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Le Crâne
Lucius Shepard
Lucius Shepard — Le Crâne
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Lucius Shepard — Le Crâne
Ce texte est extrait du recueilLe Dragon Griauleaux éditions du Bélial’. Traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque Parution : octobre 2011 Version : 1.0 — 06/10/2011 © 2011 by Lucius Shepard © 2011, Le Bélial’, pour la présente édition
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Lucius Shepard — Le Crâne
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I.
Lucius Shepard — Le Crâne
Voici ce que l’on sait : À la suite de la mort du dragon Griaule, après qu’on eut prélevé ses écailles, qu’on l’eut vidé de son sang pour le stocker dans des bidons, qu’on eut mis en conserve sa chair et ses viscères au moyen de divers procédés, qu’on eut pulvérisé ses os pour en faire des panacées contre le cancer, l’incontinence, l’arthrite, l’indigestion, l’eczéma et bien d’autres afflictions… après toutes ces opérations, on chargea le crâne de Griaule (dont la longueur approchait les six cents pieds) sur une remorque à plusieurs roues que l’on tracta à travers la jungle jusqu’à la cour du Temalagua, située à onze cents milles de là. Plusieurs volumes seraient nécessaires pour conter l’histoire de ce périple, qui dura deux décennies, fut émaillé de maintes batailles rangées, ainsi que d’une brève traversée en mer qui faillit tourner à la catastrophe, et coûta plusieurs milliers de vies. Peut-être en fera-t-on un jour le récit, mais, pour les besoins de notre histoire, nous nous bornerons à dire que lorsque le crâne gagna enfin sa destination, à savoir une esplanade proche du palais royal, Carlos VIII, qui l’avait er acheté au conseil municipal de Teocinte, était mort et enterré, et son fils Adilberto I était monté sur le trône d’onyx. Adilberto ne partageait pas les obsessions de son père. Il consacra la majeure partie de son règne à guerroyer contre les États voisins et le crâne devint le repaire des oiseaux, qui n’hésitaient pas à y nicher, des singes, des serpents et des rats palmés, pour finir par disparaître sous les lianes et les champignons. Son propre fils, un deuxième Adilberto indigne du premier, restaura le crâne dans tout son éclat ou presque, transformant la parcelle qui l’entourait en jardin exotique, plaquant du bronze sur ses crocs gigantesques et liserant ses orbites et ses mâchoires de filigranes de jade, de cuivre et de laiton, qui accentuèrent son aspect sinistre et inspirèrent la création de masques en fer-blanc promis à un grand succès auprès des touristes. Il se fit livrer des meubles en teck et en ébène, accrocha aux parois des tentures en soie parées d’or et de pierres précieuses, et organisa des bacchanales qui instaurèrent de nouvelles normes en matière de débauche (meurtres, tortures et viols y étaient monnaie courante), ce qui contribua dans une large mesure à la er faillite d’une économie déjà bien ébranlée par les excès de Carlos VIII et d’Adilberto I . Après la mort du deuxième Adilberto (dont les circonstances auraient éveillé les soupçons du plus indulgent des observateurs étrangers), un troisième, surnommé « El Frio », s’empara du pouvoir à l’issue d’une longue et sanglante lutte avec Gonsalvo, son frère aîné. El Frio, un occultiste doublé d’un fanatique religieux, avait l’intention de détruire le crâne, mais ses augures l’avisèrent qu’un tel sacrilège aurait de funestes conséquences. Il
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choisit donc de consacrer toute son énergie au massacre systématique de ses ennemis, qu’il soupçonnait apparemment de se terrer sous chaque caillou car plus de deux cent mille de ses compatriotes périrent au cours de son règne. Son successeur, un quatrième Adilberto, avait tellement honte de l’héritage paternel qu’il renonça à son nom pour adopter celui de Juan Miel, un patronyme dont la saveur prolétarienne témoignait de sa vision proto-marxiste du monde, et décréta l’abolition de la monarchie, plongeant le Temalagua dans une période d’agitation sans précédent dans toute son histoire. Quarante-quatre jours après avoir entamé cette réforme des plus radicales, il était écartelé par une foule de coupeurs de cannes devant lesquels il prononçait un discours — ils étaient passés à l’acte encouragés par son principal adversaire à l’élection présidentielle, un riche planteur ayant sous-entendu que leurs emplois étaient en jeu. Par la suite, le pays fut gouverné par une théorie de généraux et de politiciens qui s’efforçaient non sans mal de faire face à d’innombrables armées révolutionnaires ainsi qu’aux visées économiques des riches et puissantes nations du Nord. Le palais fut détruit e dans un incendie au début duXXsiècle et, quand vinrent les années 1940, le jardin aménagé par Adilberto II s’était fondu dans la jungle environnante et le crâne disparaissait sous une végétation touffue, bien qu’il demeurât présent dans la conscience collective et fût considéré comme la cause première de la disgrâce échue au Temalagua… si tant est que la région dans son ensemble ait jamais connu un quelconque état de grâce. Il arrivait parfois que des voyageurs visitent le crâne — nombre d’entre eux se faisaient photographier à l’intérieur des mâchoires, posant près d’un croc gainé de cuivre à présent vert-de-grisé, pour s’empresser ensuite de filer, oppressés par la sinistre atmosphère émanant de la gigantesque gueule osseuse aux décorations barbares qu’on devinait sous les épiphytes, les fougères et l’ombre de l’épaisse canopée. Ceux qui avaient choisi de camper sur place faisaient état de rêves troublants, et on déplora la disparition de savants et d’aventuriers ayant effectué sur les lieux un séjour prolongé, parmi lesquels un herpétologiste que l’on retrouva des années après sur la côte, vivant dans une tribu d’Indiens et ayant tout oublié de son passé. Durant les années 1960, la capitale, Ciudad de Temalagua, entra dans une phase d’expansion rapide à partir de la jungle qui entourait le crâne, à l’instar de Teocinte quand celle-ci s’était étendue par rapport à Griaule, comme pour se conformer à une forme obscure de régulation relativiste. Plutôt que d’assainir la parcelle et de détruire le crâne, les autorités préférèrent accorder au site le statut de monument historique, le jugeant essentiel à la compréhension du Temalagua contemporain, sans que les historiens s’y intéressent pour autant, peu désireux qu’ils étaient de risquer leur vie pour étudier la relique qu’il abritait (tactique fréquemment employée avec les lieux dont l’histoire est imprégnée de crimes et d’atrocités). Des bidonvilles apparurent sur la lisière occidentale de la jungle, créant une zone tampon entre la ville et le crâne, et produisant un flot régulier d’enfants maltraités et abandonnés qui s’enfonçaient dans l’une ou l’autre direction, au sein d’une désolation tantôt urbaine, tantôt végétale, pour y connaître un sort qui, s’il ne faisait pas de doute, n’en était pas pour autant facile à confirmer. Au fil des quarante années suivantes, à mesure que le pays poursuivait le déclin qui le conduirait au millénaire, appauvri par l’avidité des businessmen et des narcotrafiquants, les quartiers pauvres devinrent le territoire de féroces bandes armées disputant le contrôle des rues à des escadrons de la mort formés à partir des éléments les plus fascisants de l’armée ; mais les uns comme les autres hésitaient à s’enfoncer dans la jungle pour affronter l’étrange secte censée y fleurir.
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C’est ici que notre histoire devient celle de la femme qu’on appela par la suite « La Endriaga » et s’éloigne de la vérité historique pour entrer dans le domaine de la conjecture, du témoignage, de l’anecdote et de la fiction, qui constituent après tout les formes les plus fiables de la narration humaine. Elle s’appelait Xiomara Garza (mais la plupart des gens la surnommaient Yara), et elle était née dans le Barrio Zanja, un dédale de masures aux rues innommées situé sur le flanc d’une colline dominant la jungle. Pendant la saison des pluies, des coulées de boue ravageaient régulièrement ce barrio, tuant des douzaines de personnes et privant de foyer des centaines d’autres ; mais comme leurs demeures se résumaient à des assemblages branlants de carton et de contreplaqué, et dans la mesure où la majorité des survivants se trouvaient dans l’incapacité de changer de quartier, il ne s’écoulait pas deux semaines avant qu’ils ne reconstituent leur habitat précaire. Les témoins s’accordent pour dire que Yara connut une enfance heureuse, mais il est cependant permis d’en douter — le Barrio Zanja n’était guère propice au bonheur et certains témoins évoquent son caractère stoïque doublé d’un comportement maussade. En fait, le nombre de personnes qui prétendent l’avoir connue est nettement supérieur à la population du barrio à cette époque, si bien que l’on peut affirmer que son enfance reste voilée de mystère. Des photos de Yara, alors âgée de onze ans, figuraient dans la carte mémoire de l’appareil photo numérique appartenant à Anton Scheve, un pédophile autrichien que l’on découvrit dans sa chambre d’hôtel, gisant dans une mare de sang et tué de plusieurs coups de couteau à la poitrine. Sur ces photos, Yara, une adorable jeune fille aux cheveux noirs et au teint lumineux, est allongée sur un lit (celui-là même au pied duquel Scheve avait rendu le dernier soupir) dans une tenue de plus en plus sommaire, les yeux mi-clos et en proie à une stupeur qu’explique le sac en papier imbibé de colle posé près d’elle. Comme ces images étaient les dernières que Scheve ait immortalisées, la police déploya des efforts méritoires pour retrouver Yara — bien qu’officiellement découragé, le tourisme sexuel constituait l’une des principales ressources de l’économie chancelante du Temalagua. Mais Yara demeura introuvable et, frustré dans son désir de justice égalitariste, bien que la victime du meurtre considéré fût des plus méprisables, le gouvernement fit imprimer les fameuses photos (un rectangle noir occultant les organes génitaux de la suspecte) dans le plus grand journal de la capitale, où elles étaient accompagnées d’un article dénonçant la contamination morale dont souffrait le pays. Lorsque l’on entendit à nouveau parler de Yara, ce fut dans les pages d’Un obscur journal littéraire (titre décrivant on ne peut mieux la nature du périodique en question), où furent publiés les mémoires inachevés de George Craig Snow, un beau jeune homme américain aux cheveux d’un blond sale, aux yeux d’un bleu las et au caractère d’un humour acide qui vécut à Ciudad de Temalagua entre 2002 et 2008. Étant enfant, il détestait le prénom de George, qu’il associait aux polards, aux minables et aux agents d’assurances, et auquel il préférait celui de Craig, correspondant au nom de jeune fille de sa mère. Pendant la première année de son séjour au Temalagua, il travaillait comme correspondant d’une ONG bidon du nom d’Aurora House : on lui demandait de rédiger d’une écriture enfantine des lettres écrites dans un anglais approximatif et censées témoigner de la reconnaissance des enfants à demi illettrés dont Aurora House finançait l’éducation. Ces lettres étaient envoyées à des Américains crédules qui versaient vingt dollars par mois pour venir en aide à une Pilar, un Esteban ou une Marisol méritants. Il y ajoutait des formulaires de versement et des photos volées montrant des enfants en uniforme scolaire, heureux et épanouis, preuves
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irréfutables des effets de la charité sur les bambins victimes de malnutrition dont les images étaient jointes aux précédents envois. Au risque d’insister, précisons qu’aucun enfant du Temalagua, qu’il ait figuré ou non sur ces photos, ne reçut un seul centime d’Aurora House. La majorité des dons finissait dans la poche d’un dénommé Pepe Salido, un homme sec et grisonnant que Snow comparait mentalement à un lévrier squelettique, au crâne étroit et au museau allongé. Le reste était réparti de fort parcimonieuse façon entre les salariés d’Aurora House, parmi lesquels on comptait plusieurs gringos comme Snow, des glandeurs suffisamment cyniques pour s’amuser de cette minable arnaque, car même si l’ONG avait été une entreprise honnête, mendier vingt dollars par mois à des ménagères compatissantes, des étudiants idéalistes et des alcooliques repentis n’aurait jamais suffi à contrer les forces qui broyaient les enfants du Temalagua. Snow vivait avec une femme d’ascendance maya, une maître-assistante gauchiste de l’université San Carlos nommée Expectation (cela lui avait inspiré le titre de ses mémoires, Il vit avec Expectation (1)) et demeurait dans le Barrio Villareal, un quartier ouvrier qui virait au taudis. Lorsqu’il ne travaillait pas, ses deux activités préférées étaient de faire l’amour à Ex (ainsi l’avait-il surnommée) et de fumer de l’héroïne, celle-ci le détendant quand celle-là se montrait trop exigeante. Le soir venu, il s’asseyait sur son perron, le torse et les pieds nus, complètement défoncé, et grattait la terre avec ses orteils, contemplant les étoiles visibles à travers le nuage de pollution au-dessus des toits en fer-blanc ou savourant en connaisseur le défilé des passants : les vendeuses qui se hâtaient de rentrer au bercail, les yeux baissés et leurs paquets pressés contre leur torse ; les ouvriers secs et courts sur pattes, leur machette à la ceinture, qui ne manquaient jamais de le saluer poliment ; les gosses des rues efflanqués et crasseux, un sac en papier dégoulinant de colle à la main, qui allaient parfois en meute et, voyant en lui leur semblable, s’attardaient de temps à autre à ses pieds, les yeux levés vers les toits où ils suivaient l’évolution de choses qui lui demeuraient invisibles. Un soir, alors qu’il était assis là en compagnie d’un gamin émacié qui pouvait avoir dix ans mais en avait sans doute quinze et qui, n’eussent été ses cheveux d’un noir de jais, aurait pu passer pour un vieillard rabougri en dépit de son tee-shirt fané frappé de l’emblème de Disneyworld… un soir, donc, il remarqua une adolescente s’avançant dans l’air purpurin. Mince, tout en jambes, pâle. Des boucles noires cascadant sur ses épaules, une chevelure opulente contrastant avec son esthétique goth-punk : jean noir, bottes noires, col roulé noir à manches longues. Ongles tout aussi noirs. Maquillage outrancier. Elle avançait d’un pas décontracté, mais ses mouvements étaient précis et résolus, et il émanait d’elle une telle aura d’énergie que Snow eut l’impression d’assister à l’arrivée d’une petite tempête. Il imagina une tornade de poussière et de gravats la suivant dans son sillage, ce qui l’incita à lui adresser un sourire ravi lorsqu’elle passa à son niveau. Loin de vouloir échapper à son examen, elle se planta devant le perron et effectua un vif mouvement de la tête, comme pour lui dire : T’as quelque chose en tête ? Alors crache-le. « Buenas noches », dit Snow. Le gamin plongea la tête dans son sac pour inhaler furieusement et la fille lui demanda en espagnol : « Qui c’est, ce connard ? – Il habite ici, répondit le gamin d’un air ahuri. – Je parle espagnol, dit Snow. Tu peux t’adresser à moi. » Sans lui prêter attention, la fille demanda au gamin pourquoi il traînait avec ce pichicatero. L’autre haussa les épaules.
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« Pichicatero ? Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Snow au gamin. – Junkie, répondit la fille dans un anglais presque sans accent. – Le drogué, c’est lui. » Snow désigna le gamin. « Chez moi, c’est juste un hobby. » Avec son masque de rimmel et de rouge à lèvres couleur sang, la jeune fille était apprêtée sans être belle, mais une fois qu’il l’eut mentalement démaquillée, il constata qu’elle était plutôt bien faite. Un observateur distrait aurait sans doute taxé ses traits de banals, grevés par une perfection standardisée évoquant une vampire, mi-ange, mi-putain, telle qu’en fantasmerait un ado américain, mais aux yeux de Snow, qui se considérait comme un connaisseur, son visage apparaissait d’une féminité exubérante et idiosyncratique, investi d’une volonté de rapace que trahissaient le pli implacable des lèvres, les dents légèrement trop grandes, les courbes délicates du menton un rien pointu, et, au-dessus d’une narine palpitante, l’indispensable petit défaut, à savoir une cicatrice rose vif qu’une ou deux sutures auraient suffi à effacer correctement. Sa peau semblait dotée d’une légère luminosité. Ses sourcils comme ses iris étaient d’un noir si intense qu’on eût dit des béances dans sa chair par lesquelles on percevait un décor de ténèbres. Elle était, décida Snow, d’une beauté terrifiante. « Pieds sales, lui dit-elle. Ongles sales. Cheveux sales. » Elle le toisa de la tête aux pieds. « Et cœur sale. » Quoique trop défoncé pour se sentir insulté, Snow s’estima en droit d’émettre une objection et répliqua d’une voix douce : « Hé ! surveille ton langage. » Elle repassa à l’espagnol pour lancer au gamin : « Fais gaffe à toi ! Faudrait pas que tu deviennes une âme flétrie comme lui. – Je parie que t’étais une emo il y a peu, dit Snow. Puis tu t’es maquée avec un goth et tu es passée du côté obscur. – C’est exactement ça. Viens faire un tour chez moi et je te présenterai à lui. Il adore se faire des amis. – D’accord. File-moi ton adresse. » Elle afficha un air inexpressif, comme à l’écoute d’une voix intérieure. Le silence se prolongea, à tel point que Snow agita une main devant elle et demanda : « Y a quelqu’un ? » Brusquement, elle tourna les talons et s’en fut sans ajouter un mot ; un vieillard fit un écart pour la laisser passer. « Ça, c’était bizarre, fit Snow. – Yara. » Le gamin sortit un tube de colle de sa poche et en versa quelques gouttes dans son sac. « Pardon ? dit Snow. – Elle s’appelle Yara. Elle est folle. – En quoi ça la distingue de tous les autres ? » Snow songea qu’il allait devoir expliquer sa conception du genre humain, à savoir que nous ne sommes tous qu’une collection de pulsions aléatoires contenues par le maillage des contraintes sociétales, mais le gamin semblait savoir cela d’une façon innée, car, sans qu’une clarification fût nécessaire, il précisa : « Yara n’est pas folle comme un singe. Elle est folle comme un serpent. » Il fit mine de plonger la tête dans son sac saturé de vapeurs mais se ravisa et le tendit à Snow, qui, ému par cette soudaine démonstration de politesse, s’empressa de l’accepter.
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