Le crève-sot

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Grégoire est un cantonnier peu ordinaire : amateur des choses simples, il apprécie le travail manuel, bien fait, comme avec son crève-sot. Le jour où il découvre un crane dans une tranchée, il ne peut se résoudre à le laisser dans ce trou et part à la recherche d'une sépulture décente pour lui...


Publié le : jeudi 16 avril 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782371690264
Nombre de pages : non-communiqué
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Illustration de couverture : Shutterstock.com, Vladimir Wrangel.

Directrice de collection ReLIRE : Cécile Decauze

Première Publication : 1994 aux Editions La Presqu'île

Exploitation en vertu de la licence non-exclusive confiée par la SOFIA dans le cadre de la loi n° 2012-287 du 1er mars 2012 relative à l’exploitation numérique des livres indisponibles du XXe siècle.


ISBN : 978-2-37169-028-8

Dépôt légal internet : avril 2015

IL ETAIT UN EBOOK
Lieu-dit le Martinon
24610 Minzac

« Toute représentation ou reproduction, intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur, ou de ses ayants droit, ou ayants cause, est illicite » (article L. 122-4 du code de la propriété intellectuelle). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon sanctionnée par l’article L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle. Le Code de la propriété intellectuelle n’autorise, aux termes de l’article L. 122-5, que les copies ou les reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, d’une part, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration.

IEUEB LR

1

Le village avait commencé par être un lieu de victoire heureuse sur une nature difficile. Il avait ensuite été pillé, brûlé, reconstruit dix fois dans la fureur des rivalités aquitaines ou celle des imprévisibles vanités féodales.

Ravagé, bien sûr, par les épidémies : la peste, tiens, et la variole ! sans oublier la vérole des routiers. Et puis, contre-ut des abominations : les guerres de Religion. Toutes calamités qui laissèrent toutefois suffisamment de rescapés féconds pour fêter grassement les ans d'abondance.

À tous les siècles, ses habitants, pataugeant dans le brouet du quotidien, n'eurent aucune conscience d'être les infatigables tisserands de l'Histoire de leur pays.

Depuis longtemps, les guerriers ayant eu l'heureuse idée d'aller porter leurs attentions à d'autres frontières, le village connaissait la paix. Depuis le temps qu'il était là, aplati sur sa colline, il était devenu la colline elle-même entre ses murs ; au détour de mitoyennetés déroutantes les maisons allongeaient leurs façades raides et impitoyablement romanes entre de hautes tiges de roses trémières un peu poussiéreuses.

Jusqu'au soir venant, elles se renvoyaient chaleur et lumière, faisant régner dans les rues vides une atmosphère calcinante de four à pain. Les volets «en tuiles» cachaient dans leur pénombre une vie assoupie mais à l'affût du moindre mouvement.

Vers le couchant, la vue donnait sur la mer, la Gironde plutôt, vieille «mar de Bourdeu», large ici de douze kilomètres. À l'est, les fenêtres s'ouvraient sur une large campagne vallonnée, secrète. Des arbres dispersés, souvent des cyprès, loin des lourdes forêts de l'arrière-pays, figuraient de maigres pièces d'échiquier entre les carrés sombres des vignes bien peignées et ceux des céréales presque blancs de soleil.

Le paysage était immobile sous un ciel immense partant des lointains coteaux de Basse-Saintonge pour rejoindre l'océan où l'on devinait le trait mince du Médoc, horizon pour rire en dessous du véritable, très loin au large, incertain.

Il y avait de l'austérité provençale, cévenole presque, dans ce pays écarté qui, dans la fournaise de chaque été oubliait le souffle équinoxal de l'Atlantique.

Le village avait une route, une seule. Un chemin « pierre » plutôt qui n'avait pas dû changer depuis des siècles, coupé en son milieu par une étroite bande d'herbe rase avec des tavelures roussâtres de terre à vigne. Il dévalait en courbe douce jusqu'à la grande route Bordeaux-La Rochelle, noire, lisse, marquée de lignes et de pointillés blancs, façon demi-deuil.

Leur jonction n'était pas un carrefour mais semblait une rencontre fortuite entre un passé qui, pour mesurer le temps prenait modèle sur la vie des arbres et un modernisme précipité qui avait à peine celui de bredouiller son nom.

Un peu en retrait de cette jonction, une pelleteuse au travail s'époumonait à grande rage de diesel sans beaucoup troubler pour autant la sérénité tiède de cette campagne en fin d'après-midi. La grosse machine jaune occupait presque toute la largeur du chemin. Elle travaillait un peu en biais et à reculons.

- Comme pour biner les haricots, songea Grégoire, assis coudes aux genoux, à mi-pente sur le talus. Malgré lui, le cantonnier était fasciné par le grand bras articulé et son piston brillant.

À travers une sourde anxiété il regardait les griffes du godet palper, trancher, puis violer le sol avant de basculer, plein ciel, rempli d'une grosse brouettée d'herbe, de pierres et par-dessus une épaisse motte de terre plus fraîche, secrète, qui lui semblait se contracter, frissonner à la brusque lumière. Angoissant.

Avec un chuintement qui ajoutait au bruit du moteur, le grand bras pivotait jusqu'au-dessus de la benne d'un camion, secouait sa charge qui tombait à gros roulement.

- Travaille vite, hein ? ricana le Tintin de Pissot, un grand benêt des Ponts et Chaussées qui traitait son diabète précoce à la bière.

Impassible, Grégoire continua de mâchonner son brin d'herbe.

- Autrement plus vite qu'un cantonnier, continua Tintin avec une mauvaise intention flagrante.

- Est-il con ce grand veau ! pensa Grégoire en comprenant qu'il devenait urgent de répondre. Il soupira.

- Plus vite, c'est certain... mais cela ne finit pas comme à la main.

L'autre, planté en contrebas à côté de la borne kilométrique, les mains naturellement croisées sur le manche de sa pelle inutile, releva le groin.

- Bah ! à quoi bon fignoler un fossé qui sera plein à déborder l'automne prochain ?

Grégoire cracha entre ses genoux.

- Tu n'es pas fait pour comprendre des choses comme celles-ci alors ne pose pas la question.

Il s'interrompit pour regarder la machine buter soudain contre un obstacle imprévu avec un coup qui ébranla le talus. Le moteur rugit. L'engin tangua, décolla des roues avant. Et puis, dans un effort de bête, arracha un bloc rectangulaire dont elle se débarrassa vite en le jetant dans le camion où il fit un bruit énorme.

Tintin écarquilla autant que possible ses gros yeux striés de rouge.

- Ben!... qu'est-ce qu'une pierre de taille vient foutre ici ? c'est bien pour dire, non ?

Grégoire sourit vaguement derrière ses moustaches.

- Je te ferai remarquer que ce n'est pas elle qui est venue vous chercher.

Il se leva et descendit sur le chemin en continuant doucement.

- Tu sais, depuis tantôt trois mille ans que l'on bâtit par ici, il a dû s'en oublier des bouts de murs.

Le conducteur arrêta son moteur et descendit de la cabine en même temps qu'un calme lénifiant reprenait sa juste possession de l'endroit.

Ankylosé, il s'étira avec une grimace douloureuse et se dandina jusqu'au trou laissé par le bloc. Tintin et Grégoire s'approchèrent eux aussi.

- Elle a « quitté » de travers, grogna le cantonnier, les bords sont tout de guingois à présent.

Les trois hommes demeurèrent silencieux, en contemplation presque; Grégoire hocha la tête avec un regard hostile pour le godet immobile à mi-hauteur.

- Il va falloir recouper les bords sur presque trois pas pour que votre... heu... astuce ne se remarque pas trop.

Le conducteur, un gentil rougeaud de Camailleau, au front de bouvillon, haussa les épaules.

- La belle affaire ! l'eau n'en coulera que mieux. Nous deux, ajouta-t-il en montrant sa machine du menton, on travaille en force... pas dans la dentelle.

- Peuh ! tu parles de ta foutue mécanique comme si elle ruminait du foin et pas du pétrole... pas une paire de bœufs ça... c'est un tank et un tank ça ne comprend rien.

Peu sensible à la nostalgie du cantonnier, le conducteur n'en retint qu'une intention inamicale et se rebiffa.

- Et alors ? au prix du mètre on ne va pas te creuser un fossé de marquise ! et puis, tu as vu l'heure ?

Le chef d'équipe, parti s'isoler derrière son camion, reparut, mal boutonné, en désignant sa montre.

- Hé ! vous avez vu l'heure ?

Grégoire se redressa pour toiser les trois hommes d'un regard ironique.

- L'heure ça vous connaît, hein ? plus souvent à guetter les pendules que l'embauche, hein?... prendrez bien le temps de mourir.

- Pour quatre coups de godet qui restent à donner, on va pas revenir demain.

- Ce n'est pas moi qui vous reprocherai de partir avec votre bassine à faire peur aux perdreaux.

- Allons-y, coupa le chef d'équipe.

- Moi aussi, rétorqua Grégoire d'une voix adoucie, l'esprit déjà en route pour un autre rêve.

Le conducteur relança le gros moteur.

Insensible au tintamarre renaissant, le cantonnier enfourcha son vélomoteur, le fit démarrer d'un ferme et subtil coup de pédale et remonta vers le village où la grange de sa trop petite ferme soutenait le mur branlant de la sacristie.

En s'éloignant du fracas métallique bientôt dérisoire, il décida avec un froncement entendu que le moteur de sa pétrolette faisait un « tirouit » d'alouette aux champs.

Haut de deux bons mètres au-dessus du virage, le talus allait diminuant jusqu'à raser le chemin à l'entrée du village. Bien droit sur sa selle, presque digne, Grégoire aimait remonter ce bout de route, longer à sa droite les pieds écaillés des ceps de la vieille vigne jusqu'aux plus hautes grappes et les « bois » de l'année, longs et fous sur le ciel au moindre souffle et sur la gauche, commencer par les racines serrées, la paille et puis les épis du père Vion qui mûrissaient au soleil de juin.

Les derniers pampres raclaient au vent le mur écaillé de la première maison, celle d'Eugénie Maillet, la veuve de l'ancien maire. C'était une placide, toute ronde qui souriait toujours au passage du cantonnier, sans doute en souvenir de leurs «bontés voilà trente ans avant qu'il n'aille faire son service dans la "Royale" à Rochefort».

Comme d'habitude, Grégoire lui répondit par un plissement de paupières en gonflant ses moustaches. Une fois encore il essaya vainement de se rappeler comment « c'était » avec elle. Il se souvenait bien des haies du marais de Font-Clou, des aubépines où bruissaient les premières abeilles du ciel immense vers l'estuaire. De la «Génie», rien, c'était rageant. À peine, en cherchant bien, un mouvement de jambe, un coin de chiffon et encore, à se demander s'il n'imaginait pas ces maigres détails pour la bonne conscience, s'excuser en secret envers cette bonne grosse - qui n'était pas si grosse en ce temps-là, ça il en était certain.

Il jaillit de sa rêverie en sacrant contre un des nombreux chats de la mère Lachaume qui avait frôlé sa roue.

Pour la forme, Grégoire clama que dès le lendemain il allait répandre du poison partout. Il y avait bien longtemps que le cantonnier promettait l'extermination de toute la colonie... et les chats continuaient de prospérer et se battre aux nuits tièdes. Seulement réduits, maintenus plutôt, par les gardes-chasse des réserves et surtout par les pneus arrogants des touristes.

Grégoire retrouva vite son équilibre. Du coin de la casquette il fit un petit salut au père Vion qui se parcheminait au soleil en attendant une heure décente pour rejoindre l'apéritif chez Dédé en face du banc de pierre.

Plus loin, après la boutique de Candido, l'épicier, il passa devant le bureau de l'A.S., l'Avenir Sportif, le club de foot, récemment installé dans le magasin abandonné de l'ancien horloger. De l'autre côté de la petite place, une gerbe d'étincelles fusait de l'atelier de Gaston le charron, scandée par les rages d'une meule électrique.

D'un petit coup de poignet Grégoire accéléra pour s'engouffrer sous son porche. Freins bloqués il fit un à-gauche, dérapant « artistement » jusque sous le hangar où Sophie son épouse étendait du linge.

Sans tourner la tête elle soupira, une épingle à linge au coin des lèvres.

- Le jour où tu te casseras la figure avec tes acrobaties de gamin, tu pourras dire que tu l'as cherché.

Avec un petit sourire satisfait, Grégoire cala sa pétrolette contre un poteau et alla fouiller dans un tas de manches appuyés dans un coin du fond. Il en fit choir bruyamment deux ou trois pour extirper une pioche polie par un long usage. Sophie s'arrêta, les yeux ronds.

- Tu vas travailler à cette heure-ci ? Tu ne risques pas la fatigue.

Penché sur son porte-bagages, Grégoire acheva d'attacher son outil avec un sandow hors d'usage. Il se redressa en grognant.

- Mais vous avez tous une pendule dans le ventre aujourd'hui! l'heure par-ci... l'heure par-là...

- Ne te monte pas, mais reconnais que te voir quérir ton crève-sot à presque six heures du soir, il y a de quoi sourire, non ?

- C'est juste, concéda Grégoire, mais travailler c'est vite dit. Je veux juste redresser un peu le bord du talus du bas que ces gorets des Ponts et Chaussées ont esquinté avec une grosse pierre, sur au moins long comme ça, précisa-t-il en écartant les bras comme un enfant appliqué.

Sophie haussa les épaules.

- Mon pauvre ami, tant de soin pour ce que l'on te paye !

- Hé ! bien heureux d'avoir ces méchants sous, parce que s'il fallait vivre avec notre bout de vigne et nos trois prés, hein ? Il n'importe, femme, je n'aimerais pas que François voie un travail saboté.

- Il s'en fiche bien, François ! À t'entendre, qui pourrait croire que c'est ton cousin et que vous ne vous êtes jamais quittés depuis l'école ?

- Mais justement, à présent qu'il est maire, ce serait du propre qu'il prenne de la vergogne par ma faute.

Sophie soupira de nouveau, le regard attiré par une hirondelle qui venait acrobatiquement nourrir sa seconde nichée sous les tuiles de l'auvent.

- Il n'y a que toi pour dire des âneries pareilles ; et puis ne m'appelle pas femme à tout bout de champ. Tu sais que je n'aime pas.

Grégoire se pencha par-dessus sa pétrolette et tendit le cou avec un petit rire.

- Allez « ma » femme, embrasse-moi et à plus tard.

Allègre, il repartit en danseuse pour démarrer son moteur qui s'emballa après un petit pet bleuté.

Sophie le regarda disparaître avec un sourire rentré puis alla pousser la porte de la salle avec la bassine appuyée contre son ventre.

2

Toujours raide comme l'as de pique sur son pétarou, Grégoire redescendit vers le virage la tête ailleurs, humant en gourmet l'air tendre et un peu acre montant de la terre chaude.

La pelle mécanique crachait son dernier godet. Désormais, le fossé du village se déverserait sans peine dans celui de la nationale. Le chemin serait praticable toute l'année malgré les pluies d'hiver. Cette certitude enchantait à l'avance les électeurs du maire sans qu'aucun d'eux ne s'avisât encore que se débarrasser trop vite de l'eau de pluie n'était pas ce qu'il y avait de mieux pour l'entretien des terres.

Pioche en main, Grégoire sauta à pieds joints dans le fossé neuf. Avec une sourde crainte il regarda à côté de lui la machine replier son formidable bras, rentrer les vérins, comme salue une bête de cirque. Il grogna.

- Faudrait peut-être applaudir ?

Ayant ainsi dépensé sa courte grogne, il se cracha dans les mains et attaqua son «fignolage» en souplesse, faisant partir le mouvement du crève-sot depuis les reins et pas des bras comme tout le monde aujourd'hui. Grégoire était très fier de ce « tour de main » qu'il tenait de son grand-père maternel, autre gratteur de chemin.

Au premier raclement les autres s'approchèrent en se poussant du coude.

- Au crève-sot, dis donc on n'arrête pas le progrès !

- Les Européens n'ont qu'à bien se tenir.

Habitué aux moqueries en usage dans le pays, le cantonnier gratta plus fort sans répondre. La place de la pierre était lisse et fraîche comme la glaise d'un potier. Il eut presque honte d'y imprimer ses semelles. En quelques coups adroits il rectifia le premier angle qui se fondit avec le flanc du talus.

Grégoire se sentait observé par les trois gaillards, envié peut-être. Il força et le fer se coinça dans une racine morte. Contrarié il tira en vain et dut se dégager en faisant levier, pesant de tout son poids sur le manche. La racine résista un peu et se rompit d'un coup, faisant tomber une coulée de gravier qui découvrit un trou large comme une petite assiette au flanc du talus. Grégoire avança la main, sitôt retenu par les spectateurs.

- Attention, il y a peut-être une saleté là-dedans !

- Voui, renchérit Tintin soudain passionné, ça fait nid à vipères comme rien !

Le chef d'équipe lui tendit une badine.

- Tiens, sonde plutôt avec ça.

Devant l'incident une subite solidarité était née. Grégoire fourragea soigneusement, écouta un moment et se redressa.

- Ça ne bouge ni pied, ni patte, pas de bête.

- Y a peut-être un trésor ? dit Tintin en bavant d'excitation.

Le cantonnier haussa les épaules.

- Pourquoi pas un billet de Loto ?

- Ne l'écoute pas Grégoire, c'est un gros sot, fouille donc.

Il enfonça son bras jusqu'au coude, bloqué par un resserrement. Sous ses doigts, roulaient des graviers légers et secs.

- Ça s'élargit au fond, mais faut que je dégage un peu.

Il reprit son outil pour élargir l'ouverture, faisant à nouveau tomber graviers et terre sèche.

- Te voilà en train de reboucher notre fossé, fit aimablement remarquer Tintin.

- C'est ta goule qu'on devrait boucher ! gronda le conducteur, captivé par l'exploration.

Grégoire repartit à la découverte, collé au talus, le bras enfoncé jusqu'à l'épaule. Ainsi, il ressemblait à un vétérinaire vêlant une vache rétive. La joue pressée contre l'herbe courte et sèche, il sentait des petites pierres lui entrer dans la chair. L'odeur véritable, intime, de la terre que seuls connaissaient les rongeurs et ceux qui rampent, le prit aux narines, l'entêtant comme un parfum rare. L'esprit subitement engourdi, ses doigts seuls bougeaient, tirant sa main fabuleusement loin de lui dans le ventre de la terre. Il toucha enfin, presque par mégarde, un objet rond, granuleux. Il pensa aussitôt à ces boulets de pierre de la guerre de Cent Ans que l'on déterrait un peu partout dans les labours profonds, mais cela semblait beaucoup moins lourd. Cela bougeait à la poussée.

Le gros Tintin renifla très fort, se dandinant d'un pied sur l'autre.

- Qu'est-ce y a, dis ! qu'est-ce y a ?

Grégoire revint à la conscience avec un court frisson. Il serra les doigts qui glissèrent sans peine dans des creux. Agacé par ce gros bourdon de Tintin, il tira avec humeur et la chose suivit avec un raclement de boîte creuse.

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