Le Chaînon manquant

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Henry Fonternez et son petit-fils Greg arpentent les brocantes tous les weekends. Intrigué par la composition de l'un des objets achetés, le jeune homme demande à son parrain, qui travaille au CNRS, de quel matériau il est constitué. Alors qu’ils attendent de connaitre les résultats, la DST débarque chez Henry pour enquêter sur la provenance du dit objet. Effrayé par cette intrusion, le vieil homme va fuir et entraîner Greg dans des aventures qui les conduiront jusqu’en Egypte, où nos deux héros vont découvrir un secret qui, s’il était dévoilé, pourrait changer l’histoire de l’humanité.


Publié le : vendredi 19 décembre 2014
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EAN13 : 9782332693624
Nombre de pages : 336
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intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-69360-0

 

© Edilivre, 2016

 

L’histoire se déroule au milieu
des années mille neuf cent quatre-vingt

Chapitre 1

Alors qu’il dormait profondément, Henry Fonternez fut tiré brutalement de son sommeil par un air de musique qui lui rappela sa jeunesse. Il s’empressa d’éteindre son radio-réveil, par crainte de réveiller son épouse endormie à ses côtés.

Il était quatre heures trente et Henry savait que les meilleures affaires se faisaient tôt le matin. Il sortit donc très vite du lit et, dans le noir, se dirigea à pas feutrés vers la salle de bain.

Il se vêtit en trois minutes, puis il prit un pain au chocolat et se rendit directement au garage, sans même avaler la tasse d’arabica corsé qu’il prenait chaque matin.

Lorsqu’il démarra la Mercedes, son premier geste fut d’allumer l’autoradio, en espérant que la chanson qui l’avait tiré de son sommeil serait encore à l’antenne. Malheureusement, l’animateur avait lancé le tube du moment, une ineptie anglo-saxonne, mais ce n’était pas du tout le genre de musique qu’il affectionnait habituellement.

Il faisait froid ce matin-là et, dix minutes plus tard, alors qu’il n’était toujours pas réchauffé, Henry convint qu’il fallait être fou ou inconscient, à presque soixante-dix ans, pour se lever si tôt par ce temps glacial, au lieu de jouir encore de la douce tiédeur de la couette et des ronflements réguliers de Monique, sa tendre épouse.

Cependant, il parvint rapidement à destination et s’engouffra dans une petite rue à sens unique, sans éclairage, où seuls les phares de la voiture parvenaient à trouer l’épaisseur glauque de la nuit. Heureusement, il connaissait les lieux, car derrière un virage en épingle à cheveux, une excavation abîmait la chaussée. Il le savait. Il se souvenait de ce trou qui lui avait coûté une jante et un pneu, il y a peu de temps. Il prit ses précautions.

Au bout de la rue, il aperçut, derrière la fenêtre d’une petite maison, un rayon de lumière qui pointait entre les lames des persiennes. Greg était bien là, réveillé lui aussi, fidèle au poste comme chaque fin de semaine.

Henry admirait le courage de son petit-fils qui se levait avant le jour, alors que les occupants de la maisonnée, ses parents et ses deux sœurs, n’allaient émerger que trois ou quatre heures plus tard. A presque dix-sept ans, il était bien différent des jeunes de son âge qui, généralement, ne s’intéressent à rien si ce n’est aux jeux vidéos ou aux musiques de loubards, comme il disait. Lui, tout le captivait. C’était un beau et grand jeune homme, un peu réservé, qui faisait plus mature que ses seize ans et demi.

Greg attendait sur le pas de la porte. Lorsqu’il aperçut au loin les phares de la voiture, il sut que c’était son grand-père qui arrivait. Il éteignit la lampe de la cour et ferma à clé derrière lui, puis il se précipita vers le bord de la route.

La voiture stoppa juste à sa hauteur. Il ouvrit la porte arrière, jeta son sac sur la banquette et la referma délicatement pour ne pas réveiller le quartier, puis il prit place à coté de son grand-père.

– Bonjour Papy, dit-il en l’embrassant sur la joue mal rasée, encore froide des rigueurs de la nuit.

– Bien dormi ? Lui demanda Henry.

– Ouais, mais ma petite sœur a fait un cauchemar cette nuit et j’ai eu du mal à me rendormir, répondit Greg.

Puis les deux hommes restèrent muets, tout en savourant l’un et l’autre l’instant présent. Seul le bruit du moteur, faible et régulier, perturbait le silence de la nuit et maintenait leurs sens en éveil.

Dans une demi-heure, ils arriveront à Lorient où avait lieu ce week-end l’une des plus importantes brocantes de la région.

Petit à petit, ils sentaient monter en eux la fièvre et l’excitation qui saisissent le collectionneur au fur et à mesure que s’approche le temple de leur passion. Comme presque chaque semaine, ils s’attendaient à mettre la main sur la perle rare ou manquante pour compléter une série ou une collection.

Henry collectionnait les vieux objets, insolites et originaux, ce qui lui valait régulièrement les reproches de sa femme qui désespérait souvent de le voir revenir avec des babioles qui, prétendait-elle, ne servaient à rien ; si ce n’est qu’à encombrer une remise déjà bien pleine, transformée en musée de l’étrange, du bizarre et du baroque, en fourre-tout indéfinissable, respirant la poussière et le vernis.

En bon numismate, il accumulait aussi et surtout les pièces de monnaie anciennes. Il avait orienté sa collection sur les monnaies royales de l’époque Louis XIV et sur les monnaies napoléoniennes que ses recherches l’amenaient à repérer assez facilement lors de brocantes ou vide-greniers à des prix raisonnables.

Son petit-fils, Greg, quant à lui, associait la recherche des livres anciens à celle des bandes dessinées, deux domaines pourtant très différents. Son grand-père complétait souvent le prix d’achat de l’objet par un apport personnel généreux, car Greg n’avait pas toujours l’argent nécessaire pour satisfaire son plaisir.

Enfin, ils approchèrent. Henry savait qu’il ne fallait pas stationner trop près de la brocante, car à l’heure où ils quitteront l’immense foire, la foule présente, grouillante comme les abeilles de la ruche, les gênera pour s’échapper. Il abandonna donc sa voiture à environ un quart d’heure de marche des premiers étals. Rituel immuable puisque Henry se targuait d’être un habitué des marchés aux puces, notamment celui-ci qu’il fréquentait sans doute, pour la trentième fois, pensait-il. Il avait ses habitudes et se garait toujours à peu près à la même place, c’est-à-dire à trois pâtés de maisons de la rue principale. Il semblerait, curieusement, que sa place était réservée d’année en année.

Une fois la manœuvre terminée, ils descendirent tous deux de la voiture, saisirent leur sac à dos et, d’un pas décidé, se mirent en marche pour une matinée de bonheur.

Chapitre 2

En apercevant les premiers exposants qui finissaient de déballer leur véhicule, les cœurs d’Henry et Greg se mirent à battre de plus belle. L’excitation commençait à les gagner et inconsciemment leurs pas s’accélérèrent.

Lorsqu’ils arrivèrent devant les premiers vendeurs, le rituel se mit en place automatiquement. Sans se dire un mot, ils se placèrent sur le côté droit de la route – Ils feraient le coté gauche au retour – et commencèrent à observer les étalages.

Henry et Greg balayaient les stands d’un regard et, par expérience, ils savaient s’ils pouvaient s’y attarder ou pas. Des bibelots, des vêtements, des jouets ou des vieux objets, on pouvait trouver de tout sur les vide-greniers. Les emplacements qui n’attiraient pas leur attention étaient vite négligés, car le matin très tôt, il fallait se presser, la concurrence était rude entre les collectionneurs et les bonnes affaires ne restaient pas très longtemps sur les étals.

Vers huit ou neuf heures, il sera trop tard et tout ce qui a de la valeur aura trouvé preneur. Le reste de la journée sera essentiellement réservé aux promeneurs du dimanche.

Le premier qui s’attarda devant un emplacement fut Greg, il se pencha sur une ancienne bande dessinée de Félix le chat. Henry jeta un regard vers son petit-fils et continua d’avancer sans se soucier de lui, dans quelques mètres ce sera à son tour de s’arrêter et il le rejoindrait.

Une dizaine de stands plus loin, Henry s’intéressa à un bol qui contenait des pièces de monnaie. Il constata, à regret, qu’elles étaient récentes, il reposa donc le récipient et reprit sa route.

Greg l’avait rejoint.

– Alors petit, ce livre tu as fait affaire ? Demanda Henry.

– Non, le troisième plat était raturé et en plus le vendeur en voulait trop cher, répondit Greg.

Le jeune homme connaissait le prix et les dates d’impression des vieilles BD, car tous les ans il se payait le livre référence en la matière, le BDM, et personne ne pouvait le tromper.

Soudain, le regard d’Henry fut attiré par un classeur ouvert qui renfermait des vieilles monnaies. Il tourna quelques pages et tomba sur une pochette qui contenait des napoléoniennes.

Il posa son sac entre les jambes et commença à observer minutieusement les pièces en regardant les valeurs faciales, ainsi que les années et ateliers de frappe. Il connaissait très bien les années rares, mais pour les ateliers monétaires, il avait un petit calepin dans lequel étaient inscrits ceux qui lui manquaient.

Il sortit une pièce de dix centimes datant de Napoléon III. Elle avait été frappée en 1865 avec une croix tréflée pour l’identification du graveur. Il était quasiment sûr de ne pas l’avoir dans sa collection, mais il préféra vérifier et se baissa pour prendre son précieux carnet dans la pochette intérieure de son sac.

Il tourna quelques pages et se retrouva à l’onglet « dix centimes ». La croix tréflée correspondait au graveur Henri Delbecque. Il eut ainsi la confirmation qu’il ne la possédait pas.

Il remit son carnet dans son sac et commença à examiner sa trouvaille sous toutes ses coutures. Une pièce de monnaie peut vite perdre de sa valeur en fonction de son état d’usure et, en bon numismate, Henry le savait très bien. Celle-ci était quasi superbe, car on voyait encore distinctement les feuilles de laurier. La fin du ruban était un peu frottée, mais le reste affichait un parfait état.

– Combien pour cette pièce ? Demanda Henry au vendeur.

– 800 francs, lui répondit-il.

Henry regarda de nouveau la pièce, puis il fit une offre :

– Je vous en propose 600.

– Elle est très rare, je ne descendrai pas sous les 750 francs, rétorqua le vendeur.

Henry savait très bien qu’elle les valait largement et ne discuta plus le prix.

– C’est d’accord je la prends, dit-il ravi par son achat.

Il finit de feuilleter le classeur, mais il ne fut nullement intéressé par le reste de la collection et sortit de son portefeuille la somme exacte. Il n’aimait pas, après avoir chiné, montrer aux vendeurs qu’il n’était pas limité par ses possibilités financières et il paya son dû.

Il examina de nouveau la pièce et la plaça dans la pochette, là même où il venait de ranger son calepin en prenant bien soin de zipper la fermeture éclair.

Il reprit sa marche. D’un coup d’œil, il essaya de repérer Greg dans la foule.

Point de Greg, alors il fouilla de nouveau du regard les étalages.

Greg était quelques mètres plus loin et regardait une bande dessinée des années cinquante, mais le dos de celle-ci était trop usé pour qu’elle puisse l’intéresser. Il la remit en place et poursuivit son parcours sans se soucier de son aïeul, il savait très bien qu’ils se retrouveraient quoi qu’il arrive.

Au bout de quelques heures, Greg termina la brocante. Le week-end n’avait pas été très prolifique pour lui, car il n’avait rien trouvé d’intéressant. Il jeta un coup d’œil derrière lui et ne vit pas son grand-père.

Il se retrouvait là où deux heures plus tôt ils avaient commencé. Il ne s’inquiéta pas, puisque c’était leur habitude, ils ne finissaient jamais une brocante ensemble. La plupart du temps, le jeune homme terminait avant son grand-père, car si Greg ne s’intéressait qu’aux livres, le vieux, quant à lui, regardait tout, toujours à l’affût d’une bonne affaire.

Une demi-heure plus tard, alors que le temps commençait à lui sembler bien long, Greg distingua la silhouette d’Henry. Il était encombré d’un vieux tabouret style ancien et d’une cage à oiseaux dont il se demandait bien à quoi elle pourrait lui servir vu qu’il n’avait aucun volatile chez lui. C’était bien Henry ça, même s’il n’avait pas besoin de l’objet, du moment qu’il pensait faire une bonne affaire, il achetait.

– Grand-mère va encore crier, lui lança-t-il, en attrapant la cage et le tabouret pour le soulager.

– Cinq francs la cage, ça aurait été un crime de ne pas la prendre, elle est toute neuve.

– Je sais papy, mais un jour mamy va se fâcher et elle te fera ranger ta grange, répondit Greg.

En effet, Henry avait une remise où il entreposait tous ses achats qui, pour lui, étaient de bonnes affaires, mais qui, pour tous les autres membres de la famille, n’étaient que des babioles sans intérêt.

Henry finissait d’expliquer à Greg l’achat de la superbe pièce de Napoléon, lorsqu’ils arrivèrent à la voiture. Le coffre de son véhicule n’étant pas assez grand pour mettre le tabouret et la cage, Henry posa cette dernière sur la banquette arrière.

Le retour fut aussi silencieux que l’aller. Ils pensaient tous les deux à ce qu’ils avaient vu et s’interrogeaient sur l’opportunité d’avoir raté des objets de valeur. Henry déposa Greg devant chez lui et lui donna rendez-vous à midi, car la coutume voulait que le premier dimanche du mois, Henry et sa femme reçoivent leurs enfants et petits-enfants. Il n’était plus très loin de neuf heures lorsqu’Henry arriva chez lui. Il espérait que son épouse dormirait encore, ainsi, il pourrait aller dans la dépendance déposer ses trouvailles sans qu’elle ne s’en aperçoive. Il rentra directement sa voiture dans le garage et vit la lumière de la cuisine allumée. Il comprit alors que Monique, sa femme, était réveillée. Il sortit la cage et le tabouret, puis traversa la cour pour aller les ranger. Monique, qui avait entendu du bruit, jeta un coup d’œil par la fenêtre et aperçut Henry les bras chargés. Quelques instants plus tard, il rejoignit sa femme qui était assise dans son fauteuil et lui demanda si tout allait bien, puis il prépara un copieux petit déjeuner, la faim commençait à le tirailler. Ils déjeunèrent en silence. Henry se dit que Monique ne l’avait sans doute pas vu, car elle ne lui parla de rien.

Chapitre 3

Il était midi moins le quart et, comme d’habitude, ce furent Jean et Stéphanie qui arrivèrent les premiers à la petite fermette du vieux couple pour le repas dominical.

Stéphanie était leur fille aînée. Elle était employée de bureau dans une usine de textile et son mari chercheur au CNRS. Ils avaient deux enfants qui n’étaient pas venus. Edouard disputait une compétition de billard avec un camarade et Lucie était chez une amie pour finir un exposé, sur l’art contemporain qu’elle devait rendre le lendemain.

Quelques minutes plus tard, Greg arriva en compagnie de ses parents, Charles et Valérie ainsi que de ses deux sœurs, Lili et Charlotte.

Le fils du vieux couple était dessinateur industriel dans une petite unité de sous-traitance pour les chantiers navals et son épouse était mère au foyer, ses journées étaient bien remplies. Elle n’avait pas de problème avec l’éducation de Greg qui était indépendant, mais les deux petites étaient turbulentes.

La famille n’était pas au complet, puisqu’il manquait Maryse, la cadette des Fonternez. Certes, depuis la rentrée de septembre, elle avait eu une mutation qui la rapprochait du domicile de ses parents, mais elle avait quand même deux cents kilomètres à parcourir pour rejoindre le reste de la famille. Son maigre salaire de professeur d’histoire et un enfant à charge depuis son divorce lui rendaient les fins de mois parfois difficiles, si bien que cette fois-ci, elle ne viendrait pas.

Tout en dégustant l’apéritif, Jean, qui était aussi le parrain de Greg, lui demanda s’il avait acheté des vieux livres le matin, car il connaissait la passion de son filleul et il savait que tous les dimanches, il faisait une sortie avec son Papy.

– Non, je n’ai rien vu de bien ce matin, lui répondit Greg.

– Tiens, pour tes prochains achats, lui dit Jean, en lui tendant un billet de cinquante francs plié en deux.

Au cours de la conversation, Charles mit le feu aux poudres sans le vouloir. Il demanda simplement à son père s’il avait fait des affaires le matin. C’est alors que Monique se mit dans une colère noire en disant :

– Bien sûr qu’il a encore acheté n’importe quoi, je l’ai vu ce matin, il est allé ranger ses emplettes en pensant que je ne le voyais pas. C’est un beau bordel la remise, va voir Charles, tu te rendras compte par toi-même. Si ça continue, je vais bientôt y faire un tri et ça va être vite fait.

Il y eut un long silence, car depuis la maladie de Monique, la famille n’aimait pas qu’elle se mette dans des états pareils.

Henry interrompit ce silence pour rassurer tout le monde :

– J’irai ranger la grange dès demain.

Par son intervention, il espérait calmer sa femme.

Elle fut totalement tranquillisée lorsque Greg demanda :

– Papy, est-ce que tu peux attendre mercredi, je n’ai pas école et je voudrai t’aider.

Henry accepta le coup de main avec plaisir.

Le repas ainsi que le reste de la journée se passèrent sans problème et, en fin d’après-midi, chacun des convives regagna son domicile.

Le matin du mercredi suivant, Greg arriva en vélo pour aider son grand-père comme convenu. Il salua sa grand-mère et lui demanda où était Henry.

– Il est déjà dans la grange, lui répondit-elle et Greg s’empressa de le rejoindre.

Henry était là, assis sur un bac retourné, à contempler tout son bric-à-brac, dans ce capharnaüm qui aurait fait pâlir de jalousie un brocanteur professionnel tant les objets qui s’y trouvaient étaient remarquables. C’était un homme raffiné qui affectionnait les beaux objets, même si certains d’entre eux lui étaient complètement inutiles, il aimait les posséder tel ce vieux percolateur de bistro qui ne lui servirait jamais à rien. Henry se souvenait exactement où et quand il les avait achetés.

Le grincement de la porte sortit Henry de ses pensées.

– Ah ! C’est toi, dit-il en apercevant Greg.

– Est-ce que tu te souviens de toutes ces brocantes ? lui lança Henry avec nostalgie.

– Je me souviens de tout Papy.

Ils eurent tous les deux du mal à s’atteler à la tâche. C’est Greg qui commença en prenant un vieux moulin à café.

– Papy est-ce que tu te rappelles où on l’a eu celui-là ?

– A Etel, je l’avais payé 30 francs.

– C’est vrai, tu l’avais acheté avec une statue en bronze et le gars t’avait même donné en cadeau une peluche, tu te souviens ?

– Tu as raison, j’avais même mis la peluche à la poubelle en rentrant à la maison. Et cette étagère, tu t’en souviens ? Demanda Henry en la lui montrant.

– Evidemment Papy, le vendeur nous l’avait même ramenée à la voiture pour nous aider.

La matinée se passa ainsi, ils rangèrent les objets sur des étagères en les énumérant un par un et en indiquant le lieu et le prix payé. Vers onze heures trente, ils s’arrêtèrent pour permettre à Henry d’aller préparer le dîner.

Après le repas, ils reprirent le rangement jusqu’à ce que Greg demande à son Papy :

– C’est quoi ça ? Ce truc est bien léger.

Henry qui ne voyait pas l’objet, puisque Greg était en contre-jour, s’approcha.

– Je ne sais pas, répondit Henry, je l’avais acheté à Auray à un gars qui vendait des sellettes, l’objet m’avait plu, il était original et j’avais pensé en faire un lampadaire.

– On dirait un aileron ou un gouvernail. Mais quel est donc ce matériau si léger ? Demanda Greg.

– Je ne sais pas, c’est sans doute une espèce de bois très rare, répondit Henry.

– Papy tu crois que je peux demander à parrain de me dire avec quel matériau est fait ce truc ?

– Bonne idée, d’autant que je crois qu’au CNRS, ils ont un peu de temps à eux pour faire de la recherche personnelle, je pense qu’il se fera un plaisir de te rendre service.

– Parfait, je lui demanderai le mois prochain, dit Greg en reprenant l’objet des mains de son grand-père.

– Tu n’auras pas à attendre si longtemps, mon petit. Il passe ce soir à la maison, car il aide un ami à déménager dans la région et il vient pour le souper.

– Super. Papy, est-ce que je peux rester manger avec vous ce soir ? Demanda Greg.

– Oui si ta mère est d’accord, on lui téléphonera tout à l’heure pour lui demander et je te raccompagnerai après le repas.

Greg était excité à l’idée de connaître le matériau dont était fait cet objet.

Les deux hommes reprirent le rangement de la remise. Vers quinze heures, alors que le travail était loin d’être fini, ils firent une pause.

En rentrant dans la maison, ils constatèrent que Monique s’était assoupie dans son fauteuil, Henry se dirigea vers le salon pour ne pas la déranger. Monique avait la maladie d’Alzheimer et il lui arrivait très souvent de somnoler assise dans la cuisine.

– Ne réveille pas Mamy, dit Henry, je vais faire du café, est-ce que tu en veux ?

– Non merci Papy, je vais plutôt prendre une limonade, répondit Greg.

– Appelle ta mère pour ce soir, pendant que je fais le café, proposa Henry.

Greg ne se fit pas prier et après avoir passé cinq minutes au téléphone avec sa mère, Henry comprit, en voyant la tête de son petit-fils, que celui-ci n’avait pas eu la permission de rester pour voir Jean.

– Tu pourras donner l’objet à parrain, car maman ne veut pas que je reste ce soir. Demain il y a école, dit Greg déçu.

– Oui ne t’en fais pas, je lui donnerai, répondit Henry tendrement.

Après la pause café, ils retournèrent à la grange. Greg reprit l’objet et le contempla longuement.

Les deux hommes n’avaient plus le cœur à travailler et ils flânèrent en regardant tout ce qui restait à ranger.

Il était maintenant seize heures trente et Greg devait rentrer chez lui, car la nuit allait bientôt tomber. Avant de partir, il reprit l’aileron encore une fois, comme s’il savait qu’il ne le reverrait plus.

– Ne t’inquiète pas, je le donnerai à ton parrain, dit Henry.

– Je sais, je sais, répondit Greg, mais je me demande vraiment ce que c’est, ça me semble bizarre.

Il le reposa finalement, puis il rentra chez lui.

Le soir même, après le repas, Henry remit l’objet à son beau-fils. Celui-ci lui dit que ça devait sans doute être un dérivé du balsa, mais qu’effectivement ce matériau lui semblait bien léger.

Jean prit l’objet et il promit à Henry de faire des recherches dès le lendemain matin pour découvrir quel était ce composant si mystérieux.

– Greg tient beaucoup à savoir ce que c’est, précisa Henry.

– Je lui répondrai, dit Jean. Puis il rentra chez lui en emmenant l’aileron.

Chapitre 4

Le lendemain en fin de matinée, alors qu’Henry épluchait les légumes pour la ratatouille qu’il préparait, il entendit sonner à la porte. Il regarda l’horloge et se dit en lui-même :

– Qui peut donc bien venir à onze heures trente ? Quelqu’un qui vient sans doute se faire payer l’apéritif !

La sonnette retentit une seconde fois, alors il s’écria :

– Voilà j’arrive y’a pas le feu !

Il se rinça les mains sous le robinet, puis il alla ouvrir.

Il avait face à lui deux personnes. Le premier, celui qui était sur le perron de la porte, était grand, filiforme et mal rasé. Il était vêtu d’un pull jacquard, d’un vieux jean et des baskets blanches. Le second était plus petit et râblé, il avait l’allure d’un rugbyman, il portait d’ailleurs un polo de l’équipe d’Irlande. Il devait sans doute pratiquer cette discipline, se dit Henry. Les deux hommes se présentèrent :

– Olivier Jourdain, Direction de la Sécurité du Territoire, dit le plus grand en tendant vers Henry sa carte barrée bleu, blanc, rouge.

– Julien Lenfant, dit le second en lui montrant aussi la sienne.

Henry fut très surpris de voir ces gens chez lui, car en tant qu’ancien fonctionnaire, il connaissait bien le rôle de la sécurité du territoire.

DST se dit-il, pour que deux agents de la DST se déplacent, l’affaire doit être sérieuse.

– Entrez Messieurs, leur proposa Henry.

Au même moment le téléphone sonna.

– Installez-vous dans le salon, j’arrive, dit Henry en se précipitant vers la pièce juste à côté pour répondre à l’appel.

Il eut à peine le temps de décrocher le combiné que quelqu’un parla :

– Où est-ce que vous avez eu votre aileron ? Lui demanda une voix un peu parasitée par un léger écho qui venait sans doute d’un vieux téléphone et qu’Henry n’avait pas reconnue.

– Allô, qui… qui est à l’appareil ? Demanda Henry en commençant à s’inquiéter vivement.

Alors qu’il sentit Henry très angoissé, son interlocuteur se présenta :

– C’est Jean ! Votre beau-fils, je vous appelle de chez un collègue, car je suis sur écoute téléphonique.

Puis sans laisser parler Henry, il reposa sa question :

– Où avez-vous trouvé votre aileron ?

Tout se mit à tourner très vite dans la tête d’Henry. L’aileron, la DST chez lui c’était sans doute pour ça.

– Euh ! Je ne sais pas, répondit Henry perturbé, puis il enchaîna :

– Il y a deux agents de la DST qui viennent d’entrer à la maison.

Il y eut un léger silence puis Jean dit à son tour un peu troublé :

– Ne leur parlez surtout pas de Greg et dites-en le moins possible, j’arrive tout de suite. Puis il raccrocha. Henry resta figé pendant quelques longues secondes. Il faisait le point. Dans sa tête tout semblait se mélanger, il ne savait plus où il était lorsque soudain il entendit son nom.

– Monsieur Fonternez !

C’était l’un des deux agents qui l’appelait.

– Oui… j’arrive, dit-il en regagnant le salon.

Les inspecteurs virent tout de suite que ça n’allait pas.

– Une mauvaise nouvelle ? M. Fonternez demandèrent-ils.

– Non… non, leur répondit Henry sans les convaincre.

– Monsieur Fonternez, nous sommes ici parce que vous avez remis à votre gendre un objet et nous voudrions savoir où vous l’avez trouvé ? Demanda sèchement l’agent Jourdain qui semblait être le chef.

– Quel objet ? Demanda Henry.

– Monsieur Fonternez, je répète ma question, où avez-vous eu cet objet ? Dit-il en haussant le ton.

– Si vous parlez de l’objet que j’ai trouvé dans les champs en me promenant, je peux vous montrer l’endroit exact de sa découverte, rétorqua Henry.

– Monsieur Fonternez, ne vous moquez pas de nous, vous pourriez le regretter, reprit le plus petit qui semblait moins coopératif.

– Mais qu’est-ce qu’il a de si particulier mon objet ? Demanda Henry.

– Monsieur, ce n’est plus votre objet, lui répondit Lenfant, dorénavant il est la propriété de l’Etat.

– Ah bon ! Et que lui vaut ce classement ? Demanda Henry un peu abasourdi.

– Secret-Défense Monsieur, répondit Lenfant.

– Secret-Défense, pensa Henry.

– Encore un satellite qui a dû se casser la figure, se dit-il en lui-même.

– Monsieur Fonternez, si vous ne nous dites pas d’où vous tenez cet objet, nous nous verrons dans l’obligation de vous arrêter, lui dit Jourdain sans avoir l’air de rigoler.

– Je vous assure que je l’ai trouvé dans les champs en me baladant, leur répéta Henry.

La discussion dura ainsi quelques longues minutes, puis Jourdain qui sentit que la situation était en train de lui échapper dit :

– Nous vous arrêtons M. Fonternez ! Nous vous avions prévenu, nous ne rigolons plus et maintenant vous allez nous suivre.

– Vous ne pouvez pas m’arrêter, je n’ai rien fait de mal, j’ai juste trouvé un bout de tôle dans un champ.

– Monsieur Fonternez vous allez venir avec nous, insista Lenfant en le tirant par le bras.

– Attendez… Calmez-vous ! Vous ne pouvez pas m’emmener comme ça, ma femme est très malade et elle ne peut pas rester seule à la maison.

– Allons bon, encore une de vos combines pour gagner du temps, dit Lenfant.

– Elle a la maladie d’Alzheimer et elle a perdu toute son autonomie, je m’occupe d’elle à cent pour cent, lorsque vous êtes arrivés, je préparais le repas pour nous deux.

– Peut-on la voir ? Demanda Jourdain en baissant un peu le ton.

– Bien sûr, elle est dans la cuisine. Venez avec moi, répliqua Henry.

Les deux hommes suivirent le vieux pour rencontrer cette femme qui devenait une entrave à l’arrestation d’Henry. Ce dernier précédait les agents de la DST qui discutaient à voix basse.

– Je vous présente mon épouse, dit Henry en interrompant la conversation des deux hommes qui avaient l’air plutôt troublé par la situation.

– Bonjour Madame, firent les deux agents en même temps.

Monique ne répondit pas, elle était dans un de ses mauvais moments, comme il lui arrivait d’en avoir de plus en plus souvent. Parfois elle était consciente de la réalité des choses, mais à d’autres moments, elle avait le regard dans le vide comme si rien ne pouvait l’atteindre ou bien elle divaguait complètement.

– Messieurs que fait-on ? Demanda ironiquement Henry.

– Il va falloir trouver une solution Monsieur Fonternez, vous ne voulez pas coopérer et nous devons vous emmener dans nos bureaux, insista Lenfant.

– M. Fonternez est-ce que je peux téléphoner, demanda Jourdain avec un air toujours aussi embarrassé.

– Bien sûr, le téléphone se trouve dans la salle à manger, la pièce après le salon, dit Henry qui commençait à se détendre.

– Reste ici avec Monsieur Fonternez, je reviens, dit Jourdain à Lenfant avec insistance, comme s’il lui donnait un ordre.

Jourdain alla téléphoner et Lenfant resta avec Henry et sa femme.

Henry observait le plus gros des deux agents qui semblait insensible à la situation.

C’était sans doute un de ces flics qui pensait que le pouvoir accordé par l’Administration lui donnait une supériorité, pensa Henry.

Il lui rappelait l’un de ces collègues de la SNCF qui, lorsqu’il portait son uniforme, se donnait un air supérieur tandis qu’il devenait un autre homme en dehors du boulot. Il sourit un peu en regardant l’alliance que Lenfant portait à son doigt.

– Encore un qui ne fait pas la loi chez lui et qui se défoule à son travail, pensa-t-il tout bas. En tout cas, il lui était antipathique et ça devait être réciproque.

– Puis-je continuer de préparer le repas ? Car je commence à avoir faim, demanda Henry à Lenfant.

– Attendez que Jourdain revienne, lui répondit sèchement Lenfant.

– Mais il faut que je donne à manger à ma femme, et moi aussi j’ai faim, répliqua Henry.

– Vous n’êtes pas le seul à être affamé et je n’en fais pas toute une histoire, rétorqua Lenfant qui perdait un peu patience.

– Allons… Allons, Messieurs calmez-vous, dit Jourdain qui arrivait dans la pièce.

– M. Fonternez, je pense que vous prenez la situation un peu trop à la légère, l’affaire est très, très embarrassante au plus haut niveau de l’Etat, continua Jourdain. Nous devons vous emmener avec nous, il faut donc trouver une solution pour votre femme. N’y a-t-il pas quelqu’un qui pourrait s’en occuper ? Demanda-t-il.

Henry réfléchit quelques instants, puis il pensa à Valérie, la maman de Greg.

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