Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Le Braconnier

De
83 pages

Le baron de Nocreux, qui combattait sous les drapeaux d’Henri IV depuis plus de cinq ans, était rentré, la veille seulement, dans le château de ses ancêtres, en Nivernais. Il aimait le métier des armes par-dessus tout, et il n’aurait jamais songé, à prendre du repos, puisqu’il ne sentait point encore la fatigue de l’âge et qu’il ne se souvenait pas même de ses blessures, si la paix de Vervins, conclue le 2 mai 1598 entre le roi de France et le roi d’Espagne, n’eût mis fin à la guerre.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Fig. 1. — Le baron de Nocreux.
Paul Lacroix
Le Braconnier
I
LA LETTRE DE GRACE
Le baron de Nocreux, qui combattait sous les drapeaux d’Henri IV depuis plus de cinq ans, était rentré, la veille seulement, dans le châ teau de ses ancêtres, en Nivernais. Il aimait le métier des armes par-dessus tout, et il n ’aurait jamais songé, à prendre du repos, puisqu’il ne sentait point encore la fatigue de l’âge et qu’il ne se souvenait pas même de ses blessures, si la paix de Vervins, concl ue le 2 mai 1598 entre le roi de France et le roi d’Espagne, n’eût mis fin à la guerre. Pendant son absence, ses intérêts de famille et de fortune avaient gravement souffert ; il était devenu veuf, et son fils unique, Gaston, laissé entre les mains de ses domestiques à l’âge de dix ans, n’avait pas reçu l’éducation qu i convenait à l’héritier d’une maison illustre. Quant aux biens du baron de Nocreux, ils avaient été si mal administrés, que ses revenus diminuaient tous les jours, que ses terres les plus fertiles restaient en friche, et que ses vassaux languissaient dans la misère. Le brave capitaine oublia tous les embarras de sa s ituation seigneuriale, en revoyant son fils, qu’il avait quitté bien débile et bien petit, et qu’il retrouvait grand et fort. « Gaston, » lui disait-il en le pressant dans ses bras avec une émotion paternelle, « tu seras bientôt un homme ! Je t’emmènerai alors avec moi à la guerre, et tu feras sous mes yeux ton apprentissage de soldat. » L’enfant rougit et fit la grimace, sans répondre ; car sa mère, qui avait tant gémi de l’éloignement du baron de Nocreux que lui disputait sans cesse la vie militaire, s’était bien gardée d’éveiller des instincts guerriers dans le cœur de Gaston, qu’elle espérait du moins conserver auprès d’elle, en ne lui inspirant que des goûts casaniers et paisibles. « Oui-da ! » reprit le père, dont le visage s’était rembruni. « As-tu appris ce qu’un gentilhomme doit savoir, au sortir de l’enfance ? M ontes-tu à cheval ? Es-tu habile à jouer de l’épée, à manier la lance, à courir la bag ue, à exécuter la manœuvre de l’arquebuse, à chasser au bois et dans la plaine, à nourrir les chiens et les oiseaux, à tirer de l’arc ?  — Madame ma mère m’apprenait seulement à lire, à é crire et à compter, » répondit timidement l’enfant, qui n’avait pas la moindre voc ation pour les exercices de force ni pour les plaisirs bruyants. « De plus, je sais fort bien jouer à toutes sortes de jeux de cartes, de dés, de quilles, de paume, etc. » Le baron haussa les épaules, fronça le sourcil et tira sa moustache ; puis adressant un regard de dédain et de colère aux subalternes qui a vaient si mal élevé son fils, il leur tourna le dos et alla s’enfermer dans son appartement. Le lendemain, de bon matin, il annonça qu’il commençait son rôle de seigneur et qu’il avait à mettre de l’ordre dans les affaires de sa m aison. Tous ses domestiques se regardèrent avec inquiétude, et quelques-uns trembl èrent : sa figure balafrée, ordinairement bienveillante et quelquefois joviale, avait pris une expression de sévérité presque menaçante. Il demanda le registre sur lequel son intendant rel evait tous les comptes de la seigneurie de Nocreux, le produit des terres, les redevances des vassaux, les rentes et les contributions féodales. L’intendant n’était sans doute pas en règle, car il ne se pressa guère d’obéir, et il essaya de changer le cours des idées de son maître, en lui faisant admirer la beauté du paysage qu’on découvrait du haut d’une terrasse, ornée de vases, de statues et de plantes rares.
« En effet, le lieu me plaît pour y établir ma cham bre des comptes, » dit le baron en caressant sa moustache ; « je tiendrai ensuite ma chambre de justice...  — Nous avons un homme à pendre, » repartit l’inten dant, qui saisit avec joie le prétexte qu’on lui offrait d’éloigner une enquête qu’il redoutait. « C’est un braconnier. — Pourquoi n’a-t-on point accroché au gibet ce larron, qui ose toucher à mon droit de chasse ?  — Le prévôt réservait, j’imagine, l’exécution pour fêter votre heureux retour, Monseigneur ; car voilà dix ou douze jours que le criminel a été jugé et condamné, pour avoir tué un cerf dans la forêt de Barbeloup...
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin