Le lai du solitaire

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Alors, il paraît que ce Lai est totalement auto-bio ? Jusqu’à la dernière goutte. D’accord. Mais ça raconte quoi ? Pour faire court : l’histoire d’un poète, un peu vide, qui décide de loger en lui un ver à vie. Un solitaire ? Le pire. Mais à quelle fin ? Pour versifier voyons. Et ça donne quoi ?
Une œuvre romanesque bouleversante et profonde. Pas étonnant – avec un ver à demeure. Vous simplifiez trop. Ici c’est tout l’être intérieur qui vire vers la beauté… Houlà ça va loin ! Très loin. Maintenant on attend quoi ? Allons au Lai. Bien volontiers. Attention c’est prenant. Qu’importe, si ça débouche vers la lumière. Garantie. Prêt ? Alors plongeons !
Jean-Louis Giovannoni est né en 1950. Il vit à Paris où il est assistant social dans un hôpital psychiatrique. Il est l’auteur de nombreux livres de poésie et de proses, dont Garder le mort (1975), Chambre intérieure (1996), Le Journal d’un veau, roman intérieur (1996) et Traité de la toile cirée (1998).
Publié le : mercredi 10 juin 2015
Lecture(s) : 17
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782756107707
Nombre de pages : 159
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couverture

Jean-Louis Giovannoni

Le Lai du solitaire

 

roman intérieur

 

Alors, il paraît que ce Lai est totalement auto-bio ? Jusqu’à la dernière goutte. D’accord. Mais ça raconte quoi ? Pour faire court : l’histoire d’un poète, un peu vide, qui décide de loger en lui un ver à vie. Un solitaire ? Le pire. Mais à quelle fin ? Pour versifier voyons. Et ça donne quoi ?

Une œuvre romanesque bouleversante et profonde. Pas étonnant – avec un ver à demeure. Vous simplifiez trop. Ici c’est tout l’être intérieur qui vire vers la beauté… Houlà ça va loin ! Très loin. Maintenant on attend quoi ? Allons au Lai. Bien volontiers. Attention c’est prenant. Qu’importe, si ça débouche vers la lumière. Garantie. Prêt ?

 

Alors plongeons !

 

Jean-Louis Giovannoni est né en 1950. Il vit à Paris où il est assistant social dans un hôpital psychiatrique. Il est l’auteur de nombreux livres de poésie et de proses, dont Garder le mort (1975), Chambre intérieure (1996), Le Journal d’un veau, roman intérieur (1996) et Traité de la toile cirée (1998).

 

EAN numérique : 978-2-7561-0770-7

 

EAN livre papier : 9782915280821

 

www.leoscheer.com

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© Éditions Léo Scheer, 2005

 

JEAN-LOUIS GIOVANNONI

 

 

LE LAI DU SOLITAIRE

 

 

ROMAN INTÉRIEUR

 

 

Éditions Léo Scheer

 

C’est un texte antérieur à nous-mêmes à quoi

nous avons à nous incorporer.

Nous l’assumons comme un vêtement…

 

Paul Claudel

 

Il y avait deux voix toutes différentes, qui s’entremêlaient sans cesse dans sa conversation avec un contraste d’abord plaisant, mais bientôt très désagréable. L’une était grave et sonore ; c’était, si j’ose ainsi parler, la voix de tête. L’autre claire et aiguë et perçante était la voix de son corps. Quand il s’écoutait beaucoup, qu’il parlait posément, qu’il ménageait son haleine, il pouvait parler toujours de sa grosse voix ; mais pour peu qu’il s’animât, et qu’un accent plus vif vînt se présenter, cet accent devenait comme le sifflement d’une clef, et il avait toute la peine du monde à reprendre sa basse.

 

Jean-Jacques Rousseau

Première introduction

J’aurais préféré d’autres voies, plus immédiates, sans douleur. Une visitation sans annonce préalable ; une sorte de passage direct par le regard. L’émission d’une voix.

 

Ma vie fut tout autre.

Mes faibles dispositions naturelles ne me permirent guère ce genre d’agrément.

 

Dès les premières poussées de l’enfance, jusqu’à la fermeture adulte, je dus batailler avec force pour obtenir le droit au logement.

 

Seule une lente et douloureuse constitution pièce à pièce mêlée d’échecs cuisants, d’abandons et de reprises me permit à l’âge mûr de goûter à la venue d’un visiteur.

 

On ne naît pas hôte, on le devient.

 

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, je me dois de vous raconter cette patiente édification.

 

À peine avais-je franchi le seuil que j’inquiétais mes parents, et les médecins chargés de me réceptionner. Je ne voulais pas respirer. Devant ce refus personne n’osa couper le cordon.

On commença par me déposer sur le ventre de ma mère ; pensant que sa chaleur donnerait quelque déclamation. On en profita pour vérifier mes capacités thoraciques. J’avais bien des poumons prêts à l’usage, mais je me gardai de les ouvrir. Me voyant virer au bleu, la gent médicale s’enquit de me faire changer de disposition. Je fus aussitôt plongé dans l’eau froide. Sans résultat sonore.

On passa à la manière forte.

Empoigné par les pieds, la tête en bas, je fus fessé. Rien n’y fit, je tenais mon cri. Affolés, ils en vinrent au ciseau. À sa vue je me contractai d’un coup et par malheur m’expulsai. Autour ce fut une explosion de joie, il respire, il respire. On me tendit vagissant à une mère en larmes et un père bouleversé. Après cette entrée dans l’air ambiant on ne me quitta pas d’un souffle. Exploration systématique des fonctions vitales, mesure, notes : tout y était.

Subitement conquis par l’euphorie manuelle, je me décidai à un certain établissement. Que faire d’autre une fois ouvert ?

Et pour ne pas subir du nouveau, je me portai volontaire à tout entrant. Mais déjà ma complexion me trahissait. À la pesée je ne gagnais guère. Le lait de Mère quoique riche en goût avait chez moi et cela dès la première tétée une vertu plus laxative que nutritive. Elle ne se découragea pas pour si peu, mes renvois épongés je fus représenté au sein. Je fis effort de l’introduire. Je la comprimai longtemps en bouche. Vaine retenue. La pente était trop forte et son flot m’étouffait. Ce fut ensuite fausse route, chute vertigineuse vers l’orifice extrême. Ce don interne pour la fuite ne fut pas perdu pour tout le monde. Il provoqua l’afflux du corps médical. On vint de partout m’observer aux deux bouts. Après de longues théories et des débats infinis, on s’accorda sur un bouchon.

Offusqués par l’expédient mes parents prirent la mouche et coupant court ils demandèrent ma sortie. Le foyer rejoint, ma mère n’écoutant plus la Faculté se lança corps et âme dans de solides préparations de son cru. Gramme à gramme elle m’obligea. D’une main elle entrait de l’autre elle refermait. Jour et nuit elle me tapissa. Comme toute volonté a son poids, je grossissais. Ne ratais aucun repas, goûter, en-cas. Mais que gardais-je de tout cela ? Un pèse-lettre eût suffi à mesurer mes gains. Ce peu était trop peu. À bout de nerfs ils finirent par me détester, ne voyant qu’ingratitude et refus forcené de prendre d’eux. Ils s’en ouvrirent aux voisins qui sans attendre leur conseillèrent une méthode expéditive. Je fus placé chez une nourrice sèche.

 

Là je fis le bonheur de chats et chiens. Au moment des repas, ils m’estimaient. Dès que la nourrice affairée tournait le dos, ils se précipitaient dans mon assiette. J’adorais leur brusquerie, l’immédiateté du contact. Que je prisse ou pas dans la gamelle, rien ne se perdait. La chose faite je les suivais dans les placards où je m’endormais sur la chaleur repue de leurs ventres. Ce paradis ne dura pas. Ma nourrice ayant surpris la nichée ne tint plus à me garder. Elle me réexpédia. Un placement hautement sécurisé suivit, chez les sœurs du Bon-Secours. Expertes en intérieurs, surtout récalcitrants, les sœurs ne mirent pas longtemps à faire le tour de ma façon. Après quelques échanges elles décidèrent de m’imposer un contenant strict et plus de retenue. Bénies soient-elles car dès mon entrée en cellule je pris forme. Bras écartés je touchai les murs. Et ne m’échappai plus.

 

La présence d’une sœur en prière fut ajoutée à cette contention sommaire. En peu de temps elle voyait juste en moi. Je sentis les bienfaits du traitement. Sans me sustenter l’haleine de ses prières me ravissait. Plus particulièrement l’émission des ave. Dits avec une telle grâce qu’à chaque amen j’augmentais. Là où pater et credo rétrécissaient, l’ave m’engrammait. Enfin le pli tant souhaité. Était-ce la robe de la Vierge elle-même ou ses mouvements dans l’air ? Qu’importe. À chaque passage une poche s’ouvrait.

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