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@P.O.L éditeur,1987 ISBN2-86744-099-8
AMargueriteDuras
Jeanneimaginaitsouventunefemmequiregardait la mer.Cettefemmeavaitcertainementtoujoursvécu auborddela mer.Elleétaitassisecommesiellene devaitjamaisbouger.Jeannenevoyaitquelapartie supérieuredesoncorps,sonbusteàcontre-jouretson visageaperçudetroisquarts.Sescheveuxlongsétaient ramassésversl'arrièreenunesortedetorsadequ'elle roulaitmachinalementdèsqu'ellelasentaitsedéfaire etquesescheveuxs'éparpillaientsursesépaules.Elle reconnaissaitleurchaleuret,gênéeparcetteenveloppe tropdouce,tropcaressante,ellelaréduisaitd'ungeste approximatifqu'ellerépétaitrégulièrement.Lateinte decettescèneétaitd'ungrisnisombrenimélancolique, elleétaitpleinederefletsquisedéplaçaient,etéclairée parlaviequiluiarrivaitdel'extérieurdelapièce, commesiluiparvenaitl'éclatdesvaguesavecle mouvementdelamer,etcesdéplacementsdel'ombre etdelalumièreprenaientl'animationjoyeusedes
marchésoulavivacitédelafouledudehors.Ilsavaient lemêmerythmequel'émotiondeJeannequandelle pensaitdemanièretrèsvague,auxévénementsqui allaientseproduiredanssavie,inévitablement.Jeanne alorsétaitheureuse,chaquefoisqu'elleretrouvaitla certitudetrèsmodestequesavieavaitunmouvement. L'apparitionduvisagedecettefemmerendaitàJeanne samobilité,mêmesielleétaitinactiveàcemoment-là ellevivait,elleretrouvaitsavieetsouvent,ensuite,elle semettaitàfairequelquechose,ellesortaitouelle faisaitsonménage,envahieparlesentimentdouxd'une réconciliation,d'unaccompagnementamicalquiaurait succédéàunebrouilleouàunetensionprolongéedont laraisonseraitrestéefloue.Cettescènepresqueimmo-bileétaitunbaindanslequelelleseplongeaitmaiselle serendaitàpeinecomptequecetteimagel'apaisait. Ellelalaissaits'installerenelleunmoment,ellenela définissaitpas,ellen'osaitpasenpréciserlescouleurs, leslignesdecettefemmequ'ellevoyait,auxlongs cheveuxblondsfoncésquelesoleil avaitpatinésenles caressanttroplongtemps,Jeannesavaitseulement qu'elleétaittriste. Parfoisceportraitsetransformaitenunautre visagedefemmequielleaussifixaitlecielmaiscelle-là setrouvaitdansuneforteresseet laviesemblaitlui arriverdetrèsloin.Cettefemme,àladifférencede l'autre,étaitenferméeaumilieudessables.Jeanne voyaitalorsunescènelumineuseetdoréeet lafemme devenaitunefemmedepierre,encoreplusimmobile quel'autre,cellequeJeanneimaginaitleplussouvent, avecsurlefrontlerefletdesvaguesetdelafoule.Celle dudésert,presque blanche,attendait,attendaitlong-