Le Dernier testament

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Expert de la sécurité domestique, désormais en difficulté, David Le Gary décide de se faire implanter un programme perceptif, destiné à l’expansion de facultés innées et basé sur la personnalité d’un poète décédé six siècles plus tôt : François Villon. Complot ou malédiction : voilà que, peu à peu, toutes les personnes dans l’entourage de David se mettent à ressembler aux proches du poète français… dans l’attente que celui-ci accomplisse un nouveau Grand Œuvre ?
Publié le : jeudi 9 août 2012
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EAN13 : 9782843444401
Nombre de pages : 46
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Lucius Shepard – Aztechs
Le Dernier testament
Lucius Shepard
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Lucius Shepard – Aztechs
Ouvrage publié sur la direction de Olivier Girard. Sommaire proposé par Jacques Chambon Traduit de l’anglais [US] par Jean-Daniel Brèque. ISBN : 978-2-84344-439-5 Parution : juillet 2012 Version : 1.0 — 07/07/2012 © 1999, 2001, 2002, 2003 by Lucius Shepard © 2005, Le Bélial’ pour la traduction française © 2011, Le Bélial’, pour la présente édition
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« Le Dernier testament » [« Emerald Street Expansions », première parution sur le site Sci-Fiction <http ://www.scifi.com/scifiction> en février 2002.]
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JE SUIS ALLÉ ÀEMERALDSTREETla nouveauté, une attitude cherchant aux griffes plus acérées, l’œil calme et distancié d’un tireur embusqué, l’immersion dans la nuit que pratique le voleur. Je voulais une religion rouge et irraisonnée pour supplanter les conventions qui m’étouffaient l’esprit… bien que je me sente moins déçu par les conventions que par le peu de déception qu’elles m’inspiraient. Que j’aie si facilement opté pour la prudence et le conservatisme me semblait refléter une grisaille de l’âme. Je pensais qu’ajouter une chambre à mon esprit, une pièce pourvue d’un vitrail par lequel je pourrais percevoir les couleurs sacrées du monde, me permettrait de me satisfaire de mes limites. Le temps était maussade ce matin-là, une fine pluie tombait sur Seattle et un nuage argenté dont la consistance évoquait la pâte à pain s’étirait depuis l’horizon au-dessus du Sound. La boutique, qui m’avait été recommandée par des amis — des hommes et des femmes encore jeunes mais enrichis par le commerce, auxquels elle avait permis de soigner un malaise semblable au mien — se présentait sous la forme d’une échoppe coincée entre un restaurant et un centre chirurgical. L’enseigne peinte à la main fixée au-dessus de la porte montrait un éclair d’un vert cristallin, tel que pourrait en produire une explosion magique, auquel se superposait le nom :EMERALD STREET EXPANSIONS. Comme je m’en approchais, il en est sorti deux hommes d’une trentaine d’années, au visage neutre et au costume de bonne coupe, fort semblables à moi-même. L’idée que je puisse être typique de la clientèle a refroidi mon enthousiasme. Puis, comprenant que le climat mental qui avait présidé à cette réticence était précisément ce dont je souffrais, j’ai poussé la porte. L’intérieur de la boutique était meublé comme une salle de séjour, entièrement en vert. La moquette était vert amande, les chaises et les sofas vert kiwi, et la boutiquière, une femme de mon âge ou à peu près, portait une robe vert perroquet, avec chemisier moulant à col roulé. Ses traits étaient trop nets, ses pommettes trop saillantes, pour qu’on la qualifie de belle. Mais elle était saisissante, impressionnante, ainsi perchée sur sa chaise, et j’ai songé qu’il ne s’agissait sans doute pas d’une pose étudiée, qu’elle s’asseyait toujours de la même façon, prête à fondre sur quelque proie impuissante. Son teint était légèrement olivâtre, témoignant de son héritage latin, et une mèche de cheveux sinuait sur son épaule et sa poitrine, pareille à la queue
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d’un serpent noir. Elle a baissé les yeux sur la miniconsole qu’elle tenait au creux de la main, analysant les informations sur ma personne qu’avait captées la porte — à condition que celle-ci ait fonctionné. Elle m’a souri et fait signe de prendre place auprès d’elle. « Bonjour, David. Je m’appelle Amorise. Que puis-je faire pour vous ? Cherchez-vous de quoi éclairer votre journée ? Ou bien souhaitez-vous une expansion plus fonctionnelle ? » Je lui ai exposé ma demande, en termes généraux. « Je suppose que vous avez lu notre brochure ? » Comme je répondais par l’affirmative, elle a repris : « Nous vous procurons un programme perceptif auquel vous accédez au moyen d’une phrase clef. C’est la procédure habituelle. La différence, c’est que tous nos programmes sont réalisés sur mesure. Nous provoquons l’expansion de tendances innées plutôt que de greffer à la personnalité une facette entièrement nouvelle. » Elle a jeté un coup d’œil à sa console. « Je vois que votre spécialité est la conception d’armes. Vous travaillez pour les militaires ? – Je conçois des systèmes de protection individuelle. Des mécanismes de défense domotique. – David Le Gary… » Elle s’est tapoté le menton du bout de l’index. « On n’a pas parlé de vous aux infos ? Une histoire d’ustensiles meurtriers, de fenêtres tueuses… ce genre de chose. – Les médias ont forcé sur le sensationnel. Tous mes modèles ne sont pas létaux. » Nous avons discuté un bon quart d’heure. En parlant, Amorise me touchait la main avec une fréquence signifiant apparemment qu’elle ne cherchait pas seulement à me rassurer ; cependant, je ne pensais pas qu’elle me draguait — il y avait dans sa gestuelle une qualité maniérée qui me poussait à qualifier son comportement de formel. Elle avait les yeux verts, évidemment. J’ai conclu à la présence de lentilles. Une couleur aussi éclatante n’avait rien de naturel. « Je pensais vous diriger sur une autre thérapeute, a-t-elle déclaré. Mais j’aimerais m’occuper de vous personnellement… si vous êtes d’accord. » Elle m’a posé une main sur le bras. « Voulez-vous que je vous dise à quoi je pense ? – Bien sûr. – À un poète. » J’ai dû prendre un air dépité, car elle s’est empressée d’ajouter : « Pas un poète ordinaire, mais un poète maudit*. Un coureur de jupons, un mauvais garçon, un homme qui a agressé un prêtre. Il a vécu il y a six cents ans, en France. Tout comme vos ancêtres, David. – Vous pouvez incorporer des éléments d’un individu précis ? J’ignorais que c’était possible. »
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Elle a écarté mon objection d’un geste. « Il s’appelait François Villon. Avez-vous entendu parler de lui ? » J’ai répondu par la négative, et Amorise a poursuivi : « Enfin, l’époque n’est pas à la poésie, n’est-ce pas ? » Elle a fixé ses mains du regard, comme désappointée par cette idée. « Villon était un homme cynique mais passionné. Dur mais sensible. Un ivrogne et un ascète. – Je ne pense pas que ces qualités soient innées chez moi. – Je suis sûre du contraire. Même si le monde s’est efforcé de les étouffer. » J’étais prêt à admettre que les professionnels comme elle étaient doués d’intuition et capables d’évaluer rapidement la personnalité de leurs clients, mais la rapidité avec laquelle elle concluait à la présence chez moi de qualités si différentes de celles que je me connaissais confinait à l’absurde. Le silence s’est installé entre nous, puis elle a dit : « Permettez-moi de vous poser une question, David. Si vous aviez l’occasion de créer quelque chose de miraculeux, quelque chose qui garantirait la survie d’une grande tradition, mais que pour ce faire il vous faudrait mettre en jeu tout ce que vous avez jamais accompli… Quelle serait votre décision ? – Votre question est trop vague. – Ah bon ? Je crois plutôt que c’est la question fondamentale que vous vous posez, celle à laquelle vous cherchez à répondre en venant ici. Mais si vous voulez un exemple plus précis, imaginons que vous êtes François Villon et qu’une femme vous propose la gloire immortelle en échange de votre âme. Que feriez-vous ? – Je ne crois pas à l’existence de l’âme. – Bien sûr que non. C’est pour cela que j’ai formulé comme je l’ai fait ma question initiale. » Au bout de quelques instants de réflexion, j’ai déclaré : « Je pense que je me sentirais suffisamment à l’aise pour prendre un tel risque. – Ce genre de risque met toujours mal à l’aise. Mais je vais supposer que vous avez répondu par l’affirmative. » Elle s’est levée et m’a tendu la main. « Êtes-vous prêt ? » Une douzaine de questions me sont venues à l’esprit, mais elles étaient toutes horriblement conventionnelles, aussi ne les ai-je pas posées. J’ai rempli un formulaire, qui se résumait plus ou moins à une décharge, j’ai payé la somme qu’on me demandait, et Amorise m’a conduit dans un salon contenant un fauteuil de dentiste muni de sangles. Une fois que j’y eus pris place, elle m’a tendu une tasse à moitié remplie d’un liquide vert fluo, affirmant qu’il s’agissait d’un anesthésique. Lorsque j’eus avalé ce sirop, elle s’est penchée sur moi pour boucler la sangle côté gauche, et son sein a pesé sur mon épaule. Elle ne s’est pas écartée tout de suite, me regardant droit dans les yeux.
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« Tu as peur ? » La clarté irréelle de ses yeux éclatants… j’ai pensé à une affiche de foire dépeignant une voyante extralucide. J’étais un peu effrayé, mais j’ai répondu : « Non. » Elle m’a caressé la joue. « Avec quelle facilité tu renonces à ton pouvoir… comme un petit enfant. » Avant que j’aie eu le temps d’analyser ce commentaire sibyllin, elle m’a déposé un baiser sur la bouche. Un baiser voluptueux auquel je n’ai pu m’empêcher de réagir, grisé que j’étais par la boisson que je venais d’avaler. Un baiser si puissant que je ne sais si c’est lui ou le sirop qui m’a fait perdre connaissance. Lorsque je me suis réveillé, étourdi et sous le choc, j’ai constaté que les sangles étaient détachées et que j’avais au creux de la main une carte de visite à l’enseigne du Martinique, un night-club du sud de Seattle. Au dos, Amorise avait rédigé ce qui suit : Voici vos phrases clefs. La première permet d’accéder à François, la seconde de le quitter : Je t’aime, Amorise. Je te déteste, Amorise*. Ces phrases, associées à ce baiser… tout cela me troublait. Je soupçonnais Amorise de m’avoir nui, à tout le moins d’avoir agi à mon détriment. J’ai empoché la carte de visite et suis sorti dans le couloir. Il était vide, tout comme la réception. Je suis revenu sur mes pas et j’ai appelé Amorise. Une petite femme blonde a passé la tête par l’embrasure d’une porte et m’a fait signe de me taire. Baissant la voix, je lui ai dit : « Je cherche Amorise. – Elle est en compagnie d’un client… minute ! » Elle a porté une main à sa joue. « Je pense qu’elle est partie — une urgence. – Il faut que je lui parle. – Elle finira par revenir, j’en suis sûre. » Elle a consulté sa montre. « Quoique… peut-être pas. Il est déjà tard. Nous ne la reverrons sans doute pas avant demain. Désolée. » Elle a regagné le salon d’où elle était sortie. À l’intérieur se trouvait une femme assise sur un fauteuil semblable à celui que j’avais utilisé, sauf qu’une machine cylindrique fixée au plafond était abaissée au-dessus de sa tête. « Cette machine… C’est celle qui sert à la thérapie ? – Oui. » Elle m’a gentiment poussé vers le couloir. « S’il vous plaît… j’ai du travail. – Il n’y avait pas de machine dans mon salon ! Je suis sûr qu’Amorise m’a fait quelque chose… je ne sais pas quoi. Je ne me sens pas bien. » La femme blonde a refermé la porte derrière elle et m’a dit fermement : « Il y a une machine dans tous les salons.
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