Le Chant du barde (nouvelle)

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Il est harpiste, et son épouse est morte de la morsure d’un serpent. Pour avoir une chance de la sauver, il lui faut descendre aux Enfers. Des Enfers qui ne sont, dans ce futur lointain, que l’antre d’un super-ordinateur omnipotent.
Publié le : jeudi 27 septembre 2012
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EAN13 : 9782843444708
Nombre de pages : 48
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Le Chant du barde
Poul Anderson
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Nouvelle extraite du recueilLe Chant du barde, les meilleurs récits de Poul Andersonproposé et dirigé par Jean-Daniel Brèque. ISBN : 978-2-84344-469-2 Parution : septembre 2012 Version : 1.0 — 26/09/2012 © 1972 by Poul Anderson. © 2010, Le Bélial’ pour la traduction française © 2012, Le Bélial’, pour la présente édition Illustration de couverture © 2010, Caza.
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Le Chant du barde
Titre original :Goat SongPrix Hugo 1973 & Nebula 1972 InThe Magazine of Fantasy and Science Fiction, février 1972 Première publication française : inFiction n° 230(février 1973) Nouvelle traduite de l’américain par Michel Deutsch Traduction révisée par Jean-Daniel Brèque pour la présente édition
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
C’est en 1966, lorsqu’il vit Harlan Ellison composer sa célèbre nouvelle «I 1 Have No Mouth and I Must Scream» durant une réunion d’écrivains, que Poul Anderson eut l’idée de ce texte, dont la forme est radicalement différente de celle qu’il emploie d’ordinaire. Il avoue avoir été également influencé par l’Orphée de Jean Cocteau, et il faut signaler que ce mythe lui a en outre inspiré l’un de ses meilleurs romans,World Without Stars(1967). Malheureusement, «Le Chant du barde» dut attendre 1972 pour être publié, suite à la défaillance de la revue qui l’avait initialement accepté. Il faut croire que le passage des ans n’avait pas diminué son impact, puisqu’il fut couronné par le Hugo et par le Nebula.
1 Trad. : Je nai pas de bouche et il faut que je crie», inGalaxie2e série n° 45, janvier 1968. (N. d. É.)
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
TROIS FEMMES; UNE EST MORTE; une est morte et ; une est vivante vivante, ni vivante ni morte, et ne vivra jamais et ne mourra jamais car, en SUM, elle est immortelle. Sur une colline dominant la vallée où passe la grand-route, j’attends Son passage. Les gelées furent précoces, cette année, et l’herbe est décolorée. Les coteaux sont tapissés de mûriers dépouillés par les hommes et les oiseaux, qui n’ont respecté que les églantiers et quelques pommiers. Ils sont très vieux, ces arbres, survivants d’un verger que cultivaient des générations désormais oubliées de tous sauf de SUM (je distingue les fragments d’un mur se hérissant au-dessus des ronciers), éparpillés sur le versant de la colline et tout tordus. Ils portent encore quelques fruits. Un frisson glacé me parcourt, un coup de vent fait tomber une pomme. Je l’entends heurter la terre, gong de je ne sais quelle horloge éternelle. Les buissons chuchotent dans le vent. Partout ailleurs, les crêtes boisées flamboient de tous leurs pourpres, leurs cuivres et leurs bronzes. Immense est le ciel où le soleil pâle bascule vers l’ouest. La vallée s’emplit d’un bleu profond, d’une brume dont le léger goût de fumée me caresse les narines. C’est l’été indien, bûcher funéraire de l’année. Il y a eu d’autres saisons. D’autres existences avant la sienne et la mienne ; et, en ces temps-là, on avait des mots et des chants pour leur faire escorte. Nous avons conservé la musique et combien de fois n’ai-je pas habillé de mes mélodies les paroles redécouvertes ? «Au plus vert du verdoyant 2 mois de mai …» Je détache la harpe que je porte en bandoulière, je l’accorde et, au cœur de l’automne et du jour qui s’estompe, je chante pour elle : Tu es venue et le soleil t’a suivie Et la verdure s’est muée en or 2 Voir lappendice pour les sources des citations. (N. d. É.)
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Et les glaïeuls ont ri d’allégresse Et la reine-des-prés a frémi d’amour. Un pas infiniment silencieux agite les herbes et la femme, en feignant de rire sous cape, fait : « Oh ! merci. » Un jour, si peu de temps après la mort de ma bien-aimée que j’en étais encore tout hébété, je me trouvais dans la maison qui avait été la nôtre, au cent unième étage d’un immeuble des plus plaisants. Après la nuit tombée, la ville s’embrasait pour le plaisir de nos yeux, elle scintillait, étincelait, déployait d’immenses voiles de lumière semblables à de resplendissants étendards. Il n’eût fallu rien de moins que SUM pour régler le ballet de lucioles de la nuée d’aérocars évoluant entre les tours, pour faire fonctionner la cité tout entière, ses génératrices nucléaires, ses usines automatiques, ses réseaux de distribution physiques et économiques, ses installations d’hygiène, ses services d’entretien, ses centres éducatifs et culturels, le maintien de l’ordre, bref, tous les éléments d’une espèce d’organisme unitaire, immortel et équilibré. Nous étions aussi fiers d’appartenir à cette entité que d’appartenir l’un à l’autre. Mais, ce soir-là, j’ai dit à la cuisine de jeter dans le vide-ordures le repas qu’elle m’avait préparé, j’ai écrasé à coups de talon les euphorisants que la médiconsole me proposait, j’ai frappé du pied l’aspirateur accouru pour nettoyer les dégâts et ordonné aux lumières de rester éteintes dans tout l’appartement. Planté devant le panoramur, j’ai contemplé la mégapole. Elle n’était que clinquant. J’ai tourné et retourné entre mes mains une petite figurine d’argile qu’elle avait façonnée de ses mains. Mais j’avais oublié d’interdire à la porte d’admettre les visiteurs. Elle a reconnu cette femme et s’est ouverte pour la laisser entrer. Elle était venue dans l’intention amicale de me houspiller pour me sortir d’une humeur qui lui paraissait anormale. En l’entendant, je me suis retourné pour scruter l’ombre. Elle avait presque la même taille que ma bien-aimée et elle était coiffée comme ma bien-aimée se plaisait souvent à se coiffer elle-même. La statuette m’a échappé et s’est brisée : un instant, j’avais cru que c’était ma bien-aimée. Depuis ce jour, j’ai toujours eu du mal à ne pas détester Thrakia. Aujourd’hui, même dans le crépuscule, je n’aurais pas commis pareille erreur. Rien, hormis le bracelet aux reflets d’argent qui ceint son poignet gauche, n’évoque notre passé commun. Elle porte le vêtement des habitants des terres sauvages : des bottes, une jupe de vraie fourrure et une ceinture de vrai cuir. Un couteau se balance sur sa hanche et elle a un fusil à l’épaule. Ses cheveux emmêlés sont hirsutes, sa peau brunie par les intempéries subies au long des semaines ; on distingue des égratignures et des salissures sous les fantastiques zébrures multicolores dont elle s’est bariolé le corps. Au cou, elle a un collier de crânes d’oiseaux.
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Celle qui est morte était, à sa manière, une fille des arbres et des horizons, bien plus que les disciples de Thrakia. Tellement à son aise dans la nature qu’elle n’avait nul besoin de renoncer aux vêtements et à la propreté, à la raison et la douceur quand, las des cités, nous les avions quittées. Cette attitude m’inspirait les multiples noms que je lui donnais, Pouliche-des-Bois, par exemple, ou Biche-de-Brousse quand ce n’était pas — souvenirs des vieux livres que j’avais lus — Elfe ou Dryade. (Elle aimait que je lui choisisse des noms et c’était un plaisir sans fin qui jamais ne la lassait.) Je fais taire ma harpe et je dis à Thrakia : « Ce n’était pas pour toi que je chantais. Ni pour toi ni pour personne. Laisse-moi seul. » Elle exhale un soupir. Le vent fait voltiger ses cheveux et m’apporte une bouffée de son odeur : ce n’est pas le parfum de la douceur féminine mais celui de la peur. Elle serre les poings et murmure : « Tu es fou. – Où as-tu trouvé un mot aussi lourd de sens ? » Mon ton est sarcastique : ma douleur et — pour être sincère — ma propre peur exigent une cible. Et elle est devant moi. « “Agité”ou “déséquilibré”ne te suffisent donc plus ? – C’est toi qui me l’as appris, me répond-elle sur un ton de défi, toi et tes maudites chansons archaïques. “Maudit”…voilà encore un de tes mots. Et il te convient parfaitement ! Quand cesseras-tu d’avoir ce comportement morbide ? – Quand j’irai à l’hôpital pour qu’on me lessive le cerveau, dans le respect de l’hygiène et de la propreté ? Ce n’est pas demain la veille, chérie. » Ce dernier mot, je l’ai employé délibérément, mais elle ne peut deviner la charge de mépris et de tristesse qu’il contient pour moi, car je sais qu’il aurait pu être aussi donné à ma bien-aimée. La grammaire et la prononciation officielles de la langue sont figées à l’instar de tous les autres aspects de notre civilisation, grâce à l’enregistrement électronique et à l’enseignement neuronique, mais les significations glissent et s’insinuent comme des serpents subtils. (Ô vipère qui piqua ma Biche au talon !) Je hausse les épaules et enchaîne de ma voix la plus sèche, la plus urbano-technologique : « En fait, je suis le type même du non-morbide à la tournure d’esprit pratique. Au lieu de fuir mes émotions en ayant recours à la drogue et au réajustement nerveux, ou de jouer au sauvage comme toi, je me prépare à mettre en œuvre un plan concret pour faire revenir celle qui m’a rendu heureux. – Tu songes à L’importuner sur le chemin de retour ? – Tout le monde a le droit de présenter une requête à la Reine noire quand Elle visite la Terre. – Mais le temps imparti pour les suppliques est passé… – Le délai n’est pas fixé par la loi, ce n’est qu’une coutume. Les gens ont peur de La rencontrer ailleurs qu’au milieu d’une foule, dans une ville
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