Le Libre-échange et la démocratie radicale à Bordeaux, par M. Ch. Laterrade

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impr. de A. Lavertujon (Bordeaux). 1869. In-8° , 28 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1869
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LE LIBRE-ÉCHANGE
ET LA
DÉMOCRATIE RADICALE A BORDEAUX
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LE
LIBRE-ECHANGE
ET LA
DÉMOCRATIE RADICALE
A BORDEAUX
PAR M. CH. LATERRADE
BORDEAUX
IMPRIMERIE AUG. LAVERTUJON, RUE GOUVION, 7
1860
LE LIBRE-ÉCHANGE
I T I A
DÉMOCRATIE RADICALE A BORDEAUX
Le libre-échange est un des articles fondamen-
taux du programme de la démocratie radicale.
La démocratie, en effet, c'est la puissance du
peuple; c'est le peuple se gouvernant lui-même au
plus grand avantage de tous, ou du moins au plus
grand avantage du plus grand nombre.
Car le peuple, ce n'est pas seulement l'ouvrier
— 6 —
qui travaille dans les mines, dans les usines, dans
les manufactures, clans la rue et sur la place publi-
que ; le peuple, c'est aussi le commis, le marchand,
le négociant, le médecin, l'avocat, l'homme de let-
tres, le journaliste, le banquier, le rentier; c'est
tout le monde.
Or, tout le monde est intéressé à se procurer, au
meilleur marché possible, les matières premières,
les aliments, les vêtements et tout ce qui est né-
cessaire à l'existence; et c'est là le but, c'est la
conséquence naturelle, quoi qu'on dise et quoi
qu'on fasse, de l'application sérieuse et générale
du libre-échange.
Cependant, la masse, la presque unanimité des
démocrates ne s'intéresse que très-médiocrement
à la ligue qui vient de se constituer à Bordeaux,
— 7 —
pour la seconde fois, sous le drapeau du libre-
échange.
D'où peut venir cette attitude singulière ? Les
démocrates n'auraient-il pas compris toute la por-
tée d'un pareil mouvement? Pourquoi leur indiffé-
rence, leur abstention à l'égard d'une manifesta-
tion dont l'objet semble toucher à leurs intérêts
les plus positifs, les plus immédiats? La question
serait-elle trop ardue pour des esprits plus acces-
sibles à la pratique qu'à la théorie? Et le libre-
échange serait-il, pour la plupart des gens du peu-
ple, une de ces abstractions métaphysiques aux-
quelles leur intelligence vulgaire ne saurait s'éle-
ver?
N'en croyez rien.
Les classes ouvrières savent parfaitement distin-
— 8 —
guer ce qui leur est profitable de ce qui leur est
nuisible; elles savent, aussi bien, que vous, mes
beaux messieurs, que le libre-échange leur est es-
sentiellement favorable.
Seulement, elles ne croient pas utile de se join-
dre à vous et de s'enrôler sous la bannière que
vous venez de déployer si bruyamment et si bril-
lamment.
Et je vais vous dire pourquoi.
D'abord, ces mots association pour le libre-
échange sonnent fort mal aux oreilles des radicaux
du chef-lieu de la Gironde. Les anciens parmi nous
se rappellent deux grandes occasions où il se fit
aussi beaucoup de bruit autour de ce titre pompeux,
et nous nous souvenons de ce qui en sortit.
— 9 —
En 1842 et 1843, l'Union vinicole avait tenu des
sessions quasi-révolutionnaires; il fallait à tout prix
en finir avec le système prohibitif qui fermait à
nos vins les marchés étrangers; à cette époque, et
dans la vaste enceinte du Cirque, des flots d'élo-
quence coulèrent aussi en faveur de la liberté du
commerce. Là, se liront entendre tour à tour des
économistes érudits et de bouillants orateurs; l'un
d'eux proposa, aux acclamations de l'assemblée,
de ne nommer députés de la Gironde que les can-
didats qui se déclareraient partisans de la réforme
commerciale : un autre n'hésita pas à dire que, pour
se présenter aux suffrages de ses concitoyens, il
fallait avant tout avoir « des vignes, beaucoup de
vignes, trop de vignes (1). » Trois ans plus tard,
en 1850, vint la grande manifestation libre-échan-
(1) M. Princeteau Séance du 18 septembre 1843.
— 10 —
giste. elle n'avait à sa tète, comme aujourd'hui,
du reste, que des négociants. Or, les doléances du
commerce nous affligent très-certainement, car
nous sommes pour le commerce plein d'estime et
de vénération ; mais que le commerce nous per-
mette de le lui dire, nous sommes beaucoup moins
disposé à nous apitoyer sur son sort que sur
celui des producteurs et des consommateurs dont il
n'est que l'intermédiaire.
L'autre jour, je rencontrai un ami fort chagrin :
il avait trente billets de mille francs dans la poche et
ne savait qu'en faire. « Rien n'est pénible, me disait-
il, comme d'avoir des capitaux à placer; on ne sait
plus où les mettre.» Le même jour, j'avais entendu
les doléances d'un propriétaire, qui vient de faire
bâtir un immeuble de 250,000 francs et qui se plaint
de ne pas trouver de locataires à sa convenance.

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