Le dernier sermon du R. P. Lacordaire

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impr. de H. Fournier (Paris). 1842. 15 p. ; in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1842
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LE DERNIER SERMON
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R. P. LACORDAIRE
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LE DERNIER SERMON
DU
R. P. LACORDAIRE.
Bien avant l'aube matinale,
Loin de ta couche virginale,
Pauvre damoiselle, où vas-tu?
Eh ! je vais où va toute fille,
Dévote ou non, laide ou gentille,
Lionne ou dragon de vertu :
Je vais, sous l'aile de ma mère,
Écouter <ïn révérend père
La voix qui dissipe l'erreur.
Je cours où, pour sauver leurs âmes,
On voit courir toutes les femmes
Avec une égale fureur.
Plus d'un mari sonne l'alerte,
En sentant sa couche déserte.
Madame a détalé sans bruit.
Dans la ferveur qui la dévore
Elle n'attend pas que l'aurore
Ait chassé l'ombre de la nuit.
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-O 4 o-
Voyez la pieuse cohorte
De l'église assiéger la porte.
De la dixième heure du jour, t
Impatientes, hâves, pâles,
Et debout sur les froides dalles,
Elles attendent le retour.
La gente coquette s'indigne :
Rien ne peut fléchir la consigne
D'un incorruptible bedeau,
A leur douce voix de Sirène
Quand saint Pierre pourrait à peine
Leur refuser l'El - Dorado.
L'heure sonne ;
Leur essaim s'agite et bourdonne,
La porte cède à leur élan ;
Un torrent de femmes s'épanche,
Comme l'onde de l'ftvalanchc-,
Comme t^ lave du volcan.
La basilique est inondée,
La sainte nef est débordée,
Le tabernacle est menacé ;
Et sur le corps d'un porte-pique,
On dit qu'en cet instant critique
Plus d'une lionne a passé. -
A vous, Berthe, Emma, Séraphine,
Trahissez une jambe fine
A l'escalade des gradins ;
Là sont les lis, et là les roses.
0 sexe ! tu métamorphoses
Les tribunes en deux jardins.
-o 5 o-
Les premiers bancs, places heureuses.
Sont les prix des plus valeureuses ;
La victoire a ses vanités.
Elles triomphent. Les vaincues,
Dans les derniers rangs confondues,
Baissent leurs fronts déconcertés.
L'ordre renait. Mais haletantes,
C'est en vain que les combattantes
Compriment leurs seins onduleux ;
Le flot ne s'apaise et s'arrête
Que longtems après la tempête
En ses élans tumultueux.
Et maintenant, mères et filles,
Ralliez -vous, de vos familles
Cherchez les membres dispersés,
Comme on voit, après la bataille,
Les chefs qu'épargna la mitraille,
Compter les morts et les blessés.
Puis, gonflant la guimpe légère,
Rendez leur ampleur mensongère
A vos corsages effilés ;
Réhabilitez vos tournures,
Et sauvez de vos chevelures
Les édifices ébranlés.
Mais pourquoi vers la chaire vide
Dardes - tu ce regard avide
Qui dit : Vient-ii? n'est - ce pas lui!
Calme -toi, belle pénitente,
De trois longues heures d'attente
Il faut savoir tromper l'ennui.
-O 6 o-
Ce ne sont d'abord que prière,
Prostrations dans la poussière,
Grands élancements vers le ciel.
Et trois fois, Que Dieu les bénisse !
Elles ont vu le sacrifice
De NotW Sauveur sur l'autel.
Pieuse extase que j'envie 1
De quel saint lisez-vous la viet
De saint Bernard ou de saint Roch!
Pleurez-vous avec Madeleine?
Priez -vous avec Philomène ?.
C'est un roman de Paul de Kock.
Tout à coup la voûte résonne.
L'écho scandalisé s'étonne
A ce profane et nouveau son ;
D'une bouteille de Champagne,
D'autres disent d'un vin d'Espagne,
Rose a fait sauter le bouchon.
0 chères compagnes, dit-elle,
D'une faim canine et cruelle
Ne sentez-vous pas l'aiguillon?
Dieu veut le jeûne et l'abstinence ;
Mais il n'ordonne pas, je pense,
Qu'on meure d'inanition.
A ces mots, de toutes les poches,
Sortent pains au lait et brioches ;
0 Prévôt, de ton chocolat
Qui pourrait compter les tablettes,
Et ces tant fines côtelettes
Qui disparurent sans éclat.

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