Le Dernier Château

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Sur la planète Iszm, on cultive nulle autre chose que des maisons vivantes. Iszm détient le monopole de leur exportation dans le reste de la Galaxie. De quoi grandement exciter les convoitises. Le Terrien Aile Farr est en visite sur Iszm, mais est-il vraiment le simple touriste-botaniste qu’il prétend être ?
Publié le : samedi 30 mars 2013
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EAN13 : 9782843444913
Nombre de pages : 68
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Jack Vance – Le Dernier Château
Le Dernier Château
Jack Vance
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Jack Vance – Le Dernier Château
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Jack Vance – Le Dernier Château
Nouvelle extraite du recueil «Le Dernier Château et autres crimes», ouvrage publié sur la direction de Pierre-Paul Durastanti & Olivier Girard. Sommaire proposé par Pierre-Paul Durastanti. ISBN : 978-2-84344-490-6 Parution : mars 2013 Version : 1.0 — 27/03/2013 Illustration de couverture © 2013, Nicolas Fructus © 2013, Le Bélial’ pour la présente édition
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Le Dernier Château
Nouvelle traduite de l’américain par Frank Straschitz. Traduction révisée par Pierre-Paul Durastanti & Olivier Girard.
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Chapitre I
1.
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UNE ORAGEUSEAPRÈS-MIDI d’été s’achevait quand le soleil parut enfin entre les nuages noirs pour voir Château Janeil envahi et sa population exterminée. Jusqu’au dernier instant, les factions des défenseurs accueillirent ce destin de façon différente. Les hauts gentilshommes choisirent d’ignorer ces circonstances fâcheuses et de vaquer à leurs activités avec leur formalisme habituel. Quelques cadets dont le désespoir confinait à l’hystérie prirent les armes dans l’intention de résister à l’assaut final. D’autres (le quart de la population, peut-être) attendirent passivement, prêts à expier les péchés de la race humaine, presque heureux d’en avoir l’occasion. La mort les atteignit tous sans discrimination et tous prirent à mourir autant de plaisir que ce processus essentiellement déplaisant pouvait le permettre. Les fiers feuilletaient de merveilleux livres ou discutaient les vertus d’une essence centenaire, s’ils n’étaient en train de caresser leur Phane favorite ; ceux-là décédèrent sans daigner remarquer ce qui se passait. Les téméraires, eux, gravirent à la course la pente boueuse qui, contre toute logique, surplombait les parapets de Janeil. La plupart se trouvèrent enterrés sous les éboulis, mais quelques-uns parvinrent au sommet de la pente et purent tirer, hacher et sabrer jusqu’à ce qu’ils fussent à leur tour tués par balle, hachés, sabrés ou encore écrasés par les auto-wagons semi-vivants. Les contrits attendirent dans leur posture habituelle de contrition, agenouillés, tête baissée, et, à leur avis, périrent par un processus qui faisait des Meks un symbole et du péché humain la réalité. Au bout du compte, tous moururent : les gentilshommes, les belles dames et les Phanes dans les pavillons ; les Paysans dans les étables. De tous les résidents de Janeil, seuls les Oiseaux survécurent — créatures gauches à la voix rauque, oublieuses de l’honneur et de la foi, qui faisaient passer leur salut avant la dignité de leur château. Tandis que les Meks déferlaient par-dessus les parapets, les Oiseaux quittèrent les lieux ; ils partirent en hurlant des insultes stridentes, volant lourdement vers l’est, vers Hagedorn, désormais le dernier château de la Terre.
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2.
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Quatre mois auparavant, les Meks, encore tout échauffés du massacre de l’Île de Mer, avaient fait leur apparition dans le parc qui entourait Janeil. Montant sur les tours et sur les balcons, déambulant sur la Promenade du Soir, parcourant les remparts et les parapets, les gentilshommes et les gentes dames de Janeil — ils étaient environ deux mille — allèrent voir les guerriers brun et or. Ils éprouvaient des sentiments divers : indifférence amusée ou mépris hautain sur un fond de doute et de pressentiment. Ces sentiments étaient causés par trois facteurs principaux : leur civilisation d’une subtilité exquise, la sécurité que leur procuraient les murs de Janeil, et le fait qu’ils échouaient à imaginer ce qu’ils pourraient faire pour changer la situation. Les Meks du château étaient partis depuis longtemps se joindre aux révoltés. Il ne restait que des Phanes, des Paysans et des Oiseaux pour former ce qui n’aurait été que la parodie d’une force expéditionnaire. La nécessité ne s’en faisait d’ailleurs pas sentir pour l’heure. Janeil était supposé imprenable : les murailles de soixante mètres de haut étaient de roc fondu contenu dans des mailles d’un alliage d’acier. Les cellules solaires fournissaient toute l’énergie nécessaire et, en cas de besoin, on pouvait synthétiser des aliments à partir de gaz carbonique et de vapeur d’eau — et même du sirop pour les Phanes, les Paysans et les Oiseaux. Aussi ne voyait-on guère la nécessité de recourir à semblable conscription ; Janeil se suffisait à lui-même, offrait une sécurité parfaite, et la seule ombre aurait pu venir de ce qu’il n’y avait pas de Meks pour effectuer une éventuelle réparation. La situation, quoique troublante, était tout sauf désespérée. Ce jour-là, les gentilshommes qui en éprouvaient l’envie vinrent sur les remparts munis de fusils énergétiques et de carabines de sport afin de tirer autant de Meks que la distance le permettait. Au soir, les assaillants amenèrent auto-wagons et pelles mécaniques afin d’édifier un remblai autour de Janeil. Les gens du château observèrent cette activité sans comprendre jusqu’à ce que, le remblai atteignant une hauteur de quinze mètres, la terre commence à s’ébouler contre la muraille. La terrible intention des Meks se révélait ; l’insouciance laissa place à de sombres pressentiments. Tous les gentilshommes de Janeil étaient érudits en au moins un domaine : certains mathématiciens, d’autres physiciens. Quelques-uns de ces derniers s’essayèrent, aidés manuellement de plusieurs Paysans, à remettre en état le canon énergétique. Hélas, on ne l’entretenait plus depuis longtemps ; plusieurs pièces étaient inutilisables. Sans doute aurait-on pu les remplacer en puisant dans les réserves mécaniques des Meks, au troisième sous-sol, mais nul ne
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1 connaissait leur système de nomenclature. Warrick Madency Arban suggéra d’envoyer fouiller lesdites réserves par un peloton de Paysans. Hélas, vu leur faible capacité intellectuelle, l’intention resta lettre morte, et le canon inutilisable. Les gentilshommes de Janeil regardaient avec fascination la terre et la boue qui s’élevaient de plus en plus haut autour d’eux, formant un remblai circulaire semblable à la bouche d’un cratère au centre duquel se serait trouvé leur château. L’été tirait à sa fin et, par une journée orageuse, de la boue et des détritus divers dépassèrent le niveau des parapets ; des débris tombèrent dans les cours et les piazzas. Sans nul doute, les Meks voulaient ensevelir Janeil afin que ses habitants périssent asphyxiés. C’est alors qu’un groupe de jeunes cadets impulsifs, avec plus de fougue que de dignité, prit les armes et se lança à l’assaut du remblai. Une poignée d’entre eux, bien que les Meks les couvrissent de pierres et de boue, parvint néanmoins à gagner le sommet où, pleins d’une affreuse exaltation, ils combattirent. L’échauffourée dura un quart d’heure sur un sol bientôt trempé de sang comme de pluie. Pendant un bref mais glorieux moment, les cadets prirent le dessus. Si la plupart de leurs compagnons n’avaient été enterrés sous la boue, tout aurait été possible. Mais les Meks se regroupèrent et partirent à l’attaque. Il ne resta que dix hommes, puis six, puis quatre, puis un seul, puis aucun. Les Meks dévalèrent la pente, déferlèrent sur les remparts et, avec un sombre acharnement, tuèrent tout le monde. Janeil, qui durant sept siècles avait abrité les plus galants gentilshommes et les plus gracieuses dames, se réduisit à une carcasse sans vie.
1 Cest-à-dire Arban de la famille des Madency du clan des Warrick.
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3.
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Le Mek, considéré sous l’angle scientifique, était une créature humanoïde, native, dans sa version primitive, d’une planète de l’étoile Étamine. Son épiderme coriace, rouille et bronze, avait un éclat métallique, comme si on l’avait huilé ou ciré. Les vertèbres pointues dépassant du crâne et de la nuque brillaient autant que l’or ; en effet, une fine couche conductrice de chrome-cuivre les recouvrait. Les organes sensoriels se rassemblaient là où l’homme porte les oreilles ; le visage, tout de muscles noueux, présentait l’aspect d’un cerveau humain dénudé — croiser un Mek la nuit dans un des niveaux inférieurs causait souvent un choc. La bouche — une fente irrégulière à la base du « visage » — n’était qu’un vestige, à cause du sac à sirop introduit entre les deux épaules ; les organes digestifs, destinés à l’origine à extraire de l’énergie de végétaux en état de décomposition et de cœlentérés, s’étaient atrophiés. Cet être ne portait en général aucun vêtement, excepté parfois un tablier de travail ou une ceinture à outils. Considéré individuellement, tel était le Mek, une créature aussi intelligente et efficace que l’homme — voire davantage, à cause de son merveilleux cerveau qui fonctionnait aussi comme un transmetteur radio. Mais pris en masse, par milliers et millions, il semblait bien moins admirable, bien moins évolué : une sorte d’hybride entre le sous-homme et le cafard. Certains savants, notamment D. R. Jardine d’Aube lueur et Salon son de Tupang, tenaient les Meks pour flegmatiques et débonnaires, mais le sage Leghorn de Château Hagedorn ne partageait pas cet avis. Selon lui, les émotions des Meks différaient de celles des humains au point d’apparaître incompréhensibles. Après une étude approfondie, il parvint à en isoler une douzaine. En dépit de ces travaux, la révolte des Meks se révéla une surprise totale — pour Leghorn, D. R. Jardine et Salon son, comme pour les autres hommes. Pourquoi ? se demandait-on. Comment un groupe soumis depuis si longtemps avait-il pu fomenter un complot aussi meurtrier ? La conjecture la plus raisonnable était également la plus simple : les Meks détestaient la servitude et haïssaient les hommes parce que ceux-ci les avaient arrachés à leur milieu naturel. Certains s’opposaient à cette théorie, car, selon eux, elle projetait des émotions humaines sur des non-humains ayant de bonnes raisons de se montrer reconnaissants envers les gentilshommes qui les avaient libérés des conditions de vie d’Étamine Neuf. Ce à quoi les premiers répondaient : « Qui projette des émotions humaines, maintenant ? » Et ils s’entendaient souvent rétorquer : « Comme nous ne savons rien avec certitude, une projection en vaut bien une autre. »
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