Le Colonel Gleizes, sa vie et ses travaux ; par le professeur N. Joly,...

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impr. de Rouget frères et Delahaut (Toulouse). 1865. Gleizes. In-8° , 28 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1865
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LE
COLONEL GLEIZES,
SA VIE ET SES TRAVAUX;
PAR
LE PROFESSEUR N. JOLY, ,
De l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres
de Toulouse, etc.
TOULOUSE,
IMPRIMERIE CH. DOULADOURE;
ROUGET FRERES ET DELAHAUT , SUCCESSEURS ,
Rue Saint-Rome, 39.
1865.
LE
COLONEL GLEIZES,
S^pf^SES TRAVAUX 5
PAR
LE PROFESSEUR N. JOLY,
De l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres
de Toulouse, etc.
TOULOUSE,
IMPRIMERIE CH. DOULADOURE;
ROUGET FRÈRES ET DELAHAUT, SUCCESSEURS,
Rue Saint-Rome, 39.
1865.
CE n'est pas un panégyrique que j'entreprends
d'écrire. Je me propose uniquement de retracer,
sans emphase et sans fard, la vie d'un homme
de bien, dont le plus bel éloge est sa vie elle-
même. En agissant ainsi, je crois me conformer
au vœu du Confrère excellent qui laisse après lui
de si justes regrets. J'obéis en même temps au
désir de sa famille y qui a bien voulu me confier
le rôle de biographe, rôle pour moi si honorable
et si doux à remplir. Enfin , et c'est là surtout
ce qui me décide à me charger de cette tâche
délicate , je trouve et saisis avec bonheur une
nouvelle occasion de payer ma dette de recon-
naissance à une mémoire que je vénère et que
j'aime.
LE COLONEL GLEIZES,
SA VIE ET SES TRAVAUX (1).
GLEIZES (JOSEPH-ANTOINE-AUGUSTE) naquit à Dourgne,
petite ville du département du Tarn, le 22 mars 1781.
Son père , après s'être livré, dans sa jeunesse, à quelques
opérations commerciales , s'était retiré aux lieux où il était
ué, et il y avait épousé Anne Faucos, fille d'un gentilhomme
piémontais , que des circonstances malheureuses avaient
obligé de quitter son pays.
(1) L'auteur de la Notice qu'on va lire se plaît à reconnaître qu'il a été très-
efficacement secondé dans ce travail par les notes étendues et fort bien rédi-
gées que lui a remises, avec une obligeance parfaite, M. Jules Gleizes, le
digne fils, et aujourd'hui le digne successeur du bon Colonel.
— 6 —
Auguste Gleizes avait un frère qui était plus âgé que lui
de sept ou huit ans et qui, à une imagination vive, mélan-
colique et rêveuse, joignait une grande intelligence, un
esprit aimable et une rare bonté (1).
C'était, dit Alp. Esquiros, qui lui a consacré un article
biographique dans la Revue des deux Mondes (2) : « c'était
l'âme d'un Brahme dans le corps d'un Français.»
Ce frère fut constamment pour Auguste un guide et un
ami (5).
Après avoir commencé ses études avec un de ses oncles,
vénérable ecclésiastique qui avait pour lui toute la sollici-
tude, toute la tendresse d'un père, Auguste Gleizes entra
au Collége de Sorèze, cette pépinière féconde d'où sont
sortis tant d'hommes illustres ou distingués. Là, ses progrès
furent rapides, et ses succès éclatants. En 1799, il était
admis à l'école Polytechnique après un brillant examen.
Il partit pour Paris.
A cette époque, les élèves n'étaient pas, comme aujour-
d'hui , casernés dans l'École. Il vécut donc de la vie exté-
rieure. Par ses relations, il se trouva lancé dans une société
d'artistes et d'hommes de lettres. C'est là qu'il connut
Charles Nodier, et qu'une mutuelle sympathie fit naître entre
(1) Gleizes (Jean-Antoine) se fit un nom dans la littérature contemporaine
en soutenant, avec beaucoup de talent et de conviction, le système diététique
connu sous la dénomination de système végétarien. 11 a exposé ses idées dans
un ouvrage intitulé : Thalysie ou la nouvelle existence (Paris, 1840, 3 vul.
in-8° ).
Gleizes (Jean-Antoine ) a aussi publié les Mélancolies d'un solitaire (1794 );
les Nuits élyséennes (1800); les Agrestes ( 1804) ; le Christianisme expliqué
ou le véritable esprit de ce culte méconnu jusgu'à ce jour ( 1837 ) ; Séléna ou la
famille Samanéenne (1838). Pour plus de détails, consulter la Notice publiée
par nous dans la Biographie universelle Michaud.
(2) Tom. xv, année 1846.
(3) Des liens de famille unissaient le colonel Gleizes à Dalayrac, le célèbre
compositeur; à Urbain Vitry, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences,
Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse ; enfin , au savant Professeur Alfred
Moquin-Tandon.
— 7 —
eux cette étroite amitié dont la mort seule put rompre les
liens.
Ayec les tendances naturelles de son esprit, dans un
milieu où l'imagination joue un grand rôle, où les senti-
ments nobles et généreux se manifestent avec une vivacité
toute particulière, Gleizes ne pouvait échapper au travail
moral qui s'accomplissait alors dans les esprits.
Il est intéressant de voir, dans les fragments de lettres
et de journal intime qu'il écrivait a cette époque de sa vie ,
il est intéressant, disons-nous, de voir les combats qui se
livraient dans son âme, lorsque, au milieu des écueils qui
environnent de toutes parts le jeune homme an début de sa
carrière, il aspirait a posséder la vertu , selon la significa-
tion antique de ce mot.
Mais les distractions qui auraient pu le séduire et l'é-
carter de sa voie, ne lui firent jamais perdre de vue ni l'im-
portance ni le but de ses études spéciales, et, en 1802, il
entra, pour se perfectionner, à l'École d'application de Metz.
Il en sortit avec le grade d'Officier du génie.
Employé d'abord aux travaux de la direction de Montpel-
lier ( 1806), puis chargé d'établir, sur les côtes de la Médi-
terranée, les batteries destinées a repousser l'invasion des
Anglais, il s'occupa ensuite des fortifications de Strasbourg
et de Kehl (1807 ). En 1809, nous le retrouvons à l'armée
du Rhin, placé à la tête d'une compagnie de sapeurs.
Le passage du Danube, la bataille de Znaïm, et l'im-
mortelle journée de Wagram furent autant de circonstances
où son savoir, son sang-froid et son courage trouvèrent
l'occasion de se montrer dans tout leur éclat (1).
(1) Gleizes fut employé, avec sa compagnie de mineurs, à la construction
du fameux pont sur le Danube.
Le jeune capitaine parle de cet ouvrage gigantesque avec une sorte d'en-
thousiasme qu'il cherche à faire partager à son frère, lorsqu'il lui écrit d'E-
bersdorf, à la date du 25 juin 1809.
» Vous entendrez sûrement parler de nos ouvrages. Dans l'espace de quinze
— 8 —
De nouveaux dangers à courir, de nouveaux services à
rendre, l'attendaient à l'armée d'Allemagne. Là, il prit une
part très-active aux travaux de fortification de Salzbourg et
de Bois-le-Duc (4810). Un an plus tard, il était sur la
frontière d'Espagne, attaché à l'état-major du génie, et
chargé de la rédaction des projets relatifs à la défense du
port du Passage, dont Napoléon rer voulait faire un port
militaire d'une grande importance. Ce fut au milieu des plus
grands périls que le jeune Capitaine d'état-major accomplit
les reconnaissances nécessaires à ses études. Les bandes de
Mina occupaient le pays, et l'on sait le sort des Français
qui tombaient en leurs mains.
Mais la fortune a cessé de sourire au héros de Wagram et
d'Austerlitz. Son étoile pâlit a l'horizon. Aveuglé par un. fatal
vertige, il pousse vers la Russie cette innombrable et va-
leureuse armée destinée à périr en partie sous les ruines de
Moscou embrasée, en partie sous les glaces de la Bérésina.
Gleizes fut du nombre de ces braves, martyrs du devoir, de
l'honneur militaire, du dévouement à la patrie.
Son cœur saignait de tous ces désastres , mais il n'en avait
pas moins été aux premiers rangs de l'avant-garde à l'at-
taque de Smolensk , à la bataille de la Moskowa, et au pas-
sage de la Bérésina. Aussi, le général Chasseloup, comman-
dant le génie, devenu plus tard (en 1824) Pair de France
et Président du Comité de fortifications, n'avait-il pas, même,
après douze ans d'intervalle, oublié les services de son
jours, on a jeté sur le Danube un pont sur pilotis de plus de 400 toises de
longueur. C'est une entreprise qui paraissait impraticable à toute l'armée , à
laquelle les habitants de Vienne refusent encore de croire.
» L'Empereur en a paru extrêmement satisfait. Il a dit plusieurs fois que cet
ouvrage était digne du siècle, et qu'il faisait le plus grand honneur au corps.
Il vient presque tous les jours visiter les travaux , tantôt seul, tantôt avec ses
Maréchaux qui, comme lui, ont pris l'habitude de faire beaucoup de ques-
tions. Il cause très-familièrement avec nous, et chacun peut se procurer l'a-
vantage de fixer son attention. Plusieurs la recherchent , d'autres, au con-
traire , tâchent de l'éviter et se contentent d'observer et d'écouter en silence.»
— 9 —
2
ancien aide-de-camp, et se plaisait-il encore à en attester
tout le mérite et tout le prix. « C'était, ajoutait-il, un des
Officiers les plus distingués du génie. »
Tant de fatigues, tant d'émotions pénibles, tant de pri-
vations de tout genre, tant de périls chaque jour renaissants
auraient suffit, et au delà, pour abattre une constitution
plus robuste que celle du brave aide-de-camp du général
Chasseloup. Aussi, pendant cette fatale retrai te de la Grande
Armée dont il était un des glorieux débris, Gleizes fut-il
obligé de s'arrêter a Vilna (9 décembre 1813).
Un médecin juif, pour lequel il a conservé jusqu'à son
dernier jour un souvenir plein de reconnaissance, le recueillit
chez lui, et à force de soins et de dévouement, parvint à
arracher à la mort cette malheureuse victime de la guerre
et des frimas.
L'Empereur Alexandre venait de doter son pays d'une
institution établie à Saint-Pétersbourg sur le modèle de notre
École polytechnique. Prisonnier des Russes et sans autres
ressources que la faible somme, déjà presque épuisée, que
lui avait laissée le général Chasseloup, Gleizes aurait pu sans
doute arriver aux honneurs et à la fortune , s'il avait voulu
s'engager à mettre ses connaissances dans l'art des fortifica-
tions au service du gouvernement Moscovite. Mu par un sen-
timent de délicatesse, chez lui facile à comprendre, il refusa
les offres avantageuses qui lui furent faites à cet égard. Mais
il crut pouvoir accepter, seulemeut jusqu'à la conclusion de
la paix , un emploi de professeur de mathématiques dans
l'Institut naissant. De cet emploi il tirait quelques ressources
qui lui étaient devenues bien nécessaires pour ses propres
besoins, mais qu'il trouvait plus doux de partager avec des
amis, avec des com patriotes, prisonniers comme lui, et plus
que lui dénués de ces petites douceurs que l'argent seul
procure sur un sol ennemi. Aussi, quand la paix fut con-
clue , et qu'il lui fut enfin permis de revenir en France, ne
— 10 —
put-il réunir la somme rigoureusement indispensable pour
faire ce long voyage de sept cents lieues. Ses nombreux dé-
biteurs demeurèrent insolvables ; ses obligés, plus nombreux
encore, étaient dans la détresse. Quant à sa famille, toutes
les lettres de Gleizes ayant été interceptées depuis sa maladie,
elle le pleurait comme s'il était mort.
L'esprit studieux et réfléchi d'Auguste Gleizes trouva
dans sa position même un sujet d'études nouvelles. Il s'oc-
cupa d'un projet de délimitation des frontières du Caucase,
qui attira l'attention du Gouvernement russe. Il observa les
mœurs, les coutumes, l'organisation politique et militaire
de cet immense empire, et il se vit, malgré lui, conduit à
cette conclusion, que la nation moscovite, dont les indi-
vidus, pris isolément, rappellent l'urbanité française par la
distinction des manières, le fini de l'éducation, et même
par la pureté du langage , est une nation foncièrement
barbare, cc plus barbare que les Turcs, » s'écriait-il souvent.
Les tristes événements de la Pologne et les cruautés de
Mouravieff nous ont appris, malheureusement à n'en pas
douter, que cette appréciation, vraie en 1812, n'a pas en-
core cessé de l'être de nos jours.
Rendu à la liberté par la paix, Gleizes se hâta de revenir
en France. Mais le bonheur de revoir sa patrie ne fut pas
sans mélange Longtemps avant qu'il y fût rentré, sa mère
avait cessé de vivre. Ce malheur, qu'on lui avait caché, l'im-
pressionnait douloureusement, et il se reprochait de s'être
laissé entraîner par les événements loin du lieu où il aurait
pu recevoir la dernière bénédiction de celle qui lui avait
donné le jour. Mais il retrouvait dans son frère un ami et
un consolateur, et dans sa belle-sœur, Mme Aglaé Gleizes,
fille du littérateur La Beaumelle, un esprit des plus distin-
gués, et surtout un cœur bien capable d'amortir le coup
douloureux dont il venait d'être frappé.
Trois ans plus tard ( 1817), il épousa Mllc Jenny-Hennette

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