Le Jeu de Saturne

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Après un voyage de huit ans, l’équipage d’un vaisseau spatial approche enfin des abords de Saturne pour une mission d’exploration des satellites Titan et Japet. Au cours de l’interminable trajet, pour pallier à l’ennui, ses membres d’équipage ont élaboré un complexe jeu de rôle, qui magnifie la réalité et les en éloigne. L’accident est inévitable…
Publié le : jeudi 27 septembre 2012
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EAN13 : 9782843444722
Nombre de pages : 71
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Le Jeu de Saturne
Poul Anderson
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Nouvelle extraite du recueilLe Chant du barde, les meilleurs récits de Poul Andersonproposé et dirigé par Jean-Daniel Brèque. ISBN : 978-2-84344-451-7 Parution : septembre 2012 Version : 1.0 — 26/09/2012 © 1981 by Poul Anderson. © 2010, Le Bélial’ pour la traduction française © 2012, Le Bélial’, pour la présente édition Illustration de couverture © 2010, Caza.
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Le Jeu de Saturne
Titre original :The Saturn GamePrix Hugo 1982 & Nebula 1981 InAnalog, février 1981 Première publication française :in Les Abîmes angoissants de Poul Anderson, éd. Richard D. Nolane (Casterman, 1982) Nouvelle traduite de l’américain par Jean-Pierre Pugi Traduction révisée par Jean-Daniel Brèque pour la présente édition
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Pour conclure ce recueil, un dernier doublé Hugo/ Nebula, et un texte qui résume à merveille l’évolution de notre auteur. Nous l’avons vu, au fil de ce volume, fasciné par les mythes et les archétypes, que son rationalisme foncier ne l’empêche pas de considérer comme essentiels à la psyché humaine : de la mythologie gréco-latine (Orphée, les centaures) à la mythologie celtique (le Vieux Peuple) en passant par les créations purement littéraires (Kipling, les chansons folkloriques, la science-fiction), les œuvres de l’esprit forment un des linéaments de la réalité. Mais que se passe-t-il quand les mythes débordent sur ladite réalité, quand l’imaginaire prend le pas sur le concret ? On notera dans ce texte un clin d’œil à laSociety for Creative Anachronism, dont Poul et Karen Anderson étaient membres sous les noms de Béla of Eastmarch et Karina of the Far West, mais aussi, sur un registre plus grave, une réflexion sur l’emprise grandissante des loisirs de masse (cinéma, télévision, jeux vidéo) sur la société américaine.
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Afin de pouvoir comprendre ce qui s’est passé, chose indispensable si nous voulons éviter la répétition de telles tragédies, il convient en premier lieu de faire table rase de toutes les accusations. Personne n’a été coupable de négligence, aucune action n’a été irréfléchie. Car qui aurait pu prévoir un tel dénouement ou en reconnaître la nature avant qu’il soit trop tard ? Nous devrions plutôt tâcher de découvrir dans quel esprit ces personnes luttèrent contre le désastre, tant physiquement que psychiquement, lorsqu’elles en prirent conscience. Le fait est que ce seuil existe dans toute la réalité, et qu’il sépare deux univers au sein desquels tout est totalement différent. Le erser un abîme, il a franchi le seuil de l’expérience hu e.Chronosmaina fait davantage que trav Francis L. Minamoto M ort sous Saturne : une opinion dissidente (Apollo University Communications, Leyburg, Lune, 2057) « LACIT É D EGL A C E A P P A R A ÎT maintenant à l’horizon »,dit Kendrick. Ses tours ont des reflets bleutés.« Mon griffon déploie ses ailes pour planer. » Le vent siffle dans ses rémiges démesurées qui miroitent des couleurs de l’arc-en-ciel. Le manteau de Kendrick flotte derrière ses épaules, l’air le mord à travers sa cotte de mailles et le ceint d’une cuirasse glacée.« Je me penche en avant et te cherche du regard. »Dans sa main gauche, la lance rétablit l’équilibre. Sa pointe luit de la pâle clarté de la lune, que Wayland Smith a mêlée à l’acier en la forgeant. « Oui, je vois le griffon,lui répond Ricia.Il se trouve très loin dans les hauteurs, comme une comète au-dessus des murs d’une cour. Je sors du portique en courant pour mieux le voir. Un garde tente de me barrer le passage, il me saisit par la manche, mais je me précipite à l’air libre et la soie arachnéenne se déchire. »Le château des elfes ondule légèrement, comme si sa glace sculptée s’élevait en vapeur. Avec passion, elle crie :« Est-ce vraiment toi, mon amour ? – Arrête !l’avertit Alvarlan depuis sa grotte des arcanes, à dix mille lieues de là.à ton esprit un message. Si le Roi se doute qu’il s’agit du J’envoie Seigneur Kendrick des Îles, il enverra un dragon le combattre, ou il te fera disparaître afin qu’il lui soit impossible de te délivrer. Reviens, Princesse de Maranoa. Feins de croire que ce n’est qu’un aigle. Je vais lancer un charme pour que nul ne mette en doute tes paroles.
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– Je demeure dans les hauteurs,dit Kendrick.À moins d’utiliser la pierre divinatoire, le Roi des Elfes ne pourra pas découvrir que le griffon a un cavalier. D’ici, j’observe la cité et le château.»Et ensuite ?… Il ne sait pas. Il sait seulement qu’il doit la libérer ou mourir dans cette quête. Combien de temps lui faudra-t-il pour y parvenir, pendant combien d’autres nuits restera-t-elle encore captive de ce Roi ?« Je croyais que vous étiez censés observer Japet », interrompit Mark Danzig. Le ton sec de sa voix fit sursauter ses trois compagnons. Jean Broberg rougit de gêne et Colin Scobie d’irritation ; quant à Luis Garcilaso, il haussa les épaules, sourit et reporta son regard sur la console de pilotage devant laquelle il était harnaché. Durant un instant, la cabine ne fut emplie que par le silence, ainsi que par les ombres et le rayonnement de l’univers. Afin de faciliter les observations, on avait éteint toutes les lumières et la cabine n’était éclairée que par la faible lueur des instruments. Les hublots tournés vers le Soleil étaient condamnés. Ailleurs se pressaient les étoiles, si nombreuses et si lumineuses qu’elles faisaient presque disparaître le linceul d’obscurité qui leur servait d’écrin. La Voie lactée était un fleuve d’argent. Derrière un hublot apparaissait Saturne, dont le Soleil n’éclairait qu’une moitié. L’hémisphère où régnait le jour était fait d’or pâle et de bandes colorées, serti dans les joyaux de ses anneaux, alors que la partie plongée dans la nuit était légèrement enluminée par la clarté stellaire reflétée par les nuages. L’astre était aussi gros que la Terre vue de la Lune. Devant eux se trouvait Japet. La chaloupe spatiale en orbite autour du satellite pivotait sur son axe afin de conserver le même champ de vision. Elle avait franchi le terminateur qui scindait actuellement l’hémisphère tourné vers la géante. Elle venait donc de laisser derrière lui, au sein de l’obscurité, les déserts désolés piquetés de cratères, et passait au-dessus d’une région de glaciers inondés de soleil. La blancheur était aveuglante, elle scintillait d’étincelles et d’éclats de couleur, dressant vers le ciel des formes irréelles : cirques, crevasses, cavernes liserés de bleu. « Je suis désolée, murmura Jean Broberg. C’est beau, incroyablement beau, et… presque semblable au lieu où notre jeu nous a conduits. Nous avons été pris par surprise… – Ah bon ? déclara Mark Danzig. En fait, vous aviez une idée assez précise de ce qui nous attendait et vous avez fait en sorte que votre jeu se déroule dans un décor ressemblant à ce monde. Inutile de prétendre le contraire. Voilà huit ans que j’assiste à cette comédie. » Colin Scobie fit un geste de colère. Le mouvement rotatif et la gravité étaient trop faibles pour pouvoir lui donner un poids véritable : il fut propulsé dans les airs à l’intérieur de la petite cabine. Il se retint à une
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poignée, à deux doigts du chimiste. « Est-ce que tu traiterais Jean de menteuse ? » gronda-t-il. La plupart du temps il était jovial, bien que de façon un peu bourrue. Pour cette raison même, voilà qu’il paraissait brusquement menaçant. C’était un homme corpulent, aux cheveux couleur sable, au milieu de la trentaine. Sa combinaison ne dissimulait pas ses muscles et son froncement de sourcils mettait en relief son caractère violent. « Je vous en prie ! s’exclama Jean Broberg. Colin, ce n’est pas le moment de se disputer ! » Le géologue lui adressa un regard. C’était une femme élancée aux traits délicats. À quarante-deux ans, et en dépit des cures de rajeunissement, les cheveux brun-roux qui couvraient ses épaules commençaient à se strier de blanc, et des rides apparaissaient autour de ses grands yeux gris. « Mark a raison, soupira-t-elle. Nous sommes ici pour faire de la recherche scientifique, pas pour rêver. » Elle se pencha en avant afin de toucher le bras de Scobie et lui fit un sourire timide. « Tu ne parviens pas à te débarrasser de la personnalité de Kendrick, pas vrai ? Vaillant et protecteur… » Elle se tut, s’apercevant qu’elle avait accéléré le débit de ses paroles, comme Ricia. Elle porta sa main à sa bouche et rougit à nouveau. Une larme apparut et s’éleva en apesanteur. Elle s’obligea à rire. « Mais je ne suis que la physicienne Broberg, la femme de Tom Broberg, astronome, et la mère de Johnnie et de Billy. » Son regard se porta vers Saturne, comme si elle cherchait le vaisseau à bord duquel l’attendait sa famille. Elle aurait pu le voir, lui aussi, comme une étoile se déplaçant au sein des autres étoiles, propulsée par la voile solaire. Cependant, cette dernière était à présent carguée et il était impossible de discerner à l’œil nu un ensemble de coques, même aussi volumineuses que celles duChronos,à autant de millions de kilomètres. Depuis le siège de pilotage, Luis Garcilaso demanda : « Quel mal y a-t-il à ce que nous continuions notre petitecommedia dell’arteSa voix? » traînante, typique de l’Arizona, était apaisante. « Nous n’allons pas nous poser immédiatement, et le pilote automatique s’occupera de tout tant que nous resterons dans l’espace. » C’était un homme de petite taille, basané et habile, qui n’avait pas encore atteint la trentaine. Danzig fronça les sourcils. À soixante ans, autant grâce à ses habitudes qu’aux cures de rajeunissement, il avait conservé sa souplesse dans un corps plutôt maigre ; il pouvait ironiser sur ses rides et sa calvitie qui gagnait du terrain, mais, pour l’instant, il laissait l’humour de côté. « Tu veux dire que tu n’as pas conscience de la situation ? » Son nez busqué désigna l’écran d’un scanner sur lequel apparaissait l’image agrandie du paysage du satellite. « Dieu tout-puissant ! Nous allons atterrir sur un nouveau monde… un monde minuscule, mais un monde tout de même, et
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