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Le Chant du paria

De
366 pages

A Ignotus (du Figaro).

O drapeau blanc, je te salue !
Quand elle choisit ta couleur,
Celle, hélas ! que l’on prostitue,
Voulut symboliser l’honneur...

Elle sema Les plis superbes
Des fleurs d’or de la royauté,
Et, comme on voit les blondes gerbes,
Sous le frisson d’un ciel d’été,

Onduler et tressaillir d’aise,
Egrénant l’épi sur le sol,
Lorsque la nation Française,
De la gloire excitant le vol,

Te faisait flotter sur le monde,
O drapeau, tes plis, en tout lieu,
Laissaient une moisson féconde
A tous les moissonneurs de Dieu !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Achille Des Rieux

Le Chant du paria

A MONSEIGNEUR LE COMTE DE CHAMBORD

 

 

 

SONNET D’ENVOI

 

 

 

 

Qui pourrait de Richard adoucir l’amertume ?
Rien n’est tendre, a-t-on dit, comme un cœur de lion ;
Celui du grand lutteur au repos se consume,
Et se meurt faute d’air, d’espace, d’horizon

 

Nul ne connaît, d’ailleurs, son obscure prison ;
Et, la connaîtrait-on, le monarque présume
Qu’un bienfait n’a jamais laissé de fils posthume,
Et que veuve n’est pas longtemps en oraison.

 

Cependant, de Blondel, tel un ramier fidèle,
Le lai jusqu’en sa tour monte encor d’un coup d’aile :
Le captif jette alors un cri de liberté

 

 — Je sais ne point hâter, Sire, ta délivrance ;
Mais puis-je me flatter, sans trop de vanité,
Qu’il te plaira d’ouïr quelques chansons de France ?...

 

A. DES R.

LES PARIAS

ALLÉGORIE POUR SERVIR DE PRÉFACE

I

Sur la mer berceuse, sous l’immense coupole des cieux parsemés d’étoiles, le yacht voguait doucement, à l’abandon, comme un cygne endormi.

Même en regardant cette onde où tout s’efface, on sentait s’éveiller le souvenir harmonieux des trirèmes promenant sur le lac Latin la divine pléiade.

Pauvres Dieux !.. et pauvres Déesses ! dont les restes pétrifiés sont enfouis depuis deux mille ans, vous n’auriez qu’à surgir, et tout aveugles, tout mutilés que vous êtes, pour retrouver vos temples et des adorateurs !

Assis sur la poupe, le roi de la fête disait des vers sur la lyre ; et les zéphirs bruissant dans les cordages, les rames alanguies, les flots défaillants rhythmaient sa mélodie.

C’était peut-être un plus beau spectacle devoir Bianca, royale et pure dans sa robe de lin, interroger l’horizon de cet œil grand-ouvert, froid, obstiné qu’adopta la statuaire Hellène. Ses artistes s’accommodèrent de la clarté sobre des nuits d’été : — Bianca, vierge de Raphaël pendant le jour, reprenait, le soleil couché, son rang parmi les divinités payennes. Son profil se dessinait rigide, son teint rayonnait doucement de cette pâleur des créatures de marbre qui paraissent frissonner sous le baiser de la lune. Elle n’aimait pas les poses renversées de nos sultanes parisiennes ; tenant à la fois de Vénus et de Diane, sa paresse même repoussait le divan, elle eût tout au plus daigné s’asseoir sur un trône.

Elle était notre reine pourtant ; sa mélancolie s’épanchait en nous, elle s’infiltrait en nos âmes comme la molle clarté de cet astre de la nuit que nous contemplons pendant les grands silences et qui sans doute nous ignore.

Lord Clyde l’avait vaincue. Il va sans dire que la puissance qui retenait la divinité à la terre avait mis son vainqueur à ses pieds.

Elle se tourna vers nous, et m’interpellant :

  •  — Pilote, où nous mènes-tu ?
  •  — Je ne sais. Nous avons dit adieu à la Patrie ; tant que nous voguerons sous des cieux cléments, je ne me mettrai pas en quête d’un port. Où aborder, d’ailleurs ? L’occident nous chasse, l’orient nous repousse....
  •  — Ne sais-tu pas une île solitaire ?...
  •  — Si je la connaissais, Bianca, notre exil cesserait ; le sort misérable des proscrits est de marcher toujours.
  •  — Manfred a raison, dit Lord Clyde ; même au sein d’une continuelle tempête, je préfèrerais la mer. Vivre avec les dangers ?... Ils sont d’aussi bonne compagnie que les hommes....
  •  — Anglais ! répliqua Blanche, et un sourire d’orgueil surprit l’immobilité de ses lèvres.

Nous ne jalousions pas Edgard Clyde ; il était tout simple qu’une fille de Platon se fût éprise d’un fils de la sage Angleterre.

Tous, parmi nous, avaient la jeunesse sinon la beauté. Le regard tourné vers le ciel, où, sans. que nous nous en doutions, fuyait notre idéal, nous marchions ignorant quel élément nous avions sous les pieds, s’il était abîme ou terre ferme. Toutes nos théories dansaient sur des volcans ; elles y entrelaçaient leurs bras enguirlandés et leurs pas, trouvant la vie belle et ne songeant pas à la mort. Mais le cratère s’était ouvert, il avait rejeté loin de lui toutes ces fêtes ; leurs rares survivants se traînaient bien loin de là sur leurs membres mutilés. C’est ainsi que notre premier chant, de cantique d’amour était devenu cri de haine. Philanthropie, vertu de l’enfant joyeux d’ouvrir ses yeux à la lumière ; misanthropie, dégoût de l’homme désireux de fermer les siens

Pourquoi la société nous avait-elle bannis de son sein ? Nous l’avions rachetée de l’esclavage ; le premier acte de son émancipation fut de se donner dés maîtres. Mais le monde ressemblait à une ménagerie ; — nous, les fortunés de la galerie, nous avions eu pitié des bêtes, nous leur avions tenu des discours :

  •  — « Allons, fils de la même mère ! nos frères devant la nature ! votre oppression fut un crime ! L’archange Biblique ne garde plus les portes du Paradis terrestre, vous pouvez retourner au désert !.... »

Les frères ne voulurent pas retourner au désert ; ils se précipitèrent pour nous dévorer. Nous venions de briser leur cage ; insensés ! ce n’était point la liberté que leurs hurlements invoquaient derrière les barreaux, c’était une proie.... Des libérateurs, nous ?.... Nous fûmes la proie. Éternelle sanction des délivrances !

N’importe ! Bianca, l’hôtesse des jardins d’Académus, rêvait encore de son île.

L’Etna a vomi la sandale de ce charlatan d’Empédocle, nous gravissons toujours la montagne, comme si les fleurs idéales ne pouvaient avoir d’autre berceau que ses flancs calcinés !... Mais, à chaque accension, les rangs s’éclaircissent ; l’enthousiasme ne suffit pas, et, si le martyre ne vous prévient, on déserte. Plusieurs d’entre nous en étaient à regretter les oignons d’Egypte. Ils n’osaient blâmer ouvertement un ordre de choses que de première main ils avaient contribué à établir, parce que c’eût été se reconnaître coupables vis-à-vis de l’ancien régime. Cependant Boisvilliers ne put empêcher son sentiment d’éclater :

  •  — Manfred, me dit-il, si tu m’en crois, tu nous ramèneras dans notre patrie ; la vie n’est possible que là....
  •  — Qu’y regrettes-tu donc ? lui répondis-je.
  •  — J’y regrette la Patrie. Penses-tu qu’on soit né Français pour être transplanté ?... J’abjure toutes mes utopies, et, si ce n’est pas assez d’avoir versé mon sang pour elles, je suis prêt à mourir, mais ce sera sur le sol natal

Il y eut un silence. L’émotion soulevait les poitrines.

  •  — Boisvilliers, mon poëte, je n’insulte pas à ta douleur, dit Bianca. Puisque tu renonces à souffler dans notre clairon de marche, chante-nous de ces airs qui délassent le soldat comme une halte
  •  — Et qui la font désirer, observa un matelot.

L’immensité, qui nous enveloppait, rendait le silence plus grand. La mer n’était plus même assoupie, elle dormait ; à peine si son sein se soulevait sous le flux. La voix de Boisvilliers s’éleva, claire, vibrante ; l’universel repos n’en fut point troublé, mais recueilli.

 

Rose, vois-tu là bas, dans la mer qui s’éveille,
Une voile blanchir et s’avancer gaîment ?
Vois-tu sa banderolle et sa flamme vermeille

Flotter au gré d’un léger vent ?

 

Comme un bleu goëland la folle balancelle
Se balance et se joue en le sillon amer,
Et le flot transparent dont se lustre son aile

Ruisselle en perles dans la mer.

Le navire a doublé notre haut promontoire,
Bientôt il jettera son ancre dans le port ;
Et les gais mariniers, chargés d’or et de gloire,

A la gloire boiront leur or.

 

Rose, toi tu n’es pas perfide comme l’onde ;
Écoute ! Je voulus tenter le grand combat ;
L’inconnu m’attirait comme une mer profonde ;

La jeune sirène chanta...

 

J’étais jeune, l’espoir gonflait ma large voile,
Comme des chiens joyeux aboyaient mes canons,
Et, pilote, les yeux fixés sur mon étoile,

Je répétais : voguons ! voguons !...

 

Oui, voguons, mes amis, l’océan est immense !
Quel magnifique champ Dieu livre à nos exploits !
Qu’on hisse au bout du mât le pavillon de France

Dont les couleurs dictent des lois...

 

Dans l’air joyeux du ciel, dans l’aquilon sonore,
Chante la liberté, drapeau de mon pays ;
Sois le soleil du juste, ô flamme tricolore !

Dont les peuples sont éblouis....

 

Chasse ! chasse toujours, mon généreux corsaire !
Sus au vil négrier ! au démagogue impur !
Grand aigle, toi qui tiens la foudre dans ta serre

Du haut de l’immuable azur....

 

Perce de ton regard comme d’un trait rapide
Des basses régions le contempteur rampant,
Fonds sur lui !... Tu l’étreins ?... Dans le cœur du perfide

Plante ton ongle triomphant....

 

Voguons ! voguons, amis ! l’océan est immense !
Le vent souffle du large et l’horizon est beau ;
Aux hardis conquérants, dont lui plaît la démence,

Dieu donne un glorieux tombeau...

 

 

J’ai nargué les récifs, j’ai bravé la tempête ;
Du vieil Adamastor j’entends encor la voix ;
Son fouet sanglant, qui siffle au-dessus de nos têtes,

Excite une meute aux abois....

 

C’est la meute des vents, terrible, échevélée,
Qui bondit, qui rugit, écumant et mordant ;
C’est Satan, embouchant son cor dans la mêlée,

Qui jette son rire strident !

 

Eh bien ! cela m’a plu d’être l’âme rebelle,
Au milieu des horreurs, des malédictions !
D’être le foudroyé dont la clameur mortelle

Donne au tonnerre des répons !...

 

Qu’il est donc grand ce nain dont l’orgueil plane encore
Sur la crête des flots qui doivent l’engloutir,
Qui blasphème son Dieu, quand le lâché l’implore,

Et raille qui le fait mourir....

 

Ta rive eut mon épave, et j’ai dans la chapelle,
Comme d’autres, porté mon ex-voto bénit ;
L’oiseau pour vivre heureux n’a pas besoin d’une aile ;

Il ne veut plus quitter le nid...

 

L’étoile de la mer blanchit dans la nuit brune ;
Le chœur des matelots salue au loin ses feux ;
 — Rose, si tu m’en crois, nous garderons la dune :

Je te garderai.... si tu veux....

 

La plupart applaudirent.

Lord Clyde, les bras croisés sur la poitrine, détourna la tête, sans doute pour cacher le froncement de ses paupières.

Bianca souriait. Femme, elle éprouvait une amère satisfaction devant la défection d’un homme.

Je n’y tins plus :

  •  — Boisvilliers, tu es un traînard !...
  •  — Un traînard ?... soit.

Et il murmura le vers de Corneille :

Je rends grâces aux Dieux de n’être pas Romain...

  •  — Tu regardes la terre, te dis-je !... Ah ! poëte, va !...
  •  — Et toi, crois-tu regarder le ciel ?... Est-ce parce que tu le vois ici, dans son miroir trompeur et plein de tempêtes ?... Oui, je regrette le rivage et je le saluerai dès que la vigie le signalera... dussions-nous y échouer... De quoi nous ont servi nos rêves creux ?... à bouleverser le monde, tranquille sans nous, à répandre des flots de sang pour un idéal pacifique !... Nous prétendions conduire la société, la sauver ! Ah ! je le jure, ce n’était pas du dévouement, cela ! c’était de l’orgueil... Nous avons arraché les rênes des mains de Phébus, et, Phaétons maladroits, Dieu nous demandera compte des ravages issus de notre inexpérience et de nos sottes prétentions. Si vous m’en croyez, amis, au lieu de nous targuer de nos fautes, nous nous flagellerons. Cet exil volontaire a trop l’air d’un piédestal que nous nous serions élevé de nos propres mains. Vous cherchez l’oubli ? il est parmi les hommes, et sans doute aussi, ô suprême Espérance ! l’expiation. Quand les honnêtes gens compromis par nous succombent, cet exil est une lâcheté. Voilà la véritable défection.

Vous n’osez invoquer le retour du régime par vous déchu ? Devant Dieu, je souhaitele retrouver dans ma patrie ; et, pour qu’il me protége contre moi-même, je lui dirai : — Fais des lois draconiennes. Vois ! je brûle ce que j’ai adoré. Ton glaive m’offusquait, je te l’ai arraché par surprise, je t’ai livré sans défense à l’ignominie. Ton bras est armé de nouveau, je suis ton esclave ; je pense que si je suis ta chose, tu me défendras.

Ces paroles débordantes de sincérité causèrent un trouble profond. Cette abjuration eût été moins éloquente de la part d’un autre qu’un brave.

Je regardai Bianca ; sa sérénité olympienne s’était singulièrement assombrie. Elle échangea un regard avec Clyde ; leurs physionomies, un instant face à face, reflétèrent le même sentiment d’indicible fierté.

L’abaissement du prochain cause, suivant les tempéraments, deux impressions d’un ordre différent ; aux bilieux, c’est de la colère, aux sanguins, la satisfaction issue d’une comparaison avantageuse supprimant désormais toute comparaison.

Sans doute, Lord Clyde et Bianca se croyaient seuls d’un métal pur.

  •  — Je veux bien retourner avec toi chez les hommes, dis-je à Boisvilliers, mais à la condition de combattre ce que j’ai toujours combattu. Je suivrai ta grandeur d’âme, je servirai, s’il le faut, la cause de la Justice, à l’ombre d’un drapeau détesté...
  •  — Manfred ! me cria alors l’amante de Clyde, tu désertes !
  •  — Qui ne me suivra pas, désertera, lui répliquai-je. Je n’ai jamais eu qu’un but, la liberté. Quand les suppôts de l’ancienne tyrannie sont opprimés, je ne me souviens que d’une chose, c’est qu’il est encore des oppresseurs !
  •  — Il faut combattre les oppresseurs ! répétèrent nos compagnons.

Cette adhésion n’encouragea pas plus Boisvilliers que moi, mais fort de sa loyauté, lui, reprit :

  •  — Ah ! plût au ciel que nous retrouvions, en touchant la terre natale, cette sécurité que nous donnait l’ancienne tyrannie ! Un hameau bien inconnu ! et vivre longtemps d’un bonheur obscur

Aucun de vous n’a-t-il jamais désiré cela ? Dieu le veuille, et nous retournerons dans notre foyer.... Pour être condamnés à ne plus retourner sur nos pas, à l’instar de Frank, nous n’avons pas brûlé la maison de nos pères....

  •  — C’est donc ta masure vermoulue et prête à s’effondrer que tu regrettes ? interrompit Bianca.
  •  — Et que nous resterait-il, riposta Boisvilliers, si nous n’avions encore l’espoir de nous y abriter ? Cette barque assurément !.... voilà le fruit de nos folles entreprises ! nous n’avons revendiqué la liberté sainte que pour être le jouet des flots !....
  •  — Mort à la politique ! dit Hogart.

Et tous redirent le cri de cet athlète du travail. Bianca resta muette.

Lord Clyde se leva :

  •  — Eh bien !.... oui ! l’homme pouvait seul inventer le châtiment qu’il méritait. Lui appartient-il, vraiment ! de maudire la politique ? Quand on a imploré le mal, on n’est plus maître comme Thésée de le faire reculer. Vous vous repentez de vous être levés, alors que vous ne deviez pas avoir la force de rester les soldats de la liberté jusqu’au bout ? je vous crois. N’en parlons plus. Avec vous je constate que l’homme n’a jamais été plus malheureux que lorsque sa destinée l’a préoccupé le plus, qu’il en a voulu être l’arbitre.

L’arbitre ?... comme s’il pouvait obtenir son suprême affranchissement, comme si, mettant le pied sur sa plus haute taupinière, il pouvait élever son front plus haut que le ciel.

Savez-vous ce qu’on dira de la société au sein de laquelle vous êtes si jaloux de retourner ? Écoutez la voix de la postérité : Mille ans devraient nous séparer de cette époque, nous n’en serons jamais les historiens. Portant nous-même encore la responsabilité de l’accusation ou de la défense, nous plaiderons longtemps avant que la justice ait rompu le silence. Cependant, il n’y a qu’une voix pour anathématiser le mal terrible dont nos pères furent les victimes, la politique ! peste morale insufflée aux âmes par les vents de l’enfer !...

Car si tous n’en succombèrent pas, tous furent frappés. Les uns possédés de la folie furieuse et mourant impénitents, les autres survivant à la maladie, mais conservant jusqu’au tombeau une langueur mêlée d’effroi.

Le désastre fut universel.

Pas une cabane qui ne refusât son humble refuge au bonheur !

Les champs incultes, mais riches d’holocaustes humaines, avaient repris cet air d’indépendance vierge que notre pied efface ; l’ivraie et le bon grain s’y disputaient la terre et donnaient par leurs enchevêtrements le spectacle d’une mêlée folle, et bien que la nature offrît à tous une place à son banquet, le fort ne pouvait résister à la voix impérieuse de la nature qui lui commandait d’étouffer le faible.