Le Chant du cygne, par Euvrard

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impr. de A. Rivière (Châtellerault). 1869. In-8° , 60 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1869
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LE
CHANT DU GYGIE
PAR EUYRARD
CHATELLERAULT
IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE A. RIVIÈRE
RUE BOURBON,58
1869
LE
CHANT DU CYGNE
PAR EUYRARD
CHATELLERAULT
IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE A. RIVIÈRE
RUE BOURBON, 58
' 1869
DEDICACE
C'est à vous que je dédie,
Mes enfants, ces faibles vers,
D'une aile un peu trop hardie
Dans les champs de l'univers.
Quel pourrait être le signe
De ces vers sans à-propos,
Si ce n'est le chant du cygne,
Voisin du champ du repos.
LA BATAILLE DE SOLFÉRINO
ODE-POEME
C'est toi, rna fille, que j'implore,
Ange au souvenir caressant,
Image en moi vivante encore,
Au charme toujours renaissant.
Je vais chanter une victoire
Où, sous les ailes de la gloire,
Trois sceptres luttaient à la fois,
Et si je parle de ton frère
Meurtri dans cette noble guerre,
Ton souffle soutiendra ma voix.
— 6 —
Noble, en effet, et sainte cause,
Qui, sur l'étendard agité,
Tout rougi du sang qui l'arrose-,
Écrit : Patrie et liberté !
Peuple qu'à tes droits on enlève,
Voioi la France qui se lève,
Attends, tu vas être vengé ;
La France entend tes cris d'alarme.
Et toujours quand la France s* arme
Le faible se sent protégé.
Aux jours des luttes sans égales,
Quand l'Aigle sortait du berceau,
La France au coeur des capitales
Allait planter son fier drapeau.
Si, plus tard, lassant la victoire,
Sans perdre un seul jour de sa gloire,
Son drapeau connut les revers ,
C'est que sur lui l'Europe entière
S'avançait, vague meurtrière,
Refoulant l'Aigle au sein des mers.
Mais l'Aigle en revoyant la France,
L'Aigle a retrouvé ses grands jours ;
Où sont les peuples en souffrance,
Que l'Aigle vole à leur secours.
Quoi ! c'est aux champs de l'Italie,
Sous le ciel de la Lombardie,
Que des faits nouveaux vont jaillir?
0 mânes sacrés de nos pères,
— 7 —
Dont le sang arrosa ces terres,
D'orgueil vous deve» tressaillir.
Héros que la gloire environne,
Sortez de vos poudreux tombeaux,
Voici le clairon qui résonne,
Voici revenir vos drapeaux.
Debout, soldats du vieil Empire,
Sous des chaînes un peuple expire,
De vos triomphes, peuple ami,
Que votre souffle le ranime,
Que de ses chaînes la vietime
A son tour frappe l'ennemi.
Ombres, tressaillez d'allégresse,
L'Aigle paraît... L'Aigle a vaincu!
Sous l'Aigle, foudre vengeresse,
Tout fléchit, tout croule abattu.
A vous ce glorieux hommage
Que vous porte son fier message.
Du canon écoutez l'écho,
Sa voix, terrible météore ,
Va, répétant, que l'Aigle encore
Vient de vaincre à Montebello.
Vos fils, à l'appel de la France,
Ombres, restent dignes de vous,
Ils réalisent l'espérance
Que l'opprimé plaçait en nous.
Ecoutez oes rumeurs soudaines
__ 8 _
Que répètent des voix, lointaines, : : ,
Gloire aux, vainqueurs,dePalestroj, .
Mais voici d'autres chants de gloire,
Autre combat, autre victoire,,...
Nouveau triomphe à Turbigo !,, ,
Tenez, les voilà. qui: s'avancent,,
Vos fils... Vous revivez en eux ; :,
C'est votre ardeur quand ils s'élancent
De cet élan prompt, valeureux.
Mêmes chefs.,marchent;1à,!leur..tête,,,..
Qui vous guidaient à la conquête ,,, .
Des peuples vaincus et jaloux.
Près d'eux... Daignez leur parler, Sire ,
Ils brûlent d'entendre iredire :
Soldats, je suis content de vous!;
C'est elle, c'est la grande a^mée
Qu'aucun obstacle n'arrêta,, ., ,,
Qui, par l'Italie acclamée, ., ,.,,..i .:.vr..
Arrive aux champs de. Magenta,,,.,. ,,;
En vain la puissante barrière
De soldats dont l'Autriche.est.-fière
S'oppose à ses bouillants efforts,
Comme un torrent que rien n'arrête
Elle passe , active tempête,
Franchissant des monceaux de morts.
Poursuis ta marchq.glari.euse, - .
Armée aux soldats sans rivaux,,.
— 9 —
Partout grande et victorieuse
A la voix de tes généraux.
Grave quelques pages nouvelles
Pour tes annales immortelles
Sur les murs de Melegnanô,
Et viens, fille de la Victoire,
Viens mettre le comble à ta gloire
Sous les feux de Solférino.
0 mon Dieu! Qui pourra redire
Ce jour dans toute sa splendeur?
Comment peindre, comment décrire
Tant de courage et de grandeur?
Montagnes aux crêtes perfides,
Aux flancs escarpés, nus, arides,
A l'aspect terrible et si beau ,
Vos maîtres en armant vos cîmes "
Crovant attendre dés victimes,
Ont creusé leur propre tombeau.
Valeur, sang-froid; persévérance, •'
Mépris du danger, de la mort
S'unissant, triomphant d'avancé,
Et guidant les vainqueurs au port,
Voilà ce qu'il faut dire et peindre,
Voilà le but qu'il faut atteindre
Comme l'on atteint ces guerriers;
Mais nul chant d'éloge et de gloire
Ne saura riionter dans l'histoire
A la hauteur de leurs lauriers.
— 10 —
L'astre qui donne la lumière
Commençait à peine son cours,
Qu'aux feux de sa lueur première
Tout s'animait sous son parcours -r
Sur les monts déroulant leur chaîne ,
Sur leurs talus et dans la plaine
Bourdonne une longue clameur,
Le tambour bat, le clairon sonne,
L'arme aux mains du soldat résonne,
Tout marche au combat plein d'ardeuF.
L'armée en ordre de bataille
S'avance en sublime tableau,
Le canon près de la mitraille,
Le soldat près de son drapeau.
Au centre, imposante figure,
Présage d'un heureux augure,
D'un grand nom, riche successeur,
Que rien n'égare, ne domine,
Que guide la clarté divine ,
Apparaît déjà l'Empereur.
De ce regard où le génie
Plonge au fond des projets cachés,
Il suit l'étendue infinie
D'ennemis vers nous détachés.
Soit au repos, soit en colonne,
Dans les abris qu'on échelonne,
Il voit ces masses sans effroi,
Et, rempli du feu qui l'inspire,
— 11 —
A l'instant il a pu se dire :
Ces monts, ces soldats sont à moi !
L'aile droite au loin se déploie
En longs et sinueux replis,
Son flot mouvant, rapide, ondoie
Sous les ordres partout remplis.
Elle avance par corps d'armée,
Du feu des combats animée,
Sous l'oeil de ces grands Maréchaux
A l'âme fortement trempée,
Rois par le coeur., Rois par l'épée,
Au sein des périls, sans égaux.
L'aile gauche unit sa bannière
Au noble, au glorieux drapeau
Du Roi que l'Italie entière
Acclame en immense faisceau;
C'est qu'avec l'aide de la France-
Il combat pour la délivrance
Des peuples qui l'ont attendu ,
Et que déjà, par sa vaillance ,
Il a scellé cette alliance
De son sang pour eux répandu.
Et maintenant, partout, aux armes!
Battez, tambours, sonnez, clairons!
Semez la terreur, les alarmes,
Sous le roulement des canons.
Voici l'heure de la bataille,
1Q __
Que les balles et là mitraille
Repoussent l'ennemi vaincu;.
De ses monts atteignez le faîte,
Et qu'il sache par sa défaite ,
Qu'en vous voyant il a vécu.
0 sublime,,imposant spectacle!
0 triomphe de la valeur!
Ils vont, franchissant tout obstacle .
A la voix de leur Empereur.
C'est du centre que part la.foudre
Qui va réduire tout eq poudre,,
Terrains, monuments et,soldats;
En vain l'ennemi, de son aire,
Voudrait conjurer'le tonnerre,
Tout fuit, meurt.ou yole en éclats.
Voyez quelle ardeur accompagne
Leurs pas vers les points défendus;
Comme ils gravissent la, montagne,
Courbés, à ses flancs suspendus;
Leurs mains, contre les projectiles,
Tiennent leurs armes inutiles,
Ils marchent penchés à' demi ;
Mais quand ils atteindront la crête,
Comme ils relèveront la tête...
Malheur alors à l'ennemi !
Ils y sont, toujours invincibles,
Brisés, haletants, maïs debout!
— 13 —
Là, comme ailleurs, irrésistibles,
lueurs feux chassent., renversent tout.
Et pour que l'oeuvre soit complète,
Ils courent à la baïonnette
Comme un ouragan furieux;
Tout plie ou rompt, se traîne ou tombe;
Tout fuit ou descend dans la tombe
Sous leur élan victorieux.
Mais quel obstacle les arrête,
Qui vient ralentir leur élan,
Qui peut calmer cette tempête,
Qui peut enchaîner l'ouragan?
Ils viennent, de franchir la cime,
Et maintenant c'est,un abîme ;
Qui s'ouvre, béant devant eux ;
Le gouffre semble, les attendre,
Il faut Je tourner et suspendre
Leur emportement,belliqueux,
L'ennemi ferme sa barrière, ,
11 est relire dans ses forts,
Dans le château ,1e cimetière,,
Cherchant un abri; chez les morts ......
Ses, feux se croisent sur; Tabîme ,,L
Ils vont atteindre la victime ^
Qui, rugissant, la mort au coeur, ,\-A
De ses mains couvertes de gloire
Voit échapper une victoire ,-
Qui devient, fatale: auivainqueur.
— 14 —
Cependant du sein de la plaine
Un oeil avait suivi leurs pas ;
Là, veille le grand capitaine
Que le succès n'abuse pas.
Auprès de lui le canon .tonne ,
Mais il cherche ailleurs et s'étonne
De ne pas voir au loin flotter
Sur la tour, que le soleil dore,
L'aigle et le drapeu tricolore
Qu'on devait, vainqueur, y planter.
Il donne un ordre, et de sa garde
On voit bondir les voltigeurs;
C'est avec fierté quril regarde,
Qu'il admire ces défenseurs.
Comme un tourbillon qui se lève,
Que le vent entraîne et soulève,
Portant la terreur dans ses flancs,
Ils ont traversé la campagne,
Gravi, dépassé la montagne,
Les voilà reformant leurs rangs.
La lutte devenait terrible
Près du gouffre, sur le plateau;
La mort fauchait affreuse, horrible,
En moissonnant pour le tombeau.
Mais tout, bientôt, change de face,
La force est unie à l'audace
Par le prompt et puissant renfort
Qui vient prendre part à la lutte
Sur le terrain où souffre et lutte
Le courage contre la mort.
Un cri d'indicible allégresse
Accueille ce puissant concours;
L'espoir renaît, le péril cesse,
La victoire reprend son cours.
Comme ces noirs et lourds nuages
S'assemblent, précurseurs d'oragesr
Chefs et soldats sont assemblés ;
Les voilà qui partent ensemble,
Sous leur élan tout fuit ou tremble,
L'air et la terre en sont troublés.
Il n'existe plus de barrière,
Le château cède à leurs efforts ;
Ils ont aussi le cimetière,
N'y laissant en paix que les morts.
Drapeaux, canons, chefs et leur suite,
Tout est pris, détruit, mis en fuite,
Fuyant sous le pénible écho
Du cri dont ils gardent mémoire,
Cri du vainqueur, cri de victoire,
SOLFÉRINO! SOLFÉRINO!
C'est là que la victoire est belle,
Belle de courage et d'éclat, .
Faisant dans sa lutte immortelle
Un héros de chaque soldat.
Le moindre asile, en sa détresse,
— 16 —
Changé bientôt en forteresse ,
Subit un formidable assaut ;
Les feux que l'ennemi projette
S'éteignent sous la baïonnette,
Que rien ne peut mettre en défaut.
Le sang coule à flots, mais tout cède;
Qu'importe la mort à ces preux!
Au flot qui meurt un flot succède,
Non moins grand, non moins valeureux,
Tout bouillant d'une ardeur suprême,
C'est aussi contre la tour même
Que se dirige le vainqueur;
Il vole, il court, se précipite,
Son ardeur n'a plus de limite
Pour frapper les vaincus au coeur:
La tour aussi cède à l'orage '
Qui s'est tout à coup déchaîné;
La lutte devient un carnage,
Ce qui reste fuit consterné.
De ces hauteurs si bien armées,
Qui défiaient les deux armées,
Le vainqueur est maître à son tôuri
L'oeil qui partout veillait encore
Sourit au drapeau tricolore :
Flottant cette fois sur la'tour.
Oh! quelle page dans l'histoire'
Liront nos arrièrés-neveux ! •'"■'■'
Mais l'avenir pourra-t-il croire
A ces faits presque fabuleux?
Et cependant il reste à dire
Quel enthousiasme respire
Ailleurs aussi dans tous les rangs,
Et cette ivresse du prestige,
Et ces faits tenant du prodige
Au milieu, de cris.délirunts.
La droite, en face de l'armée
Qui dans la plaine s'étendait,
Marche, rapidement formée,
Vers les points qulelle défendait.
Comme ces vagues formidables
S'élevant en flots redoutables
Que, rien d'humain ne: peut dompter
Vague terrible elle s'avance ; •
Et partout la terreur devance
Son flot partout à redouter,
Ni la ruse, ni le courage
Ne faisaient défaut au Germain;
S'il n'a pas l'élan,de l'orage, ■ .
La foudre va bien à sa main. ,
Mais que pouvait..là son tonnerre , ^
Que pouvaient ses ruses^de guerre
Et leur concours et leur appui
Devant la juste renommée :
Des généraux et de l'armée
Marchant feraf$^^j<|JolF^àevant lui?
— 18 -~
Et cependant, c'est là sa gloire;
Ce jour, qu'il ne peut oublier,,
Il a disputé la victoire,
Mais il a dû céder, plier.
Sa volante cavalerie
Et sa nombreuse artillerie,
Ses bataillons, l'espoir au ooeur,
Tout s'anime en vain, charge ou tonne,
En vain le chef suprême ordonne ,
Tout fléchit, tout cède au vainqueur.
Tout cède, abandonnant la palme
Aux mains qui viennent d'obtenir
Le prix du courage et du ealme
Que rien ne pouvait désunir.
C'est que là se montraient à l'oeuvre ,
Marchant comme au champ de manoeuvre,
Ces soldats aux nobles ardeurs.
Avides de toutes conquêtes,
Et délogeant l'aigle à deux têtes
Pour loger l'aigle aux trois couleurs.
La gauche a gravi la montagne ;
Du Piémont ferme bouclier,
Partout la gloire l'accompagne
A la voix du Roi chevalier.
A cette ardeur si légitime
Qui la soutient et qui l'anime,
Se joint un souvenir puissant,
Souvenir de deuil qu'on dévore,
— 19 —
Mais souvenir vivant encore
Et qu'il faut noyer dans le sang.
Sa fougue n'a de comparable
Que la fougue au coeur du soldat
Qu'une ardeur non moins redoutable
Dirige contre elle au combat.
Quand do cette haine animées
Se heurtèrent les deux armées,
La mort sur elles s'étendit ;
Le choc fut si prompt, si terrible,
Que le bruit de leur lutte horrible
Partout au loin se répandit.
Quand, dans les plaines de l'Asie ,
Fuyant les feux brûlants du jour,
Mais brûlés par la jalousie
Et par les feux d'un même amour,
Deux tigres, la prunelle ardente,
Après quelques moments d'attente,
S'attaquent, bouillants de fureur,
La mort plane sur eux, hideuse,
Et le bruit de leur lutte affreuse
Répand jusqu'au loin la terreur.
Ainsi les deux camps au carnage
Courent d'un pas précipité ;
Mais l'un combat pour l'esclavage,
L'autre défend la liberté.
Le premier, pour couvrir ses pertes,
— 20 —
A des routes toujours ouvertes
D'où viennent de nombreux renforts;
Le second, que l'honneur inspire,
Qui pour le triomphe respire,
Compte sa gloire et non ses morts.
Tout ce jour vit couvrir la terre
De sang, de corps et de débris
Sur le théâtre de la guerre
Cinq fois quitté, cinq fois repris ;
Mais l'heure était enfin sonnée,
Et quand finit cette journée
Léguée à la postérité,
Ces monts qu'on délivrait d'un maître
Voyaient d'autres jours apparaître
Sous les lois de la''liberté!
Partout, au centre et sur lés ailes ,
Le succès demeure éclàta'nt';
Les lignés 1 marchent devant elles,
L'ennemi fuit en combattant. '
Des hautéûrs,'où , pour nôtre gloire,
Un noni dé''plus'Vit daW l'histoire
Le vainqueur poursuit le vaincu '
Sur l'autre flanc de la montagne
Jusqu'au'sèîri dés champs qu'il regagne,
Fuyant Solfëririrr perdu.
C'est là, dans ces champs que! ravage ;
Que foulé le pas du soldat,
— 21 —
Quand Dieu fit éclater l'orage
Qui vint suspendre le combat;
C'est là, plein de sève et de vie ,
Dans l'âge heureux que l'on envie ,
De la mort bravant les défis,
C'est là que chancelle et que tombe...
Oh! mon Dieu , n'ouvrez pas sa tombe,
Oh ! pitié, mon Dieu ! c'est mon fils !
Il tombe, mais vivant encore,
Frappé de trois coups à la fois ;
Mon Dieu, que nul en vain n'implore ,
Vous avez entendu ma voix.
Quand l'ange au deuil funèbre et sombre
Pouvait m'entourer de son ombre,
Tenant mes jours à sa merci,
C'est un noble orgueil qu'en mon âme
Votre main trace en traits de flamme ,
Merci, mon Dieu ! Merci ! Merci !
Quand l'épais rideau de nuages,
Dominant la scène à son tour,
Rompu par l'effort des orages,
Laissa reparaître le jour,
La lutte, un moment suspendue,
A toute son ardeur rendue,
Reprit plus terrible à l'instant ;
Mais plus terrible fut la chute ,
Et l'ennemi, quittant la lutte,
Cessa de combattre en fuyant.
— 22 —
Il est nuit, aux feux des batailles
Succèdent les feux du repos...
Non... mais les feux des funérailles !
On cherche des morts... des héros!
Héros, gloire à vous dans la tombe !
Honneur et gloire à qui succombe
Moissonné sur le champ d'honneur.
Et vous qu'a respectés la gloire,
Vous restez fils de la victoire
Et chevaliers de la valeur !
Quand vous reverrez vos familles
Où tant de coeurs battent pour vous,
Où vos mères avec leurs filles
Implorent le ciel à genoux,
Vous direz comment, dans ces plaines,
Des peuples vous brisiez les chaînes,
D'opprimés les rendant vainqueurs,
Et quels transports et quelle ivresse ,
Quel hommage et quelle tendresse
Apportaient vers vous tous les coeurs.
Vous direz comment, dès l'aurore ,
Du soleil les premiers rayons
Voyaient le drapeau tricolore
Flotter au sein des bataillons ;
Comment, par les feux de l'armée,
Tout un jour on vit la fumée
Onduler au loin dans les airs ;
Que le soir, combattant encore ,
— 23 —
On entendait l'éclat sonore
Des canons aux bruyants éclairs.
Vous direz que du vieil Empire
Chefs et soldats sont revenus ,
Que c'est leur souffle qu'on respire ,
Qu'ils étaient là, qu'on les a vus,
Que l'Empereur est à leur tête,
Que l'Aigle, au vol que rien n'arrête,
Êntraîaait partout nos soldats
Avec cet élan, cette flamme,
Qu'eux mêmes portent dans leur âme ,
Qu'ils sèment dans tous les combats.
Vous direz... Mais, hélas! que dire
Si, d'un pas faible et chancelant,
Une mère en pleurs, en délire,
Vous crie : Où donc est mon enfant?
Dieu lui-même en touchant la terre
Y trouva la mort, pauvre mère ;
La mort mène à l'éternité.
Fais taire ta douleur profonde,
Dieu mourut pour sauver le monde,
Ton fils meurt pour la liberté !
PREDICTION
A SA MAJESTE L'EMPEREUR MPOLEON III
Prince, exilé, captif, Président, Empereur,
Grand partout et foyer de puissantes lumières,
Prince, qu'as-tu gardé de tes phases premières ?
Que verra l'avenir naître dé ta splendeur?
Ton coeur a-t-il gardé ce pieux souvenir
Que trace en nous l'exil par la douleur amère
De pleurer son pays comme on pleure une mère,
De faire de ses jours deux parts : rêver, souffrir?
A-t-il aussi gardé souvenir de ces jours
Passés sous des verroux à l'âge où bondit l'âme
Pleine de foi, d'ardeur, et d'audace et de flamme
Pour des rêves auxquels Dieu seul peut donner cours?

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