Le Bal du comte d'Orgel

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1920. Mahaut d’Orgel ne sait aimer que sagement, tendrement. Rien ne semble pouvoir la distraire de son amour pour le comte d’Orgel. Et pourtant, elle s’éprend de François, jeune homme que le comte a introduit dans le cercle de leurs amis intimes, le préférant rapidement à tous les autres pour partager escapades à la campagne et folles soirées.
Bal masqué. Jeux de dupes. L’équivoque s’installe peu à peu. Entre Mahaut et François, les silences ont valeur d’aveux, les soupirs sont autant de baisers rêvés.
Couverture : détail d'une illustration de Georges Barbier, 1919 © Collection Kharbine Tapabor
Publié le : jeudi 12 septembre 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782290070192
Nombre de pages : 109
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Le Bal du comte d’Orgel
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RaymondRadiguet
Le Bal du comte d’Org
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sont-ils surannés ? Un tel mélange du devoir etd semblera peut-être, de nos jours, incroyable, même sonne de race et une créole. Ne serait-ce pas plutôtq se détourne de la pureté, sous prétexte qu’elleof saveur que le désordre ? Mais les manœuvres inconscientes d’une âme pu plus singulières que les combinaisons du vice. C’e répondrons aux femmes, qui, les unes, trouveron trop honnête, et les autres trop facile.
La comtesse d’Orgel appartenait par sa naissan maison des Grimoard de la Verberie. Cette maison de nombreux siècles d’un lustre incomparable. Cen pas que les ancêtres de Mme d’Orgel se fussent don mal. Toutes les circonstances glorieuses auxque familles doivent leur noblesse, cette maison tireso être restée étrangère. Une pareille attitude ne va po sans danger. Les Grimoard étaient au premier ran inspirèrent à Louis XIII la résolution d’affaiblir la dale. Leur chef supporta mal cette injure, et c’esta quitta la France. Les Grimoard s’installèrent à laM Le marquis de la Verberie retrouve sur les ind la puissance de ses aïeux sur les paysans de l’Orlé des plantations de cannes à sucre. En satisfaisa d’autorité, il accroît sa fortune. Nous commençons alors à assister à un singulier c de caractère dans cette famille. Sous un soleil délic que fonde peu à peu l’orgueil qui la paralysait.L comme un arbre sans élagueur, étendent des branc vrent presque toute l’île. En débarquant, on valeu devoirs. Qu’un nouveau venu se découvre une paren sa fortune est faite. Aussi, le premier soin de Ga de la Pagerie arrivant dans l’Île, sera-t-il d’établirso
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publie les bans de son mariage avec un Beauharn possède des plantations à Saint-Domingue. Les Grimoard furent les seuls à ne pointten Joséphine après le divorce. C’est elle qui leu la Révolution. Ils accueillent cette nouvellea Grimoard n’avaient jamais pensé que la famille q dépouillés de leurs droits pût encore tenir lo trône. Peut-être crurent-ils d’abord la Révolu les seigneurs, et pour eux. Mais quand ils saur des choses de France, ils blâmeront ceux à quio de n’avoir pas suivi leur exemple, de n’être pa moment, c’est-à-dire sous Louis XIII. De leurî voisins malveillants derrière leur judas, ils ob continent. Cette Révolution les égaye. Quoi de exemple, que ce mariage de la petite cousinea Bonaparte ! Mais où la plaisanterie leur sembler sera lors de la proclamation de l’Empire. Ils y vo de la Révolution. Le bouquet de ce feu d’arti une pluie de croix, de titres, de fortunes. Cette i carade, où l’on change de nom comme on met u blesse. On assiste dans la Martinique à un bra L’île charmante se dépeuple en un clin d’œil.J constitue une famille essaye d’attacher à la Cou plus vagues, quelquefois les plus humbles, mai ne datent pas d’hier. C’est aux Grimoard qu’ellea p Les Grimoard ne répondent pas. Ce ne sera qu’un répudiée que l’on renouera avec elle. Le marquis l une lettre fort morale, lui disant qu’il n’avait jam la chose au sérieux. Il lui offre son toit. Sa hain éclate. Jusque-là, il se retenait, à cause de leur pa
Il pourra surprendre qu’en suivant cette fam siècles, nous ayons feint de ne voir qu’un person
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Mahaut, à sa naissance, avait été reçue sansgr siasme. La marquise Grimoard de la Verberien vu de nouveau-né. Quand on présenta Mahaut àsa m femme qui avait subi avec courage les douleurs de s’évanouit, croyant avoir fait un monstre. Quelque c de ce premier choc, et Mahaut, petite, fut entourée Comme elle ne parla qu’assez tard, sa mère la croyai Mme Grimoard attendait un autre enfant ave espérant un garçon. Elle le parait d’avance de tou refusées à sa fille. Elle était grosse lorsqu’un affreu détruisit Saint-Pierre. La marquise fut sauvée par m on craignit un moment pour sa raison, et pourl allait mettre au monde. Cette île ne lui inspirad l’horreur ; elle refusa d’y rester. Les médecinsrepré à son mari combien il serait criminel de la co ainsi que les Grimoard que rien n’avait pu convai promesse d’un royaume, débarquèrent en Franc juillet 1902. Par hasard le domaine de la Verberieé Ce fut avec la conviction de venger ses ancêtresq réintégra leur domaine. Il se croyait son propre anc par Louis XIII suppliant ; il passa toute sa vie enpr paysans dont il pensait être encore le seigneur. Mme Grimoard mit au jour un enfant mort. Pa féminin, dont le cataclysme fut cause, elle devint prétendre à la maternité. Son désespoir s’accrutd mort-né était un garçon. La marquise y gagnau maladive, qui fit d’elle une créole des images, passa une chaise longue. Son cœur de mère ne pouvant plus espérer de fils pas que son amour pour Mahaut aurait dû s’accroî petite fille, si pleine de vie, si turbulente, lui sembla offense à ses espoirs brisés.
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Après la Séparation, il fallut bien élever Maha même. Ce fut aux mains d’une vieille fille sansfo excellente famille de province, que passa Mlle Gr somnolait toute la journée ; le seul soin que pritd de lui apprendre que personne n’était digne d’une G la fraîcheur de ses premières enfances, elle la re sant, à dix-huit ans, le comte Anne d’Orgel, un as chez nous. Elle s’éprit follement de son mari qui, témoigna une grande reconnaissance et l’amitié lui-même prenait pour de l’amour. La négresseM à ne pas voir cette alliance d’un bon œil. Son repr sur la différence d’âge. Elle trouvait le comte d’O Marie entra néanmoins à l’hôtel d’Orgel pour ne de la comtesse. Elle n’avait, disait-on, rien à faire son emploi n’était pas défini, les domestiquesse d sur elle de mille petites besognes. À la fin de se négresse tombait de fatigue. Le comte Anne d’Orgel était jeune; il venaitd’ On ne savait de quoi sa gloire, ou du moins so position était faite. Son nom n’y entrait pas pourgr même chez ceux qu’hypnotise un nom, le talentp il faut le reconnaître, ses qualités n’étaient quec et son talent mondain. Son père, qu’on admirait venait de mourir. Anne, aidé de Mahaut, redonnau d’Orgel, où naguère l’on s’était bien ennuyé. Ce qui, si l’on peut dire, ouvrirent le bal au lendem Le feu comte d’Orgel eût trouvé sans doute que so de place, dans ses invitations, au mérite personne Cet éclectisme, sévère malgré tout, ne fut pas la du succès des Orgel. Il contribua d’autre part à les fai ceux de leurs parents qui dépérissaient d’ennuià n des égaux. Aussi les fêtes de l’hôtel d’Orgel étaien une occasion unique de distraction et de médisan
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côté ceux qui étaient des fêtes de la rue de l’Un l’autre, ceux qui n’en étaient point. Ce classementall retenir dans ses admirations : il en usait ainsi enve ami, François de Séryeuse, auquel il reprochaitse ne tirer aucun avantage de sa particule. Paul Robi jugeait les autres d’après lui-même. Il ne pouvait co Orgel ne représentassent à François rien d’except ne cherchât d’aucune façon à forcer les circonstanc d’ailleurs, était heureux de cette supériorité fictiv pas d’y mettre fin.
On ne pouvait rêver deux êtres plus loin l’un del deux amis. Cependant ils croyaient s’être liés àca ressemblances. C’est-à-dire que leur amitié les pou sembler, dans la limite du possible. L’idée fixe de Paul Robin était d’« arriver ». Alor ont le travers de croire qu’on les attendra toujo pignait en pensant qu’il allait manquer le train. « personnages » et que l’on peut jouer un rôle. Débarrassé de toute cette niaise littérature,i e XIXsiècle, quel n’eût pas été son charme ! Mais ceux qui ne sentent pas les qualités pr laissent prendre aux masques, n’osent s’aventurer pa sables mouvants. Paul croyait s’être réussi une figu il s’était contenté de ne pas combattre ses défauts.C herbe l’avait peu à peu envahi et il trouvait plus faire penser qu’il agissait par politique alors que c faiblesse. Prudent jusqu’à la lâcheté, il fréquentaitd il pensait qu’il faut avoir un pied partout. À ce jeu perdre l’équilibre. Paul se jugeait discret, il n’étaitq Ainsi divisait-il sa vie en cases : il croyait que lu passer de l’une à l’autre. Il ne savait point encore q est petit et que l’on se retrouve partout. « Je dînec
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ans. Malgré son âge et son oisiveté, il étaitbien v aînés de mérite. Assez fou sous bien des rappo sagesse de ne pas brûler les étapes. Le dire pré été plus inexact. Tout âge porte ses fruits,il fa cueillir. Mais les jeunes gens sont si impatient moins accessibles, et d’être des hommes, qu’ils qui s’offrent. En un mot, François avait exactement sonâg les saisons, le printemps, s’il est la plus seyante, difficile à porter. La seule personne en compagnie de laquelleil se v Paul Robin. Ils exerçaient l’un sur l’autre une a influence.
Le samedi 7 février 1920, nos deux amis ét Médrano. D’excellents clowns y attiraient le public d Le spectacle était commencé. Paul, moins atten des clowns qu’à celles des spectateurs, cherchai connaissance. Soudain, il sursauta. En face d’eux entrait un couple. L’homme fit,a léger bonjour à Paul. — C’est bien le comte d’Orgel ? demanda Franç — Oui, répondit Paul assez fier. — Avec qui est-il ? Est-ce sa femme ? — Oui, c’est Mahaut d’Orgel. Dès l’entracte, Paul fila comme un malfaiteur cohue, à la recherche des Orgel, qu’il souhaitaitv Séryeuse, après avoir fait le tour du couloir, po Fratellini. On se rendait dans leur loge commed danseuse. Il y avait là des épaves grandioses, des objetsd signification première, et qui, chez ces clowns,en pren bien plus haute.
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