Le billard / par A. Lalanne,... ; avec eaux-fortes par Maxime Lalanne

De
Publié par

A. Aubry (Paris). 1866. 22 p.-[2] f. de pl. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : lundi 1 janvier 1866
Lecture(s) : 24
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 21
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

AVANT-PROPOS
De. tous les arts d'agrément, le Bilfard est, sans
contredit, celui qui procure à l'homme les distractions
les plus dignes de ses loisirs.
D'où nous vient ce jeu? On n'en sait rien. Mais il
est trop récréatif, trop ingénieux, pour qu'il n'ait pas
une origine française. Le dirai-je? Ma susceptibilité
patriotique se révolte quelque peu à l'idée qu'il en
puisse être autrement.
Quoi qu'il en soit, il n'est pas de jeu plus en vogue.
Au point où en est la civilisation, qui oserait avouer
qu'il ignore le Billard? Le temps n'est pas éloigné
où, à l'égal du piano, le Billard occupera sa place
dans la maison du père de famille.
Ce qu'il importe de savoir, c'est que, depuis un
1:
demi-siècle, il a subi les plus heureuses transforma-
tions; que, semblable à toutes les choses de la terre...
Mais on m'arrête : « Pourquoi, dit-on, annoncer avec
» tant d'importance un sujet frivole? Le monde de
. » nos jours est raisonnable et grave ; les oeuvres
» légères sont hors de saison. »
A quoi je réponds avec plus de justesse que les
professeurs de M. Jourdain : «Le Billard est le plus
» noble, le plus utile, le plus séduisant de tous les
» jeux. »
Raisonnable et grave!... L'objection me fait sou-
rire , surtout quand nous voyons tant d'excentricités
surgir même des cerveaux qui font le plus parade de
sagesse.
Érasme a représenté la Folie comme la souveraine
du monde? Qu'y a-t-il de changé? Ne peut-on pas
dire aujourd'hui, comme on disait hier, comme on
dira demain, qu'ici-bas chacun a sa marotte, ou, si
l'on veut, sa petite faiblesse ?
Tel rêve les dignités ; tel autre aspire aux riches-
ses ; celui-ci se complaît dans le luxe et la prodigalité;
celui-là s'absorbe dans Pégoïsme et l'avarice. Qu'est
devenue la saine'doctrine des vertus austères de cha-
rité et d'humilité que pratiquaient nos aïeux? On n'en
finirait pas avec l'énumération de nos travers, j'allais
dire de nos vices.
Heureux et véritablement sage celui qui sait dire,
comme l'honnête Desmahis :
A peu de frais, en vérité,
Les dieux me peuvent satisfaire :
Qu'ils m'accordent le nécessaire
Et me conservent la santé,
Je fais du reste mon affaire.
Brillât-Savarin, docte magistrat, passé maître dans
la science gastronomique, a produit la Physiologie du
goût, oeuvre pleine de verve, de philosophie, et pétil-
lante d'esprit. Combien d'hommes sérieux ont donné
naissance à des oeuvres légères ! Pourquoi serait-il
interdit à un modeste greffier, raffolant du Billard,
d'écrire- dans ses moments de loisir, faisant ainsi
diversion au langage barbare de la procédure, quel-
ques vers en l'honneur du roi des jeux?
Qui ne sait que le Billard fit les délices des plus
grands personnages?!François Ier et Louis XIV, entre
autres, y trouvaient leur délassement ; et notre siècle
lui-même a vu un garde des sceaux et un ministre
des cultes *■ ne pas juger cet exercice indigne de leur
gravité, car, pour temple, ils lui consacraient une
salle richement ornée, où de nobles amateurs étaient
fréquemment conviés. 1]
Si j'étais roi, je croirais faire oeuvre louable, pour
f* MM. de Pcyronnct et de Frayssinous.
le développement des forces physiques et morales
de mes sujets, en prescrivant la pratique du Billard,
justifiant par là son utilité pour le corps qu'il exerce,
pour l'intelligence dont il entretient les facultés, et
pour l'âme qu'il délasse, sans éveiller en elle ce qu'on
nomme justement la fatale passion du jeu.
Je n'ai pas la prétention de composer un traité di-
dactique sur la matière. Qui pourrait exprimer, sans
une démonstration expérimentale, les diverses ma-
nières de tenir la queue, c'est-à-dire l'instrument
dont s'arme le joueur? Qui pourrait, à l'exclusion de
la pratique, enseigner théoriquement quel degré de
pression la main doit exercer sur l'instrument ; dans
quel cas il le faut saisir du bout des doigts ou le
comprimer vigoureusement dans la paume de la
main; l'y laisser à l'aise, ou lui communiquer un
frémissement nerveux? Qui pourrait indiquer, en
dehors d'un cas positif, quel point précis de la bille
doit-être frappé? Le tout, pour donner à cette bille
des projections qui semblent quelquefois renverser les
lois les plus constantes delà géométrie et de la dynami-
que? Autant vaudrait demander à Servais et à Vieux-
temps de démontrer, par écrit et sans instrument,
comment ils dirigent l'archet ou attaquent la corde,
quand ils veulent obtenir ces effets éblouissants qui
étonnent par leur poésie musicale : c'est là une
question de tact qui se sent à l'exercice et qui ne
saurait se décrire. Je n'ai donc pu que formuler quel-
ques règles générales et quelques coups. Les amateurs
qui cultivent à la fois le Billard et les Lettres appré-
cieront certainement ce que je viens de dire.
Ainsi, partez, mes vers, et bonne chance! Puis-
siez-vous rencontrer, dans votre course vagabonde,
beaucoup de lecteurs, pour en faire autant de défen-
seurs zélés du Billard; puissiez-vous surtout trouver
beaucoup d'indulgence pour vous-mêmes.
È\ LE
il i
#LLARD
LE BILLARD
Le rai des jeux, c'est le Billard!
I
Le Billard! Ce mot seul m'inspire;
Le Billard ! c'est mon vieil ami :
Pour le chanter, pour le décrire,
Que n'ai-je la brillante lyre
Et l'entrain de Barthélémy?
Le Billard, ce digne exercice
Des grands seigneurs et des bourgeois,
Brillant, doux et grave à la fois;
Je le proclame, c'est justice,
Le roi des jeux, le jeu des rois !
— 10 —
Combien de fois, l'esprit en peine,
Le coeur pris d'un léger chagrin,
Le front chargé, dès le matin,
De quelque importune migraine,
Dans le Billard, heureux destin,
J'ai trouvé mieux qu'un médecin !
A lui toute ma gratitude.
S'il me charma dès mon printemps,
Il embellit la solitude
Où s'écoulent mes derniers ans.
Toutefois un plan didactique
Ne rentre pas dans mes projets.
Souffrez que simplement j'explique
Du noble jeu quelques effets;
Puis, avouant ma préférence,
Je démontre, avec évidence,
Qu'au Billard, pour maintes raisons,
Revient le droit de préséance
Sur tous les jeux de nos salons.
C'est pour vous, amateurs d'élite,
Que je formule et que j'édite
Ma préface et ces humbles vers,
Certain que vous comprendrez vite.
Où trouver de meilleurs experts?

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.