Le coup d'état des espagnols

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grande librairie (Paris). 1868. 16 p. ; in-8.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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LE
r
COUP D'ETAT
DES
ESPAGNOLS
PRIX : UN FRANC
EN VENTE i
A LA GRANDE LIBRAIRIE , RUE LAFAYETTE, 52,
ET CHEZ TOUS LES LIBRAIRES.
PARIS 1868.
LE COUP D'ÉTAT
DES
ESPAGNOLS
1.
L'Espagne est en feu, annoncent les gazettes. L'élé-
ment révolutionnaire dévore le pays depuis Cadix
jusqu'à Séville, affirment les correspondants bien in-
formés. L'annonce d'une révolution en Espagne nous
rappelle involontairement ce mot célèbre de Ferdi-
nand VII, à propos des révolutions ministérielles :
« Le même collier avec des chiens dliférents ! »
Ce monarque, qui n'a guère légué à l'histoire que
sa peur et ses drôleries, sans compter sa fille,
avait raison.-
Partout en Europe une révolution poursuit un prin-
cipe, renferme une idée, se propose quelque chose.
- 4 -
En Espagne, et c'est pitié pour elle, - les révolu-
tions.,- - proiî?eticiaî?ziei-îlos, se font sans plan déterminé,
ni but à atteindre, comme une partie de plaisir,
coûteuse toujours; car les hommes qui se prononcent
n'ont pas eu le temps de se bien demander d'abord, ce
qu'ils demanderont ensuite. Le plus pressé est de
faire tourner l'armée, de dépaver quelques rues
qu'on repavera demain, de fusiller quelques pauvres
diables, de Créer quelques généraux et de grever le
budget de quelques millions de réaux en plus.
Le pays paie, mais le pays s'amuse. on lui en
donne pour son argent.
De même que les grandes tempêtes sont précé-
dées de signes précurseurs, les pronunciamienfos sont
précédés de signes infaillibles et qui ne peuvent lais-
ser aucun doute aux experts dans ce métier : nous di-
sons métier, car on peut considérer comme tel, Varl
de se prononcer el de se déprononcer à volonté.
Le mot ne fait rien à la chose : vieux dicton fran-
çais ; en Espagne, la saison ne fait rien aux pronun-
ciamienfos : cependant, presque tous ces pronuncia-
mientos, ceux de première classe, entre autres, où
le peuple est mitraillé d'une façon qui ne laisse rien
à désirer, ont lieu en été.
Les petits-fils de don Quichotte, qui l'hiver ont assez
de besogne à porter leur manteau, occupent leurs
loisirs de l'été, époque des vacances, en faisant
leur partie de pronunciamienfos en trois mois liés, juil-
let, août, septembre, et en quinze cents nominations.
5
Le gouvernement prévoit tout, prend, ses mesures,
et comme le verbe prendre a de nombreuses accep-
tions en espagnol, il n'en oublie aucune et fait dispa-
raître prestement dans sa chute, son bien et celui
d'autrui. Le cabinet Sartorius, en quittant le minis-
tère, en juin 1854, ne laissa 7 fr. 50 dans les coffres
de l'Etat, que parce qu'il ne trouva pas à temps sous
sa main le caissier royal.
Un pronunciamienio est-il dans l'air, vite on oublie
de solder les cesantes, retraités civils; classe inof-
fensive de citoyens, qui a prouvé en Espagne,
maintes fois, que l'on peut vivre de faim. Le gouver-
nement change ses préfets et ses capitaines-généraux,
expédie des agents en province, lâche sa meute de
policiers et, héroïque mesure ! ferme les mai-
sons de jeu et de joie.
II.
L'empleo-mania, - maladie héréditaire qui se révèle
aussi en France par un désir immodéré d'émarger au
budget : budget ophagie, dévore tout Madrilène dès
son enfance. A Madrid on naît employé; enrégimenter
son enfant dans quelque ministère est le vœu cher au
cœur de tout père castillan qui peut alors s'envelop-
per avec fierté dans son manteau de quinze aunes,
(parïosa), en s'écriant : « Mon fils appartient à l'admi-
nistration ! »
Maisons de jeu, maisons de joie, maisons de prêts,
cirques de taureaux, exutoires à tous les vices et à
toutes les passions, tel pst le fond de l'industrie
madrilène.
6
Le café y média tosdada, mélange national de café
et de lait, servi dans un verre avec du pain et du
beurre, est la base de l'existence ; supprimez-le, et
l'on verra éclater dans Madrid la plus violente des in-
surrections.
r Et pourtant combien de pronuncianiientos le café y
média tosdada n'a-t-il pas fait éclore ?
L'homme travaille pour vivre, bien que les trois
quarts d'entre eux vivent pour travailler, mais
quand on déjeune d'une cigarette et qu'on dîne pour
cinquante centimes, le far niente est si doux et sur-
tout si facile ! A Madrid, le chez-soi n'est pas un
besoin, on vit au café. Un homme entre dans un café,
demande les journaux, les lit, ou les met dans sa
poche, sans doute pour justifier ce proverbe éminem-
ment national : « Tout ce qui est en Espagne, est à
tous les Espagnols, » prend des allumettes, parfois
même du tabac, vide, à grands traits, bon nombre de
verres d'eau fraîche, et après trois heures de circon-
vallations et de préliminaires, réclame enfin au garçon,
qu'il tutoie, son café y media tostada. A minuit, notre
homme sera encore là.
S'il consomme peu, en revanche il parle beaucoup.
Comme Ferdinand VII, grand amateur de tauroma-
chie, ferma, par économie, les écoles et les universi-
tés pour fonder une escuela de tauromaquia (école de
toréadors), l'oisif Madrilène hésite à converser sur les
sciences et les arts. De quoi voulez-vous donc qu'il
s'occupe? De quoi voulez-vous qu'il parle? Dépoli-
tique !
Ignorant tous les grands événements, sans idées
précises sur les révolutions sociales qui se sont pro-

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