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Le Grenier

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Adèle et Thomas sont deux trentenaires, elle juste avant, lui un peu après, qui ont vécu une belle histoire d'amour et ont fini par se séparer, dans l'incompréhension et les malentendus. Après dix-huit mois sans nouvelles l'un de l'autre, ils vont se retrouver enfermés par un concours de circonstances dans le grenier, aménagé en chambre d'amis, d'une maison dans laquelle ils étaient invités à passer la soirée. Cette nuit d'enfermement va leur permettre de revenir sur leur histoire, avec le recul que l'on peut avoir une fois que les choses se sont tassées. Ils pourront ainsi apporter à leur histoire une conclusion que peu de personnes ont l'occasion de développer.

A moins que...

Une comédie à deux personnages, qui parle des raisons qu'on a de se séparer et dont on oublie souvent de parler.


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LE GRENIER

 

COMÉDIE

 

Rebecca MATOSIN

 

(sur une idée originale d'Olympe Barrier)

 



Personnages.

Adèle, jeune femme pétillante et vive, avec une légère tendance à l'angoisse et la dramatisation, d'un peu moins de trente ans.

Thomas, mec cool à l'assurance sereine et au charme tranquille, d'un peu plus de trente ans.

Marie, amie de fac d'Adèle et compagne du cousin de Thomas, Martin.

 

La scène se passe dans le grenier d'une maison bourgeoise appartenant aux parents de Martin.

Côté jardin, une porte qu'on ne voit pas ; côté cour, une fenêtre, invisible également.

Au fond de la scène, un lit d'appoint. Près du lit, côté jardin, un fauteuil, et entre les deux, une vieille lampe sur pied. De l'autre côté du lit, sur le devant de la scène, une petite table d'écolier, derrière laquelle se dresse un paravent qui dissimule un coin plus sombre de la pièce.

Des objets traînent dans le grenier,  qui a pu servir de salle de jeux à des enfants devenus grands.


Scène un.

Le grenier, plongé dans une semi obscurité. On ne distingue qu'Adèle.

Adèle angoissée, tendue, se rongeant les ongles.

– Je savais que je n'aurais pas dû venir… Mais qu'est-ce que je vais pouvoir lui dire ? ‘ Salut ? Quoi de neuf ? … Oh…

On entend la voix de Thomas, sans le voir.

Thomas.

Puisque je te dis qu'il a insisté… Mais j'ai essayé de lui dire non !

Adèle, s'immobilise 

Non mais c'est une blague ?

Thomas apparaît, un téléphone collé à l'oreille.

Thomas.

Tu le connais, il n'a rien voulu entendre, je n'allais quand même pas prendre le risque de le vexer… Mais non, je ne veux pas te vexer non plus… J'avais vraiment du boulot !… Quoi, tes amis ? Je n'ai rien contre tes amis ! C'est Martin qui a insisté, tu sais bien qu'on ne peut rien faire quand Martin insiste... Tu ne vas quand même pas être jalouse de Martin ? C'est mon cousin !

Adèle.

Il va s'en aller… Il va s'en aller… Il va s'en aller…

Thomas.

Sophie ? Sophie, ne t'énerve pas s'il te plaît. Tu fais une montagne de rien du tout, vraiment. Je ne vais même pas rester longtemps, on se fait chier à cette soirée. Si, je te jure, l'ambiance est pourrie… Et je ne te parle pas de la bouffe… On se voit tout à l'heure, d'accord ? D'accord ?

Il raccroche, l'air dépité.

Thomas.

Et moi qui croyais qu'elle n'était pas chiante !

Il s'assoit sur un fauteuil, en soupirant. Il a l'air tendu : il se masse les cheveux, la tête baissée… Adèle ne bouge pas un cil, elle a même arrêté de respirer. Thomas relève la tête et regarde autour de lui :

Thomas.

L'album des photos de l'été 89… Il est marrant, Martin… Et je suis censé trouver ça où, moi ?

Il remarque une lampe près du fauteuil ; il se lève et allume la lumière. Adèle se fige un peu plus encore, si c'est possible.

Thomas surpris.

Adèle ?

Ils restent face-à-face quelques secondes, à se regarder en silence, Thomas, frappé par la surprise, Adèle gênée de n'avoir pas réagi plus tôt.

Adèle, l'air d'avoir été prise en faute.

Salut !... Quoi de neuf ?

Thomas, confus, il bredouille.

Je ne t'avais pas vue… Je ne savais pas que tu étais là… Enfin, ce soir, je veux dire… Je ne savais pas que tu étais… que tu serais…enfin qu'on t'avait…

Adèle.

Invitée ? Ah mais je ne l'étais pas ! C'est pour ça que je me cache ici, d'ailleurs !

Silence gêné.

Adèle, essayant de relancer la conversation.

Je plaisante ! Tu vas bien ?

Thomas, encore un peu sonné.

Oui… oui oui… Ça va bien… Ça va, quoi…

Nouveau silence, épais.

Thomas.

Et toi ?

Adèle.

Oh bah… pareil…

Silence. Encore.

Thomas, reprenant un peu d'assurance.

On a l'air con, là, non ?

Adèle, souriant.

Oui… Très…

Thomas.

Ok… Alors on va tout reprendre depuis le début.

Il sort et revient, l'air faussement surpris et enjoué.

Thomas.

Adèle ! Quelle surprise ! Mais qu'est-ce que tu fais là ?

Adèle.

Je ne suis pas sûre que ce soit beaucoup beaucoup mieux, en fait…

Thomas.

Ouais, désolé, j'ai toujours été nul pour faire semblant…

Adèle.

C'est normal, c'est un truc de femme, ça…

Thomas.

D'accord… Sérieusement, qu'est-ce que tu fais là ?

Adèle.

J'ai retrouvé Marie sur le net, il n'y a pas très longtemps.

Thomas.

Ah…les fameux « réseaux sociaux » ?

Adèle.

C'est ça, la grande famille du web…

Thomas.

Ce n'est pas trop mon truc, tout ça… Tu ne sais jamais qui tu as en face…

Adèle.

Oh le papy! Mais ça dépend toujours de ce que chacun y met… Moi, par exemple, quand je me suis inscrite sur un site de…

Elle s'interrompt, mal à l'aise.

Thomas, sourire en coin

Un site de rencontres?

Adèle.

Oui, quelque chose comme ça…

Thomas.

Ah mais il n'y a pas de honte! T'as été déçue ?

Adèle.

Ben non, ça dépend de ce que tu cherches…

Thomas.

C'est à dire ?

Adèle.

Bah si tu veux tirer un coup, ça peut être réglé en 24 heures !

Thomas, surpris.

Ah… J'en conclus que tu as dû avoir une vie sexuelle hyper-active ces derniers temps !

Adèle, taquine.

Oui…mais il y avait beaucoup de romantisme, aussi ! (Plus sérieuse) Voire un peu trop, parfois…

Thomas.

Comment ça ?

Adèle.

Oh bah j'ai connu des garçons prêts à laisser des poèmes dans ma boîte aux lettres, ou des dessins glissés sous ma porte…

Thomas.

Ouh la, flippant !

Adèle

Un peu, oui !! Et toi, tu as quelqu'un, en ce moment ?

Thomas.

Oui… Oui, oui…

Adèle, dubitative.

Ça se passe bien ?

Thomas.

Oh, oui, ça va…c'est cool…

Adèle.

Ouh la, c'est trop de sentiments, arrête !

Thomas.

Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Elle est jolie, elle est gentille, on s'entend bien… Alors oui, ça va.

Adèle.

C'est le grand amour, dis donc…

Thomas.

En même temps, ça fait à peine un an qu'on est ensemble, je ne vais pas te dire que c'est la femme de ma vie !

Adèle.

Tu pourrais avoir l'air un peu plus enthousiaste !

Thomas.

Tu sais, on n'est pas pareil, toi et moi… Je n'ai pas besoin de m'emballer pour être avec quelqu'un…

Adèle.

Sans t'emballer, j'imagine que vous vous projetez un peu, non ?

Thomas.

Je n'en sais rien… On n'en a pas parlé… 

Adèle.

Les enfants, la vie de couple, vous n'en parlez pas ?

Thomas.

Tu ne vas pas un peu vite, là ?

Adèle.

Si, c'est vrai, tu as raison. Tu peux facilement attendre une petite dizaine d'années au moins… La quarantaine,  c'est bien pour commencer à se demander si on veut des enfants !

Thomas, mis en défaut, il attaque.

Et avec lequel de tes amants t'en aurais fait, toi, des enfants ?

Adèle.

Ben justement… J'ai eu que des amants… Mais peut-être que si ça avait été plus sérieux…

Silence.

Adèle.

Il va peut-être falloir penser à redescendre… Après tout, on est un peu là pour les grands adieux…

Thomas.

De quoi tu parles ?

Adèle.

Ben, de Marie et Martin… Leur départ…Pour l'Afrique.

Thomas.

Ah oui ! C'est un beau projet… Ils ont l'air super heureux, en tout cas…

Adèle.

Tu vas leur acheter quelque chose ?

Thomas.

Quoi, pour leur vide-grenier ? Tu plaisantes ? Il faudrait qu'ils me payent pour que je récupère leur camelote !

Adèle.

C'est méchant, ça !

Thomas.

Mais c'est vrai ! C'est gonflé de se débarrasser des meubles en les re-fourguant aux copains !

Adèle.

Ben non, c'est chouette… Et puis ça donne l'occasion de faire une grande soirée, ça fait d'une pierre deux coups, c'est plutôt bien pensé.

Thomas, il s'assoit.

En même temps, ça ne me dérange pas de rester ici cinq minutes… La foule, au bout d'un moment, ça me…

Il fait un signe des mains pour montrer que ça l'étouffe

Adèle.

Ah, tu as toujours un petit côté… « sauvage », alors…

Thomas.

Non, je ne suis pas sauvage… C'est juste qu'en terme de compagnie, comme pour d'autres choses, je privilégie la qualité à la quantité.

Adèle.

Et bien je m'auto-déclare compagnie de très bonne qualité.

Elle s'assoit à côté de lui.

Thomas.

Tu peux.

Adèle.

Quoique je serais bien meilleure avec un verre à la main !

Thomas, laissant échapper ce qu'il pense.

Ou avec des vêtements en moins…

Adèle, abasourdie.

C'est bien ce que je disais… sauvage…

Noir.


Scène deux.

Adèle et Thomas sont assis sur le lit, elle à califourchon, tournée vers lui, lui adossé au mur.

Adèle.

Et tout d'un coup, bam, c'était fini, il a retrouvé son amour de jeunesse et il est parti.

Thomas.

Ben ouais, ce sont des choses qui arrivent…

Adèle.

Non mais attend, tu les connaissais, ça faisait dix ans qu'ils étaient ensemble, ils venaient d'acheter un appartement !

Thomas.

Ah bah c'est sûr, c'est pas cool…

Adèle.

Non mais tu plaisantes ? Comment on peut décider de tout plaquer sur un coup de tête ?

Thomas.

Bah je n'en sais rien, mais j'imagine que par moments… (Moqueur.) L'amour est plus fort que tout…

Adèle.

Oh arrête ! Moi, je trouve ça horrible, de lâcher quelqu'un avec qui tu as construit tellement de choses, juste pour un prétendu coup de foudre…

Thomas.

En même temps, en ce qui concerne tes potes, ça se voyait à des kilomètres que ça ne tiendrait jamais… Et de manière plus générale, ça ne se commande pas… J'ai un collègue, au boulot, il a quitté sa femme comme ça aussi, du jour au lendemain.

Adèle.

Comment ça, ça se voyait que ça ne tiendrait pas ? Et ton collègue, il est parti pour un amour de jeunesse ?

Thomas.

Elle était castratrice. Non, même pas : pour une autre collègue. Ça faisait un bout de temps qu'ils travaillaient ensemble, en plus, et tout d'un coup il s'est rendu compte que c'était la femme de sa vie. En tout cas c'est ce qu'il a dit à la sienne.

Adèle.

Elle n'était pas castratrice, elle savait ce qu'elle voulait, ça n'a rien à voir. 

Thomas.

Il ne pouvait même pas sortir voir ses potes ! 

Adèle.

Ses potes, c'était une bande de gros soiffards vulgaires… J'ai du mal à croire que tu puisses être avec quelqu'un pendant si longtemps, et tout d'un coup ne plus en être amoureux.

Thomas.

Ben si : tu es avec quelqu'un, tu es bien, tu construis des choses, tu fais des enfants, et puis la routine s'installe… il n'y a plus grand chose à partager, mais il n'y a pas non plus de vraie raison de se séparer… C'est comme ton pote : il s'est retrouvé dans une espèce de prison, et dès qu'un élément extérieur est venu troubler ce petit confort, ça a éclaté.

Adèle.

Une prison…c'est vraiment une vision de mec, ça ! Peut-être que les gens baissent trop facilement les bras…

Thomas.

Je dis juste que je comprends qu'il ait craqué, c'est tout… Et tu sais, je crois qu'une séparation, ça n'est agréable pour personne, alors je ne suis pas sûr que ce soit vraiment la solution de facilité. Encore moins quand il y a des enfants dans l'histoire.

Adèle.

Je trouve qu'il y a quelque chose de lâche, là-dedans… Et que ça n'encourage pas tellement à s'engager…

Thomas.

Pourtant, on continue à s'engager, je pense, et ça n'a rien de lâche… Regarde, moi, avec Sophie, je suis bien pour l'instant ; si ça continue comme ça, on va sans doute avoir envie de fonder une famille, on aura envie de continuer à s'engager, mais c'est pas pour autant que je suis sûr de finir ma vie avec elle… Si ça se trouve, dans dix ans, on sera toujours ensemble, si ça se trouve, non.

Adèle.

Je n'arrive pas à être aussi… « rationnelle »… J'ai envie de croire que tu peux être avec quelqu'un jusqu'à la fin de tes jours…

Thomas.

Je n'ai pas dit que c'était impossible ! Je dis juste que la porte de sortie est mieux indiquée…

Adèle.

Ça, ce n'est même pas vrai… Quand tu vois le nombre de gens qui restent ensemble alors qu'ils ne s'aiment plus…

Thomas, moqueur.

Effectivement, tu n'es pas rationnelle… Tu ne viens pas juste de me dire que les gens abandonnaient un peu trop facilement ?

Adèle, mauvaise foi personnifiée.

J'essaye d'être objective.  Et je n'affirme rien, je pose des questions, c'est pas du tout pareil !

Thomas.

Objective, c'est ça, on dirait que tu parles de toi… En tout cas, ça rejoint ce que je te disais tout à l'heure : il faut souvent qu'un élément extérieur déclenche la rupture…

Adèle, piquée au vif.

Pourquoi ? Parce qu'on n'a pas le courage de regarder les choses en face, et de se dire que c'est fini ?

Thomas.

Il y a un peu de ça, oui, j'imagine… Et puis aussi le simple fait que tu puisses avoir l'impression que ça va, mais tu ne peux pas savoir tant que tu n'as pas vu autre chose…

Adèle

C'est horrible comme tu es pragmatique… Ce côté « le couple ce n'est jamais qu'un pari »…

Thomas.

Sauf que c'est exactement ça! Pour reprendre l'exemple de mon collègue : il était très bien avec sa femme, il n'avait aucune raison de la quitter, et tout d'un coup, il découvre qu'il a des sentiments incroyables pour une autre… Qu'est-ce qu'il aurait dû faire, d'après toi ?

Adèle.

Mettre ça de côté, peut-être ?

Thomas.

Et se sentir frustré toute sa vie d'être peut-être passé à côté de quelque chose d'extraordinaire ?

Adèle.

Définitivement, ça ne leur réussit pas, aux hommes, quand ils sont romantiques…

Thomas, sur le ton de l'humour.

Et c'est bien pour ça que moi, je ne le suis pas.

Adèle, agacée par le tour qu'a pris la conversation.

Oui, peut-être, mais en même temps, j'ai l'impression que tu es avec ta copine par défaut, ce n'est pas beaucoup mieux…

Thomas, refroidi.

Ah non, là, je ne suis pas d'accord. C'est injuste de dire ça. 

Adèle, provocatrice.

Ouh la, j'ai touché un point sensible, là…

Thomas.

Ce n'est pas parce que je ne sais pas parler de sentiments avec des trémolos dans la voix que je suis un salaud froid et insensible.

Adèle.

C'est bon, ça va, calme-toi !

Thomas.

Non mais c'est tout toi, ça ! Tu balances des grosses vacheries, et après tu voudrais qu'on oublie ! Je suis vraiment bien, avec Sophie, je ne te permets pas de juger ma relation avec elle.

Adèle.

Mais je ne juge pas, c'est juste que tu n'as pas l'air d'être plus enthousiaste que ça quand tu en parles…

Thomas.

Et tu es qui, toi, pour me dire ça ? Est-ce que tu as vécu autre chose que des minables petits plans cul ces derniers temps ?

Adèle.

Pardon ?

Thomas.

Bah ouais, faut assumer ce qu'on dit, cocotte…

Silence hyper tendu. Adèle est très en colère.

Thomas.

Je crois que je n'aurais pas dû…

Adèle, elle explose.

Mais qu'est-ce qui te permet de me parler comme ça ? Qu'est-ce qui te permet de prendre ce ton moralisateur ? Oui, j'ai eu des plans cul, mais il n'y avait rien de minable là-dedans ! Je ne vois pas ce qu'il y a de minable à vouloir juste prendre son pied! J'avais besoin de ça, j'avais envie de ça, et je ne te permets pas de juger ces types ni de me juger moi ! Oh et puis je n'ai même pas à me justifier devant toi. J'avance, moi, au moins, je tente des trucs. Mais si tu veux vraiment le savoir, oui, j'aimerais bien qu'il se pointe, ce connard de prince charmant… En attendant, je ne vois pas quel mal il y a à rencontrer des mecs qui se foutent pas mal de savoir à quel point je suis une bonne personne, et qui sont juste ravis de constater que je suis un bon coup! (Elle s'arrête, et se calme doucement.) Ce n'est pas comme si je n'avais pas essayé…

Thomas.

Moi, j'ai adopté un chat… Il s'appelle Chouquette.

Adèle, surprise, elle sourit.

Tu crois quoi, toi, qu'on vit une grande histoire d'amour à chaque fois qu'on rencontre quelqu'un ?

Thomas.

En même temps, je ne suis pas sûr que c'est en rencontrant n'importe qui qu'on finit par tomber vraiment sur quelqu'un…

Adèle.

Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?

Thomas.

Je n'en sais rien… Je trouvais que ça sonnait bien, c'est tout…

Ils sourient tous les deux.Un silence s'installe, mais sans gêne cette fois.

Thomas.

Dis, ça commence à faire un bout de temps qu'on est là, maintenant…il faudrait peut-être songer à redescendre… J'ai peur qu'on commence à se poser des questions en bas…

Adèle.

Tu crois ? Vas-y toi d'abord, alors, je redescends dans cinq minutes…

Thomas.

Si tu fais ça, ils risquent vraiment de penser qu'on a couché ensemble !

Adèle, gênée.

Dis pas ça, t'es con !

Thomas.

T'as raison ! Maintenant que tu as couché avec la moitié des hommes de ce pays, je ne pourrais pas supporter la comparaison !

Adèle.

Vraiment, t'es con !

Thomas.

Je te revois en bas, alors ?

Adèle.

Oui, ça marche, à tout de suite…

Thomas reste un moment à regarder Adèle, puis il sort.


Scène trois.

On entend une porte claquer, et Thomas revient.

Thomas.

Adèle…

Adèle.

Oui ?

Thomas.

Je… J'ai toujours trouvé ça dommage… De ne plus te voir… Du tout… Et là, on se re-croise…Ce serait bête de s'éloigner à nouveau, complètement… Tu vois ce que je veux dire ?

Adèle.

On pourrait aller boire un café un des ces quatre, c'est ça que tu veux dire ?

Thomas.

Par exemple, oui…

Adèle.

Ça me semble une bonne idée. Tu as toujours mon numéro ?

Thomas, très vite, sans hésitation.

Oui, bien sûr !

Silence gêné.Une musique parvient du rez-de-chaussée.

Adèle.

Oh la, il va falloir que j'y aille, le dancefloor m'appelle !

Thomas.

Tu fais toujours ta petite chorégraphie, là ?

Adèle.

Tu m'étonnes, ça marche d'enfer ! Après, je ne bouge plus de la soirée, mais tout le monde te dira que j'ai super bien dansé !

Thomas.

Tu m'en ferais un petit bout ?

Adèle.

Oh non…

Thomas.

Allez, on n'est que tous les deux !

Adèle.

Justement ! Je sais bien que le ridicule ne tue pas, mais j'ai mes limites, quand même…

Thomas.

S'il te plaît…

Adèle cède, et se met à faire une petite chorégraphie qui amuse beaucoup Thomas. Devant son sourire persistant, elle s'arrête, autant amusée que lui.

Thomas.

Tu n'as pas changé un pas !

Adèle.

Oui, tu as raison… Je devrais arrêter de penser que j'ai toujours vingt ans…

Thomas.

Surtout que tu es encore mieux maintenant…

Petit silence gêné.

Adèle.

Bon ben… Je vais y aller, parce qu'à ce rythme là, on peut rester ici toute la nuit !

Adèle s'éclipse avant que Thomas ne puisse répondre quoi que ce soit.

Thomas reste seul, les yeux dans le vague, un sourire flottant sur les lèvres. Il a l'air de se rappeler de très jolis souvenirs.

On entend la voix d'Adèle.

Adèle.

Thomas, la porte est fermée…

Thomas.

Ok… Ce sont des choses qui arrivent… Il faut l'ouvrir, alors…

Adèle.

Non, je veux dire, la porte est complètement fermée… J'ai la poignée dans la main, là…

Thomas.

C'est un bon début.

Adèle réapparaît, la moitié d'une poignée de porte dans la main.

Adèle.

Tu trouves ?

Thomas, paniqué.

Mais qu'est-ce que tu as fait ?

Adèle.

Je n'ai rien fait du tout !! J'ai voulu ouvrir la porte, la poignée était un peu sortie, je l'ai enfoncée… et elle m'est restée dans la main !

Thomas.

Et l'autre côté, il est où ?

Adèle.

Je crois qu'il est tombé.

Thomas sort, puis revient très vite, énervé.

Thomas.

Adèle ! Enfin ! La porte est bloquée !

Adèle.

C'est bien ce que je te dis !

Thomas.

Non mais tu réalises ? Tu nous as coincés !

Adèle.

Mais je nous ai rien coincés du tout ! C'est toi qui as fermé la porte, je te signale !

Thomas.

C'est moi qui…? (Il réfléchit.) OK… Mais c'est toi qui as forcé comme une brute !

Adèle.

Et tu peux me dire en quoi ça nous avance, là ?

Thomas, pragmatique, il se met à chercher du regard autour de lui.

Oui, tu as raison… Il nous faudrait un bâton, un truc comme ça…

Adèle.

Thomas ?

Thomas, concentré sur sa recherche, il marmonne.

Ou un pied de chaise, peut-être...

Adèle.

Thomas ? Je t'ai perdu, là…

Thomas, toujours concentré.

Non mais attends, je cherche un truc…

Adèle.

Oui… Et moi, je m'assieds et j'attends?

Thomas, l'esprit ailleurs.

Tu pourrais faire ça, oui…

Adèle, vexée

D'accord, je comprends, l'homme entre en action, il ne faut pas le déranger…

Thomas, piqué au vif

Et tu voudrais que je fasse quoi ? Que je t'écrive un poème ?

Un silence lourd s'installe. Adèle s'assied sur le bord du lit, et montre des signes d'agacement pendant que Thomas regarde dans tous les recoins du grenier s'il pourrait trouver un outil qui les aiderait à ouvrir la porte. Au bout d'un moment, il arrête ses recherches.

Adèle.

Bilan ?

Thomas.

J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle.

Adèle, acide

La mauvaise nouvelle, c'est que je suis coincée avec toi, et la bonne, c'est que je ne vais pas tarder à mourir, c'est ça ?

Thomas.

Charmant… La mauvaise nouvelle, c'est que je ne vois effectivement pas comment nous sortir de là… La bonne, c'est qu'il y a un lavabo, là, dans le coin, qui a l'air de fonctionner, donc, au risque de te décevoir, on ne devrait pas mourir de soif.

Adèle.

Et le téléphone ?

Thomas.

Quoi, le téléphone ?

Adèle.

Tu as ton téléphone avec toi, non ?

Thomas.

Oui…

Adèle.

Et tu pourrais peut-être appeler ton cousin pour qu'il nous sorte de là, non ?

Thomas.

Oh le con. Je n'y ai même pas pensé !

Adèle.

J'ai vu ça… Mais tu étais trop occupé à jouer les Mac Gyver pour me demander mon avis…

Thomas, sortant son téléphone de sa poche.

Tu sais ce qu'il te dit, Mac Gyver ?

Adèle.

J'ai une petite idée, oui…

Thomas, regarde son téléphone et hésite une seconde.

Et ben il te dit qu'il n'a plus de batteries.

Adèle.

Quoi ? C'est une blague ? (Se rapprochant de Thomas comme pour prendre le téléphone.) Attends, fais-moi voir ça…

Thomas, se détournant d'elle.

Adèle, je sais me servir de mon téléphone, quand même!

Adèle, un peu paniquée.

Ok, on reste calme… Il y a bien quelqu'un qui va se rendre compte qu'on n'est pas là, non ?

Thomas.

Tu as vu le monde qu'il y a en bas ? Je ne suis pas sûr que qui que ce soit remarque quoi que ce soit…

Adèle.

Non, c'est même pire… Si Marie remarque notre absence, à tous les deux… Elle ne viendra jamais nous chercher…

Thomas.

Pourquoi ?

Adèle, elle marmonne

Ça lui ferait trop plaisir qu'on se soit retrouvé… Je suis sûre qu'elle l'a fait exprès… Elle s'est arrangée pour qu'on se retrouve coincé ici…

Thomas.

D'accord, c'est moi qui t'ai perdue, là…

Adèle, elle réfléchit à voix haute.

C'est elle qui m'a dit que je pouvais monter me reposer ici… Et comme par hasard Martin t'envoie chercher quelque chose… Et cette foutue porte qui est cassée…

Thomas.

Je crois que tu deviens parano…

Adèle.

La garce… (Criant vers le plancher.) J'espère que tu vas attraper le palud en Afrique !

Noir.


Scène quatre.

Adèle est affalée sur le lit et joue avec ses cheveux. Thomas entre du côté de la porte.

Thomas.

Bon, rien à faire, cette porte doit peser dix tonnes et il faut que je me remette à la muscu.

Adèle se relève et sourit.

Thomas.

Et j'ai beau tambouriner, je suppose que tout le monde est sourd, puisque personne ne répond.

Adèle.

Et la fenêtre ?

Thomas.

La fenêtre ! Je vais voir ça.

Thomas se dirige vers la fenêtre, côté opposé à la porte. On l'entend à nouveau sans le voir.

Thomas.

Putain c'est haut !

Adèle.

Alors ?

Thomas revient.

Thomas.

Alors, à moins que je ne te pique ton string pour en faire une tyrolienne, je ne vois pas bien ce qu'on peut faire.

Adèle.

C'est malin.

Thomas.

Je crois qu'il faut qu'on regarde la vérité en face : on est vraiment parti pour être coincé ici un bon bout de temps.

Adèle.

Justement, j'y pensais, il y a peut-être une raison à ce qui nous arrive, là…

Thomas.

Qu'est-ce que tu veux dire ?

Adèle.

Je veux dire qu'on a peut-être quelque chose à régler, toi et moi, ici, il faut peut-être qu'on y voie un signe…

Thomas, moqueur.

Un signe ? Genre : du destin ?

Adèle.

Sérieusement, Thomas, ce n'est pas un hasard si on est là !!

Thomas.

Mais bien sûr que si, Adèle, c'est complètement un hasard! Tu crois vraiment que j'avais envie de me retrouver coincé ici ?

Adèle.

Oh ça va, hein, moi aussi je serais mieux ailleurs !

Thomas, fielleux.

Ah oui, tu pourrais continuer à mener ton enquête sur la sexualité de tes contemporains…

Adèle.

Mais arrête avec ça, ça te pose un problème, ou quoi ?

Thomas.

OK, la Pasionaria féministe, ça va aller, on ne va pas repartir pour un tour…

Adèle.

Alors assieds-toi et essaye de réfléchir à ce que je voulais te dire…

Thomas, il s'assoit.

Vas-y, je t'écoute.

Adèle, surprise.

Ah…ça me met la pression, là, d'un coup…

Thomas.

Tu parlais d'un truc à régler, c'est ça ?

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