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La Vie galante

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272 pages

ELLE avait été vraiment charmante, la lune de miel de ce ménage.

Elle, mignonne, nerveuse comme un vrai petit cheval de race.

Ah ! quels beaux grands yeux pleins de vagues choses et d’inconnu mystérieux !

Lui, un superbe gaillard au geste dominateur, à la volonté puissante.

C’était, ma foi, un couple adorable, quand ils sortirent de la sacristie et qu’ils descendirent — lui, la force, donnant le bras à cette exquise morbidesse — les marches de la Madeleine.

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Pierre Véron

La Vie galante

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L’OTHELLO DU PROGRÈS

I

ELLE avait été vraiment charmante, la lune de miel de ce ménage.

Elle, mignonne, nerveuse comme un vrai petit cheval de race.

Ah ! quels beaux grands yeux pleins de vagues choses et d’inconnu mystérieux !

Lui, un superbe gaillard au geste dominateur, à la volonté puissante.

C’était, ma foi, un couple adorable, quand ils sortirent de la sacristie et qu’ils descendirent — lui, la force, donnant le bras à cette exquise morbidesse — les marches de la Madeleine.

Et ce fut un bonheur qui dura au moins pendant un an et demi, — sans le moindre nuage !...

II

Un jour, cependant, le médecin avait dit à M. de Sombrat — c’est ainsi qu’il s’appelait — qu’il fallait prendre garde.

 — Et à quoi ? demandait-il.

 — Mon ami, votre femme est bien frêle.

 — C’est ce qui la rend plus charmante.

 — Oui, mais Mme de Sombrat a malheureusement les défauts de cette qualité.

 — Quels défauts ?

 — Une surexcitation qui deviendrait aisément morbide et qui pourrait la livrer aux influences... comment vous dire ?

 — Voudriez-vous insinuer que Mme de Sombrat est hystérique ?

 — Je n’aurais peut-être pas prononcé le mot ; mais, puisque vous l’avez prononcé pour moi, je ne le retire pas.

 — Vous exagérez, docteur.

 — Un peu.

 — Mme de Sombrat a une nature particulièrement vibrante. Je le sais d’autant mieux que, m’étant occupé de magnétisme et d’hypnotisation...

 — Ah ! vous avez...

 — J’ai même essayé, en manière de passe-temps, mon pouvoir deux ou trois fois sur ma femme.

 — Et il a été très grand ?

 — Très grand, en effet... Vous croyez donc à ces choses-là, docteur ? Ce n’est pas la coutume des hommes de science.

 — Cher monsieur, le vrai homme de sciente ne nie jamais parce qu’il ne comprend pas. C’est ce que je fais... J’ai assisté aux expériences étranges de la Salpêtrière, et...

 — Voulez-vous bien vous taire ! Parler de la Salpêtrière à propos de la comtesse ; Voilà un ricochet peu galant.

 — Je n’ai voulu faire aucun rapprochement, dit le docteur en souriant à son interlocuteur... Mais j’en reviens à mon point de départ, et je vous répète que Mme de Sombrat a besoin d’être fort ménagée ; sans quoi elle serait, je le crois, une proie facile pour la suggestion.

Tiens ! tiens !... Vous admettez la suggestion aussi ?

 — Comment ne pas admettre ce qu’on a vu ? La raison me défend de croire et l’évidence me l’ordonne.

 — Docteur, je vous félicite. Vous êtes infiniment plus, perspicace que beaucoup de vos confrères.

 — Ce n’est pas un compliment bien énorme que vous me faites là.

 — Mettons que la plupart de vos confrères.

 — Cela commence à avoir une portée plus flatteuse.

 — Oui, en effet, je pense comme vous que la comtesse serait pour la suggestion un sujet d’expériences précieuses.

 — Gardez-vous d’essayer, au moins ; vous la tueriez peut-être !

 — Votre recommandation est superflue, je vous assure. Je n’ai nulle envie d’expérimenter sur la personne de la comtesse une puissance dont, d’ailleurs, je suis sûr.

 — Alors, c’est entendu. Vous la ménagerez.

 — De toutes les façons.

 — Oh ! sans aller trop loin !

 — Je vous rassure aussi sur la dose.

 — Vous êtes un mari accompli.

 — Ne vous figurez pas cela... Un mari plein de dessous perfides.

 — Allons donc !

 — Entre autres, un mari d’une jalousie de Bengale.

 — Mon cher comte, vous aimez à rire.

 — Pas toujours.

 — Permettez-moi de vous quitter. J’ai des clients vraiment malades qui m’attendent...

 — Et ce n’est pas le cas de la comtesse ?

 — Nullement... J’ai cru toutefois qu’il était bon d’avoir avec vous cette conversation prémonitoire.... Car il m’a semblé que, depuis un certain temps, elle avait un peu changé.

 — Vous trouvez ?

 — Je trouve.

 — Je n’y ai pas pris garde.

 — Plus pâle... Plus nerveuse encore.

 — J’y veillerai. Merci, docteur.

 — Cher monsieur, je reste tout à vous !...

III

Il avait raison, le docteur.

Depuis un certain temps, Mme de Sombrat avait changé.

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Sa songerie habituelle allait presque jusqu’à la mélancolie. Ce que son mari appelait sa vibration avait maintenant quelque chose de maladif.

Un rien la faisait frissonner, comme si elle avait vécu sous l’empire d’une angoisse continuelle.

Son mari pourtant ne s’était aperçu de rien.

N’est-ce pas l’éternel rôle des maris ?

Mais ce que le docteur lui avait dit avait fait germer dans la pensée de M. de Sombrat de vagues appréhensions qu’il ne pouvait définir.

Il était inquiet, sans savoir au juste de quoi.

Et il se mit à observer.

IV

Le comte de Sombrat avait un ami intime : le baron René de Morsay.

M. de Morsay avait été témoin de son mariage, après l’avoir assisté dans plusieurs duels d’autre sorte.

Car c’était un violent que le comte.

Un violent : — ne pas confondre avec un querelleur.

Jamais il ne lui était arrivé de chercher noise à personne.

Il était incapable de devenir provocant parce qu’il se sentait dans son tort.

Bien au contraire, d’une urbanité irréprochable. Et d’une facilité rare à confesser une erreur.

Mais de fer, s’il se sentait outragé ou lésé.

Il avait eu, dans ce genre, des aventures tragiquement célèbres.

En revanche, dévoué comme le dévouement.

Personne ne le savait mieux que le baron René de Morsay.

V

La liaison intime du comte et de René remontait à leur enfance.

Ils étaient du même pays.

Ils avaient, enfants, sauté, sur leurs petits poneys, leurs premiers obstacles dans les forêts du Morvan.

Ils avaient passé ensemble les longues années de collège.

Riches tous deux, ils n’en étaient que mieux équilibrés pour l’amitié, qui a toujours une tendance à boiter lorsqu’il y a. inégalité de situation.

Le mariage de M. de Sombrat avait été le premier incident qui était venu entrecouper cette existence en duo.

Jusque-là le comte et René avaient, en quelque sorte, vécu côte à côte.

L’entrée de Mme de Sombrat dans la maison ne modifia d’ailleurs rien à ces traditions affectueuses.

René dînait trois ou quatre fois par semaine chez son ami.

Il était garçon, lui, et quoi de plus naturel pour un garçon que d’échapper avec joie, grâce à cette fraternelle hospitalité, aux écœurements du restaurant ou aux banales redites de la table du cercle ?

La maison du comte, c’était un demi chez soi.

Un demi ?...

VI

Sainte Méfiance, seconde mère de la sûreté, il est entendu que si tu étais bannie du reste de la terre, ce n’est pas dans le cœur d’un mari qu’il faudrait chercher un refuge.

Ils ont, les maris, un aveuglement professionnel.

Ce n’était cependant pas un sot que le comte de Sombrat. Il s’en fallait de tout.

Mais l’influence maritale !

Sans cette influence-là, aurait-il jugé prudent de recevoir ainsi chaque jour, à sa table, dans son intimité la plus intime, un jeune et vaillant garçon comme de Morsay ?

L’allumette à côté du baril de poudre.

Et quelle poudre !...

Ce que lui avait dit le médecin, dans la consultation ci-dessus relatée, l’avait pourtant frappé bizarrement.

Pourquoi sa femme exagérait-elle à ce point la nervosité ? Il n’en avait pas été ainsi toujours.

Au commencement de leur mariage, elle n’avait pas de perpétuelles surexcitations, qui semblaient cacher une permanente angoisse.

Pourquoi ?

Il résolut d’en parler à son fidèle ami.

Et il lui en parla.

La façon dont la confidence fut accueillie étonna vivement le comte.

Il lui sembla remarquer un certain trouble dans l’attitude du fidèle ami. Et comme il insistait sur le changement que le docteur lui avait signalé, René eut l’air de vouloir couper brusquement court à la conversation, en s’écriant avec quelque impatience :

 — Peuh ! Si l’on écoutait les médecins...

Qu’est-ce qu’ils en savent et de quoi se mêlent-ils ?

Le comte ne dit rien.

VII

Mais il se mit à observer avec une obstination de Peau-Rouge attaché sur une piste.

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Et aussi avec une impénétrable concentration.

Si bien que, quinze jours après, il savait ce qu’il voulait savoir, ce qu’il aurait voulu ignorer toujours.

Sa femme le trompait avec René. Il avait suivi. Il avait épié. Il avait vu.

Ils se donnaient rendez-vous dans un pavillon isolé, que René avait loué dans le Paris inconnu des boulevardiers.

Là-bas, là-bas, près du parc de Mont-souris.

Elle allait là, les jours où elle faisait ses tournées de dame de charité.

Toutes les duplicités et toutes les hontes s’accumulaient.

Il ne restait plus qu’à châtier.

Car le comte de Sombrat n’était pas de ceux qui laissent impunis l’adultère et la félonie.

Il avait à se venger deux fois.

Comment ?

VIII

Pendant deux jours, il erra méditant.

Pendant deux nuits, il chercha éveillé.

Puis il parut avoir retrouvé un calme de terrible augure.

Rien de changé en apparence à ses allures, si ce n’est qu’il s’enfermait par instants pour travailler, disait-il, mais en réalité pour lire tous les livres qu’il avait pu se procurer et qui traitaient la question nouvelle de la suggestion.

Sans doute le souvenir de sa conversation avec le docteur...

Puis un jour, en manière de jeu, il fit tomber une conversation qu’il avait avec sa femme sur le thème dont il semblait étrangement préoccupé.

En manière de jeu, il proposa même à la comtesse de réitérer quelques-unes des expériences qu’il avait tentées naguère sur elle.

La comtesse s’y prêta de bonne grâce.

C’était vraiment un sujet d’une sensibilité prodigieuse.

A peine M. de Sombrat l’avait-il fixement regardée, qu’elle devenait inerte jusqu’à ce qu’il lui plût de formuler un ordre auquel elle obéissait avec une régularité d’automate.

Il n’avait même pas, quand l’hypnotisation avait agi, besoin de formuler. Penser l’ordre suffisait. L’obéissance était immédiate.

Illustration

IX

Les relations, d’ailleurs, étaient restées toujours aussi intimement amicales entre M. de Sombrat et M. de Morsay.

De ce côté, sérénité parfaite.

Du côté de la comtesse aussi.

L’habitude les enfonçait plus avant tous les jours dans leur sécurité.

Le comte, cependant, contrôla une dernière fois ses premières certitudes. Il s’embusqua de nouveau et, cette fois, vit la comtesse sortir du pavillon, tandis qu’à la fenêtre René lui envoyait un baiser d’adieu.

 — Maintenant, pensa-t-il, je puis agir.

X

Trois jours après, René, comme à l’ordinaire, avait dîné avec le comte et la comtesse.

Après le dîner, selon l’habitude, les deux amis avaient passé dans le fumoir.

La comtesse, pour qui l’odeur du tabac était intolérable, attendait, en parcourant une revue, qu’ils eussent achevé les deux cigarettes qu’elle leur permettait à chacun.

Soudain, le comte revint seul.

Avant qu’elle eût pu lui poser une question, faire un mouvement, il lui avait pris la main, la regardant de ses yeux fascinateurs.

Elle eut un soubresaut. Le regard insista. Elle était annihilée.

Et alors :

 — Madame, lui dit le comte, M. de Morsay est dans la pièce voisine. J’ai mêlé à son café un narcotique qui l’a plongé dans un sommeil léthargique. Votre amant...

La comtesse essaya d’ouvrir la bouche pour protester. Le regard du comte l’immobilisa.

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