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Le Journal intime de Dahud

De
100 pages

La légende dit qu’un jour la Ville d’Ys ressurgira. Selon une idée originale de Frédéric Magnin, artiste amoureux de Dahud, un cargo se serait échoué et on y aurait retrouvé le journal intime de la Princesse Dahud. L'auteur en propose ici une traduction en langage contemporain. Pourra-t-il y découvrir ce que Dahud nous dit encore aujourd’hui de la civilisation celtique, autant dire européenne ? Et de la guerre des sexes ? Et de la démocratie actuelle entre autoritarisme, injustice et oubli ?


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-69292-4

 

© Edilivre, 2014

Le journal intime de Dahud

 

 

BEGEREL, Samedi 5 Décembre 2009

La légende affirme qu’un jour Ys ressurgira.

Au hasard d’un ultime épisode de ma vie, je reprends sève à mes racines, dans la « Montagne de Bécherel », à l’Est de notre belle Bretagne.

Sur les ailes bretonnes de l’imaginaire celtique, Dahud, Princesse d’Ys, témoigne des affrontements mythiques entre les anciennes coutumes et la nouvelle religion, entre la femme et l’homme, entre l’étatisation de l’obéissance et la codification de la liberté.

Il m’est arrivé de pouvoir écrire dans un ouvrage précédemment paru1 que, du point de vue psychanalytique, « Dahud est à la femme ce qu’Œdipe est à l’homme ».

Comme je n’écris pas seulement pour quelques esprits savants, je risque cette fois ma réflexion sur une fantaisie que je souhaite accessible. Je ne sais pas si je vais réussir.

Selon une idée originale de Frédéric Magnin, artiste amoureux de Dahud, un cargo se serait échoué et on y aurait retrouvé le journal intime de la Princesse Dahud.

Je vais donc essayer de le « traduire » en langage contemporain.

Pourrais-je y découvrir ce que Dahud nous dit encore aujourd’hui de la civilisation celtique, autant dire européenne ? Et de la guerre des sexes ? Et de la démocratie actuelle entre autoritarisme, injustice et oubli ?

Cette traduction imaginaire devrait pouvoir éclairer ma précédente étude du mythe de Dahud.

– Editions « Bécherel, Cité du Livre »® –

Ce texte est illustré à partir d’un document de travail mis à la disposition des artistes bretons par E. Guillaume et l’association des Seizh Breur dans les années 1945 sous le titre : De l’utilisation des thèmes celtiques dans l’Art Moderne Appliqué, aux éditions de Bretagne « Skridoù Breizh » BREST –

 


1. Dahud-Ahès, Etude Psychanalytique du mythe de Dahud.

 

images1

 

 

D’am Vugale Vihan :

Maïwenn, Tudual, Bleunvenn

Hag ar re all deus ar Familh

Lena, Meavenn, Owen, Glen

 

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Bouquet

 

 

Kemper, 5 décembre 435

Ce matin, Père a essayé de sortir de son chagrin ; il voulait fêter mon anniversaire ; j’ai 7 ans ; comme chaque année, il pleure beaucoup en m’embrassant parce que c’est aussi l’anniversaire de la mort de la Reine Malgwenn, ma Mère. Je pleure avec lui, jusqu’à ce que Keban, ma nourrice, vienne m’arracher de ses bras. Elle le gronde et m’emporte.

Nous allons toutes les deux cueillir un bouquet de bruyères et nous courons sur la plage pour le jeter dans l’Océan ; La Reine Malgwenn ma Mère y a été ensevelie, vêtue de son armure et de sa couronne. L’Océan lui fait un riche linceul et accepte les bouquets que la septième vague lui apporte. Keban m’a expliqué qu’à marée descendante, la septième vague est celle qui rejoint les îles de l’éternelle jeunesse où repose ma Mère.

Elle m’a dit aussi que j’avais atteint l’âge de raison aujourd’hui. Il convient donc que je me conduise différemment ; ce sont les bébés qui pleurent et qui font des caprices.

– Mais, Keban, pourquoi Gradlon, le Roi mon Père, continue-t-il à pleurer comme s’il n’avait pas franchi l’âge de sept ans ?

Keban a pris son air le plus solennel et lentement, en me serrant contre son cœur, très doucement, elle m’a parlé longtemps.

– Princesse Dahud, a-t-elle dit, sachez que Malgwenn et Gradlon sont prisonniers d’amour. La mort de Malgwenn n’y pourra rien changer. Le fardeau d’amour semble à Gradlon trop lourd à porter seul. Il n’a pas encore pu apaiser sa douleur.

Et Keban a pris un air si grave et si lointain que je me suis éloignée. J’ai jeté dans l’océan les coquillages dorés que j’ai ramassés sur le sable.

– Bel Océan, j’offre à ma Mère la Reine Malgwenn, ce collier de coquillages ; Je te remercie de bien vouloir le lui porter.

Des vaguelettes chantantes ont caressé mes pieds et j’ai su que l’Océan se faisait mon complice.

Demain je lui ferai un château de sable et nous jouerons ensemble en pensant à ma Mère.

Dahud

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Un collier de coquillages

 

 

Kemper 12 Décembre 435

Le Roi est sorti de son palais ; Comme toujours, il est acclamé dans la rue et je suis radieuse quand il prend ma main dans la sienne qui est très grande. Je sens sa force. Je suis rassurée.

Toute la ville prépare la fête de la lumière. Guethennoc m’a expliqué que chaque année les jours rallongent ou raccourcissent suivant le trajet que fait la terre par rapport au soleil. Quand le soleil est très haut, il fait chaud, les jours sont longs, et puis ils raccourcissent. La nuit sera alors plus longue que le jour et nous aurons froid.

Je n’aime pas miz Du, ni miz Kerzu, les mois noirs et très noirs des débuts de la nouvelle année ; mais j’aime la fête de la lumière qui marque le basculement de la course du soleil avec les jours qui vont rallonger peu à peu ; la vieille année s’est achevée à la fête de Samhain, le monde des vivants et le monde des morts se sont rencontrés pour recommencer un nouveau parcours avec la course du soleil.

Guethennoc et ses élèves préparent une célébration avec des chants merveilleux ; tous les Bardes de Celtie vont concourir pour gagner les joutes oratoires organisées dans le pays. Il y aura des chants bardiques et des récits, des parcours de musiciens et de folles bandes joyeuses qui ne se coucheront pas cette nuit-là.

Je suis assez grande pour rester longtemps éveillée et je vais essayer de rester à la fête jusqu’au petit matin. Mon Père veillera-t-il avec nous ou bien sera-t-il encore trop triste pour supporter les jeux et les chants ?

Ensuite, j’irai guetter le lever du soleil. Quand il se lève il enchante le rivage et je peux apercevoir, parfois, dans les plis des vagues, les reflets de la silhouette de ma Mère. J’irai lui parler du Rayon Vert que j’ai aperçu l’autre soir, quand la pleine lune embellissait la course des nuages. Je n’arrivais pas à choisir de les contempler dans le ciel ou dans leur reflet sur l’Océan. Je n’avais pas assez de mes yeux pour tout admirer.

Mon Père aime plonger avec moi dans ces spectacles grandioses. Pourtant, il ne réussit pas à s’arracher à son chagrin. J’ai demandé pourquoi à Guethennoc. Il a longuement et silencieusement réfléchi.

– Je me demande, Petite Princesse, si tu peux comprendre ce que je vais te dire.

– Eh bien dites moi quand même cher Guethennoc. J’apprendrai par cœur ce que vous me direz, comme le font vos étudiants qui connaissent les milliers de vers que vous leur enseignez ; je les mettrai à l’abri dans ma mémoire. Et un jour, si je ne le puis maintenant, je comprendrai ce que vous m’avez dit.

Il a hoché la tête ; il n’était pas...