Le Dernier cri d'un père malheureux. [Signé : Serval.] - Pièces justificatives

De
Publié par

impr. de Fabiani (Bastia). 1853. Serval. In-8° , 16 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : samedi 1 janvier 1853
Lecture(s) : 15
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 15
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

LE
D'UN PÈRE MALHEUREUX.
Il est des démêlés d'une nature tellement délicate qu'ils de-
vraient demeurer cachés dans le secret et l'intérieur des familles.
Leur publicité est une douleur de plus. Aussi m'étais-je con-
damné à dévorer en silence les chagrins et les dégoûts dont le mari
de ma fille s'est étudié à abreuver ma vieillesse.
Mais cette douleur trop longtemps contenue a besoin de s'épan-
cher. C'est peut-être le seul soulagement qu'il me soit donné d'é-
prouver dans la position malheureuse que m'ont faite les mauvais
procédés de cet homme.
Dès le jour où il entra dans ma famille , l'union et la paix en
furent bannies sans retour. Déguisant un ignoble égoïsme sous les
faux semblants d'une âme expansive, les rancunes du coeur sous
des paroles perfidement doucereuses, affectant dans sa correspon-
dance les ménagements respectueux d'un fils pour mieux dissi-
muler les ruses d'un plaideur adroit, proposant des arrangements
avec l'intention de ne pas y tenir, assez habile pour avoir l'air de
dédaigner ce qu'il convoite ardemment, souple et patelin quand,
pour sauver son honneur de soldat et sa responsabilité de compta-
ble sérieusement engagée , il eut besoin des conseils de l'expé-
rience et du dévouement de l'amitié; mais oubliant, dans les
odieuses tracasseries du lendemain, les humbles et pressantes sup-
plications de la veille ; prenant devant les tribunaux la voix de la
nature pour ne pas laisser apercevoir dans ses actes et son langage
— 2 —
l'âpreté du gain et la railleuse indifférence d'un ennemi dangereux.
Voilà une peinture rapide et décolorée, mais fidèle du caractère
de M. le capitaine Vincent Martin.
Il est des alliances si malheureuses qu'elles restent comme une
date de deuil et do désolation dans les souvenirs de la famille.
Le mariage que M. Martin alors lieutenant, aujourd'hui capi-
taine de la 9e compagnie de canonniers vétérans, contracta avec
l'une de mes filles le 4 septembre 1838 , est de ce nombre.
Sur la recherche qu'il fit de la main de ma fille, je lui consti-
tuai en dot une somme de six mille francs dont 4,500 fr. en nu-
méraire et 1,500 fr. payable dans l'espace de dix ans, avec les in-
térêts au 5 p. %.
Inutile de faire remarquer avec quel soin le futur époux dé-
guisa son véritable caractère et ses vues secrètes sur l'immeuble
Marmoragia, origine et but constant du procès dont le fâcheux
éclat a si vivement affligé tous mes parents.
Pendant quelque temps, des témoignages d'affection et d'esti-
me ne permirent pas même de soupçonner le plan si habilement
conçu d'arriver, par des voies lentes et détournées, à la possession
exclusive de cet immeuble.
Voici ce qu'il imagina :
On a vu que j'étais resté débiteur d'une portion de la dot cons-
tituée à sa femme. Il savait, d'un autre côté, que l'éducation et
l'entretien de mes deux autres enfants entraînaient des charges.
La modicité de mes ressources ne pouvant y suffire, je me trou-
vais dans la nécessité d'emprunter. « Ma bourse est la vôtre » dit
ce gendre affectueux , en se réjouissant tout bas de cet état de
gène passagère a je ne permettrai point que vous ayez un autre
créancier que moi. »
Mais les beaux mouvements de générosité peuvent dans l'esprit
de M. Martin se concilier parfaitement avec les sûretés hypothé-
caires etles stipulations des intérêts légaux ou conventionnels!
C'est ainsi que le prêteur songeait à devenir propriétaire fon-
cier, et que chaque somme jointe au capital primitif était une
— 3 —
chance de plus pour atteindre au but qu'il poursuivait avec non
moins de ténacité que d'adresse.
Calculant d'avance sur les arrérages qui devaient, à la longue,
grossir considérablement le capital, il put marquer, dès 1840, le
jour où il ne resterait plus au débiteur d'autre choix entre la ces-
sion volontaire au prix qu'il voudrait fixer lui-même, ou la vente
forcée de son domaine de Marmoragia.
Ce que M. Martin avait prévu et désiré arriva.
Au 31 décembre 1851 ma dette s'élevait à 10,625 fr. 33 c.
La petite boule de neige en roulant s'était changée en une mon-
tagne.
L'avide calculateur s'en applaudissait avec toute la joie de la
cupidité satisfaite. II comprit que désormais il m'était presque
impossible de me libérer, autrement que par le délaissement vo-
lontaire ou forcé de cette propriété.
Le système de ruses et de temporisation qu'il avait adopté
jusqu'à ce jour cessa tout à coup.
Il était temps qu'il jetât loin de lui le masque dont il avait cou-
vert son égoïsme.
Le 27 avril 1852, M. Martin me fit signifier, 1° un bordereau
de créance pour sûreté d'une obligation solidaire de la somme
principale de huit mille cinq cents francs souscrite par moi tant
en mon propre nom que comme mandataire d'Etienne-Louis Ser-
val mon fils, que de la demoiselle Eugénie Serval sa soeur;
2° un commandement de payer eu principal et intérêt, frais d'ins-
cription, d'actes etc., la somme sus-énoncée de 10,625 fr. 33. c.
Ce commandement se terminait par la menace d'une expropria-
tion forcée.
C'était, encore une fois, le premier pas pour arrivera ce ré-
sultat final et invariable qu'il poursuivait depuis 1838.
Après m'avoir ravi le bonheur du foyer il voulait m'enlever, du
même coup, la paix des champs. Il sait que dans les chagrins qui
ont empoisonné ma vieillesse et répandu comme une sombre pa-
leur sur tout ce qui m'entoure , c'est dans le calme et les goûts
— 4 —
simples de la campagne que je vais chercher les seules distractions
agréables qu'il me soit encore permis d'espérer. Eh bien I l'époux
de ma fille veut me chasser jusque de ce dernier asile. Il veut
faire en sorte qu'il ne me reste plus dans ce monde un seul endroit
où je puisse pleurer en liberté sur ma confiance indignement
trompée , sur mon bonheur perdu , sur les mauvais traitements
et l'odieuse ingratitude d'un beau-fils dénaturé.
A la veille d'un procès scandaleux, les parents s'unirent. Ils
firent sentir à M. Martin qu'il y avait assez d'aigreur et d'irrita-
tion entre nous , que déjà de nombreux sujets de plaintes justi-
fiaient suffisamment celles que je fesais entendre et qu'il serait ex-
trêmement regrettable d'ajouter à un aussi légitime mécontente-
ment l'amertume d'un procès, à des torts inexcusables, des griefs
ultérieurs et d'une nature plus grave encore.
On lui fit remarquer en outre, qu'une fois connue et jugée sa
conduite aurait rangé du côté de son beau-père tous ceux qui, pri-
sant plus l'honneur que l'argent, ne connaissent rien de plus odieux
que l'ingratitude, ne mettent aucune qualité au-dessus de la piété
filiale.
On lui rappelait enfin, tout ce que j'avais fait en 1841 pour
sauver son nom de la flétrissure d'un conseil de guerre, et l'on ne
concevait pas qu'avec d'aussi fâcheux précédents il fût assez peu
jaloux de sa réputation pour engager un procès où il risquait, dans
la vue de gagner quelques milliers de francs, de laisser l'estime
de ceux qui, sur la foi de son uniforme, le croient encore un hon-
nête homme.
Frappé de ces graves observations et redoutant la défaveur qui
s'attachait déjà à la seule menace du procès, mon adversaire pa-
rut vouloir revenir à de meilleurs sentiments.
De là le projet de transaction ou d'arrangement qu'il rédigea
de cette même main qui avait, quelques jours auparavant, démas-
qué ses batteries et préparé toutes les munitions de guerre pour
la campagne judiciaire qu'avait ouverte l'acte du 27 avril. Ce pro-
jet de transaction , bien qu'il fût l'oeuvre de M. Martin, je ne ba-
— 5 —
lançais pas à l'adopter, tant il répugnait à mon caractère et à mes
sentiments de faire retentir l'enceinte des tribunaux du bruit de
nos querelles d'intérieur !
Je crois devoir faire connaître la teneur de cette pièce.
La voici :
« Les soussignés ,
» M. Philippe-Marie Serval, propriétaire demeurant à Bastia,
d'une part,
» Et M. Vincent-Marie Martin , capitaine d'artillerie, cheva-
lier de la légion d'honneur, en garnison à Bastia , d'autre part;
» Sont convenus de ce qu'il suit :
» M. Serval reconnais être débiteur solidaire avec sa fille Eu-
génie et son fils Louis de M. Martin d'un capital de huit mille six
cent trente francs soixante trois centimes, hypothéqué sur la pro-
priété sise au lieu dit la Marmoraggia, commune d'Erbalunga,
canton de Brando , département de la Corse , suivant acte passé
le 27 octobre 1847 devant M. Joseph Guasco , notaire à Bastia,
plus les intérêts de cinq années de ladite somme de 8,630 fr.63c.
du let janvier 1847 au 31 décembre 1851 , formant un nouveau
capital au 1er janvier 1852 de dix mille six cent vingt cinq francs
trente trois centimes, qui produisent intérêt à raison de 5 pour °[0
à compter du 1er janvier 1852 payable de six mois en six mois
jusqu'au terme fixé par l'acte hypothécaire sus-cité du 27 octo-
bre 1847.
» M. Martin voulant être agréable et faire acte de générosité à
M. Serval, son beau-père, déclare n'exiger de lui pour les intérêts
de la susdite somme de 10,625 fr. 33 c. que celle de deux cent
cinquante francs par an , pendant sa vie durant, au lieu de celle
de 531 fr. 25 c. payable de six mois en six mois à dater du 1er
janvier 1852.
» Cette concession toute d'amour filial de la part de M. Martin
cesserait immédiatement si M. Serval ne remplissait pas toujours
les conditions ci-dessus et celles ci-après :

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.