La Vie de saint Valery, telle qu'elle a été écrite dans le VIIe siècle et rapportée dans les actes de l'ordre de St-Benoist, publiés en 1733. Traduite du latin et augmentée de notes

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Impr. de Boulanger-Vion (Abbeville). 1821. Valery, Saint. In-16. Pièce.
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Publié le : lundi 1 janvier 1821
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SAINT VALERY,
Telle qu'elle a été écrite dans le
septième siècle et rapportée dans
les actes de l'Ordre de St. Benoist
publiés en 1733 ,
Traduite du latin et augmentée de
notes.
Le vente se fera au profit de la Chapelle
Saint-Pierre de la Ferté.
ABBEVILLE,
Imprimerie de BOULANGER-VION.
IIJ
PRÉFACE.
RAIMBERT ou Ringebert, Abbé de l'ancien Mo-
nastère de Leucene ( 1 ) , avait écrit dans le sep-
tième siècle une histoire de St. Valery, mais son
style était trop simple et trop diffus. A la prière
de Théoclin, autre Abbé de Leucane, et par
l'ordre de Hugues, Archevêque de Rouen,
l'auteur de ce livre écrivit une seconde fois la
vie de St. Valery; il n'a fait que reproduire l'ou-
vrage de Raimbert sous un style plus clair, plus
élégant et plus digne du grand Saint.
L'auteur de. ce livre est resté in connue, il le fit
dans le huitième siècle.
St. Valery avait Fondé son Abbaye en 613, dans
le siècle même où Raimbert écrivit. Sa mémoire
était encore toute récente : il restait dans le pays
et même dans le Monastère des hommes qui
l'avait connu , et qui avait vu ses miracles. Ainsi,
rien de plus véritable que ce que Raimbert a
raconté. Ce petit livre est une simple copie du sien.
A la fin du dixième siècle, Ingelram, Abbé de
( I ) Leucone étoit autrefois le nom de la ville
de Saint-Valery.
IV
Centule ( 2 ), composa des Hymnes en l'honneur
de St. Valery et de St. VulFran.
Au milieu du dix - septième siècle, l'abbé
Boulogne, du Monastère de St.-Valery, écrivit
une nouvelle histoire de ce Saint. Il en court par
la Ville quelques copies remplies de fautes. D'ail-
leurs son histoire n'est pas aussi complette, ni
même aussi exacte que celle de Raimbert.
Nous avons cru faire une oeuvre agréable aux
habitans de St.-Valery, en Faisant imprimer une
traduction Française de cette histoire.
(2) Centula étoit le nom de la ville de Saint-
Riquier, au-dessus d'Abbevillt. On la nommait
ainsi, parce qu'elle avait cent tours à ses murailles.
L vint un homme qu'on nommait
Valery, qui n'était rien par sa naissance ,
mais qui devint grand par sa foi. Dès
son enfance , il fut inspiré de Dieu ; ses
vertus et les évènemens l'ont prouvé.
Il fut conduit par le Seigneur dans les
monastères, afin d'y être élevé selon les
religieuses pratiqués des Moines.
Il est né dans l'Auvergne, en 565,
de parens pauvres. Aussitôt qu'il en fut
capable, ils l'employèrent à garder leurs
brebis. Bientôt il vint à savoir qu'il y
avait dans le voisinage une école pour
les enfans des riches. Valery était alors
encore bien ; jeune , mais, il avait l'esprit
fort avancé pour son âge ; et s» sentant
6 La Vie
tout-à-coup pressé par un grand désir
d'apprendre, il s'en fut prier humblement
le maître d'école de lui donner un alpha-
bet et dé lui dire le nom dès lettres.
Revenu à son troupeau , Valery s ap-
pliqua si vivement et fut tellement aidé
du Ciel, qu'il apprit seul en fort peu
de temps non-seulement à lire , mais en-
core tout le psautier. Il se mit dès-lors
à fréquenter les églises ; et tandis qu'il
s'affectionnait de tout son esprit au chant
des psaumes, son âme s'enflammait de
plus en plus du feu de la crainte de
Dieu, de ce feu dont le Seigneur lui-
même, a dit : Je suis venu l'apporter sur
la terre et je veux qu'il y brûle
La chaleur de la foi croissait chaque
jour dans sou coeur. Il apprit qu'il y
avait à quelque distance de son habitation
un monastère , où vivait un de ses oncles,
et de suite il partit pour s'y renfermer.
Son père l'y retrouva. Comme il le priait
de quitter le monastère, on rapporte que
le saint enfant répondit : « Je ne dois plus
» jamais revoir la maison paternelle »Le
père étonné, affligé, s'efforçait de tout son
esprit de le dissuader : l'Abbé lui-même
et tous les Religieux du monastère vou-
de Saint Valery. 7
lurent aussi, essayer de le faire changer
de résolution; mais les pleurs de son
père, ni les argumens , ni les prières ,
ni les menaces des Moines , ni les mau-
vais traitemens qu'on lui fit subir, rien
ne put l'abattre. Il resta inébranlable dans
son projet, se souvenant toujours de ce
précepte de Dieu : Celui qui aime son père
« et sa mère plus que moi, n'est pas digne
« de moi e ; et de cette belle parole de l'A-
pôtre: « Qui nous séparera de l'amour du
« Christ ? sera-ce la tribulation ou la mi-
« sère? sera-ce la persécution ou la faim » ?
Mais déjà vaincu par une telle persé-
vérance et considérant; tout ce qu'avaient
d'estimable des voeux si pieux et si ardens,
l'Abbé se mit à dire : « Ne rejetions pas
« celui que Dieu nous envoie si minifeste-
« ment ». Tous les frères le reçurent avec
joie et le nommèrent de suite à l'office de
clerc. Peu de jours après, ils l'établirent.
dans l'ordre régulier, en présence de
so père. Il avait alors seize ans.
A mesuré qu'il croissait en âge, il crois-
sait en vertu. Dieu répandait sur lui de
plus en plus ses grâces et il obtenait
l'amour de tout le monde. Il était pieux
eux et chaste il avait uni air attrayant.
15 La Vie
il était d'une rare prudence, d'une éton-
nante sobriété, d'un esprit ferme et
persévérant ; il était juste, patient, chari-
table, irréprochable dans ses moeurs,
invariable dans sa conduite. Tout le temps
qu'il demeura dans ce couvent, il fut
pour ses frères un modèle de vertu.
Il méditait de hauts desseins: il com-
mença de grandes entreprises. Il se mit
a voyager par amour pour Dieu. Il laissa
ses parens et sa patrie, et. vint au mo-
nastère de Saint-Germain-l'Auxerrois
dont l'Évêque Saint Unacharre était alors
supérieur. Il y fut admis et bien reçu par
le Prélat. Il y passait la plus grande
partie de son temps, en jeûnes sévères,
en veilles et en prières. Il y menait une
vie réellement céleste.
La renommée de sa vertu se répandait
au loin. Ce fut alors qu'un homme no-
ble et Fort riche, nommé Bobon , vint
au monastère pour le voir et pour s'ins-
truire de ses leçons. Le serviteur de Dieu
le prit en amitié et le servit de tout
son coeur. IL l'instruisit si bien par ses
pieux discours et il fit tant par ses pri-
ères , que Bobon abandonnant le monde,
se dévouant pour Dieu à une pauvreté
de Saint Valery. 9
volontaire , et brûlant de la même ardeur
que son maître Valery, partit avec lui
our la ville de Luxeu , dont le monas-
tère était alors dirigé par Saint Colomban.
On y suivait la règle la plus sévère ; là
on n'avait de propre que ses veilles et ses
travaux , tout le reste était commun. Ceux
qui avaient uni leur coeur et leur âme
•en Dieu , ne voulaient et ne refusaient
qu'une même chose. Ils n'avaient conservé
des biens du monde que ce qui était
indispensable à la vie terrestre , une nour-
riture grossière et d'humbles vêtemens.
Ils étaient assez riches de l'amour du
Christ. Cela seul faisait leurs délices et
leur fortune.
Quand Valéry le. serviteur de Dieu
fut admis au couvent de Luxeu , il s'o-
bligea par humilité, et d'ailleurs selon la
coutume des Novices, à cultiver le jardin
qui produisait d'ordinaire les plus beaux
légumes. Il arriva que cette année les
insectes ravagèrent les fruits de tous les
jardins voisins,, tandis qu'ils épargnèrent
celui du couvent, où tout était frais.,
intact et dû plus bel aspect. Saint Co-
lomban remarqua que ce n'était pas là
le simple effet du hasard mais qu'il
10 La Vie
fallait savoir gré de ce bienfait à la pié
té , à l'humilité et à la grande foi d
Valery. Valery, au contraire, n'attribuai
cette grâce qu'aux mérites de tous le
autres frères. Dès ce moment le pieu.
Abbé conçut de lui une si haute idée,
qu'il mit fin à son noviciat et le reçut
parmi ses Moines.
Un jour que Saint Colomban se dis-
posait à faire, selon sa coutume, une
lecture édifiante à ses frères et à leur
expliquer la parole divine, il sentit à
l'approche de Valery une odeur de sain-
teté si suave et si manifeste, qu'il mar-
cha au-devant de lui et lui dit ces mots
vraiment inspirés : « Mon frère, vous êtes
en vérité le Père et l'Abbé de ce couvent
Quelque temps après Saint Colomban
lut chassé de son monastère avec tous ses
Moines par Théodéric et son aïeule
Brunichilde qui occupaient alors le royau-
me de Bourgogne, tandis que Théodébert
frère de Théodéric, régnait dans l'Aus-
trasie , dont le bon Roi Clotaire cherchait
à recouvrer le trône.
Au bout de trois ans, Théodéric et
Théodébert furent vaincus,et les royaumes
qu'ils avaient usurpés furent gloriéuse
de Saint Valery. II
ment rendus au Roi Clotaire, comme
Saint Colomban le lui avait prédit.
Alors il lui fut permis de rentrer dans
son couvent et d'y rappeler ses Moines.
Mais durant son absence, beaucoup de
Prêtres séculiers s'y étaient réunis pour
y demeurer.
Valery reparaissant de quelque cellule
ignorée qu'il avait habitée depuis l'exil
de Saint Colomban , entreprit de chasser
les séculiers et de rétablir le saint lieu.
Sur ces entrefaites, Saint Colomban avait
pris la résolution d'aller prêcher l'évan-
gile en Allemagne, et il avait nommé
Saint Eustache pour diriger le monas-
tère. Quand il y arriva , plusieurs séculiers
en occupaient; encore une extrémité ; on
fut sur le point d'en venir; à plaider
pour lés faire sortir ; mais Saint Eustache
qui était aussi' recommandable par ses
moeurs que par sa noblesse, fit si bien,
aidé de Valery le serviteur de Dieu
qu' avec des paroles douces et persuasives
ils déterminèrent les séculiers à quitter
le couvent , sans qu'il en résultat de scan-
dale. Un des frères avait voulu les chasser
de vive force, et l'Homme :de Dieu l'en
avait long-temps empêché, mais négligeant
1 2 La Vie
les avis salutaires, méprisant mime les
ordres qu'il en recevait , il fut averti une
dernière fois par le saint homme.« Mon
« fils , lui dit-il , prenez-y garde , ne les
« poursuivez pas , de peur que vous reve-
« niez au monastère avec des marques
« ineffaçables de votre imprudence. Le
frère ne l'écouta pas davantage ; mais
comme il était avec quelques autres Moines
à persécuter les séculiers, il s'établit
entre-eux un combat et il fut frappé à la
main d'un coup de pierre. Quoique cette
blessure parut d'abord légère , néanmoins
son petit doigt se déssécha tout entier;
et comme il en avait été prévenu par le
Saint, il eut pour toute sa vie dans sa
blessure une représentation et un témoi-
gnage de sa faute.
Saint Colomban revint à son monas-
tère ; un des Moines nommé Waldolène ,
enflammé du désir de propager comme
lui la religion, lui demanda la permis-
Sion d'aller la prêcher au monde , et
d'emmener avec lui Valery , pour l'aider
dans ses travaux. Le saint Abbé accueillit
favorablement sa prière. On rapporte qu'il
lui répondit: « Mon fils, ce que vous
» entreprenez est bien ; mais sachez que
de Saint Valery, 13
« le serviteur de Dieu qui vous accom-
pagnera est grand . Il arriva dans la
suite des évènemens qui prouvèrent ce
qu'il avait prédit.
Les deux frères commencèrent leur
mission. Ils prêchèrent la loi du Christ
dans tous les lieux où. ils passèrent. Ar-
rivés dans la Neustrie, ils résolurent dé
se présenter au Roi Clotaire et de lui
demander un lieu écarté pour en faire
leur retraite, habituelle. Le Roi leur ac-
corda ce qu'ils voulaient, Il leur donna
par un décret royal, avec l'assentiment
de l'Évêque d'Amiens, une terre favo-
rable à leur projet, dans le pays de
Leucone ( I ). C'était dans ce lieu que
le Saint Évêque d'Amiens avait coutume
de se retirer aux jours de la quadragésime
pour se recueillir dans la contemplation
de Dieu. Valery y vécut long-terms sé-
paré du monde et de ses frères, afin de
se livrer uniquement, à la méditation ; mais
les autres frères s'y construisirent des
cellules et y reçurent , à ce qu'il parait,
leur subsistance de la charité du Roi.
(I) Aujourd'hui Saint-Valery-sur-Somme.
14 La Vie
Waldolène et Valery, après avoir vu
Je Roi Clotaire, étaient allés demander
à l'Évêque d'Amiens la permission de
s'établir dans son diocèse. Comme ils ar-
rivaient dans un pays nommé Gualiniage
ou Gualiniache ( 2 ) , près de la ville, le
Comte Sigobart. présidait , selon la cou-
tume du siècle, l'assemblée de justice que
les habitans nommaient le Malle. On y
avait condamné à mort un homme pour
des crimes qu'il avait commis. Déjà il
était suspendu à la potence et il avait
expiré ; Valery d'aussi loin qu'il l'apperçut
se sentit vivement ému de pitié. Il hâta
sa marche, il perça la foule, il arriva
jusqu'à la potence, il écarta les bour-
reaux, il coupa hardiment la corde qui
suspendait le cadavre et le déposa à terre
de ses propres mains. Puis il s'est pros-
terné à côté' de lui, il a répandu sur
ses membres glacés d'abondantes larmes,
il l'a réchauffé de son haleine, il a re-
( 2 ) Gualiniage, et non pas Galimache ou
Gamaches, comme on l'a dit. D'ailleurs, on lit
en note : « On voyait encore dernièrement à
» Amiens une chapelle à l'endroit où Saint Valery
» avait ressuscité le pendu. (1733)».
de Saint Valery. 15
rouvert sa figure de la sienne ; mais
autant il mettait de zèle et de ferveur
dans les secours qu'il donnait au mort et
dans les prières qu'il adressait au ciel,
autant le ciel mettait de promptitude à
l'aider et à l'exaucer. Au grand éton-
nement de tout le peuple, il arriva que
les membres du mort se réchauffèrent et
qu'il revint à la vie peu-à-peu, comme
s'il sortait d'un profond sommeil. Après'
ce grand miracle, l'homme du Seigneur
Supplia le juge, en présence duquel il était
arrivé, de faire grâce à celui que la bon-
té du ciel venait de ressusciter. Mais
enflammé de colère, il ordonna qu'on
le suspendit de nouveau à la potence.
Alors le Saint s'écria: « Homme il est
certain que celui que la puissance de Dieu
vient de sauver est déjà mort une fois ;
et à moins que tu ne me fasses pendre
» avec lui, jamais tu ne l'ôteras de mes
a bras. Si tu refuses d'entendre l'humble
serviteur du Christ, n'oublie pas que le
Dieu, créateur du monde, ne méprise
il personne de ceux qui l'invoquent. Nous
» le prierons, nous qui combattons pour
ses saintes lois, et il daignera encore.
nous exaucer Sigobart, vaincu par ces
16 La Vie
paroles, fit délier le coupable qui vé-
cut encore long-temps après.-
L'établissement du monastère de Leu-
cone se rapporte à l'an 613 environ ( 3 ).
L'emplacement en était fort beau et fort
commode. D'un côté on voyait la pleine
mer et la rivière de Somme , et de l'autre
une montagne couronnée par les tours
et les maisons de la ville. Cette partie
élevée des territoires n'était pas moins
fertile, nimoins cultivée que les parties
basses. On y trouvait des jardins remplis
des plus beaux arbres qui portaient les
plus beaux fruits ; au loin c'était des bois.
C'était en vain que Valery avait voulu
se cacher aux regards empressés du peu-
ple. Sa grande renommée de vertu et le
bruit de ses bonnes oeuvres l'avaient rendu
célèbre, selon cette parole du Seigneur:
«On ne peut pas cacher une ville qui
est placée sur une montagne. On n'al-
lume pas la chandelle pour la mettre
» sous le boisseau, mais pour la poser sur
le chandelier, afin qu'elle éclaire tous
ceux qui sont dans la maison. Ainsi, faites
(3) Saint Valery avait alors 46 ans.

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