieuse , que dans
un sermon : l'harmonie des paroles
charme l'oreille , le cœur n'est pas
même effleuré.
Comme les faits historiques ne
se devinent pas , et qu'ils ne doivent
point être exagérés , j'ai sui vi pas à
pas ceux qui m'ont précédé dans la
même carrière ; et , pour leur faire
-hommage du bien qu'ils m'ont prê-
té , je les ai cités à la marge. Les
x Avertissement.
cinq auteurs que les RR. PP. Car-
mes de la Réforme m'ont prêtés,
sont, I° le père Joseph de J ésus-
Maria, traduit en 1642 par le père
Cyprien de la Nativité de la Vierge.
2.0 Le père François de Sainte-Ma-
rie , imprimé à Bruxelle en 1674.
3° Un écrivain anonyme , dont
l'ouvrage in-12 fut dédié à la reine
en 1675. 4° et 5° Le père Amable
de Saint-Joseph , et le père Dosi-
thée de saint-Alexis , qui parurent
tous deux en 1727. La vive flamme
d'amour du saint homme Henri -
Marie Boudon , m'a aussi été de
quelque utilité. Mais chez ce pieux
écrivain , dont j'ai donné la vie ,
c'est plutôt des sentimens que des
faits , qu'il faut chercher. Au reste,
la bénédiction de Dieu est sur tous
les livres de ce digne archidiacre
d'Evfeux ; et quoiqu'écrits peu cor-
rectement, ils se lisent toujours avec
autant de fruit que de satisfaction.
Tant il est vrai, ô_mon Dieu 7 que
AveriÍssemeni. xj
ce n'est pas aux productions de la
sagesse humaine que vous atta-
chez les opérations de votre grâce :
Non enim in multitudine humanœ sa7
pientiœ complacuit Deo salvum jacere
popuhim suum, dit un père.
J'ai mis dans ce petit ouvrage
deux sortes de notes ; les unes plus
étendues, qu'on trouvera à la fin
du livre , parce qu'elles auroient
coupé le fil de la narration ; les au-
tres au bas des pages , parce qu'elles
ne demandent qu'un cou p d'œil.
Ces dernières regardent quelquefois
les- époques de certains faits , qui
sont différemment arrangées en dif-
férens historiens du saint. Il seroit
à souhaiter que dans un ordre , où
il y a tant de gens d'esprit, on nous
donnât une chronologie exacte et
raisonnée des actions et des mira-
cles actifs et passifs de notre bien-
heureux. Il est vrai que ce travail est
rebutant, et qu'il demande beau-
coup de lecture , et de comparai-
xij Avertissement.
sons d'un texte à un autre ; mais
que ne fait pas , que ne doit pas
faire un fils pour son père ?
Je n'ai point fait d'analyse des
œuvres du saint. J'ai avoué , et je
l'avoue encore ici , que ce travail
passe mes forces. Le plus sûr , le
plus consolant pour ceux à qui Dieu
veut bien communiquer les secrets
de sa sagesse , c'est de lire avec ré-
flexion ces sublimes ouvrages , qui
ont donné à saint Jean-de-la-Croix
un des premiers rangs parmi les
vrais mystiques. La nuit obscure de-
vient bientôt un beau jour, quand
Dieu éclaire ; et il le fait toujours ,
quand on le prie comme il faut, et
qu'on ne lit que pour sa gloire.
SOMMAIRE
DU PREMIER LIVRE. -
I.
F
AMILLE de saint Jean-de-la-Croix. Pag.
Mariage inégal de son père. Sa naissance , 5
etc. IL Dieu le prévient de ses bénédié-. 7
tions. Miracle en sa faveur. Sa fermeté
contre un monstre. III. Sa ferveur et sa 10
mortification dès sa plus tendre jeunesse.
Il entre au séminaire de Médine. Il y édi-
fie toufle monde. IV. Son emploi et ses 15
rares vertus à l'hôpital de la Conception.
La sainte Vierge le délivre d'un danger
évident. Il étudie la philosophie. V. On 17
lui propose de recevoir les ordres. Il entre
chez les pères carmes,, où on lui donne le
nom de Jean de Saint-Mathias. Sa ferveur
extraordinaire. Il se propose Jésus-Christ
pour modèle. Quoique novice , il est uni-
versellement respecté. V I. Il fait profes- 26
sion; on l'envoie étudier à Salamanque.
Manière dont il sanctifie ses études. On
le force de recevoir la prêtrise. Comment
il se prépare à dire sa première messe.
Grâce singulière qu'il demande et qu'il
xiv Sommaire.
24 obtient. VII. Ses austérités. Il pense à se
faire chartreux. Sainte Thérèse lui pro
pose un autre objet, qui est de rétablir
l'ancienne discipline du Carmel. Elle l'é-
tablit dans son monastère d'Avila , avec
57 l'agrément du général de l'ordre. VIII. Elle
pense à l'établir chez les religieux. Clauses
sous lesquelles cette permission lui fut ac-
cordée. Elle çherche des sujets propres à
entrer dans la nouvelle Réforme. On lui
parle du père Jean de Saint-Mathias. Elle
est charmée d'un entretien qu'elle a avec
lui. Il entre dans le projet de la sainte.
41 Celle-ci va voir à Durvelle une maison
qu'on lui offr.oit pour des religieux. Des-
cription de ce triste lieu. Le père Jean de
Saint-Mathias s'y rend avec des lettres de
52 recommandation de la sainte. IX. Manière
dont il entre à Durvelle. Ornemens singu-
liers qu'il met dans sa nouvelle maison.
Belle prière qu'il fait à Dieu en prenant
58 l'habit de la Réforme. Le père Antoine
d'Hérédia se joint à lui. Cérémonie de leur
consécration. Le père Jean de Saint-Ma-
60 thias prend le nom de Jean-de-la- Croix.
Sainte Thérèse visite ia maison de Dur-
velle. Témoignage de l'estime qu'elle en
fait. Elle en adoucit un peu l'austérité.
Sommaire. xv
Grands biens que les réformés produisent 67
dans tous les lieux voisins.
Sommaire du second livre.
1. Les carmes sont transportés de Dur- 70
velle à Mancère. Affliction des habitans de 71
Durvelle récompensée dans leurs enfans.
Nouvel établissement à Pastrane. Histoire
d'Ambroise Marian, qui en fut le fonda-
teur. Vocation du célèbre Balthazar-de-
Jésus. Pieuse cérémonie qui se fit lorsque
les réformés ouvrirent leur église, II. Le 80
Père-de-la-Croix est vicaire à Mancère. Ses
talens pour porter à Dieu sa parfaite régu-
larité et ses maximes sur ce point. Le
discernement des esprits fut une de ses
grâces les plus singulières. Exemple re-
marquable. Ses idées sur la curiosité en
fait de livres, semblables à celles de sainte
Thérèse. III. Il arrête la ferveur indiscrète 85
d'un religieux qui outroit tout. Celui-ci
s'en plaint à sainte Thérèse. La sainte
consulte sur ce point un grand nombre
de personnes éclairées , qui pensent comme
le Père-la-Croix. IV. Elle visite le couvent go
de Pastrane , et pense à établir les réfor-
més à Alcala. Un commissaire nommé par
Pie V , à la prière du roi d'Espagne, f&ci-
xvj Sommaire.
lile l'exécution de cette entreprise. La
sainte est chargée de rétablir l'ordre dans
le monastère de l' Incarnation. Elle y est
très-mal reçue. Sage discours qu'elle y
95 fait ; heureux succès qu'il eut. Elle écarte
une foule de mauvais directeurs, et leur
99 substitue le Père-de-la-Croix. V. Celui-ci
y fait en peu de temps de très-grands
biens. Miracle du saint et ses ravissemens.
Il rend d'importans services aux personnes
du dehors. Conversion éclatante d'une
jeune demoiselle très-mondaine , et d'une
autre dont le séducteur voulut assommer
le père Jean-de-la-Croix. Exemples frap-
pans des lumières qu'il avoit reçues du
107 ciel. Il connoît qu'une religieuse s'étoit,
dès sa jeunesse, donnée au démon ; et il
l'en délivre. Avis salutaires qu'il fait don-
ner à une autre qui se croyoit très-
spirituelle. Il rend la paix aux âmes les
118 plus troublées de scrupules. Estime que
faisoit de lui sainte Thérèse. Manière dont
elle en écrivit à une religieuse qui se plai-
gnoit de n'avoir point de bons directeurs.
119 VI. Jésus-Christ apparoît au Père-de-
la- Croix sous la figure de l'homme de dou-
leurs. Il est soupçonné d'avoir eu part à
123 quelques plaintes des carmélites. Il estcn-
Sommaires. xvij
levé par l'ordre des pères de l'Observance.
On Je conduit à Tolède avec beaucoup de
dureté. Il est mis en prison , où il est in-
dignement traité. Il reçoit du ciel quelque
consolation. La sainte Vierge lui apparoît,
et Jésus-Christ adoucit ses peines. Il com-
pose un saint cantique. VII. La Vierge lui - 106
commande de sortir de prison. Il se met
en devoir d'obéir. Difficulté de cette en-
treprise. Dieu aide le saint à l'exécuter. Il
se sauve chez les carmélites. Les mitigés
courent après lui, le cherchent partout,
et ne peuvent le trouver. Un chanoine de
Tolède le fait conduire au couvent d'Alma-
douar. Précaution avec laquelle il parle de
ses ennemis.
Sommaire du troisième livre.
I. Joie de toute la Réforme quand on y
apprit la délivrance du père Jean-de-
la-Croix. Cette joie troublée par l'in- 144
disposlion du nonce contre les réformés.
Il casse avec éclat un acte qu'ils venoient
de faire dans un chapitre. Affliction de
sainte Thérèse, Jésus --Christ la console.
Le père Jean-de-la-Croix est chargé de la
conduite du Calvaire. Il fait une visite aux
carmélites de V éas. Ce qui lui arriva pen-
xviij Sommaires.
dant qu'on récitoit des vers composés en
151 l'honneur de l'Enfant-Jésus. II. Sa con-
duite au Calvaire. Il y modère une ferveur
qui alloit trop loin. et il la combat par de
solides raisons. Son extrême confiance en
Dieu par rapport aux besoins de la vie.
Il s'afflige de ce que le Seigneur ne les lui
laisse pas souffrir assez long-temps. Il
chasse le démon du corps d'un possédé.
Il compose ses traités mystiques. il prédit
aux religieuses de Véas une fondation à
laquelle il n'y avoit point d'apparence.
159 III. Le roi catholique est informé des
mauvaises intentions du nonce contre la
Réforme. Le comte de Tendiglia lui en
fait des reproches fort vifs. Ce prélat s'en
plaint au roi, qui se déclare pour les carmes-
déchaussés. Le nonce troublé d'abord ,
s'adoucit peu à peu, et prend des senti-
mens plus justes. On nomme des commis-
saires , et ceux-ci proposent un tempéra-
ment pour mettre la Réforme à couvert.
165 IV. Le Père-de-la-Croix va à Baëce , et y
achète une maison. Pieuse cérémonie de
l'installation des nouveaux religieux. Ils
charment toute la ville. Désintéressement
du Père- de-la- Croix. Nouvelle preuve de
sa juste confiance en Dieu pendant une
Sommaires. xix
maladie dont l'Espagne fut affligée. Grande
régularité de son monastère., Réponse qu'il
fit à un religieux qui préféroit les emplois
de Marthe à ceux de Marie. V. 11 connoit 175
les plus secrètes pensées, et rend la paix -
aux consciences les plus agitées. Il insiste
surja fidélité aux règles et sur l'union fra-
ternelle. VI. Le saint Siège, sépare les 180
carmes-réformés des carmes de l'Obser-
vance. Le Père-de-la-Croix est fait prieur
de Grenade. Il y élève ses enfans à la plus
haute perfection. On veut l'engager à
rendre quelques visites à des personnes de
distinction dont il en recevoit. Il y con-
sent avec peine. Le compliment qu'il reçut
dans la première le dispense des autres.
Nouvelles preuves de sa confiance en Dieu
au sujet des besoins temporels. VII. Il 189
fonde à Grenade un couvent de carmé-
lites. Mort de sainte Thérèse. Jean-de-la-
Croix console ses filles. 11 reprend une reil-
gieuse absente de ses scrupules avant qu'elle
l'en eût informé. Il découvre et écarte la
tentation de plusieurs novices qui vouloient
quitter leur état. Il est redoutable aux dé-
mons, de leur propre aveu. Sa charité 197
pour les pauvres pendant une affreuse di-
sette. Il s'oppose dans un chapitre à l'abus
xx Sommaires.
des sorties trop fréquentes que la douceur
du provincial commençoit à introduire.
Il l'avertit charitablement de ses fautes.
205 VIII. Le saint, de retour à Grenade, re-
double ses austérités , sa ferveur , etc.
Etablissement d'un monastère à Malaxa ;
qu'elle en fut l'occasion. Les carmes y édi-
fient, surtout par leur retraite. Le Père-
de-la-Croix y procure un couvent aux car-
mélites. Impression de toute manière que
211 fait leur vertu. IX. On tient un chapitre
à Lisbonne. Le père Doria y est fait provin-
cial par les -conseils du Père-de-la Croix.
Chapitre de Pastrane , où le saint est élu
vicaire de l' Andalousie. 11 y fait de grands
biens , comme partout ailleurs. Beau trait
d'humilité. Son obéissance lui fait entre-
prendre sur-le-champ un voyage dange-
2 J G reux. X. Sainte manière dont il voyageoit.
Embûches qu'une jeune personne dresse
h sa pureté; il la gagne à Dieu. Miracle
opéré par une chaîne de fer qu'il portoit
toujours sur sa chair. Danger qu'il court
de périr daus un ruisseau débordé. Il gagne
à Dieu un religieux apostat qui étoit blessé
2ia à morl: XI. Ses liaisons avec don Louis
Mercado et la vertueuse Anne de Pénalosa.
v Ils établissent, contre son premier avis,
Sommaires xxj
les carmes- déchaussés à Ségovie. Le saint
fait une autre fondation à Cordoue. Il se
transporte à Séville. Il y est utile aux
carmes et aux carmélites. Il réforme deux 216
abus à Cordoue. La sainte Vierge le dé-
livre d'un grand danger. La Providence
fournit abondamment aux besoins de huit
personnes qu'il envoyoit à Séville. Il va à
Madrid avec quelques carmélites , qu'il
remplit d'amour pour Dieu. Il calme les
peines iniérieures d'une religieuse de Ga-
ravaque.
Sommaire du quatrième livre.
I. Chapitre de Valladolid. Le saint y 225
est fait prieur du couvent de Grenade. Il
sert à ses frères et aux étrangers. Vie pé-
nitente de ses monastères : la sienne l'est
encore plus. Le père Nicolas Doria fait 224
établir en plusieurs chapitres une consulte,
où l'on devoit porter les affaires des reli-
gieux et des religieuses. Le Père-de la-
Croix en prévoit les suites ; mais son avis
- n'est pas suivi. Il demande à Dieu des souf-
frances, et Dieu lui fait connoître qu'il est
exaucé. II. Murmures et divisions à l'oc- 255
casion de la consulte. Le roi l'appuie : les *
carmélites ont des raisons particulières
xxlj Sommaires
pour s'y opposer ; dç célèbres docteurs
les assurent qu'elles peuvent le faire sans
blesser leur conscience. Elles s'adressent
an saint Siège; et elles y sont enfin écou-
tées. Le père Doria renonce à leur gou-
vernement , contre le sentiment du père
2 ? Jean-de-!a-Croix. III. Celui-ci devient sus-
pect d'intelligence avec les religieuses. Il
est dépouillé de tous'ses emplois, et se retire
à la Pegnuëla, où il vit comme un Ange.
Dieu lui envoie de nouvelles épreuves.
Affreuse persécution qu'il souffre de la part
242
d'un des siens. On veut l'envoyer aux
Indes. Une maladie qui lui survient rompt
ce projet. Il est transporté à Uhède; Un
248 malheureux procède contre lui, et Dieu
le punit. IV. Indigne manière dont on le
traite à Ubède. Le provincial en est infor-
25G mé, et il y remédie. Le persécuteur re-
coDnoîtsa faute. Terrible maladie du Père-
de-la Croix; son mal, suspendu pour quel-
que temps, redouble, et il s'y joint des
26, peines intérieures. Son humilité et sa
crainte des jugemens de Dieu. V. il de-
mande les derniers sacremens. Consterna-
tion de ses l'rères. Avis salutaires qu'il leur
*■ donne. Il reçoit l'Extrême-Onction, Il SJÏl
l'heure précise de sa mort, et il l'attend
Sommaires. xxiij
avec une sorte d'impatience. Il est forcé
de donner sa bénédiction aux religieux.
Ses dernières paroles. Sa mort. Globe de
feu qui environne son corps. Douce odeur
qui en sort. Concours et affliction géné-
rale de tous les habitans d'Ubède. VI. Pu- 2G7
nition d'un religieux qui vouloit lui couper
un doigt. Le saint apparoît à trois per-
sonnes la nuit de sa mort. Il sauve la vie
à un malheureux. Son convoi occasionne
une dispute de religion. Toute la ville s'y 27 1
trouve. Chacun tâche d'avoir un morceau
du linge qui lui avoit servi. Une lumière
éclatante sort du lieu où il a éié inhumé.
On l'invoque très-utilement, surtout pour
les peines intérieures. VII. La ville de 27a
Ségovie veut avoir le corps du bienheu-
reux père. On le déterre au bout de près
d'un an , et on le trouve tout entier. Za-
vallos le remplit de chaux , afin de pouvoir
l'emporter dans la suite. On le trouve eu- 276
core sans corruption et on l'enlève. Cir-
constances singulières du voyage. Manière
dont le saint corps est reçu h Ségovie.
Respect et zèle des habitans pour celte
précieuse relique. Les supérieurs en mo- 282
dèrent l'excès. VIII. Désolation de la ville
d'Ubède , quand on y apprit l'enlèvement
xxiv Sommaires.
du corps du Père-Je-la-Croix. Elle envoie
au saint - Siège pour e* obtenir la restitu-
tion. Clément VIII prononce en sa faveur.
Mais pour éviter le tumulte, on en vient
à un accommodement. Belles réflexions
5go de M. Boudon à ce sujet. IX. Le père Jean- -
de-la - Croix apparoît à François d'Yepès,
son frère, à une maËométane^qui embrasse
la foi ; à des femmes très-corrompues qui
180 changent de vie. La réalité de ces appa-
ritions bien constatée, et par ceux mêmes
à qui elle étoit suspecte. L évêque de Val. --
ladolid, après un long examen, en certi-
fie la vérité. Son jugement est confirmé à
Rome.
Sommaire du cinquième livre.
510 I. Vertus de saint Jean-de-la-Croix.
Sa foi ; elle est ferme et appuyée unique-
ment sur l'autorité de la sainte église. Elle
fut toujours très-féconde en bonnes œuvres.
Il la fortifie par la lecture des livres saints.
Elle le rend ferme dans tous les événe-
inens, et le fait renoncer aux moyens bu-
ai5 mains. Son espérance et sa confiance en
- Dieu. Mot favori du saint à ce sujet. Il ne
s'inquiète ni du lendemain, ni da jour
présent. Sa conduite, quand ses religieux
Sommaires. xxv
et lui manquoient de tout. Il a une aver-
sion infinie pour tout ce qui peut empê-
cher qu'on ne s'appuie uniquement sur
Dieu. Son amour pour Dieu. Il en est 312
sans cesse occupé. Ses ravissemens. Lu-
mière qui éclate sur 500 visage, impres-
sion qu'elle fait sur Dominique Soto. Son
amour solidement prouvé par ses œuvres,
Ses sentimens sur la sainte Trinité. Il 316
honore les trois divines personnes autant
qu'il lui est possible. Moyens de l'imiter
en ce point. Sa tendresse pour la sainte
humanité de Jésus-Christ. Il médite sur 518
tous les mystères de sa naissance et de sa
mort. Le premier le remplit de joie ; le
second la pénètre de douleur. Manière dont
il célébroit les divins mystères. Prodiges 520
qui sont arrivés plusieurs fois pendant
qu'il disoit la messe. Sa piété redouble
pendant- l'octave de la fêle du saint Sacre-
ment. Sa dévotion à la sainte Vierge. Il 5^4
l'a eue, et en a été récompensé dès son
enfance. Ses -pratiques pour honorer la
mère de Dieu. Il célèbre religieusement
ses fêtes , et surtout celle de son immacu-
lée Conception. Prière du saint archidiacre
d'Evreux à eette occasion. Son amour pour
le prochain. Jean -de-la - Croix aima les 527
xxvj Sommaires.
pauvres; il aima ses religieux et les forma
à la plus haute vertu : il aima ses ennemis ;
il aima les bons, et fit du -bien aux mé-
chans. Grands biens qu'il fait dans les
maisons des carmélites. Conversion de plu-
sieurs personnes du monde. Il désarme
J40 deux hommes prêts à s'égorger. Sa pru-
dence dans le sacré tribunal, où il est ferme
sans dureté ; dans les récréations, où il mêle
545 l'agréable à l'utile, etc. Sa force dans les
différentes épreuves par lesquelles il a pas-
sé. II l'ins pire aux autres. - Exemple déci-
545 sif. Sa tempérance, et surtout sa justice
envers Dieu et envers les hommes. Le ciel
J'atteste par la punition subite d'un reli-
gieux qui parloit du Père-de-la-Croix d'une
351 manière méprisante. Sa pauvreté; impor-
tance de cette vertu. Le Père-de-la- Croix
la pratique dans ses habits , dans sa cellule ,
dans les ornemens d'église, dans les bâti-
556 mens , dans la nourriture. Sa pureté. Elle
paroît dans des occasions très-délicates.
Moyens dont il se servit pour la conserver.
Soii obéissance aux lois de Dieu et de l'é-
glise. Il pousse la fidélité à sa règle aussi
loin qu'elle peut aller. Il obéit à ses supé-
rieurs aux dépens de sa santé, et même au
566 risque de sa vie. Son humilité prouvée par
Sommaires xxvi]
un grand nombre de faits. Il ne peut souf-
frir qu'on l'estime. Il se voit sans peine
contredit. Sa conduite à l'égard d'un reli-
gieux qui reçut mal la correction qu'il lui
faisoit. Sa palience. Jamais elle ne lui a 6;0
manqué dans les plus dures épreuves. Sa 372
ferveur. Elle eroît avec les années. Il passer -
une partie de la nuit en oraison. Son ardeur
pour la vertu ne l'empêche point d'être
plein de bonté pour ses frères. Ses mi- 575
racles. Il prédit bien des choses auxquelles
H n'y avoit que peu ou point d'apparence ,
et elles s'accomplissent. Il sait ce qui se
passe dans des lieux éloignés. Miracles 579
qu'il fait pendant sa vie et après sa mort.
- Guérison surprenante qu'il opère sur une 59°
religieuse de Neufchâteau , en Lorraine.
Histoire. de son culte. On commence par 595
examiner ses ouvrages,, et on les admire.
Ses miracles sont constatés , et Clément X
le met au nombre des bienheureux en
1675. Benoit XIII le canonise en 1726, 699
eL il accorde une indulgence plénière à
ceux qui Fhonoreront, selon l'usage , le
jour de sa fêle,
Maximes spirituelles tie saint Jean de- 402
la-Croix.
xxviij Sommaires.
411 Petite idée des ouvrages du même saint.
413 Notes pour expliquer quelques endroits
de cette histoire. -
1
L A VIE
S. JEiN-aSrfti^CHOIX,
1 \-
PREMIER CARME DÉCHAUSSÉ.
- LIVRE PREMIER.
La Providence attentive aux besoins de
cette Eglise precieuse, que Jésus-Christ
s'est acquise par son sang, lui fournit,
dans tous les siècles, des modèles ca-
pables de toucher et de convertir le pé-
cheur ; d'affermir le juste , encore faible,
dans le bon parti qu'il a pris ; et de con-
duire celui qui est plus fort , de vertu en
vertu-jusqu'au Dieu de Sion, qui est son
bienheureux, terme. Quelque stériles que
paroissent ces derniers temps , quand on
les compare à la fécondité du siècle des
martyrs , on y trouve encore , avec la
plus douce consolation, des hommes dont
les uns, comme Charles Borromée, ont
2 La rie
édifié l'Eglise par leurs libéralités immen-
ses, et par la rigueur de leurs mortifica-
tions ; les autres, comme Francois de
Sales, ont dissipé les nuages de l'hérésie,
autant par leur douceur, que par la soli-
dité de leurs raisons : ceux-ci, comme
les Xavier , ont étonné l'univers par le
nombre et la rapidité de leurs conquêtes ;
ceux-là , comme les Vincent de Paul ,
ont tant fait de bien en France et hors
de France, qu'on ne pourroit les croire , si
les monument publics ne les attestoient pas.
Il est vrai que Dieu, qui a une infi-
nité de moyens différens pour sanctifier
ses élus, ne donne pas toujours le même
brillant à leurs vertus. Mais outre que
cette espèce d'obscurité les rend plus sû-
res , parce qu'elle les rend plus inac-
cessibles à l'orgueil , il est constant
qu'elles ne sont pas d'un moindre prix
aux yeux du souverain juge ; et quand
le grand homme dont nous commençons
la vie , ne nous en offriroit que de
pareilles, nous y trouverions encore de
quoi nous humilier et nous confondre.
Entrons en matière, et on ne tardera
pas à s'en apercevoir.
Notre saint, connu d'abord sous Je
Xote. i.
De S. Jean-de-la Croix. 5
surnom d'Yepés, que son père - tiroit
d'unè petite ville du royaume de Cas-
lille-Ia-Neuve , où il avoit pris naissance,
fut plus connu dans la suite sous le nom
de Saint. Mathias, que lui donnèrent
les carmes mitigés. Mais il le fut beaucoup.
davantage , et il le sera jusqu"à la fin des
HècIes, sous celui de Jean-de-la-Croix ,
qu'on-lui donna dans la réforme , et qu'il a
si bien mérité et si parfaitement soutenu.
I. Il eut pour père Gonzate d'Yepés ,
et pour mère Catherine Alvarez. Leur
mariage eut quelque chose de singulier ;
et s'il a été enfin une source de bénédic-
tions, il est sûr qu'il fut d'abord une source
des plus cuisans déplaisirs. En voici l'his-
toire enpeu de mots. -
1 Le père de Gonzale , qu'on prétend
avoir été très-noble , et <[ui avoit de3
parens distingués dans la célèbre église
de Tolède , ayant essuyé les plus vio-
lentes digrâces de la fortune ; le fils,
qui ne trouvoit plus de ressources dans
la maison paternelle , fut obligé de se
retirer à Tolède chez -un de ses oncles,
- -qui faisoit un commerce de soie , et
qùi passoit pour un des plus riches né-
gooians de la ville. Gonzale, qui étoit actif
Dosithóe,p.2.
4 La Vie
et intelligent, lui rendoit de très-bons ser-
vices , surtout dans le transport de ses
marchandises.
Un des voyages qu'il faisoit plus souvent,
éloit celui de Médine ; en y allant, il avoit
coutume tle passer par Ontivère ou Fon-
libère, petite ville de la Vieille-Castille,
laquelle, dit-on, porte à-peu-près le nom
de l'empereur Tibère, qui l'a fait bâtir.
Gonzale y logeoit chez une dame de To-
lède, que ses affaires y avoient appelée ,
et qui n'avoit poiut de bien. Catherine
Alvarez sa fille , qu'elle avoit amenée
avec elle, joignoit, ce qui n'arrive pas
toujours, une éminente vertu à une
beauté parfaite. Gonzale l'estima, et con-
çut beaucoup d'affection pour elle. Il la
demanda en mariage , l'obtint très-aisé-
ment ,-et l'é pousa , ou à l' insçu de ses pa-
rens, ou , ce qui seroit plus fâcheux, mal-
gré leur opposition.
Sa famille, indignée d'une alliance
qu'elle regardoit comme un déshonneur
pour elle, ne.voulut plus entendre parler
de lui. Elle n'écouta ni la voix de ses
besoins, ni celle de ses gémissemens; et
il fut absolument déshérité. Cependant il
falloit nourrir une femme, et vraisemblv*
2.
Amable,p. 2.
"Vote 5.
De Saint-Jean-de-la-Croix. 5
blement une belle-mère. Dans cette triste
position , il résolut d'apprendre un tné-
tier ; il s'attacha à celui de tisserand ,
soit pour humilier , par une, profession
si vile, l'orgueil de ses parens , soit dans
l'espérance que pour éviter leur propre
déshonneur , et touchés enfin du triste
état où une fausse démarche l'avoit
Féduit, ils auroient compassion de sa
misère. Malheureusement pour lui et
pour eux , il se trompa dans ses conjec-
tures. Le ressentiment prévalut, et l'em-
porta sur la miséricorde. L'infortuné Gon-
zale fut totalement oublié des siens ; et il
devint plus étranger à sa famille, que les
étrangers mêmes. Un coup si assommant le
mina peu à peu , et le conduisit enfin au
tombeau. Il mourut au bout de quelques an-
nées dans de grands sentimens de soumis-
sion et de piété. Sa veuve , plus à plaindre
que jamais, resta chargée de trois enfans.
L'aîné, qui se nommoit François, mena
toujours une vie très-chrétienne. Sainte-
Thérese , qui sut peut-être mieux qu'au-
cun autre de son temps , apprécier la
vertu, iaisoit de lui une estime toute par-
ticulière. Jean-de la-Croix le chérit tou-
jours beaucoup : il le recevoit avec une
Idem. p. 7i.
6 La rie
affection marquée, parce qu'étant pauvre"
et pauvrement vêtu , il lui fournissoit des
occasions de s'humilier. Ce digne aîné de
notre saint mourut dans un âge assez avan-
cé ; et il mérita , par sa vie toujours exem-
plaire, les regrets de ses concitoyens
et les éloges de l'historien Velasqués.
Le second, qui s'appeloit Louis, mou-
rut presque dès l'enfance. Le dernier
fut celui dont l'histoire va nous occu-
per. Il naquit en 1542. On ne sait pas
bien quel jour, parce que les registres
de la paroisse où il fut baptisé ont péri
dans une incendie. On croit pourtant
que ce fut le 24 juin , jour où l'Eglise
célèbre la naissance de S. Jean-Baptis-
te. Quoiqu'il en soit , on lui donna le
nom de Jean ; et il a rempli les plus
beaux caractères des deux grands hom-
mes qui l'ont porté avant lui. Comme
le saint précurseur , il a été une lumière
pleine de chaleur ; il a applani les
voies qui conduisent au ciel ; il a pré-
paré au seigneur un peuple parfait; et
on trouvera en lui un homme qui se
conduira avec l'esprit et la vertu d'Elie»
Comme l'apôtre bien - aimé, il a eu
part, et une très - grande part , aux
1542.
De Saint-J ean-de-la-Croix. 7
faveurs de Jésus-Christ. Il a puisé dans
le sein de cet Homme-Dieu des lumières
si sublimes, qu'on peut le regarder comme
un aigle entre les Docteurs de la vie spi-
rituelle. Il est entré dans l'adoption de la
sainte Vierge , qu'il a toujours honorée
comme sa mère , et dont il a été traité
comme un fils. Enfin , il a bu à longs
traits dans le Calice du Sauveur, et il- a
été un véritable enfant de la Croix.
II. Dieu le prévint de ses bénédictions
dès sa plus tendre jeunesse ; et on peut
dire, avec le plus étendu de ses Histo-
riens , qu'il lui donna de très-bonne heure ,
comme à Salomon , l'esprit de sagesse
pour demeurer en lui , pour travailler
avec lui, et pour le conduire dans toutes
ses démarches. Pieux , humble, modeste ,
plein de douceur et d'affabilité, on ne
voyoit en lui aucun de ces défauts qui
décèlent de si bonne heure et qui dégra-
dent les enfans d' Adam. Il ne connoissoit
pas encore les aiguillons de la chair, et
déjà il connoissoit la sainte sévérité de
l'Evangile , qui les réprime et qui les
prévient. On ne pouvoit, sans une douce
émotion, voir cet aimable enfant parler
de Dieu avec joie , ne rien craindre que
Ibid. p v
8 La Pie
de l'offenser, faire paroître une affliction
sensible quand il le voyoit déshonoré ;
rendre à Jésus-Christ et à sa très-sainte
Mère tout le culte et tout l'honneur dont
son âge étoit capable.
Il eut bientôt lieu de reconnoître qu'il
n'y a rien de plus avantageux à l'homme,
que de porter de bonne heure le joug du
Seigneur. Le Ciel se déclara en sa faveur
par une protection que l'incrédulité même
meltroit au nombre des miracles, si- ses
noirs préjugés lui permettoient d'en, ad-
mettre. D 'Yepés avoit à peine cinq ans
accomplis, lorsque voulant sonder avec
une canne la profondeur d'une mare, qui
étoit très-sale, parce qu'elle servoit d'é-
gout à une tannerie, * il 'y tomba et alla
jusqu'au fond. Il revint deux fois/sur l'eau,
et il y rentra deux fois tout entier. Un
laboureur, qui, à quelque distance de
là, menoit sa charrue, y accourut aux
cris que faisoient les compagnons du saint
jeune homme. Mais ilrut bien étonné de le
* L'Auteur espagnol de la Vie de notre Saint met,
pag. 19, ce miracle après celui du puits, dont on
parlera plus. bas. Le P. Dosithée, pag. 5, et les
autres , le mettent auparavant. Le fonds de l'histoire
est. toujours le même.
i546.
! 547.
De S. Jean-de- la- Croix. 9
i *
trouver en quelque sorte sur la surface de
i'eau. Il lui tendit une longue perche , et
le ramena à terre. Ce fut alors que d'Ye-
pés, avec cette ingénuité si naturelle à
son âge, leur raconta qu'étant prêt, à
être replongé dans l'eau pour la troisième
fois , une belle dame lui avoit présenté
la main ; et que n'ayant osé lui donner
la sienne, parce que cette eau bourbeuse
l'avoit salie, elle l'avoit pris par le bras ,
- et l'avoit soutenu , de peur qu'il ne retom-
bât au fond. On juge bien que personne
ne se méprit sur la condition de cette il-
lustre et charitable libératrice. Dès lors
notre vertueux enfant, pénétré de la plus
vive et de la plus juste reconnoissance ,
résolut de se consacrer à son service d'une
façon toute particulière.
L'ennemi du genre humain , ce lion
cruel qui rôde sans cesse pour trouver
quelqu'un qu'il puisse immoler à sa fureur,
entrevit dans une protection si marquée
de la mère de Dieu , et dans les vertus
qui l'avoient déjà méritée , que d'Yepés
porteroit un jour de terribles coups à son
empire. Pour l'en empêcher, il résolut de
multiplier et de varier ses embûches, de
manière à fatiguer sa patience , et à lo
i-61 la Pte
faire en un succomber. Il ne tarda pas , et
nous ne pourrons voir sans surprise avec
quelle violence il a continué ; mais par un
heureux effet delà grâce, nous verrons
en même lemps, qu'il n'est jamais sorti
du combat, sans avoir été terrassé.
Deux ans après l'événement dont on
vient de parler , Jean et François son
aîné ayant fait un petit voyage à la cam-
pagne j aperçurent , en revenant, un
monstre épouvantable , qui sortoit d'un
lac voisin , et qui venant à eux en furie,
la gueule béante 3 sembloit vouloir se je-
ter sur eux pour les dévorer. Notre jeune
enfant, plus aguerri que bien des gens
d'un âge avancé, ne s'effraya point; il n'ap-
pela personne à son secours , et sans chan-
ger de place , il chassa ce monstre, réel
ou infernal, par le signe de la croix. C'est
ainsi que dès sa plus tendre jeunesse, il
vérifioit en sa personne ces deux mots de
l'Ecriture : celui qui craint le Seigneur ,
n'a rien à craindre sur la terre ; parce qu'il
est toujours sous sa protection. Qui timet
Dominum, nihil trepidabit. — In pro-
tcctione Del Cœli commorabitur. Eccl.
34 , • 19, et Psalm. 9°, 71. 1.
IIJL Les grandes faveurs demandent de
1549.
François,^.
De S. Jean- de-la-Croix. t i
grandes reconnoissances ; d'Yepés n'y
manqua point. On eût dit que l'amour des
croix et de la pénitence étoit né avec
lui. Sa bonne mère, qui , sans qu'il s'en
aperçut, l'observoit nuit et jour, le surprit
souvent hors de son lit, tantôt priant Dieu
avec ferveur, tantôt couché tout vêtu sur
des fagots de sarment, afin que la douceur
du sommeil fut tempérée par la mortifica-
tion. Une si grande ferveur dans un âge ,
à qui le nom même de ferveur est souvent
inconnu, la consola beaucoup. Elle crut
voir dans cette jeune plante la tige d'un
de ces arbres peu communs , dont l'ombre
et les fruits sont également salutaires. Pour
ne rien négliger de tout ce qui pouvoit
cultiver son fils, et le fortifier dans la
vertu , elle le fit entrer dans le séminaire
des jeunes enfans de Médine-du-Champ.
Elle souhaitoit qu'il fût élevé dans la con.
noissance des belles-lettres ; mais elle
souhaitoit bien plus encore qu'il fut solide-
ment instruit des maximes les plus pures
de l'évangile.
Ses espérances alloient loin ; le succès
alla plus loin encore. Le jeune d'Yepés fut
un modèle, et il le fut en tout genre.
Modeste, sage, toujours circonspect, tou-
155 r.
rr ra rie
joury docile à la voix de ses maîtres; il -
prêchoit plus efficacement à ses condis-
ciples toutes les vertus par son exemple ,
que bien d'autres ne le font par leurs pa-
roles. II y avoit dans son air extérieur et
dans toutes ses manières, quelque chose
de si bien composé, qu'il frappoit d'abord
et qu'il attiroit les yeux de tout le monde.
Chacun le trouvoit beaucoup au-dessus
de son âge ; et pour peu qu'on l'étudiât,
on attendoit de ce nouveau Samuel ce que
le grand-prêtre Héli avoit attendu du pre-
mier.
Comme l'étude lui coûtoit peu, parce
qu'il joignoit à un rare génie une mémoire
très-heureuse , il donnoit à la piété ces
momens libres, que tant d'autres , qui ne
ne le valent pas pour l'esprit, donnent à
la bagatelle. Sa dévotion pour l'auguste
mystère de nos autels fut celle qui éclata
plus en lui pendant qu'il demeura dans le
collège de Médine. Après avoir entendu
la sainte messe avec les autres écoliers , il
s'en alloit au couvent de la Madeleine, et
il y servoit toutes celles qui restoient à dire,
avec tant de recueillement et de modestie,.
que toutes les religieuses de cette maison.
en étoient enchantées. Aussi conçurent^
1
~Joseph? p, 20.
De S. Jean-de- la-Croix. i5
elles pour lui beaucoup d'estime et d'affec-
tion.
Quand il eut treize ans', sa mère ne
pouvant plus fournir à la dépense de cette
sorte d'éducation , fut obligée de le rap-
peler chez elle. Pour en tirer parti dans
son besoin, et le mettre aussi en état de
se soutenir lui-même, elle lui proposa
d'apprendre un métier. II y consentit vo-
lontiers ; mais quoiqu'il en essayât au moins
quatre, il ne put réussir en aucun. Dieu
avoit d'autres vues sur lui; et -une main
qui devoit écrire un jour les choses les plus
sublimes , n'étoit pas faite pour manier le
pinceau ou la hache. * D'Yepés étoit donc
destiné à quelque chose de plus grand ; et
voici comment la Providence l'y con-
duisit.
IV, Il y avoit pour lors à l'hôpital de
la Conception un gentilhomme de Tolède ,
nommé Alphonse-Alvarez, qui, foulant aux
pieds le respect humain , se faisoit un hon-
neur de rendre aux malades les plus humi-
lians services. Ce seigneur ayant entendu
parler de la vertu et des bonnes qualités
de notre saint jeune homme , crut qu'il
* Il essaya d'être tailleur, charpentier, peintre et'
sculpteur. Joseph de Jesus-Mariâ, pag. 20.
j555.
Amable,p, 8.
14 La Pie
trouveroit en lui un sujet capable dé le se-
conder dans l'exercice de son zèle et de
sa charité, il le demanda à sa mère, et
l'obtint sans difficulté.
Charmé de ce nouvel emploi, où il trou-
voit à chaque instant les moyens de té-
moigner son amour à Jésus-Christ , en la
personne de ses membres , d'Yepés s'en
acquitta avec une activité dont toute la
maison fut surprise et édifiée. Plein de
douceur et d'égards pour les malades ,
il les servoit tous avec un respect infini :
les plus désespérés, les plus rebutans,
étoient ceux qu'il visitoit plus volontiers :
il devinoit leurs besoins , et se faisoit un
devoir de les prévenir. Affable , compatis-
sant, habile dans l'art de porter à Dieu,
sa vue , son maintien , ses paroles conso-
loient ses pauvres affligés, et les soula-
geoient plus que tous les remèdes qu'on
pouvoit leur présenter. Sa conduite et son
exactitude frappèrent tellement les officiers
de l'hôpital, qu'ils avouèrent tous que ce
jeune homme les couvroit de confusion.
Mais ce n'étoit là qu'une partie de ses
vertus. Malgré son assiduité aux fonctions
d'un emploi si laborieux , il se ménageoit
du temps, soit pour réciter des prières ,
Idem, p. ty.
De S. Jean-de-la-Croix. 15
soit pour méditer la passion de Jésus-Christ,
dont la seule idée l'attendrissoit. Toujours
saintement ennemi de son corps, il ne le
délassoit assez souvent des travaux du jour,
qu'en le couchant la nuit sur des fagots.
Il s'y étoit accoutumé presqu'au sortir de
l'enfance, comme nous l'avons dit plus
haut : à l'hôpital il s'accoutuma à prendre si
peu de nourriture , qu'elle suffisoit à peine
pour l'empêcher de mourir. C'est ainsi
que3 sans le savoir, il préludoitàla vie péni-
tente ,qu'ildevoit embrasser dans la suite.
Le spectacle de tant de vertus, dont les
unes paroissoient tous les jours, et les
autres, malgré tous ses soins , transpirè-
rent peu à peu, fit une impression sensible
sur tous ceux qui en furent témoins; et
qui est ce qui ne le fut pas dans cette
grande maison? Le ciel les attesta lui-mê-
me par un miracle plus frappant encore ,
que celui dont nous avons déjà parlé , quoi-
qu'il soit du même genre.
Il y avoit dans la cour de l'hôpital un
puits sans margelle, et qui étoit très-pro-
fond. D'Yepés, qui pensoit plus à Dieu et
aux affaires île son emploi, qu'il ne pensoil
à lui-même , y tomba. Ceux qui de loin ,
ou de plus près, ie virent faire cette chute,
16 La, Vie
y accoururent ; et comme on ne doutort
guères qu'il ne se fût tué, ou du moins
qu'il ne fût bientôt noyé, chacun pleuroit
la mort d'un jeune homme si accompli.
Les gémissemens qu'on poussoit à cette
occasion, allèrent jusqu'à lui. Mais il les
arrêta sur le champ. Ne craignez point,
s'écria-t-il d'un ton ferme, je suis ici en
sûreté, jetez-inoi seulement des cordes
pour m'en tirer. On le fit, et quelques
momens après , il parut sain et sauf. A
une confusion de voix qui lui demandoient
comment il avoit pu éviter la mort, il ré-
pondit avec une parfaite simplicité, que
dans le temps de sa chute, une dame
pleine de grâce s'étoit présentée à lui ,
qu'elle avoit étendu sa robe pour empêcher
qu'il ne se blessât, et qu'étant descendu
au fond du puits, elle l'en avoit retiré, et
l'avoit toujours soutenu sur l'eau, jusqu'à
ce qu'on fût venu le secourir.
Quoiqu'on n'eût pas besoin de prodiges,
pour estimer un jeune homme , dont la
vie étoit un prodige continuel, il est sûr
que celui-ci, qu'une maison nombreuse
avoit vu de ses yeux , y fit une très-grande
sensation. Don Alphonse, afin de l'atta-
cher pour toujours au service de l'hôpital,
P. François,
p. 7.
De S. Jean-de-la-Croix. 1*7
en lui en procurant la chàpellenie, voulut
le faire étudier. Il l'envoya chez les Pères
Jésuites, où, après s'être rafraîchi en peu
de temps les idées de ses humanités, il fit
son cours de philosophie.
Cette science abstraite , et plus difficile
que jamais, dans un temps où les maîtres
et les écoliers sembloient jurer sur l'auto-
rité d'Aristote ; cette science, dis-je, n'eut
point d'épine pour notre jeune candidat.
Il surpassa bientôt tous ceux qui couroient
avec lai la même carrière. Ce n'est pas
qu'ils n'eussent beaucoup plus de temps
que lui à donner au travail, puisqu'il con-
- tinua toujours à servir les malades ; mais
c'est qu'outre qu'à un esprit vif et perçant,
il joignoit une mémoire heureuse , et une
prodigieuse facilité, il servoit en la per-
sonne des pauvres , celui qui est le maître
des sciences * , et qui multiplie les jours
en faveur de ceux qui lui sont fidèles.
V. Après qu'il eut fini ces différentes
études, qui vraisemblablement furent sui-
vies de celles de la théologie, le vertueux
Don Alphonse qui vit les grands biens que
d'Yepés feroit dans-son hôpital, si on pou-
* Deus scientiarum Dominus-est, II. Reg. 3. t. 3.
Vidext 1, Reg. 7. f. 2.
1561.
i15 La rie
voit l'y attacher pour toujours , lui propo-
sa de prendre les ordres et de se faire prêtre,
afm de remplir l'office de chapelain, qui
alors se trouvoit vacant. Il s'engagea même
à lui procurer dans la suite quelqu'autre
bénéfice plus considérable, pour le mettre
en état de servir plus utilement l'Eglise , et
de soulager ceux de ses parens qui étoient
dans la misère. Sa mère toujours vertueuse,
mais toujours pauvre, le sollicitoit d'ac-
cep ter les offres de son bienfaiteur , qui,
au premier coup-d'œil, ne lui présentoient
rien que de très-légitime, de très-conforme
à la charité chrétienne.
D'Yepés , à qui sa profonde humilité
faisoit regarder le sacerdoce comme un
degré dont il étoit indigne, demanda du
tempspour consulter Dieu. Il le fit, comme
le font les saints, c'est-à-dire, par le re-
cueillement , la prière et des larmes abon-
dantes. « Seigneur, disoit-il, montrez-
« moi la voix par laquelle je dois marcher
« et vous, Vierge sainte, qui fûtes tou-
« jours ma protectrice, daignez me servir
« de guide dans une affaire où il s'agit de
« mon salut éternel. »
Le Dieu des humbles, ce Dieu qui ne
se cache quelquefois sous la nue que pour
Dosithéc,
p. 10.
] 502.
De S. Jean-de-la-Croix. 19
paroitre ensuite avec plus d'éclat, ne laissa
pas long-temps son serviteur dans une si
affligeante perplexité. Un jour qu'il prioit
avec plus de ferveur que jamais, il enten-
dit une voix du ciel, qui lui dit très- dis-
tinctement : Vous me servirez dans une
religions où vous contribuerez beaucoup
à rétablir l'ancienne observance. Ces
paroles se gravèrent si bien dans son cœur,
qu'elles n'en sortirent jamais ; et nous
verrons que l'événement les abien justifiées.
Comme elles ne lui marquoient point en
particulier l'ordre dans lequel il devoit en-
trer, il eut de nouveau recours à Dieu ,
et il le conjura avec instance de vouloir
bien achever , par une déclaration plus
préctse, ce qu'il avoit commencé. Ses dé-
sirs étoient trop légitimes pour n'être pas
exaucés, et ils le furent bientôt.
Les Pères Carmes de l'Observance mi-
tigée s'établirent vers ce temps-là à Médine,
et, pour honorer la sainte vierge en hono-
rant sa mère , ils donnèrent à leur couvent
le nom de sainte Anne , qu'ils prirent'pour
patronne. Notre jeune néophite , qui cher-
choit de tous côtés , avec beaucoup d'em-
pressement j le port dans lequel il devoit
entrer, ayant appris que ces religieux.
Amab. p. 16.
Dosit. p. 11.
tfo La Fie
étoient très-spécialement dévoués au culfe
de Marie , et que cette mère de miséri-
corde les avoit souvent honorés d'une pro-
tection particulière, crut que c'étoit là
l'état auquel il étoit appelé. Après avoir
remercié son charitable bienfaiteur Don
Alphonse, de toutes les grâces qu'il en
avoit reçues , il alla se présenter aux su-
périeurs du nouveau monastère , et leur
demanda humblement et instamment le
saint habit de la religion. L'estime que le
public faisoit de lui, et la réputation de sa
piété l'avoient prévenu. Aussi ne passa-t il
point, ou ne passa-t-il que fort rapidement
par les épreuves, qui sont si justement
établies pour ces sortes d'occasions. Il prit
l'habit le 24 février, veille de saint Ma-
thias , dont le nom fut ajouté à celui qu'il
avoit reçu au baptême. Il étoit alors âgé
de 21 ans. Sa pauvre mère , qui perdoit
beaucoup en perdant un fils si cher, fut
quelques années après dédommagée du sa-
crifice qu'elle en avoit fait au seigneur.
Sainte Thérèse, et par considération pour
la vertu de cette pieuse femme, et par res-
pect pour son fils, donna ordre à ses reli-
gieuses de Médine de la nourrir pendant le
Leste de sa vie ; et elles le firent avec leur cha<
Àtnab. Il. 17,
1665.
De S. Jean-de-ia- Croix. M
.jté ordinaire. Elle y mourut quelques an-
lées après que son fils eut embrassé la réfor-
ne , et elle fut enterrée dans le monastère.
Jamais novice ne remplit avec plus de
jèle et de fidélité tous les devoirs de son
stat, que le frère Jean de S. Mathias. Il
commença par bien étudier l'esprit de sa
ocation , afin de s'y conformer dans
outes ses démarches. Aussi dès qu'il fut
ntré dans la maison de Dieu , il oublia
Qut- ce qui en étoit séparé, il perdit de
ue toutes les créatures, il ne se souvint
!e lui-même que pour se crucifier avec
fésus-Christ. Tendrement et contiuuelle-
Dent occupé de l'amour de ce divin sau-
eur, ses plus doux momen's étoien t ceux
[u'il passoit aux pieds des autels : on l'a
ru , et combien de fois ? servir des messes
tendant des matinées entières. Docile à la
roix de son père-maître, il savoit obéir , et
le savoit jamais raisonner. Attaché à sa pe-
ite cellule, comme un vrai et parfait con-
emplatif, plus solitaire que le pélican dont
barle David , il écoutoit, dans un profond
ilence, la voix de Dieu. Le plus beau livre
[ui soit jamais sorti de la main des hommes,
mieque l'évangile vient de plus haut, le
ivre de l'Imitation étoit sa lecture la plus
Joseph, p.12.
Amab .p. 18.
-22 La Pie
ordinaire. Il y puisoit la matière de ses
médita lions, la règle de sa conduite, et
surtout cette abnégation parfaite, qui en
coupant jusqu'à la racine les affections na-
turelles , retranche le plus grand obstacle
qu'on ait à vaincre, pour arriver au som-
met de la perfection évangélique. De là ces
deux maximes qu'il a si bien établies dans
son livre de la montée du Carmel * :
La première chose que doit observer celui
qui a un vrai désir de s'avancer dans la
vie spirituelle, c'est d'avoir une affection
et un soin particulier d'imiter Jésus-
Christ en touteechoses; de, méditer pour
cet effet sa vie et ses actions ; de s'y con-
former entièrement 3 et de se comporter
dans toutes les occasions, comme il s'y
fùt comporté lui-même si elles s'étoient
présentées à lui. Mais le saint religieux
donnoit, quoiqu'en assez peu de mots , à
cette imitation du sauveur, une très-grande
étendue. Car, poursuit-il au même en-
droit, la seconde chose qu'il faut faire
pour bien imiter Jésus-C hrist, c'est de
renoncer pour son amour à tous les plai-
sirs des sens, puisqu'il s'en est lui-même
Liv. 1 , Ciiap. i3.

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