Le Manoir aux oublis

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Un château, une vieille aristocrate et son majordome, voilà le décor que va découvrir Bastien et son associé pour cette nouvelle aventure. Afin de retrouver les traces de sa famille avant de disparaitre, la vieille dame va entraîner Bastien dans l’Union soviétique, pas prête de pactiser avec une vieille famille de la noblesse. De rebondissements en sensations fortes, de poursuites en découvertes, l’équipe de Bastien entre dans un pays hostile aux rencontres multiples et aux amitiés vraies et sincères. Ils découvriront la maladie qui ronge depuis des années la vieille aristocrate, laquelle finira par vivre dans un manoir aux oublis.


Publié le : mercredi 7 octobre 2015
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EAN13 : 9782332993120
Nombre de pages : 260
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ISBN numérique : 978-2-332-99310-6
© Edilivre, 2015
Chapitre I
– Que voulez-vous faire………………………………
Pas facile en ces derniers jours de beau temps de préparer ses valises et de dire au revoir à tout son entourage, sans savoir quand on reviendra ! C’est pourtant ce qui arrive à Bastien, ce premier jour de septembre. Toutes ces années de scolarité, de grandes études sont arrivées à leur fin, et il est temps pour lui de voler de ses propres ailes et de commencer sa vie adulte. Pas facile de quitter une petite ville où il fait bon vivre, pour rejoindre une grosse agglomération où la circulation est particulièrement difficile, et la pollution visible. C’est pourtant ce que Bastien va connaître désormais en quittant sa petite ville de Dompierre en Vendée, pour rejoindre Marseille. Enfin, il n’est pas facile pour lui de ne pas se retourner sur la vie amoureuse qu’il a connu dans cette petite rue où ses parents ont leur pavillon. Pourtant, il y a longtemps que cet amour est perdu et que d’autres sont à venir. Cette journée est donc toute particulière et Bastien se sent plein d’entrain, de joie. Il va enfin commencer sa vie professionnelle, finis les stages de courtes durées, finis les bancs de la faculté. La dure réalité de la vie s’ouvre à lui. C’est l’avion cette fois-ci qui va le mener jusqu’à Marseille. Plus rapide, comme il a envie de vivre. Ses parents sont là pour l’accompagner. Ce n’est pas une première, mais ce départ laisse un goût amer cette fois-ci. Le petit garçon aux cheveux ébouriffés et inconscient de la vie quitte le nid familial. Certes, il a toujours les cheveux ébouriffés, mais c’est un solide et beau gaillard maintenant qui a déjà beaucoup voyagé. À son arrivée, il va rejoindre son grand ami, Julien qui l’attend déjà avec impatience. Ils ont tant de choses à se raconter, depuis six mois qu’ils ne se sont vus. Julien, lui aussi, a parcouru ce laps de temps avec une grande rapidité. Le voilà maintenant fiancé avec Fannie, qui attend leur premier enfant. Il lui semble qu’ils se sont quittés la veille. Julien revoit le jour de départ de son copain Bastien, après une enquête difficile, le moral pas bien fort après son amour qui venait de le lâcher. Mais cette fois, c’est pour de bon, ils vont travailler ensemble dans la même étude. Ils commencent d’ailleurs à la racheter petit à petit. Le vieux notaire, M. Fago, va quitter son poste pour prendre une retraite bien méritée. La reprise du flambeau les inquiète un peu, surtout Julien qui se fait toujours du souci. Mais ils savent tous deux, qu’ils font du bon travail et que rien ne peut les arrêter. Une affaire les attend dès l’arrivée de Bastien, et à nouveau ils repartiront ensemble, sur les routes de France cette fois-ci. Le dossier n’a pas l’air complexe, mais Julien se méfie, car leur dernière enquête paraissait facile et elle a bien failli coûter la vie à Bastien à plusieurs reprises. L’avion est arrivé et Bastien se présente presque en courant dans le hall de l’aérogare pour rejoindre Julien et Fannie. – Salut tous les deux, je suis heureux de vous revoir. Quelle joie de revenir dans cette ville, j’ai fini par l’adopter, dit Bastien en riant. – Salut, Bat, ton voyage n’aura pas été trop long ? Une heure à peine !, répond Julien tout content de le revoir enfin. – OUAIS !!! C’est rapide, mais j’aime bien ça. Alors comment va mon futur neveu d’adoption. Je suis sûr que son grand-père doit déjà lui concocter des petits plats. – Justement, on va aller le voir en sortant. Il t’attend comme le MESSIE comme il dit, il veut que tu veilles sur moi, pour qu’il ne m’arrive rien, dit Julien en riant. – Veiller sur toi ? Et puis quoi encore !!!!, Fannie est assez grande pour le faire, c’est pour ça que je ne l’ai pas épousé moi-même, et la rigolade est repartie de plus belle. En route pour le restaurant de Marius, Julien commence à expliquer le dossier que M. Fago a reçu et qu’ils vont devoir traiter.
– En quelques mots, je te résume. C’est une vieille dame apparemment extrêmement fortunée avec une famille immense, qui veut faire son partage de son vivant en retrouvant tous ses héritiers. Ils sont disséminés dans toute la France, en Europe, voire même en Russie. Elle ne se trouve pas sur Marseille, mais elle a entendu parler de notre capacité à retrouver n’importe qui au fin fond du monde. Elle ne veut travailler qu’avec nous. Tu te rends compte on est déjà célèbre avant même d’avoir repris l’étude de M. Fago. – Tu sais Julien, j’ai toujours gardé un don depuis ma première affaire. Je peux déjà te dire comme ça, sans connaître le dossier, qu’il va être compliqué et long. Quand j’ai ce pressentiment, je me trompe rarement. Quand devrons-nous commencer ? demande-t-il à Julien qui vient de perdre le sourire. – Le plus vite possible. Je pense que dès demain après avoir vu M. Fago, nous partirons directement sur place. Il te laisse l’appartement du dessus et il te fait dire qu’il a changé toutes les serrures, pour que tu n’aies plus de visites intempestives !!!!!! – AHHH !!!! Oui, c’est vrai, comment va-t-elle ? Reprends Bastien en riant un peu jaune : – Elle n’a pas changé et je peux te dire qu’elle aussi t’attend comme le MESSIE. – MON DIEU !!!! MON DIEU !!! Ils arrivent devant le restaurant et Bastien est tout fébrile de retrouver Marius. – Il va sûrement te trouver maigri et va vouloir te faire manger sa bouillabaisse maison. – Je m’y attends un peu, mais elle est si bonne que je ne pourrais pas y résister, répond Bastien sur le ton de la plaisanterie. À peine, franchis la porte que Marius se jette sur eux et prend Bastien autour de ses gros bras à l’étouffer presque. – Alors Pitchoun, comment vas-tu ? Ça fait plaisir de revoir un vrai Marseillais revenir sur ces terres, mais qu’est-ce que tu es maigre !!! Vous mangez quoi dans le Norrd, ça vous assèche tout l’intérieur. On va réparer ça tout de suite, je te fais ma plus belle bouillabaisse, oh !! Bonne mère, que du chimique et du pollué dans le norrd !! – Tu étais prévenu, regardes, il n’a même pas vu que l’on était avec toi. – Je ne suis pas sourd, M. Julien. Regarde Bastien ce qu’il a fait à ma petite Fannie. Encore un qui va sublimer notre ville, une merveille parmi les merveilles. C’est bien simple si Marseille et ses merveilles n’existaient pas, le monde vivrait dans le noir et la pollution, comme chez vous dans le norrd. L’accent y est toujours aussi concentré et la modestie aussi. Ils s’attablent tous les trois et attendent le déjeuner, et le retour de Marius avec le sourire. – Et toi as-tu des nouvelles ? demande Julien sérieusement à son pote. – Non, rien, pas un mot, pas un coup de téléphone. Elle ne reviendra pas, six mois qu’elle est partie. Mais je l’aime toujours et je ne l’oublie pas. Elle vit dans mes pensées tous les jours. Le temps n’estompe rien, je pensais que ça passerait, mais j’ai une boule au ventre dès que j’y pense, le sourire a fait place à la morosité. Fannie fait vite une diversion pour leur changer les idées. – À ton avis Bastien, c’est un garçon ou une fille ? – Ce sera une petite fille aussi belle que toi. Elle a plutôt intérêt, si elle ressemble à son père, bonjour le désastre, reprend Bastien avec le sourire revenu. – Je suis le plus bel homme de la ville, souviens-toi !!! Tu as d’ailleurs perdu à ce jeu-là, répond Julien en riant. La fameuse bouillabaisse est arrivée toute fumante sur la table et ils mangent tous les quatre avec un appétit d’ogre. La journée passe vite et le temps aussi. Les voilà ressorties et ils emmènent Bastien dans l’appartement qu’il occupait il y a six mois de cela. Quand il ouvre la porte, il se retrouve transporté six mois en arrière, sauf que Guillaume qui lui tenait compagnie n’est plus là. Rien n’a changé et Bastien se dirige de suite vers la chambre du fond, la plus grande celle équipée de sa propre salle de bain. – Il est tout à toi, tu n’as plus qu’à installer tes affaires, nous, on te laisse et je te retrouve demain pour le départ d’une nouvelle aventure. Dors bien, tu en auras besoin, dit Julien en
tapotant l’épaule de Bastien. Bastien range ses affaires et s’approprie petit à petit l’appartement. Cette fois, il a vérifié que la porte est bien fermée, avant d’aller prendre une douche. Il est heureux, sa journée est passée à toute vitesse et les souvenirs de celle-ci le font sourire. À peine sorti de la douche, il entend taper à la porte de l’appartement. Ce n’est pas possible se dit il intérieurement, elle ne va pas me rejouer la même scène qu’il y a six mois. Il se dirige vers celle-ci et l’ouvre en entrebâillement. – MAIS, MAIS !!!!!!! – Bastien. – MAIS !!!! Qu’est-ce que tu fais ici ? dit-il en ouvrant grande la porte sur Eloïse qui se trouve là, une petite valise à la main, dans un imperméable délavé et une mine à faire partir un mort en hurlant. Bastien la prend aussi rapidement dans ses bras en laissant échapper des larmes de joie. – Mais qu’est-ce que tu fais là ? Comment m’as-tu trouvé ? J’aime cette ville !!! se met il a crié en sautant de joie et soulevant Eloïse. – Est-ce que tu veux de moi, dit-elle en le regardant tristement. – Si je veux de toi !!!!, mais je ne veux que toi, depuis le temps. Je n’attendais que toi pour commencer à vivre. Entre, entre je suis fou, je n’en reviens pas, toi là devant moi, ici, je suis fou, je n’y crois pas, Bastien ne sait plus où il en est. Il a l’impression que le monde se dérobe sous ses pieds, il n’arrête pas de toucher Eloïse pour s’assurer que ce ne soit pas un mirage. – Il fallait que je vienne te voir, j’ai quelque chose à te dire d’important ! Bastien stoppe d’un coup net son espèce de danse indienne autour d’elle. – Qu’est-ce qui t’arrive ? Rien de grave j’espère. Ton mari n’est pas en bas qui attend avec un revolver pour me descendre. Bastien a du mal à se calmer et à canaliser ses pensées. – Non, je n’ai plus de mari. Et elle fond en larmes devant lui. – Il est mort ? Tu l’as tué ? Bastien devient fou à attendre qu’elle lui dise enfin ce qui se passe. – NON, non !!!! Nous sommes divorcés, mais il y a plus grave que cela. – Tu es malade ? Ne me dis pas que tu vas mourir, parce que je vais mourir aussi. Dis-moi, mais dis-moi, ne me laisse pas dans l’ignorance, je suis capable de péter un plomb tellement je suis sur les nerfs. – Je suis enceinte. Un grand blanc s’installe dans le salon. Plus un bruit, plus un son ne sort de la bouche de l’un comme de l’autre. Un blanc qui dure, personne n’ose prendre la parole. Bastien se lance enfin timidement. – De qui ? – De toi. – Mais quand ? – Souviens-toi, la Chine, juste avant la sortie de l’hôpital. – Mais il y a six mois de ça. – Eh oui ! Il en faut neuf pour accoucher ! répond-elle en le regardant. – Je vais être papa, moi !!! JE VAIS ÊTRE PAPA !!!! JE VAIS ÊTRE PAPA, mais il faut que je le dise tout de suite à Julien. Lui aussi va être père dans quelques mois. On va avoir un enfant ensemble, quand je vais dire ça à mes parents, ils vont être fous. – Ils vont surtout te prendre pour un fou. N’annonce pas les choses comme ça, ça craint un peu. Attends avant d’appeler qui que ce soit, qu’en penses-tu ? – JE VAIS ÊTRE PAPA, c’est génial, je t’aime, tu m’aimes, et on va être les parents du plus beau bébé du monde, je suis heureux !! Heureux !! Comme tu ne peux même pas l’imaginer. – J’avais peur que tu m’envoies ailleurs. Je ne t’ai pas donné de nouvelles, mais j’ai vécu un enfer aux États-Unis. Mark m’a fait un procès, je me suis retrouvé à la rue, je n’avais même pas assez d’argent pour revenir en France.
– Pourquoi ne m’as-tu pas appelé, je serais venu te chercher immédiatement. Et le bébé comment va-t-il ? Bastien a enfin repris pied sur terre. Il s’assoit en face d’Eloïse pour l’écouter parler. – Te téléphoner pour te dire à des milliers de kilomètres : je suis enceinte viens me chercher. J’ai imaginé la scène plusieurs fois de suite. À chaque fois, tu rigolais au téléphone et tu me raccrochais au nez. C’est devenu un cauchemar, déjà devant la porte de l’appartement je t’ai entendu dire (ça ne va pas recommencer), j’ai failli partir en courant. – AH !!!! Oui, mais ça, c’était un souvenir qui me revenait en tête, comment va le bébé ? demande Bastien pour la deuxième fois. – Je suppose qu’il va bien, mais je n’ai pas pu voir de médecin, je n’ai plus un sou en poche. – Mais comment as-tu fait pour venir jusqu’ici ? – En bateau. Clandestinement, comme une étrangère qui revient dans son pays, Eloïse se remet à pleurer et Bastien la prend dans ses bras. – CHUT !!!! C’est fini, je suis là maintenant. Dès demain on ira voir un médecin, on saura comment va le bébé et tu t’installeras ici avec moi. J’irai voir M. Fago, il comprendra tout de suite, j’ai été assez malheureux quand tu es partie. Bastien ne peut s’empêcher de téléphoner à Julien pour lui annoncer la nouvelle. Puis la soirée s’achève et c’est enfin l’un contre l’autre qu’ils vont passer leur première nuit. Il est à peine 8 heures du matin quand la sonnerie de la porte retentit. Julien et Fannie sont derrière qui attendent avec impatience de voir Eloïse et le bonheur de Bastien enfin retrouvé. – Quel bonheur de te revoir, dit Julien en enlaçant Eloïse dans ses bras. – C’est une grande joie pour moi aussi, je suis soulagée, d’avoir retrouvé Bastien, et son sourire perpétuel, répond Eloïse en le regardant amoureusement. – Nous devons descendre voir M. Fago, ce matin et puis nous irons à l’hôpital, pour voir si le bébé va bien, dit Bastien déjà survolté. – Je t’arrête tout de suite Bastien, nous avons une affaire et nous avons rendez-vous, en début d’après-midi du côté de Bourges. Je suis désolé, mais le travail n’attend pas. Fannie va rester avec Eloïse et on prendra des nouvelles régulièrement, mais nous devons partir. – Tu rigoles j’espère, parce que moi je ne bougerais pas d’un pouce tant que je ne serais pas si mon bébé va bien. – Non Bastien, fait ce que te dit Julien. Vous êtes en train de reprendre l’étude de M. Fago, vous avez un emprunt énorme sur la tête, il ne faut pas rigoler avec ça. Ton travail passe avant moi, je suis en pleine forme, le voyage m’a fatiguée, mais c’est normal. Maintenant je suis entre de bonnes mains. Je vais m’occuper avec Fannie, nous allons regarder les vitrines des magasins et plein de trucs de filles. – On va voir M. Fago tout de suite, après je t’appelle toutes les dix minutes pour savoir si tout va bien, OK ? – Je ne suis pas malade, et je te répète que tout va bien. Va commencer ton enquête, c’est sûrement plus important que moi dans l’immédiat. – RIEN, tu m’entends, RIEN, n’est plus important, Bastien a pris un air quasiment féroce en disant ces quelques mots. Julien en a eu presque un mouvement de recul. – OK !!!, OK !!! On se calme. Voilà ce que l’on va faire. Vous descendez tout de suite à l’étude. Pendant ce temps, moi et Fannie on vous prend un rendez-vous chez le gynécologue qui s’occupe de nous. Comme cela tout le monde sera content, et si possible on fait au plus vite. Bastien rassuré ne m’embêtera pas pendant tout le trajet, pour s’arrêter sans cesse. Le conseil de Julien est le bon, et ils s’exécutent immédiatement. L’entrée de Bastien dans l’étude avec Eloïse fait son petit effet auprès de Jocelyne, la secrétaire. – OHHHHH !!!! Le bel homme que voilà, comment allez-vous Bastien, je suis si contente de vous revoir. Plus les mois passent et plus vous embellissez. – Bonjour Jocelyne. Vous, vous n’avez pas changé. Je vous présente Eloïse et là, mon
bébé, répond-il en esquissant un large sourire. – Je vois que vous n’avez pas changé finalement, je préviens M. Fago de votre arrivée. Le notaire arrive comme une bombe dans le secrétariat et prend Bastien dans ses bras. – Comment va mon futur successeur ? Je suis heureux de vous revoir parmi nous. Voilà, c’est fait, les études sont finies, je suis content. Il ne vous reste plus qu’à vous trouver un coin bien à vous et puis dans quelques années vous vous marierez et vous aurez des enfants, la routine quoi, dit le notaire en ne faisant même pas attention à Eloïse qui se trouve à côté. – Pour ce qui est de la routine, j’ai un peu pris les devants !!!, et je vous présente Eloïse et mon futur bébé. Le notaire, sous le choc, se reprend aussitôt et salut Eloïse comme il se doit. – Peuchère, celui-là c’est un rapide !! Il m’épate !! dit-il en s’adressant à Eloïse. – Je voulais savoir si elle pouvait rester dans l’appartement, jusqu’à ce que l’on trouve notre propre maison. – Quelle question Bastien ? Évidemment, elle fait partie de la maison. – Eloïse est généalogiste internationale, et si vous avez besoin d’elle à l’étude ce serait bien qu’elle puisse être occupée, pour moins sentir le temps passé sans moi à ses côtés. – C’est sûr que sans vous dans les parages, le temps doit paraître beaucoup plus long, dit-il en souriant. Je pensais justement prendre une personne, qui reprendrait le travail que faisait le petit stagiaire que nous avions en même temps que vous, Guillaume, il était très utile et je suis assez débordé actuellement. Vous voilà donc embauché, Madame. – Je suis ravie, de travailler avec vous. Bastien a toujours fait beaucoup d’éloges à votre sujet. – Il ne peut pas trop faire autrement, je suis encore son patron pour quelques mois, reprend-il en riant. C’est la première fois que Bastien voit M. Fago rire de bon cœur. Les présentations faites, ils se retirent de l’étude et remontent voir Julien qui les attend prêt à partir voir le spécialiste, qui leur a donné un rendez-vous en urgence. – Ce n’est pas trop loin, mais je te préviens Bastien, dès que l’examen est fini, nous partons directement. Les filles prendront un taxi pour revenir sur place. Bastien réunit toutes ses affaires et se prépare pour une nouvelle rupture avec Eloïse, pour quelques semaines. Le gynécologue ne les fait pas attendre, Bastien et Eloïse se retrouvent quasiment aussitôt dans son cabinet. – Alors, vous n’avez pas de douleurs particulières ? Comment vous sentez-vous ? Bastien tellement impatient répond à la place d’Eloïse. – Ça va, ça va !!! Mais le voyage a été fatigant, et je ne voudrais pas que le bébé en ait subi les conséquences. – Bien !!!, et bien nous allons faire une échographie, allongez-vous. Eloïse se lève pour aller s’allonger sur la table du médecin, mais celui-ci la reprend. – Non, non, pas vous madame. Monsieur, puisqu’apparemment c’est lui qui attend un bébé, on ne va pas faire d’examen gynécologique, sur un accompagnant. Bastien ayant compris sa bêtise s’excuse auprès du médecin et d’Eloïse. Il est rouge de honte et laisse Eloïse se lever. Il n’ose plus bouger, le médecin le regarde d’un mauvais œil. Il se sent d’un coup inutile et presque gêné d’être là. – Monsieur, dit le médecin sur un ton assez fort, si vous voulez voir votre bébé c’est maintenant. Bastien se lève et s’approche de l’écran, il ne voit rien, ne comprend rien à ce que montre le médecin. C’est tout gris avec des pixels qui bougent, voilà ce qu’il retient de la première rencontre avec leur futur bébé. Par contre, le regard d’Eloïse sur cet écran le bouleverse complètement. Il la voit heureuse et plus jolie que jamais. Il se sent plus qu’amoureux à cet instant, il a envie de le crier partout. Mais vu la tête du médecin, il revient très vite sur terre.
– Je peux vous dire le sexe de votre enfant si vous le désirez. Et voilà on a perdu Bastien, il vient de tomber dans les pommes, la tension est trop forte pour lui. Lui, qui hier était célibataire et qui venait de quitter la maison de ses parents se retrouve aujourd’hui en couple, à regarder son enfant à travers un écran. Certes, il aime que les choses aillent vite, mais là, il a dépassé la vitesse du son et ne le supporte plus. C’est une bonne claque qui le fait revenir à lui, plus les commentaires du médecin, – Alors, on sait prendre la parole pour les autres, mais quand il s’agit de se montrer présent, on s’échappe en vitesse. Allez jeune homme, debout, votre fils vous regarde. Et vlan à nouveau, Bastien, dans les pommes. – Si votre ami est si fragile, qu’est-ce que ça va être le jour de l’accouchement, je vous conseille de le laisser à la maison avec ses nounours, dit le médecin en esquissant un sourire. – Il faut un peu comprendre la situation, il ne sait qu’il va être père que depuis hier soir, je vivais jusque-là aux États-Unis. Il doit recevoir plus d’informations qu’il ne peut en capter, c’est un chou, dit Eloïse en admirant Bastien qui est toujours inconscient. Il se relève et s’assoit immédiatement, il ne sait plus très bien où il habite, mais essaye de suivre au mieux la conversation entre le médecin et Eloïse. Cette fois-ci, il ne dit plus rien, il paraît calmé pour toute la journée. En sortant du cabinet du médecin, Julien et Fannie sont-là qui les attendent. Ils s’aperçoivent immédiatement de la blêmeur de Bastien. – Eh bien mon pote, tu es blanc comme un linge, qu’est ce qui t’arrive ? demande Julien en lui tapant dans le dos. – Votre médecin est très bien, mais pas commode. Il m’a impressionné. Eloïse leur raconte tout ce qui s’est passé, et Bastien se retrouve tout rouge de honte à nouveau. – Ce n’est pas grave Bat, je ne savais pas non plus comment faire, et quoi regarder quand on est venu, la première fois. Laisse-toi le temps de te familiariser avec toutes ces choses-là. Voilà, il va falloir qu’ils se quittent pour ne se revoir que dans quelques semaines si tout se passe correctement. Julien et Bastien font leurs adieux à leurs copines respectives et prennent la direction de leur nouvelle enquête. Le voyage est long. L’assimilation de tout ce qui vient de se passer pour Bastien, fait qu’il s’est endormi quasiment dès le départ de la voiture. Julien tente une conversation qui se soldera par un « Bof », sans aucune autre sorte de verbe. Julien pense intérieurement que faire 590 km, sans bruit, va finir par l’endormir lui aussi. Il allume donc la radio, sans effet sur Bastien qui a l’air d’apprécier même la musique. Il ouvre sa vitre, un grand bol d’air pénètre, mais rien ne fait bouger la marmotte qui lui sert de passager. Un coup de frein brusque, par contre, réveille en sursaut Bastien qui se met à hurler, Ça va pas non, de me faire peur de la sorte, tu veux me tuer alors que je vais avoir une famille. – Enfin, le voilà qui se réveille. Tu ne penses pas que je vais conduire Monsieur, jusqu’à destination, sans que celui-ci ne dise un mot. Sinon, je dors aussi et tu prends le volant. – OK, OK, je suis bien réveillé, qu’est-ce que tu veux que je te dise ? – Donne-moi tes ressentis sur ce que tu viens de vivre. – Tu es un danger pour la sécurité routière, voilà, mon ressenti. – Je ne parlais pas de ça, idiot. Comment tu prends la nouvelle que tu as apprise hier au soir ? Dis Julien en prenant l’air sérieux. – Je suis dans le flou le plus total. Je vais être père, alors que je ne suis pas encore responsable moi-même. J’ai l’impression d’avoir quitté mes parents pour à mon tour, faire leur boulot. Ça se bouscule dans ma tête, c’est rapide, trop rapide. Mais je suis heureux de voir Eloïse si épanouie. Ce matin, je ne voyais qu’elle, de toute façon je n’ai rien vu de leurs pixels gris, blanc. Quant à me dire que dans trois mois, j’aurais un fils dans mes bras, il va falloir que je me drogue pour y croire. – Tu ne vas pas faire une connerie pareille !!!! dit Julien en ralentissant la voiture.
– Évidemment que non, je ne suis pas fou. Mais il faut le temps que je me fasse à tout cela. Ça va bien finir par venir. D’ailleurs, il faut que je prévienne mes parents, pour qu’ils viennent sur Marseille nous trouver un appartement. Je ne peux pas être partout. – Laisse faire Eloïse, pour elle aussi c’est nouveau. – Oui, mais elle, ça fait déjà six mois qu’elle s’y prépare. Et toi, comment tu prends le faite d’être père dans quelques mois ? – Moi, je nage dans le bonheur, Fannie est une perle et je suis sa coquille. – OUH, là, là !!!!, est bien avec tout ça, on est mal barré, si tu commences à philosopher de la sorte, je ne vais pas te suivre longtemps, dit Bastien en remuant la tête dans tous les sens. Les deux compères arrivent sur la fin de la journée et ils ne sont qu’à Clermont-Ferrand. Ils décident donc de s’arrêter ici, pour cette nuit et de finir leur route demain matin. Julien cherche un hôtel pour la nuit, il faut qu’il téléphone à leur client pour l’avertir du retard qu’ils auront sur leur venue. Le téléphone sonne depuis au moins dix fois avant qu’ils entendent au bout du fil, une voix tremblotante et forte. – Ici le château que désirez-vous ? – C’est Julien, généalogiste, je voulais juste vous prévenir que nous aurons un peu de retard sur notre venue et que nous n’arriverons que demain matin. – Bien, et le téléphone sonne dans le vide. – Ah, Ben, ça alors !!!, dit Julien, elle est bonne !! S’ils ne veulent plus nous voir ils ont qu’à le dire. – Que se passe-t-il, reprend Bastien. – Je me suis fait jeter d’une force !!!, il m’a raccroché au nez. Je téléphone pour m’excuser, il me raccroche au nez. Malotru !!! crie-t-il dans le combiné. La soirée passe vite. Bastien a prévenu ses parents qui sont aux cent coups. Bastien essaye de les raisonner, mais ils sont presque déjà partis pour Marseille, pour aider Eloïse sur les préparatifs de la naissance. Au téléphone, il entend sa mère crier dans tous les sens. Son père plus flegmatique commence par féliciter son fils. – Je suis heureux pour toi, Bastien, c’est un peu rapide, mais je suis content pour vous. Je ne te passe pas ta mère, elle est presque déjà sur le pas de la porte la valise à la main. Ne t’inquiète pas, nous allons appeler Eloïse, et nous lui demanderons si elle a besoin d’aide sur place. – Super, je ne m’inquiète pas. Calme maman, dis-lui qu’elle fera une excellente mémé. – Oui, je vais le formuler autrement, mais elle va se calmer. C’est le choc, de t’avoir laissé hier, et que tu sois père 24 heures après. Bastien raccroche le téléphone le sourire aux lèvres. Il appelle aussi vite Eloïse. – Salut, comment va ma petite famille, dit Bastien d’un ton très décontracté. Leur discussion est très enflammée et Bastien a du mal de s’être éloigné aussi vite de celle qu’il vient de retrouver. Les rires, les larmes, tout y passe. Une heure presque au téléphone, avant qu’il ne soit obligé de raccrocher, par les coups successifs assénés sur la porte de sa chambre, par un Julien affamé qui attend depuis un bon moment déjà que Bastien le rejoigne. La soirée, passe vite et la nuit aussi, au goût de Bastien qui a du mal à s’extirper de son lit. Julien n’arrête pas de passer devant la porte de sa chambre et de tambouriner dessus. Enfin levé, lavé et prêt à partir, il rejoint Julien qui trépigne devant la porte de l’hôtel. – Allez !!!, allez !!!, on va encore être en retard, il faut absolument que l’on arrive au plus tôt. – C’est une recherche d’héritier, on ne va pas sur une scène de crime. Ils ne leurs restent plus que quelques kilomètres avant d’arriver sur place. Le château se trouve dans un petit village près de Bourges. Une demi-heure plus tard les voilà devant une grille immense en fer forgé. Julien descend de la voiture et va sonner à la porte pour qu’on lui ouvre la grille. – C’est quand même plus pratique chez mes parents. Le portail électrique, tout le monde
devrait en avoir un !!! Et ils attendent, cinq puis dix minutes quand ils aperçoivent un vieil homme tout chancelant se diriger vers le portail pour l’ouvrir. – Voulez-vous que je vous aide, Monsieur, dit Bastien en descendant de voiture. Voyant le pauvre homme tenant à peine sur ses jambes, prendre le lourd portail et ouvrir les battants les uns après les autres. Mais aucune réponse ne se fait entendre. Julien commence à avancer la voiture et s’arrête à la hauteur du vieil homme pour qu’il monte et qu’il le ramène. – Avancez, leur dit-il d’un ton à peine aimable. Julien avance tout doucement et s’arrête de nouveau. – Je ne peux pas laisser ce vieillard refaire le chemin en sens inverse jusqu’au château. On ne le voit même pas de là, si ça se trouve, il y a au moins un kilomètre de chemin à parcourir avant d’arriver devant. Montez Monsieur, montez dans la voiture, mais celui-ci leur fait signe de continuer leur chemin et de ne pas s’occuper de lui. Julien roule doucement, voyant le grand-père marcher tant bien que mal derrière. Cent – mètres et toujours pas de château, deux cents mètres, puis au bout d’un tournant, ils aperçoivent une immense bâtisse. Un château énorme sur plus de quatre étages. Il doit faire au moins cent mètres de long. – Ma famille est battue, sur le coup, dit Julien en souriant. – Tu imagines, s’il faut que l’on dorme sur place, il doit y avoir des fantômes là-dedans, répond Bastien. – La quantité de domestiques pour entretenir tout ça. Ils doivent avoir au bas mot, dix personnes pour entretenir le château, reprend Julien. Ils arrivent devant un escalier magistral d’au moins trente marches. En arc de cercle, celui-ci, ainsi que le château sont tout en pierre de Tours, le style anglais fait penser au château de l’ère victorienne. Bastien et Julien descendent de voiture, mais n’arrivent pas à décrocher leurs yeux de la bâtisse. – En tout cas, on ne peut pas dire que nous soyons attendus avec impatience ! Personne ne vient vers nous pour prendre nos bagages, reprend Bastien ébloui par une telle grandeur. Ils avancent et montent les escaliers. Personne ! Comme si le château n’était habité que par le vieil homme qui vient de leur ouvrir le portail. D’ailleurs, ils le voient se rapprocher du château et les rejoint en bas de l’escalier. – Messieurs, veuillez me suivre. Ici c’est l’entrée de Mme la Marquise. – Qui sommes-nous ? De la m……, Dit Bastien en colère. – On va entrer par les communs, dit Julien. Je crois que l’on vient de mettre un pied dans la haute aristocratie, je te rassure nous ne dormirons sûrement pas ici ce soir, ou alors, dans une chambre de bonne. Dis Julien en suivant le grand-père. Arrivé dans une pièce immense et quasiment vide, le vieil homme s’adresse à eux en les toisant : – Qui dois-je annoncer à Mme la marquise, je vous prie. – Bastien et Julien du cabinet de M. Fago de Marseille, dit Julien d’un air très sérieux. – De Marseille !!, c’est marrant, comme la ville ! reprend le vieil homme. – M. Fago de la ville de Marseille. – Ah oui. Attendez ici quelques instants, je reviens. Pardon. Puis le vieil homme sort par une grande porte de bois qui doit mener dans les appartements du château. Nos deux compères se sentent tout petits devant cette impressionnante demeure qui sent le calme, la cire, et la grande solitude. – Si on reste là, je ne connaîtrais jamais mon fils, dit Bastien en riant, il y a de quoi prendre une corde et en finir, c’est mortel. – Reste sérieux Bastien, tu vas connaître ce qu’est la bourgeoisie dans toute sa splendeur, et je sais de quoi je parle avec mes grands-parents. Le vieil homme revient et s’adresse à eux en leur disant. – Madame la Marquise Adélaïde de Castal Achard de Plastrie, va vous recevoir.
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