Le Banquet de Bellegarde. (5 septembre.)

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Impr. de Comte-Milliet (Bourg). 1872. France (1870-1940, 3e République). In-8 °. Pièce.
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Publié le : lundi 1 janvier 1872
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LE
BANQUET
DE
BELLEGARDE.
BOURG,
1872
LE BANQUET
DE
BELLEGARDE.
LE BANQUET DE BELLEGARDE.
Les circonstances particulières qui ont accompagné le
banquet offert par la Compagnie hydraulique du Rhône , à
l'occasion de la pose de la première pierre du bâtiment de
ses turbines, ont donné à cette cérémonie un caractère
dont la masse des citoyens, dans une région travaillée ce-
pendant par tant de propagandes, ne prévoyait pas l'im-
portance et la portée non moins grave , — peut-être non
moins inquiétante, — dans l'avenir.
La presse départementale, fidèle écho, en cela du moins,
des impressions du public, s'est occupée d'une manière
spéciale, non seulement de la petite solennité de Belle-
garde, mais encore des discours qui y ont été prononcés,
et de l'entreprise même qui sollicitait ainsi avec apparat
l'attention de nos concitoyens.
Dès lors, ce qui devait se produire est arrivé, c'est-à-
dire qu'une polémique s'est aussitôt engagée entre les dif-
férents journaux du département, mais plus spécialement
entre le Journal de l'Ain et l'Abeille de Nantua. Cette po-
lémique, surtout du côté du premier, a pris des propor-
tions tellement élevées par la nature des sujets qui y
— 2 —
étaient traités, que nous avons jugé bon et utile d'en con-
server les traces et le souvenir, car elle nous semble émi-
nemment instructive et précieuse au point de vue moral,
politique, social, industriel et même religieux.
On comprend, en effet, qu'une compagnie industrielle
de ce genre ne peut laisser indifférent un seul des habi-
tants du département de l'Ain, quand on la sait en quel-
que sorte patronnée, à coup sûr très-soutenue et très-épau-
lée par des sommités politiques et administratives telles
que : M. Mercier, membre du Conseil général, maire de
Nantua et député, qui est conseil de la dite Compagnie ; M.
Chanal, conseiller général, et en même temps avocat de la
Compagnie ; et enfin M. Marion, conseiller général, notaire
de la même Compagnie !
Il est donc du plus haut intérêt de connaître et de suivre
de l'oeil les liens intimes qui rattachent ces Messieurs à
l'entreprise de Bellegarde sur les différents terrains que
nous venons d'énumérer, sans compter, hélas ! celui du
patriotisme.
Aussi comprendra-t-on que, en vue de l'avenir, nous
ayons songé à condenser ces matériaux en une petite bro-
chure, moins facile à perdre et à déchirer que des numéros
de journal, que l'on collectionne rarement, et qui s'éga-
rent et s'envolent aussi vite que les feuilles des arbres au
premier vent d'automne.
Des différents discours prononcés au banquet de Belle-
garde, celui de M. Mercier ayant été le plus attaqué, nous
croyons de la plus vulgaire et de la plus naturelle impar-
tialité de le reproduire, afin que le lecteur puisse, en par-
faite connaissance de cause, apprécier la valeur des criti-
ques dont il a été l'objet. Nous en donnons le texte tel que
l'a imprimé le Courrier de l'Ain, qui paraît en avoir eu
communication dans sa teneur originale.
— 3 —
Nous le faisons suivre de l'article de M. Noël, rédacteur
en chef du Journal de l'Ain ; du court mais excellent tra-
vail de M. H. C... dont tout le monde reconnaîtra la plume
facile, l'intelligence brillante et la science supérieure dans
la matière ; puis des trois lettres remarquables de M. le
comte Douglas, qui ont produit une sensation si méritée; et
enfin de la réplique accablante de M. Noël au malheureux
propriétaire-directeur de l'Abeille.
Puissent ces petites et humbles pages, en étant lues avec
quelque plaisir, donner à réfléchir et provoquer la salu-
taire vigilance de ceux qui ont conservé quelque notion
et quelqu'amour de ces deux grandes choses, — termes de
tout, — Dieu et la Patrie !
DISCOURS DE M. MERCIER.
Messieurs,
Je vous propose un toast au Progrès.
Au Progrès sous toutes ses formes, dans toutes ses ma-
nifestations, dans l'ordre matériel comme dans l'ordre moral.
Au Progrès, c'est-à-dire à cette force immanente dans
l'humanité qui la pousse à améliorer les conditions de l'exis-
tence des êtres, à inventer et à perfectionner les moyens dont
ils disposent pour parer à leurs besoins, à multiplier les res-
sources de la vie, à l'entourer d'agréments, à augmenter les
facultés de l'individu, à harmoniser les institutions sociales
et politiques de manière à équilibrer de plus en plus les droits
et les devoirs de chacun.
Au Progrès, en un mot, qui tend à réaliser la plus grande
somme de bien possible sur cette terre.
Le champ est trop vaste pour qu'il me soit permis de le
parcourir en entier devant vous.
Je m'arrêterai seulement à ce qui fait l'objet de nos pré-
occupations actuelles.
Dans l'ordre matériel nous poursuivons par la science
la subordination de plus en plus complète des forces de la
nature à l'homme.
L'histoire serait longue des conquêtes que l'humanité a
faites sur la nature physique à commencer depuis le moment
où la puissance mystérieuse qui préside à l'accroissement de
la vie organique eût enfanté l'homme et l'eût convié à diri-
ger par son action intelligente le travail de perfectionnement
qui s'était accompli jusqu'alors sans sa participation.
Depuis ce moment que de merveilles ont apparu à la sur-
face du globe, que d'inventions, que de découvertes utiles !
La terre, métamorphosée par la culture, les nations formées,
les villes créées, les voies de communications ouvertes, les
peuples mis en rapport entre eux, échangeant les produits
de leur industrie, s'améliorant les uns par les autres, la pen-
sée circulant à travers le monde et le vivifiant !
Quel admirable spectacle , messieurs, quand de cette
hauteur nous contemplons les changements survenus dans
les conditions de l'humanité par les efforts accumulés des
générations !
Nous saisissons alors dans son ensemble cette consolante
doctrine de la perpétuité de la vie dans l'humanité, de la so-
— 5 —
lidarité qui unit les générations présentes aux générations
passées et aux générations futures dans une oeuvre commune
immense, qui se poursuit à travers les âges, et qui a pour fin
le perfectionnement indéfini de l'homme par le travail, c'est-
à-dire la réalisation du bien sur cette terre.
Non, il n'est pas vrai de dire que c'est une vallée de mi-
sère dans laquelle nous ne faisons que passer, un lieu d'exil
auquel nous ne devons pas nous attacher. Nous y sommes
pour jouir des bienfaits innombrables que nous ont légués
nos pères, et pour léguer à notre tour à nos successeurs des
bienfaits nouveaux, fruits de nos labeurs de chaque jour.
Ceux qui viendront après nous apporteront leur contingent
à l'oeuvre, et c'est ainsi que de siècle en siècle L'humanité
marchera d'un pas de plus en plus rapide à l'accomplisse-
ment de ses destinées.
Notre siècle, messieurs, malgré les tempêtes sociales et
politiques dont il est agité, et qui ne sont que le remous du
travail mystérieux qui s'opère au sein des sociétés humaines,
notre siècle sera grand entre tous les autres, car il est entre
tous le plus laborieux. Jamais l'activité de l'homme n'était
arrivée à ce degré d'intensité. Jamais aussi les résultats n'ont
mieux répondu à l'effort.
La démonstration du crédit, l'association des capitaux,
nous permettent de surmonter des obstacles qui avaient paru
invincibles jusque-là. La communication rapide des peuples
entre eux, l'échange presque instantané des découvertes, le
développement inouï de la science, sa propagation dans les
masses, nous ont armés de ressources nouvelles, de moyens
d'action inconnus auparavant.
Aussi que d'idées nouvelles mises à exécution, que de
projets gigantesques qui se préparent, et qui tendent tous à
ce but suprême : la conquête de la nature par l'homme pour
son plus grand bien-être !
Soyons donc fiers de notre siècle, et, lourde nous aban-
donner au découragement et à l'apathie, redoublons d'ardeur,
tous tant que nous sommes, pour aider à ce mouvement ver-
tigineux qui s'est empaté de lui. Ranimons les faibles et les
découragés, encouragons les forts et les aucacieux, glori-
fions le travail, la vraie source du progrès en toutes choses.
En me plaçant à ce point de vue, je salue avec bonheur
la grande entreprise qui s'accomplit en ce moment sur ce
coin de la terre de France, et qui est appelée à la régénérer,
tout en contribuant à la prospérité générale de notre pays, en
mettant à la disposition du commerce et de l'industrie des
forces improductives et inexploitées jusqu'à présent.
Je salue en espérance ce chemin de fer qui doit traverser
les gorges de nos montagnes, en faire émerger les produits,
— 6 —
et fournir une nouvelle artère à la circulation internationale
de la France, de la Suisse et de l'Italie.
Je parle de la Suisse, et j'aperçois parmi nous quelques-
uns de ses enfants les plus éminents, qui ont bien voulu nous
apporter le témoignage renouvelé de leurs sympathies et de
leur vieille amitié.
Je bois à eux, nos voisins, nos amis dans la bonne comme
dans la mauvaise fortune, en formant, du plus profond de
mon coeur, le voeu de voir se resserrer encore, s'il est possible,
les liens qui nous unissent à eux.
Ils sont nos modèles et nos guides dans cette voie du pro-
grès qui mène à l'organisation des peuples sous la forme gou-
vernementale la plus rationnelle, la plus libre, la seule qui
consacre les droits de tous et nous rende tous égaux et soli-
daires les uns et les autres : la République !
Je dis cette autre voie du progrès : et en effet le progrès ne
consiste pas seulement à vaincre la nature, à la soumettre à
nos lois, mais encore à perfectionner l'instrument du progrès
lui-même : l'homme; à l'instruire, à développer ses facultés,
de manière à le rendre le plus utile à lui-même et aux autres.
Il consiste à organiser les institutions sociales et politiques
de manière à répartir entre tous les hommes le plus équita-
blement possible les avantages sociaux, à consacrer tous les
droits comme tous les devoirs, à procurer à chaque individu
la plus grande somme de liberté possible dans la société la
plus régulière, la plus harmonique possible.
Or, si le progrès s'est manifesté avec la grandeur que je vous
signalais dans l'ordre matériel, il a pris un essor non moins
ample dans l'ordre moral.
Faut-il vous mettre sous les yeux les phases diverses du
perfectionnement de l'homme considéré en lui-même et de
l'homme considéré au point de vue social, depuis le moment
où il est apparu sur la terre peuplée de monstres informes,
rude et grossier comme eux, n'ayant que l'instinct de la lutte
et de la conservation animale, vivant isolé, sans lien autre
que celui qui accouple le mâle à la femelle et qui unit l'enfant
au père et à la mère, jusqu'à celui où, acquérant la notion de
l'humanité, du droit individuel, du droit social et de tous les
devoirs qui y sont afférents, il est arrivé à l'état d'homme ci-
vilisé, vivant en famille dans la cité, dans la nation, pénétré
du sublime sentiment de sa destinée et se rendant digne de
la remplir?
Faut-il vous faire traverser les périodes de l'histoire du dé-
veloppement des sociétés humaines, des états successifs
qu'elles ont parcourus depuis la barbarie, l'esclavage, le ser-
vage, le colonage, jusqu'à la civilisation actuelle ?
Non, il me suffit de vous indiquer le point de départ de la
— 7 —
route qu'il a suivie à travers les âges pour vous montrer le
progrès faisant son oeuvre dans l'ordre moral comme dans
l'ordre matériel, sans s'arrêter, émancipant l'homme de plus
en plus, réglant ses facultés à mesure qu'elles se développent
pour là plus grande utilité de lui-même et de l'humanité.
C'est ici, messieurs, que nous devons porter tous nos
efforts, que nous devons poursuivre notre tâche avec la plus
vive énergie. Héritiers des conquêtes de nos pères, nous ne
devons pas souffrir qu'elles périclitent entre nos mains. Chacun
de nous doit travailler dans la mesure de ses forces à atteindre
ce but qui est posé à notre siècle : Développement complet de
l'homme en lui-même par l'instruction, et des institutions
les plus capables de lui assurer la libre possession et le libre
exercice de ses droits.
Messieurs,
En présence de ce fleuve du Rhône, qui prend sa source
sur une terre libre et continue son cours sur une terre libre,
de ce fleuve dont les flots indomptés n'ont encore enfanté que
des désastres, et qui vont servir bientôt à la création des mer-
veilleux produits de l'industrie, buvons au progrès humain, à
la conquête de la nature par l'homme et au développement
de l'homme lui-même dans la liberté !
8 -
EXTRAIT DU Journal de l'Ain DU 9 SEPTEMBRE 1872.
PREMIER ARTICLE DE M. NOËL
Jeudi (5 septembre) Bellegarde était en fête : on posait la
première pierre du bâtiment destiné aux turbines de la Com-
pagnie Lomer et Ellershausen, les deux Allemands, quelques-
uns disent les deux Prussiens, qui ont songé à utiliser la
chute du Rhône comme force motrice.
Nous regrettons de ne pouvoir donner à nos lecteurs beau-
coup de détails et encore moins nos impressions personnelles
sur cette intéressante cérémonie, car les directeurs de l'en-
treprise, mus par nous ne savons quel sentiment de malveil-
lance à notre égard, n'ont pas cru devoir nous comprendre au
nombre de leurs invités, tandis que nos autres confrères du
département, et même le Journal de Genève, y avaient été
conviés. Nous nous expliquerions difficilement ce mauvais
procédé, cet oubli des attentions et des égards que l'on témoi-
gne d'ordinaire à la presse, si notre situation particulière ne
nous avait accoutumé à une philosophie telle qu'elle touche,
en beaucoup de choses, au dédain. En effet, nous étant tou-
jours montré indépendant des hommes et des choses, nous
ne devons pas être surpris qu'on nous trouve gênant et, par
conséquent, qu'on cherche à nous éloigner de toutes les ma-
nifestations où la libre expression de notre pensée pourrait
offrir quelque danger pour ceux qui n'aiment que la flatterie
ou le servilisme.
Personnellement, nous prenons donc très-indifféremment
notre parti du manque de convenance des deux industriels
allemands, d'autant plus que tout le monde sait qu'en fait
d'urbanité il y a une énorme différence entre les Prussiens et
les Français, et nous le repétons, c'est uniquement pour nos
lecteurs que nous éprouvons quelque contrariété de n'avoir
pas été présent à la cérémonie et de ne pouvoir, conséquem-
ment, leur en rien raconter de visu.
Aussi, mettrons-nous à contribution celui de nos confrères
qui, plus favorisé que nous, a pu assister à la fête et entendre
les discours que de nombreux orateurs ont prononcés. Ce
confrère, c'est le Courrier de l'Ain, qui nous permettra, nous
l'espérons, d'en dire d'après lui quelques mots.
Il nous apprend que « M. le préfet de l'Ain, MM. Mercier,
Rive et Tiersot, députés de l'Ain ; MM. Bonnet, Chanal, Da-
vid, Dupuy, Grosgurin, de Jonage et Marion, conseillers gé-
néraux ; M. Bizot, conseiller d'arrondissement ; MM. Viard,
sous-préfet de Nantua, et de Bernède, sous-préfet de Gex ;
M. Jutier, ingénieur en chef des mines à Châlon ; M. Gobin,
ingénieur des ponts-et-chaussées chargé du service du Rhône
(qui, comme tel, à non seulement instruit la demande en
concession de prise d'eau formée par M. Lomer, mais à pris
part à la discussion des divers projets mis en avant pour
l'exploitation de la chute concédée) ; M. Vendenzande, direc-
teur des douanes ; M. Girod, maire de Bellegarde ; plusieurs
conseillers municipaux et d'assez nombreux invités du dépar-
tement avaient répondu à l'appel de M. Lomer.
« De Genève aussi, de nombreux invités étaient venus en-
tourer ce jour-là M. Lomer, son fils et les ingénieurs de la
Compagnie. — Citons d'abord M. Staempfli, l'un des hommes
les plus considérables de la Confédération helvétique, le, re-
présentant de la Suisse dans le tribunal arbitral de l'Alabama ;
citons ensuite M. Favirot, secrétaire de ce tribunal (dont les
décisions déjà rendues, paraît-il, seront publiées avant peu
de jours) ; M. Colladon, ancien professeur à l'Académie de
Genève et à l'Ecole centrale de Paris ; M. de Saussure, dont
le nom est depuis longtemps illustre dans la science ; M. de
Lentulus, directeur des péages fédéraux.
« La plupart des invités sont arrivés vers dix heures et de-
mie. Ils se sont rendus en groupe à la maison de l'ancien
hôtel de la poste qu'occupe aujourd'hui l'administration de
la Compagnie dé Bellegarde. M. Brunck, ingénieur bavarois
rhénan (1), qui a conduit tous les travaux de la Compagnie en
qualité d'ingénieur en chef, a donné, en s'aidant de plans et
de dessins, les explications nécessaires pour faire concevoir
le plan général de l'entreprise ; puis on a visité successive-
ment les travaux de la perte du Rhône ; — une exploitation
de phosphates placée tout auprès; — le plateau de Coupy,
que l'on destine à recevoir des usinés, dans un temps un peu
plus éloigné, mais d'où l'on domine bien le confluent de la
Valserine et l'emplacement du premier bâtiment des turbi-
nes ; — le plateau de Bellegarde, où s'élèvent déjà les piliers
de la transmission et les murs commencés d'une fabriqué de
parquets ; — enfin le tunnel de prise d'eau qu'éclairaient dès
torches et qu'on aborde par l'aval et parcourt sur une lon-
gueur de plus de quatre cents mètres. (Il ne reste qu'à l'élar-
gir sur une étendue de cinquante mètres.)
(1) Trop de Prussiens, paraît-il, dans cette compagnie ! Décidément
et à bien prendre, nous sommes contents de ne rien lui devoir, pas même
un simple dîner.
— 10 —
« Cela fait, on est revenu à l'extrémité d'aval du tunnel et
l'on s'est rendu dans la chambre des turbines.
« Au moyen d'une chèvre pivotante, les ouvriers ont des-
cendu et mis en place un énorme bloc de pierre, qui formera
la dalle centrale de la chambre destinée à la turbine du mi-
lieu du bâtiment projeté.
« M. le Préfet de l'Ain, ayant alors reçu de M. Lomer, un petit
marteau, puis une truelle avec un peu de mortier, a frappé
la pierre avec le marteau et jeté le mortier sur la pierre. »
Puis il a prononcé une allocution où l'on remarque l'heu-
reux choix de sentiments et d'expressions qui lui est habituel,
et qui a été fort applaudie, mais que le défaut d'espace ne
nous permet pas, à notre grand regret, de reproduire.
Le Courrier de l'Ain ajoute : « Et M. Lomer se saisissant à
nouveau du marteau, l'a passé aux mains de M. Mercier et
de divers assistants, qui, chacun à leur tour, ont frappé sur
la pierre.
« Enfin M. Lomer, très-heureusement inspiré, a dit, avec un
tact et une netteté qui a touché plus d'un auditeur : « Que
« votre République française soit aussi solide et aussi durable
« que la pierre que nous venons de poser. Bonheur à votre
« nation et à vous tous ! »
Ici, nous scindons le récit pour prier notre confrère de
nous permettre de ne pas trouver M. Lomer « aussi heureuse-
ment inspiré » qu'il veut bien le dire, car il nous paraît sin-
gulier qu'un Allemand manifeste un intérêt si vif pour nos
affaires politiques, et fasse des voeux pour telle ou telle forme
de gouvernement que la Providence nous infligera dans sa
sagesse. Si nous étions à Berlin, nous nous garderions bien
d'exprimer, dans une solennité publique, une opinion quel-
conque et surtout un souhait à propos de l'heureux établisse-
ment de l'empire d'Allemagne, car nous aurions peur de com-
mettre une incartade et de nous exposer à entendre dire par
un de nos voisins quelque chose de déplaisant, tel que ceci,
par exemple : « De quoi ce Français vient-il se mêler ? Est-ce
que la solidité et la durée de notre gouvernement le regardent
en rien ? Qu'il s'occupe donc de ses seules affaires et nous
laisse tranquillement faire les nôtres, sans une intervention
étrangère, quelle qu'elle soit ! »
Cette observation faite sans fiel, uniquement pour le res-
pect des sains principes, reprenons le fil de notre récit :
« Après la cérémonie, continue le Courrier de l'Ain, un dîner
préparé et servi par le propriétaire du buffet de Bourg, avec
un succès qui peut lui tenir lieu de recommandation, ( à la
bonne heure! voilà une petite réclame qui est inspirée par la
reconnaissance de l'estomac ! ) un banquet a réuni quarante

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