Le département de l'Oise : Compiègne et Marat, fragment historique / par M. Alexandre Sorel,...

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V. Pineau (Beauvais). 1865. 16 p. ; 22 cm.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1865
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LE''
COMPIEGNE ET éMARAT
FRAGMENT HISTORIQUE
PAR
M. ALEXANDRE SOREL
Cévocat à la Cour impériale de 'Paris.
BEAUVAIS
VICTOR PINEAU, LIBRAIRE
PLACE SAINT-SAUVEUR. ■-
\ ■ ■ i865
ARRAS. DE L IMPRIMERIE ROUSSEAU-LEROT.
LE DÉPARTEMENT DE L'OISE
TENDANT LA RÉVOLUTION
COMP1ÈGNE ET MARAT
(Fragment historique *).
Chacun sait le rôle important que joua à Paris, pendant la période ré-
volutionnaire, la société des Amis de la Constitution qui, plus tard, prit
le nom de Société des Jacobins. Fondée dès le début de la discussion du
grand acte constitutionnel, elle chercha à propager ses idées dans la France
entière, et, bientôt, on vit surgir de tous oôtés des associations de même
nature, qui tinrent à grand honneur de se mettre sous son patronage. Déjà
au mois de mars 1791, deux cent vingt-neuf sociétés de ce genre étaient
en correspondance avec elle. Dans ce nombre figurait celle de Beauvais
qui, seule jusqu'alors, représentait le département de l'Oise ' ; mais, trois
mois après, dans une seconde liste que publia le Moniteura, la ville de
Compiègne prenait rang parmi les affiliées.
En effet, dès le 4 mars, des habitants de Compiègne, au nombre de
cent cinquante environ, s'étaient réunis et avaient créé, à leur tour, une
société des Amis de la Constitution. La feuille sur laquelle on recueillit
la signature des adhérents portait en tête :
« Liste des citoyens qui doivent composer la société des Amis de la
« Constitution, association dont le but est de former des administrateurs,
« d'éclairer le peuple en lui expliquant les décrets et de fournir des com-
a missaires aux communes des campagnes qui manqueraient de lumières,
« ou de rédacteurs des rôles de la nouvelle Contribution. »
Le 4 mars 1791, à six heures du soir; eut lieu dans la salle de la
* Le travail qu'on va lire m'a été inspiré par la lecture que j'ai faite des
arrêtés de la Société des Amis de la Constitution de Compiègne depuis le
4 mars 1791 jusqu'au 30 brumaire van II (20 novembre 1793). Ces docu-
ments, entièrement inédits, figurent dans un registre qui appartient'aujour-
d'hui aune famille originaire du département de l'Oise. Il m'a semblé qu'il
y aurait un véritable intérêt historique à faire en quelque sorte le dépouil-
lement de ces procès-verbaux et à constater ainsi la marche progressive
des idées révolutionnaires dans la ville de Compiègne.
ï. Réimpression du Moniteur, t. Vil, p. 554.
2. Id., t. vin, p. 697.
maison commune la première séance. M. Thirial, alors maire de la ville,
fut appelé, par son âge, au fauteuil de la présidence où l'élection lui donna
bientôt pour successeur M. Stanislas Leféron.
Dans cette première réunion, l'assemblée arrêta qu'elle prendrait le
nom de Société des Amis de la Constitution : et chaque membre prêta le
serment d'êlre « fidèle à la nation, à la loi et au Roi, de maintenir de
« tout son pouvoir la constitution du royaume décrétée par l'Assemblée
« nationale et acceptée par le Roi. »
Le 6 avril, elle convint que, le surlendemain 8, « il serait célébré dans
« l'église de St-Jacques un service solennel pour le repos de l'âme de
« Mirabeau ; que tous les corps y seraient invités et que tous les membres
a de la société prendraient le deuil pendant huit jours à partir du 7. »
Le M, sur la communication qui lui était faite d'une lettre adressée
par la société des amis de la Constitution de Noyon par laquelle elle
demandait à s'affilier à celle de Compiègne, l'assemblée chargea son Pré-
sident « d'adresser ses remerciements à Messieurs de Noyon et de les
« assurer de tous les sentiments d'attachement et de fraternité que la
« société leur avait voués. »
Dans la même séance elle discuta et vota son règlement dont le préam-
bule était ainsi conçu :
« Il n'est point de bonheur pour le peuple sans la plus rigide obser-
« vance des lois. Pénétrée de ce principe, la société se regarde comme une
« sentinelle à la porte du temple de la Constitution, pour la surveiller et
« la défendre ; mais, considérant combien il serait dangereux d'établir en
« dehors de cette enceinte sacrée, une force active d'opinion qui agirait
« en sens contraire et gênerait les administrations en se laissant emporter
« et égarer par l'amour du bien public, la société arrête de ne jamais
« sortir des bornes qui lui sont tracées par cette sublime Constitution dans
« les droits du citoyen, de respecter et faire respecter les corps adminis-
« tratifs et les tribunaux à l'égal des loix, de réprimer sévèrement tout
« orateur qui dans son sein, parlerait inconvenablement des administra-
« tions. »
Venait ensuite l'article 3 :
« Pour déterminer le but où doivent atteindre les travaux de la société,
« elle prend celte épigraphe qui sera inscrite en gros caractères au-dessus
« du fauteuil du président, placée également à la tête du registre et sur
« le cachet : SALUS POPULI SUPREMA LEXESTO. En conséquence, elle s'é-
« clairera sur les vrais principes de la Constitution, elle travaillera à les
« propager et à les répandre, elle discutera toutes les questions qui inté-
« ressent essentiellement la liberté et l'ordre public et elle s'occupera
« particulièrement des moyens de soulager les malheureux en les rendant
a à l'industrie. »
Le 19 avril, l'assemblée arrêta que la société s'affilierait à celle des Ja-
cobins de Paris et à celle de Beauvais. Elle chargea en conséquence, son
président « depripr M. Massieu, évèque du département de l'Oise, membre
a de ces deux sociétés, de leur présenter son voeu '. »
En effet, dans la séance du 12 mai, le président Renard fit part à la
société « de la lettre qu'il avait écrite à M. Massieu et fit pareillement
« lecture de celle écrite de la part des amis de la Constitution de Noyon
« par laquelle ils demandaient à leurs frères de Compiègne de les présen-
« ter â l'affiliation des Jacobins de Paris. »
L'assemblée décida qu'il leur serait répondu « qu'elle s'en ferait un
a grand plaisir quand elle-même serait affiliée. »
Quelques jours après, Massieu écrivait à la société pour lui annoncer son
affiliation à celle de Beauvais, et l'informer qu'il avait sollicité également
l'affiliation à la société-mère.
Le 30 juin suivant, un membre rappela que le 2 juillet était l'anniver-
saire de Jean-Jacques-Rousseau. Il invita la société à « prendre à cette
« époque le deuil pour un jour et demanda à prononcer l'éloge de ce
« grand homme. » Cette motion fut adoptée par acclamation.
Le mardi 19 juillet une séance extraordinaire eut lieu à l'effet de rece-
voir là visite de Massieu, évèque constitutionnel, accompagné de son
grand-vicaire Rainville, et du curé de Noyon, Gibert.
Cette séance commença par un discours du président Penon « sur
« la constitution civile du clergé, terminé par un compliment adressé à
« M. l'évêque. » Celui-ci monta alors à la tribune et « après avoir fait
1. Massieu (Jean-Baptiste) était curé de Sergy lorsqu'il se vit nommer,
par le bailliage de Senlis, député aux États-Généraux. Au mois de février
1791, il fut élU évèque constitutionnel du département de l'Oise, et,
devenu membre de la Convention, il vota la mort de Louis XVI, en ces
termes : « J'ai réfléchi, autant qu'il était en moi, au devoir redoutable et
« pénible à mon coeur que j'ai à remplir. Je croirais manquer à la justice,
« à la sûreté présente et future de ma patrie, si, par mon suffrage, je con-
« tribuais à prolonger l'existence du plus cruel ennemi de la justice, des
« lois, de l'humanité ; en conséquence, je vote la mort. » Massieu résigna
ses fonctions en 1793, et il épousa la fille du nuire de Givet. Il mourut à
Bruxelles, en 1816, dans un état voisin de la misère.
(( de la manière la plus modeste ses remerciements à la société, et des
« louanges et de l'affiliation qu'elle lui avait accordées, il témoigna com-
« bien il désirait ardemment voir tous les ministres de son diocèse connaître
« aussi bien l'esprit de la loi et s'y soumettre avec le même zèle que ceux
« du district de Compiègne, réponse dont l'assemblée arrêta l'insertion
« dans son procès-verbal. »
Quelques instants.après, le grand-vicaire demanda et obtint son affilia-
tion. Il fut suivi à la tribune par le curé de Noyon qui, a après avoir parlé
« avantageusement des orateurs qui l'y avaient précédé, félicita la société
« de l'accueil favorable qu'elle faisait à M. Massieu dont il retraça les ver-
ci tus. Il offrit ensuite un tableau très-agréable de l'union qui régnait
« dans la commune de Compiègne, mais il en fit un autre, bien affligeant
« pour son coeur sensible, des divisions qui déchiraient celle de Noyon :
« il adoucit cependant l'amertume de ses plaintes par l'espérance qu'il fit
« concevoir de la réunion prochaine des esprits »
L'orateur descendit ensuite de la tribune « pour recevoir les embras-
« sements de M. Massieu au milieu des applaudissements multipliés »;
puis le président « assura de nouveau M. Massieu et M. Gibert de la joie
« universelle qu'avait causée leur présence dans la ville de Compiègne et
« les assura aussi de l'opinion qu'on avait toujours conçue de leurs talents
« et de leur intégrité à contribuer aux décrets qui étaient et seraient
« émanés tant qu'ils continueraient leurs travaux dans le temple desloix. »
Sur ces entrefaites M. Louis-Joseph-Stanislas Leféron, commandant de
la garde nationale compiégnoise, vint à mourir. Aussitôt la société témoi-
gna les sentiments de»regret que lui faisait éprouver une telle perte.
L'éloge funèbre de M. Leféron fut prononcé le 9 août par le président
Bertrand, en présence de M. Chabanon, l'un des quarante de l'Académie
Française.
A la même séance l'assemblée arrêta « qu'il serait célébré en l'église
« de St-Jacques, un service en mémoire du défunt et qu'il,serait fait une
« invitation aux Corps Administratifs et Militaires de vouloir bien s'y
« rendre. » De plus, tous les membres de la.société furent invités à pré-
senter une épitaphe en français en l'honneur du commandant et à rédiger
une pétition pour que la rue où il demeurait portât désormais son nom '.
1. Cette pétition fut accueillie favorablement, ainsi qu'il résulte d'une dé-
libération du Conseil général de Compiègne, portant ce qui suit : L'an
1791, le 9 août, quatre heures de relevée, le Conseil général assemblé,

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