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Le Drame en France au XVIIIe siècle

De
617 pages

I. — L’épuisement des genres dramatiques classiques au XVIIIe siècle est constaté par toute la critique : opinions de Mercier, Grimm, Rousseau, Diderot, Voltaire. — La défaveur ne s’arrête pas aux imitateurs impuissants des grands modèles du XVIIe siècle, mais gagne ces modèles eux-mêmes.

II. — Crébillon et Voltaire modifient profondément l’esprit comme la technique de la Tragédie.

III. — Transformation de la Comédie.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Félix Gaiffe

Le Drame en France au XVIIIe siècle

AVANT-PROPOS

La littérature française du XVIIIe siècle a vu naître une forme dramatique nouvelle, créée en opposition avec les genres classiques de la Tragédie et de la Comédie, et pour répondre aux aspirations de la bourgeoisie, qui désirait voir consacrer par le théâtre la situation de jour en jour plus considérable qu’elle occupait dans la société. Annoncé et préparé par la Comédie larmoyante, le Drame acquiert avec Diderot une personnalité bien nette et bien distincte : c’est donc de la publication du Fils Naturel (1757) que date son existence propre. D’abord soigné et littéraire, il est amené, pour des raisons diverses, à prendre un caractère de plus en plus populaire, à mesure que l’on s’approche de la Révolution : il s’est déjà plus qu’à demi transformé en Mélodrame, quand la proclamation de la liberté des théâtres (1791) vient modifier profondément les conditions de la production dramatique. Telles sont les dates extrêmes de la période qu’embrasse notre étude.

Nous commencerons par rechercher les origines littéraires et sociales du genre et par en déterminer les caractères essentiels et les limites ; après avoir décrit le milieu dans lequel il allait se produire, nous en suivrons chronologiquement l’évolution. Puis nous examinerons quelles sont les grandes idées morales et philosophiques qui en forment la base et la raison d’être ; quelle influence le souci de la propagande dont il est animé a exercée sur la peinture des caractères, des mœurs et des milieux ; dans quelle mesure le Drame a innové en matière de technique théâtrale et de style ; quelle part il a prise dans la réforme de la déclamation, du décor, et de toute la réalisation scénique. Ayant ainsi considéré le genre sous ses différents aspects, nous pourrons facilement apprécier le rôle qu’il a joué et la place qu’il tient dans l’histoire de notre théâtre.

Plus attentif à dégager les « similarités »1 qui rapprochent entre elles les différentes œuvres connues au XVIIIe siècle sous le nom de drames, qu’à faire saillir des individualités originales et curieuses, nous serons amené à insister moins longuement sur des pièces d’une certaine valeur littéraire que sur tels ouvrages médiocres, où s’accusent avec une netteté particulière les caractères communs à tout le groupe. On ne cherchera donc ici ni une série de portraits des principaux dramaturges, ni une anthologie de leurs meilleures pages, ni même une analyse détaillée de leurs pièces les plus importantes. Nous ne pouvions supposer l’intrigue de ces pièces connue du lecteur ; mais nous n’en donnerons le résumé que dans la mesure où il sera nécessaire à la clarté de notre exposition. Il importe peu, en effet, pour l’histoire du genre, de connaître acte par acte le scénario de six ou sept pièces dont le sujet est voisin, les tendances identiques et la marche très semblable. Tout en nous efforçant de ne point violenter les faits pour les adapter à un système, tout en respectant les nuances si complexes de la réalité, nous avons laissé, sous la lente et inconsciente pression de lectures abondantes, se dégager et se coordonner les traits généraux qui, empruntés à des centaines de drames, arrivent à constituer l’image de ce que nous appellerons le Drame.

Un travail de ce genre est, à vrai dire, l’œuvre collective de celui qui l’a entrepris, de tous ceux qui l’ont précédé, et aussi de tous ceux qui l’ont assisté dans ses recherches et éclairé de leurs conseils. On trouvera plus loin la liste sommaire des principaux ouvrages que nous avons consultés. C’est un devoir particulièrement agréable pour nous de remercier les conservateurs des différents dépôts de Paris et de province, où nous avons été appelé à travailler, et en particulier M.P. Bonnefon, bibliothécaire à l’Arsenal ; MM. Monval et Couët, archivistes du Théâtre-Français, et M.G. Gazier, conservateur de la bibliothèque municipale de Besançon ; la parfaite compétence et l’obligeance extrême des uns et des autres nous ont été d’un grand secours. Qu’on nous permette d’associer dans un commun témoignage de gratitude nos excellents maîtres, M.E. Droz, professeur à la Faculté des lettres de Besançon, qui a le premier orienté nos recherches vers le théâtre du XVIIIe siècle, le regretté G. Larroumet, et son successeur à la Sorbonne, M.G. Lanson, dont les avis nous ont été d’autant plus précieux que le présent ouvrage forme la suite naturelle de celui qu’il a consacré à Nivelle de la Chaussée et la Comédie larmoyante. Nous voudrions espérer que les nombreuses imperfections qui déparent notre travail ne le rendent pas trop indigne d’un tel voisinage ; si, — comme nous le craignons, — nous ne méritons pas ce très grand éloge, on voudra bien du moins reconnaître que nous nous sommes attaché à réunir une documentation abondante et que nous avons apporté dans nos affirmations et nos conclusions générales la prudence et le scrupule qui sont comme l’honnêteté professionnelle de l’historien.

 

Lyon, mars 1907.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

I. — Les Textes

Il convenait tout d’abord d’établir une liste aussi exacte et complète que possible des drames joués ou publiés entre 1757 et 1791. Pour ceux d’entre eux qui ont été représentés à la Comédie-Française, la tâche se trouvait singulièrement facilitée par l’ouvrage suivant :

JOANNIDÈS. La Comédie-Française de 1680 à 1900. Dictionnaire général des pièces et des auteurs. Paris, 1901, in-81.

Il n’existe malheureusement rien d’analogue à cet excellent répertoire pour le Théâtre-Italien et les autres scènes secondaires. Pour les théâtres des Boulevards, la difficulté est augmentée du fait que les journaux mêmes qui annoncent leurs spectacles n’indiquent point le nom des auteurs, et ne rendent généralement pas compte des pièces représentées.

Il est possible pourtant d’établir une bibliographie sérieuse en contrôlant et en complétant les unes par les autres les sources suivantes :

  • 1° Les annonces et comptes rendus fournis quotidiennement par le Journal de Paris (à partir de 1777), et par les Mémoires secrets.
  • Almanachs des spectaclesAlmanachs forains
  • 2
  • 3° Les ouvrages consacrés à l’histoire des différents théâtres, notamment :

D’ORIGNY. Annales du Théâtre-Italien, depuis son origine jusqu’à ce jour. Paris, 1788, 3 vol. in-8.

BRAZIER. Chronique des petits théâtres de Paris. Edition G. d’Heylli, Paris, 1883, 2 vol. in-12.

M. ALBERT. Les Théâtres de la Foire. Paris, 1900, in-16. — Les Théâtres des Boulevards. Paris, 1902, in-163.

  • 4° Les dictionnaires et répertoires dramatiques et les catalogues des bibliothèques théâtrales ; en particulier :

DE LA PORTE et CHAMFORT. Dictionnaire dramatique. Paris, 1776, 3 vol. in-8.

BIBLIOPHILE JACOB. Catalogue de la Bibliothèque dramatique de M. de Soleinne. Paris, 1843-1843, 5 vol. in-8.

Ce catalogue, extrêmement complet, dispenserait presque de toute autre investigation bibliographique, si l’ordre adopté n’y rendait les recherches fort difficiles, et si la confusion qui y règne n’en diminuait le prix. La Table des Auteurs est fort rare, et la Table des Pièces, qui rendrait d’inappréciables services, n’a jamais été publiée. Pour les pièces jouées en province4, ou non représentées, le CatalogueSoleinne fournit des références qu’on chercherait vainement ailleurs5.

 

Après avoir ainsi dressé une liste des drames, — parmi lesquels beaucoup ont été intitulés comédies6 — il fallait en trouver les textes : quelques-uns sont restés manuscrits et figurent aux archives des différents théâtres, ou à la Bibliothèque nationale. Les manuscrits provenant de la collection Soleinne (B.N. Mss. fr. 9242 à 9341), contiennent un grand nombre de drames destinés aux petits théâtres. Mais les drames imprimés sont de beaucoup les plus nombreux. Quelques-uns d’entre eux sont malheureusement devenus fort rares. Il en est dont nous avons dû renoncer à découvrir aucun exemplaire : ils manquent même aux archives des théâtres où ils furent joués. Mais ce sont là des exceptions. Les drames les plus applaudis, ceux qui ont exercé la plus sérieuse influence, sont assez faciles à trouver. On peut se faire une idée suffisamment nette et exacte de ce qu’a été l’ensemble du genre, en consultant les recueils suivants :

PETITOT. Répertoire du Théâtre-Français, Paris. 1817 1819, 25 volumes in-8 (notamment tomes VII, XV et XXIV). — Répertoire du Théâtre français du troisième ordre. Paris, 1819-1820, 8 vol. in-8 (notamment tomes V, VI, VII, VIII).

Théâtre des auteurs du premier et du second ordre. Paris, 1818 et suivantes, 67 vol. in-18. — Suite du Répertoire. Paris, 1822, 81 vol. in-18. — Fin du Répertoire. 1824-1825, 45 vol. in-18 (en particulier tomes 39 et 40 du Répertoire du deuxième ordre ; tomes 17, 34, 35, 36, 37, 38, de la Suite du Répertoire ; tomes 28 et 29 de la Fin du Répertoire).

LEPRINCE et BAUDRAIS. Petite bibliothèque des théâtres. Paris, 1784-1789, 80 vol. in-18. Les sept premiers volumes de cette jolie collection renferment un certain nombre de pièces des boulevards, qu’on ne trouverait pas ailleurs. Ils ont du reste été édités à part sous le titre : Recueil des pièces qui ont eu le plus de succès sur les théâtres de la rue de Richelieu, etc., etc. Paris, 1791, 7 vol. in-18.

Pour toutes les pièces auxquelles nous renvoyons, les citations en actes et en scènes se réfèrent généralement à l’édition conforme à la représentation et avouée par l’auteur. Quand les différentes éditions présentent entre elles des variantes de quelque importance, nous indiquons spécialement à laquelle correspondent nos références.

 

En dehors des articles de journaux et de quelques courtes brochures, les ouvrages où est exposée la théorie du Drame sont assez peu nombreux. Voici les éditions auxquelles nous renvoyons au cours de notre travail :

DIDEROT. Œuvres. Ed. Assézat et Tourneux. Paris 1875-1879, 20 vol. in-8 (tomes VII et VIII).

MERCIER. Du Théâtre ou Nouvel essai sur l’Art dramatique. Amsterdam, 1773, in-8. — De la Littérature et des Littérateurs, suivi d’un Nouvel examen de la Tragédie française. Yverdon, 1778, in-8.

BEAUMARCHAIS. Œuvres complètes, éd. Gudin de la Brenellerie. Paris, 1809, 7 vol. in-8 (tome Ier).

MARMONTEL. Eléments de Littérature. Paris, 1787, 6 vol. in-8 (passim).

II. — Les Témoignages contemporains

Il ne suffit pas de connaître les œuvres elles-mêmes ; il faut encore se rendre compte de l’effet qu’elles ont produit sur le milieu contemporain. Nous ne prétendons pas énumérer ici tous les journaux, mémoires et correspondances du XVIIIe siècle, qui se sont occupés du mouvement dramatique7. Les témoignages qu’ils nous fournissent sont de nature et d’importance très différentes. Pour suivre au jour le jour l’opinion du public sur les pièces représentées ou publiées, nous possédons deux documents particulièrement intéressants : le Journal de Paris (à partir de 1777), et les Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la république des lettres (par Bachaumont, Pidansat de Mairobert, etc.). Londres, 36 vol. in-12, 1777-1789.

Parmi les journaux périodiques, nous ferons le plus souvent appel au Mercure et à l’Année littéraire, qui représentent l’opinion de deux milieux très différents8.

Enfin nous aurons fréquemment l’occasion de renvoyer aux ouvrages suivants, dont les appréciations présentent une valeur critique toute particulière :

COLLÉ. Journal et Mémoires, éd. Bonhomme, Paris, 1868, 3 vol. in-8.

GRIMM, DIDEROT, etc. Correspondance littéraire, éd. Tourneux. Paris, 1877-1882, 16 vol. in-8.

LA HARPE. Correspondance littéraire. Paris, 1804-1807, 6 vol. in-8.

III. — Les Ouvrages postérieurs

Il n’existe pas, en France, d’ouvrage spécialement consacré à l’étude du Drame au XVIIIe siècle considéré dans son ensemble. Malgré leur titre, les deux ouvrages suivants, publiés en Allemagne, ne font pas double emploi avec notre étude9 :

WETZ. Die Anfænge der ernsten bürgerlichen Dichtung der achzehnten Jarhrhunderts. Strasbourg, 1885, in-8.

ELOESSER. Das bürgerliche Drama, seine Geschichte im XVIIIeund XIXeJahrhundert. Berlin, 1898, in-8.

Du premier il n’a paru qu’un volume, qui s’arrête à Des touches ; le second est une étude de littérature comparée, à la fois beaucoup moins détaillée et d’un objet beaucoup plus étendu que la nôtre.

 

Il nous est impossible de mentionner ici toutes les Histoires de la Littérature française où il est question du Drame. encore que les chapitres consacrés à notre sujet par quelques-unes d’entre elles soient loin d’être négligeables ; les brèves pages que contiennent là-dessus les ouvrages de Hettner ou de M. Lanson10, sont à coup sûr plus riches de faits et d’idées que beaucoup d’études particulières, copieuses et délayées ; au tome VI de l’Histoire de la langue et de la Littérature française de Petit de Julleville, figure un chapitre de M. Lion qui renferme quantité de faits intéressants commodément résumés.

Mais nous devons nous borner à signaler les auteurs qui ont étudié avec quelque détail, soit l’évolution du genre, soit telle ou telle des œuvres les plus marquantes. La liste qui suit n’a point l’ambition d’être complète. Elle ne comporte ni les articles de revues, ni les travaux consacrés à des questions connexes (influence des littératures étrangères, histoire extérieure des théâtres, biographies d’acteurs, évolution du goût public, etc.), travaux que nous serons amenés à citer en note, mais dont l’énumération aurait grossi cette introduction au delà de toute mesure. Nous indiquerons donc seulement comme documents essentiels :

1° Sur le Drame en général

LA HARPE. Lycée ou Cours de littérature ancienne et moderne. Paris, an VII et suiv., 19 vol. in-8 (t. XI, XII et XIII).

SCHLEGEL. Cours de Littérature dramatique. Genève, 3 vol. in-8 (tome II).

GEOFFROY. Cours de Littérature dramatique, 2e éd. Paris, 1825, 6 vol, in-8 (t. III et IV).

SAINT-MARC-GIRARDIN. Cours de Littérature dramatique,7e éd. Paris 1860, 4 vol. in-12 (notamment 9e, 11e, 12e, 53e, 74e leçons).

MICHIELS. Histoire des Idées littéraires au XIXesiècle, et de leurs origines dans les siècles antérieurs. Paris, 1862, 2 vol. in-8, t. Ier.

FONTAINE. Le Théâtre et la Philosophie au XVIIIesiècle. Versailles, 1878, in-12.

P. ALBERT. La Littérature française au XIXesiècle. — Les Origines du romantisme. Paris, 1882, in-16.

LENIENT. La Comédie en France au XVIIIesiècle, Paris, 1888, 2 vol. in-16.

FAGUET. Dix-Huitième siècle. — Etudes littéraires. Paris, 1890, in-16. — Propos de Théâtre, IIe série. Paris, 1905, in-16.

BRUNETIÈRE. Les Epoques du Théâtre français. Paris, 1892, in-16 (12e conférence).

J. LEMAITRE. Théories et Impressions. Paris, 1904, in-16.

2° Sur les Auteurs en particulier

Sur les précurseurs :

LANSON. Nivelle de la Chaussée et la Comédie larmoyante. 2° éd. Paris, 1903, in-8.

LARROUMET. Marivaux, sa vie et ses œuvres. Paris, 1882, in-8.

 

Sur Diderot :

Toutes les études sur Diderot consacrent un chapitre à son théâtre et à ses théories dramatiques. Citons comme particulièrement importants à consulter, les ouvrages suivants :

ROSENKRANZ. Diderot’s Leben und Werke, Leipzig, 1866, 2 vol. in-8.

J MORLEY. Diderot and the Encyclopaedists. Londres, 1878, 2 vol. in-12 (t. Ier).

CARO. La Fin du XVIIIesiècle. Paris, 1880, 2 vol. in-12 (t. Ier).

DUCROS. Diderot. Paris, 1894, in-18.

J. REINACH. Diderot. Paris, 1894, in-16.

Le théâtre de Diderot, considéré soit en lui-même, soit dans ses rapports avec les littératures étrangères, a fait en Allemagne l’objet de nombreuses dissertations, dont plusieurs sont parfaitement insignifiantes. Citons seulement les deux suivantes, qui présentent un exposé commode et exact des faits essentiels :

J. BLOCK. Beiträge zu einer Würdigung Diderot’s als Dramatiker. Kœnigsberg, 1888, in-12.

FLAISCHLEN. Otto Heinrich von Gemmingen. Mit einer Vorstudie über Diderot als Dramatiker. Stuttgart, 1890, in-12.

 

On peut consulter également l’abondante bibliographie donnée par M. Hémon (Cours de Littérature, t. XIX, l’Encyclopédie. Paris, 1901, in-12), et les notices placées en tête des éditions de Pages choisies de Diderot (notamment celles de J. Texte, 1896, in-16, et Pellissier, 1898, in-12).

Sur Voltaire :

DESNOIRESTERRES. Voltaire et la Société française au XVIIIesiècle. Paris, 1867-1876, 8 vol. in-8.

HOLZHAUSEN. Die Lustspiele Voltaire’s (supplément à la Zeilschrift fûr neufranzœsische Sprache und Litteratur, 1888).

LION. Les Tragédies et les Théories dramatiques de Voltaire. Paris, 1896, in-8.

Sur Beaumarchais :

L. DE LOMÉNIE. Beaumarchais et son temps. Paris, 1856, 2 vol. in-8.

LINTILHAC. Beaumarchais et ses œuvres. Paris, 1884, in-8.

HALLAYS. Beaumarchais. Paris, 1897, in-16.

Sur Sedaine :

Nous n’avons pas encore, en France, d’étude spécialement consacrée à cet auteur. On peut consulter, outre les Notices insérées au tome XVI de la Correspondance littéraire de Grimm, au tome III des Œuvres de Ducis (1826), ou placées en tête des différentes éditions du Théâtre choisi de Sedaine, l’ouvrage suivant, du reste bien sommaire :

GISI. Sedaine, sein Leben und seine Werke. Berlin, 1883, in-16.

 

Sur Mercier :

BÉCLARD. Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps. Paris 1903, in-8.

ZOLLINGER. L.-S. Mercier als Dramatiker und Dramaturg. Strasbourg, 1899, in-8.

 

Sur Marmontel :

LENEL. Un homme de lettres au XVIIIesiècle, Marmontel. Paris, 1902, in-8.

 

Sur Florian :

L. CLARETIE. Florian. Paris, 1888, in-8.

 

Sur Restif de la Bretonne :

BIBLIOPHILE JACOB. Bibliographie et Iconographie des ouvrages de Restif de la Bretonne. Paris, 1875, in-8.

 

Sur M.-J. Chénier :

LIÉBY. Etude sur le théâtre de M.-J. Chénier, Paris, 1902, in-8.

 

Sur Favart :

FONT. Essai sur Favart et les origines de la Comédie mêlée de chant. Toulouse 1894, in-8.

PREMIÈRE PARTIE

LES ORIGINES DU DRAME

CHAPITRE PREMIER

Décadence et transformation de la Tragédie et de la Comédie au XVIIIe siècle

  • I. — L’épuisement des genres dramatiques classiques au XVIIIe siècle est constaté par toute la critique : opinions de Mercier, Grimm, Rousseau, Diderot, Voltaire. — La défaveur ne s’arrête pas aux imitateurs impuissants des grands modèles du XVIIe siècle, mais gagne ces modèles eux-mêmes.
  • II. — Crébillon et Voltaire modifient profondément l’esprit comme la technique de la Tragédie.
  • III. — Transformation de la Comédie. — Marivaux et ses imitateurs. — Destouches et la Comédie morale. — Fontenelle, Piron, Voltaire, précurseurs du Drame. — La Chaussée et la Comédie larmoyante : ce qui lui a manqué pour être le véritable fondateur du Drame. — François II, Cénie, Sidney et Silvie. — La Tragédie et la Comédie tendent à se rapprocher et à se fondre.

I

A la splendide floraison dramatique qui, pendant plus d’un demi-siècle, du Cid à Athalie, dota la France d’un incomparable épanouissement de chefs-d’œuvre, on ne doit pas s’étonner de voir succéder une période de stérilité et d’épuisement. Il en est ainsi dans tous les genres, dès qu’à la liberté de l’effort individuel se substitue la copie servile de modèles consacrés par le succès. D’autre part, plus ces modèles ont été admirés, plus les écrivains hésitent à s’écarter d’une formule qui a si brillamment réussi. Tandis qu’ils sont pris dans l’alternative d’imiter de très près les œuvres de leurs devanciers ou de risquer des innovations qui, si timides qu’elles soient, paraîtront toujours sacrilèges, le public et la critique, de leur côté, sentent confusément qu’ils désireraient autre chose sans pouvoir définir nettement ce qui, dans les chefs-d’œuvre de la génération précédente, a cessé de convenir à l’époque nouvelle, sans comprendre très bien non plus pourquoi les productions qui les ont suivis, issues de la même poétique, ne possèdent plus le même charme, ni la même force : de là, une hostilité instinctive à toute tentative d’apparence un peu révolutionnaire, et, en même temps, une certaine impatience de ne plus savoir où attacher son admiration.

Telle est la situation où se trouvent les poètes dramatiques, les critiques et les spectateurs, pendant toute la période qui sépare le XVIIe siècle du Romantisme, situation assez semblable à celle du monde musical au lendemain des triomphes du drame wagnérien. Dans cet espace de près d’un siècle et demi, l’effort le plus considérable qui ait été tenté pour renouveler la poétique du théâtre est dû à Diderot et à son école qui prétendit, à côté de la Tragédie et de la Comédie, créer le Drame. A l’époque où se produisit cet important mouvement, on sentait très bien que les genres illustrés par Corneille, Molière et Racine, avaient décliné et cessaient de répondre aux aspirations du public ; plusieurs tentatives avaient déjà été faites dans des sens divers pour leur donner une nouvelle vie en leur insufflant un peu de l’esprit moderne qui opérait alors une véritable révolution dans tous les domaines de la pensée.

Que les plus ardents promoteurs du Drame aient proclamé cette décadence des genres classiques, rien de plus naturel ; aussi ne s’en font-ils pas faute. Pour Sébastien Mercier, par exemple, la Tragédie et la Comédie françaises ont été de tout temps, même avec Corneille, Molière et Racine, des formes d’art bien imparfaites ; mais au XVIIIe siècle, leur insuffisance éclate plus que jamais. Il emploie une centaine de pages de son Nouvel Essai sur l’Art dramatique, la majeure partie du traité de la Littérature et des Littérateurs, sans compter les observations éparses dans ses autres ouvrages, à fournir une copieuse démonstration de cette vérité fort désagréable à la majorité de ses confrères. Après Corneille, dit-il, « la Tragédie devint une sorte de farce sérieuse, écrite avec pompe, qui visait à satisfaire l’oreille, mais qui ne disait rien à la nation et ne pouvait rien lui dire ». La Comédie, de son côté, se rapetisse jusqu’à devenir un de ces « jolis colifichets où les travers du beau monde sont admis, fêtés, caressés, où ses extravagances sont érigées en lois, où les passions délicates qui nous restent encore ne sont vues qu’avec dérision, où le nouveau persiflage paraît la langue divine, où l’inconséquence, la folle vivacité, la prétention à tout, la bouderie de commande, le ton fou et léger paraissent des caractères délicieux, piquants et dignes de considération »1. En tout cela rien de profond, rien de sincère. Pour les auteurs comiques le champ de l’observation est restreint au grand monde, c’est-à-dire à une société peu nombreuse, sans liens avec le reste de la nation et qui recouvre ses défauts, comme ses qualités, d’un vernis uniforme d’élégance superficielle. Pour la Tragédie c’est bien pis : l’observation est absolument inutile ; tout se fait par recettes, et suivant une formule connue. Dans quelques pages pleines de verve2, Mercier nous explique comment un écolier fraîchement émoulu du collège s’y prend pour écrire, colporter, faire représenter et tomber une tragédie en cinq actes. En ce qui concerne la composition, le moyen est fort simple : « il fouille le recueil volumineux des anciennes pièces de théâtre, indécis d’abord sur le choix, mais bien résolu à recrépir quelques-unes de ces pièces antiques. Le sujet est enfin trouvé : il va à la chasse des personnages ; il prend d’un côté un monarque égyptien, de l’autre un ministre ottoman, coud une princesse de Perse, et attelle à ce ridicule assemblage un ambassadeur parthe : il oblige, bon gré mal gré, ces différents personnages à respirer dans la ville dont le nom lui paraît le plus harmonieux. C’est ainsi que de deux ou trois vieilles tragédies, il en compose une nouvelle. Quand il a accouplé deux rimes, il dit : voilà deux vers, et il en fait quinze cents de cette force ».

Mais, peut-être ne faut-il pas croire sur parole un personnage aussi directement intéressé dans la question : ceux qui veulent démolir un édifice n’ont pas coutume d’en vanter l’élégance et la solidité. Interrogeons donc des témoins plus impartiaux. Voici ce que pense Grimm des tragédies et des comédies de son temps :