La vraie ligue d'Alsace par un Alsacien / Ch. Alphonse Witz

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C. Detloff (Mulhouse). 1871. Alsace. France (1870-1940, 3e République). 20 p. ; 19 cm.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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YÏIAIE;XyiGUE D'ALSACE
PAR
UN ALSACIEN
MULHOUSE ET BALE
p. PETLOFF, LIBRAIRE-EDITEUR
1871
Mulhoiiso, imprimerie J. G. tfchiibcl.
pH. ^LPHONSE WlTZ
LA
VRAIE LIGUE D^I^SACE
PAR
UN ALSACIEN
^ULHOUSE ET BALE
p. PETLOFF, LIBRAIRE-EDITEUR
1871
A.vaut-1 Yo] ><>s.
Les quelques pages «|ui suivent n'ont d'autre luit que
d'engager nos concitoyens ù examiner la situation 4111 nous
est fuite, par suite. do l'annexion «le l'Alsace à l'Allemagne,
avec plus de ealme, de justesse et d'impartialité.
C'est pour atteindre «0 but que nous examinons suc-
cessivement dans trois chapitres les causes de la guerre,
l'attitude de l'Alsace avant et pendant la guerre, et enfin
la ligne, de conduite que les vrais Alsaciens ont à suivre
dans les circonstances présentes.
Le titre de la brochure : „La vraie Ligue d'Alsace"
en indique suffisamment la tendance.
Il va sans dire, que nous ne prétendons nullement
satisfaire tous les partis, ce serait une tâche bien au-dessus
de nos forces; et si nous n'avions consulté que notre propre
avantage, nos intérêts personnels, nous aurions même mieux
fait de garder le silence ; mais il y n, ce nous semble,
plus de dignité à remplir son devoir de chrétien et de ci-
toyen, qu'à se tairo ou à rechercher la popularité.
Nous laissons aux Alsaciens lo soin do juger si nous
avons atteint le but que nous nous sommes proposé, e't nous
engageons vivement tous les hommes de cu*tir à travailler,
chacun dans sa sphère et dans la mesure de ses forces, à
l'apaisement des passions et au vrai bonheur do notre chère
province, de l'Alsace.
Il est temps que nous revendiquions pour chacun do
nous la même liberté de jugement et d'action que nos ad-
versaires réclament pour eux.
Mulhouse, Juillet 1871.
CH. ALI'HONSK WITZ.
CHAPITRE I.
pAUSES DE LA GUERRE.
OBSERVATIONS OKXKRAI.KS.
„Si l'humanité permet qu'on hasarde la vie de mil-
rlions d'hommes sur les champs de bataille, pour défendre
„sa nationalité et son indépendance, elle flétrit «,« condamne
,ces guerres immorales qui font tuer des hommes dans ce
«seul but d'influencer l'opinion publique et de soutenir, par
«quelque expédient, un pouvoir toujours dans l'embarras."
Telle est la déclaration du prisonnier de Ham; on
sait jusqu'à quel point elle est restée lettre morte pour
Louis-Napoléon III, empereur des Français. L'empire qui
promettait la paix, se lança à c<rur-joie dans la politique
aventureuse de la guerre, et presque toutes nos expéditions
impériales sont à ranger au nombre de ces guerres immo-
rales «qui font tuer des hommes, dans le seul but d'in-
«fluencer l'opinion publique, et de soutenir, par quelque
«expédient, un pouvoir toujours dans l'embarras."
Soutenir lo pouvoir dans l'embarras, tel était aussi le
but de la dernière guerro avec l'Allemagne.
A quelque point do vue qu'on se place et quelque
jugement que l'on puisse porter sur la politique de la Prusse,
il est incontestable que la France a déclaré la guerre, et
cela dans le but de „soutenir un pouvoir dans l'embarras".
Le plébiscite, il est vrai, avait obtenu un grand
succès; mais ce succès était dû, en grande partie à h ma-
nière captieuse dont la question était posée et aux vaines
promesses par lesquelles le ministère libéral avait su
flatter et gagner la grande majorité des Français. D'ailleurs,
l'activité dévorante, la crainte du spectre rougo, l'indiffé-
rence ou l'inintelligence politique la plus grossière n'ont
pu qu'assurer lo succès de cette grande et inepte comédie.

Le ministère cependant se montra heureux et satisfait du
succès obtenu. Cette satisfaction n'était qu'apparente. Les
attentions, les NON représentaient une grande force, la
force morale du pays, et de co côté, tout était à eraindro.
Hue faire ? Le danger que l'on voulait conjurer par le plé-
biscite était encore là, grand, imminent. Il fallait vonger à
un autre dérivatif. Co dérivatif, on le connaît. La guerre
semblait être lo meilleur expédient à employer pour n'avoir
pas à compter avec l'opposition.
Qui cherche, trouve.
Le ministère Otlivier-dramont chercha et trouva. Le
prince Léopold de Hohenzollern eut bien, il est vrai, la
malencontreuse idée do renoncer, en vue de la paix, à la
couronne d'Espagne et, pendant peu de temps, le ministère
fut dans un grand embarras : mais la difficulté fut bientôt
levée. On inventa, je ne sais quelle injure adressée par le
roi de Prusse à notre trop illustre ambassadeur Benedetti
et la guerre fut déclaréo !
La cause de cette guerre n'était — on le voit —
qu'un embarras monarchique, le prétexte — un gros men-
songe. !
Et le peuple français, dira-t-on, a pu se laisser éblouir
par cette politique?
Avouons que tout d'abord l'opinion s'était montrée
contraire à la guerre, que des voix autorisées dans le Corps
législatif s'étaient fait entendre en faveur de la paix et de
la conciliation; mais il ne tarda pas à s'opérer un revire-
ment complet. Les orateurs qui voulurent s'opposer au tor-
rent se virent traités de mauvais patriotes et de Prussiens
de l'intérieur. Le supplément de crédit du budget de la
guerre fut voté par 246 voix contre 10; le coeur léger,
Ollivier s'apprêtait à enregistrer les nouvelles des grandes
victoires françaises, et l'illustre maréchal Le Boeuf qui était
prêt, Cinq fois prêt, se voyait déjà fouler aux pieds le
pavé de Berlin et dicter ses lois à l'Allemagne humiliée.
Le Corps législatif partageait ces illusions: «Le glorieux
drapeau qui porta à travers l'Europe les idées civilisatrices
de notre grande révolution 14 devait «en représentant les
«mêmes principes, inspirer les mêmes dévouements*, et l'on
comptait sur l'aide, sur les „héiudictions" de Dieu, parce que
„nn grand peuple, qui défend une cause juste, est invincible."
l'ne ci use juste;! mensciigo après mensonge! et le
peuple français applaudissait et croyait naïvement avec son
empereur que de „uos succès dépendait le sort de la liberté
„et de la civilisation. 4'
On est confondu en voytnt avec quelle' légèreté la
Fronce s'est laissée prendre à l'hameçon. Que le Corps
légis'itif ait dansé comme son maître sifflait, rien de plus
naturel : les automates sont tons de même ; on tire la ficelle,
et l'homme de carton saute et se démène.
Mais l'oppositionV... Ah l'opposition! elle ne faisait
que récolter ce qu'ello avait semé; c'est elle qui par ses
nombreuses et violentes récriminations contre Sadowa, avait,
de longue main, préparé cet état de choses: elle devait
donc le subir. Du reste, n'oublions pas que l'opposition en
France, sauf quelques exceptions, était toujours impuissante,
faute de principes sérieux. Elle démolissait sans édifier;
c'était lo seul rôle qu'elle put jouer. Républicaine au de-
dans, elle se montrait bonapartiste au dehors, et Napoléon
le tenait entre ses mains.
Kt le peuple? Indifférent à la cause même de la
guerre, il ne rêvait que la gloire ; et les jésuites et les fa-
natiques de toutes catégories surent exploiter et exciter
ces sentiments en lui parlant de la gloire qu'il y aurait,
pour la France, à écraser „au nom de la très-sainte Vierge 44,
ce peuple de protestants, ces Prussiens hérétiques..., et le
tour fut joué. — On so mettait en route pour Berlin!
Guerre inévitable, m'objectcra-t-on, guerre inévitable
malgré tout; oui, inévitable au point de vue de Napoléon,
au point de vue monarchique; mais les républicains devraient
rougir de honte et se voiler la face,, eux qui par cette
guerre contribuaient à raffermir la domination d'un homme
„dont les snccès persévérants avaient été, pendant de longues
„f.!inées, une insulte à la conscience humaine et à la justice
„divine. 44
Non, cette guerre n'était pas inévitable; l'équilibre

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