Le mariage interdit

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Après un nuit très agitée et sans sommeil, Houyivane se réveilla fatigué et complètement abattu. Il se retrouva tout seul dans sa grande maison, sans meubles, sans épouse et sans enfant. Un silence pesant planait sur toute la propriété. Il passa toute la journée à réfléchir sur sa vie, n'arrivant pas à comprendre comment, après deux tentatives de mariage, il se retrouvait dans une telle situation...
Publié le : mercredi 1 janvier 2014
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EAN13 : 9782336334776
Nombre de pages : 128
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Edouard KaliTchikati
Le mariage interdit
Roman
Le mariage interdit
Edouard Kali-Tchikati
Le mariage interdit Roman - Congo
Du même auteur Le Fonctionnaire naguère respecté et envié, L’Harmattan-Congo, 2010.
Le Baptême de feu, bénédiction ou jugement ?,L’Harmattan-Congo, 2011.
Le mouvement prophétique, réveil spirituel ou manifestations démoniaques,L’Harmattan-Congo, 2013.
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02397-7 EAN : 9782343023977
1 Houyivane était parmi les plus hauts cadres de la Société nationale des Pétroles, une des plus puissantes compagnies du pays. C’était un puissant pétrolier, comme on appelait tous les cadres de cette corporation dans le pays. Il était jeune et beau, sans compter son élégance, toujours vêtu avec beaucoup de recherche et de qualité. De grande taille et de teint clair, il avait beaucoup de cheveux et se coiffait de manière spéciale. En effet, son coiffeur rasait artistiquement ses cheveux sur les côtés et maintenait une sorte de touffe sur le sommet de sa tête. Cette touffe était coupée avec une précision géométrique, au point qu’on avait l’impression que Houyivane portait un parallélépipède sur la tête. Avec tout cela, il se faisait clairement remarquer et ne passait pas inaperçu dans la ville. Il menait une vie joyeuse et brillante, étant visiblement à l’abri du besoin ; cela se traduisait par une humeur constamment joviale et la fréquentation d’amis ayant tous le même profil. Ils formaient, tous ensemble, un groupe de jouisseurs qui faisait constamment parler de lui. A Ndjindji, il y avait des fortunés qui rythmaient la vie. Ils brassaient énormément d’argent et se distinguaient dans tous les domaines de la vie. Ils s’achetaient de belles voitures et en possédaient au moins deux à chacun, et construisaient de superbes villas dans les différents quartiers de la ville. Quand ils se retrouvaient ensemble, l’alcool se mettait à couler à flots et ils organisaient ainsi des orgies de tous genres. Durant leurs fêtes, on mangeait et buvait à satiété. Ils se mariaient et se remariaient avec faste, divorçaient d’avec une épouse et en prenaient une autre, immédiatement après. Le plus souvent c’étaient des polygames entretenant encore plusieurs concubines. Ils arrachaient des femmes mariées, provoquant ainsi les divorces de ces dernières qui devenaient leurs maîtresses. C’était une sorte de club fermé auquel le commun des habitants de la ville n’avait pas accès. Houyivane vivait encore chez ses parents, avec ses frères et ses sœurs, quand il commença sa carrière professionnelle. Voulant désormais s’assumer comme responsable, avec la masse d’argent qu’il percevait chaque mois, il décida de quitter la maison familiale et alla louer un appartement dans la cité. Par la suite, après avoir 5
vécu tout seul pendant plusieurs mois, il décida de se marier et jeta son dévolu sur une jeune fille, très belle, qu’il avait remarquée dans son quartier. Zibline, celle qu’il demanda en mariage, n’opposa aucune résistance, car c’était une aubaine pour elle d’avoir un pétrolier comme époux, ce dont toutes les jeunes filles de la ville rêvaient. En effet, plusieurs d’entre elles partaient de toutes les régions du pays et s’installaient à Ndjindji, dans l’espoir de se marier avec un pétrolier. Elles développaient différentes stratégies pour se faire remarquer par ces hommes, sur leur lieu de travail. Certaines, prétextant vendre des vêtements, des produits de toilette, des médicaments, des fournitures scolaires ou des vivres frais, obtenaient le droit de circuler de bureau en bureau, entrant ainsi en contact avec ces fortunés à qui elles proposaient leurs marchandises. Elles se paraient de leurs plus beaux vêtements, se coiffaient soigneusement et étaient toujours bien parfumées avant d’entamer cette ronde des bureaux. Même lorsque les clients n’étaient pas en mesure de payer la facture relative à telle ou telle marchandise, elles les encourageaient à les prendre à crédit. Cela leur donnait l’opportunité de connaître les identités de ces clients et de relever leurs numéros de téléphone. Elles avaient ainsi sur eux un droit d’appel et de rencontre. A partir de ces contacts commerciaux se développaient d’autres rapports qui n’avaient rien à voir avec la vertu, mais dans lesquels l’argent comblait les désirs et les vices des uns et des autres. Certaines de ces stratégiques commerçantes s’en sortaient et tissaient de fructueuses relations débouchant parfois sur le mariage, tandis que pour les autres cela se terminait par de véritables cauchemars. A Ndjindji, l’argent dictait le mode de vie. Les mariages se faisaient et se défaisaient à coup de billets de banque. Plusieurs divorces étaient prononcés et des femmes divorcées se remariaient avec des hommes d’un standing toujours plus élevé. Elles changeaient de statut et montaient en grade aux yeux de tous. Zibline avait arrêté ses études très tôt et espérait se marier avec quelqu’un de fortuné, afin de tirer vengeance de la vie qui ne lui avait pas permis de s’élever par l’instruction. Elle faisait de petits boulots de gauche à droite, servant dans des bars ou restaurants du Centre-ville. Il lui était arrivé de travailler aussi comme vendeuse dans une pâtisserie ou une épicerie. Elle ne s’ennuyait pas la nuit, car elle fréquentait les milieux huppés, afin d’y croiser le 6
maximum de gens fortunés habitués de ces milieux. Elle avait compris qu’en restant sagement chez elle personne ne la remarquerait, il fallait donc entrer dans des milieux que fréquentaient les gens qui l’intéressaient. Elle était suffisamment charmante et fortement dépigmentée pour se faire remarquer dans ce genre de milieux. Il semble que le teint clair était un label de qualité, une touche supplémentaire indispensable pour s’élever au-dessus des autres. La concurrence était très rude et il fallait beaucoup d’atouts pour espérer atteindre ses objectifs. Habituellement, en se rendant dans ces milieux, elle portait une belle paire de lunettes ayant une monture dorée et de larges verres fumés, ce qui donnait un éclat spécial à son visage avec ses grands yeux d’une blancheur étincelante. Elle était toujours bardée de bijoux, tous d’or. On trouvait sur elle des barrettes dans les cheveux, des boucles d’oreilles, une chaînette au cou, des bagues sur deux doigts de chaque main, deux bracelets aux poignets et deux chaînettes aux chevilles. Elle avait tout pour ne pas passer inaperçue. C’est dans la mise en pratique de cette manœuvre d’approche qu’un soir elle rencontra Houyivane, à Lianzi, une célèbre boîte de nuit de la ville. Lianzi représentait le point incontournable, le sommet des lieux de danse de toute la ville. Aucun visiteur à la mode ne pouvait passer à Ndjindji sans s’y rendre. Plusieurs personnes fortunées étaient des habitués de ce lieu et il fallait s’y rendre pour espérer les rencontrer. Quand on s’engageait dans la rue de Lianzi, on constatait tout de suite une effervescence particulière. En effet, plusieurs jeunes filles, toutes bien habillées et bien coiffées flânaient par là, postées en embuscade, vis-à-vis de probables partenaires d’une soirée. Plusieurs voitures se disputaient la priorité pour entrer ou sortir de cette rue, et le parking de cette célèbre boîte de nuit était rempli de véhicules de qualité, de telle sorte qu’il fallait s’y prendre à temps pour y trouver de la place. Devant la porte capitonnée de la boîte, plusieurs jeunes se tenaient debout, négociant leur entrée ou attendant leurs partenaires. On ne pouvait pas emprunter cette rue sans remarquer cette affluence, ni la lumière tamisée qui illuminait faiblement le décor extérieur. C’est là, dans ce lieu de rencontre et de jouissance que démarra la relation entre Houyivane et Zibline qui se développa ensuite jusqu’au projet de mariage. 7
Dans les usages à Ndjindji, après les préliminaires et l’officialisation des fiançailles, la cérémonie coutumière, première étape du mariage, pouvait alors se tenir. Elle était entourée de nombreuses tracasseries protocolaires, et tous les prétendants devaient s’y soumettre pour être reconnus comme mariés. De plus, les montants de la dot qui étaient en constante hausse et les longues listes des présents à offrir à la famille de la femme constituaient des motifs de refroidissement pour plusieurs candidats au mariage. Ces derniers choisissent alors de demeurer en concubinage, plutôt que d’aller jusqu’au bout de la procédure. Cependant, faisant fi de ces tracasseries, après avoir obtenu l’accord des deux familles, Houyivane se maria coutumièrement avec Zibline et poursuivit la procédure de manière pompeuse. Le mariage à l’état civil fit un grand bruit dans la ville, à cause du faste qui avait entouré son organisation, et on continuait à en parler plusieurs années après. Dès la fin de la cérémonie officielle à la mairie centrale, un long cortège s’ébranla pour un tour complet de la ville. En plus des sirènes des motards qui ouvraient le passage, à sa tête, il y avait un concert de klaxons, de sifflets et de cris de joie qui l’accompagnait partout où il passait. Les parents et amis qui étaient dans les voitures de l’escorte agitaient des mouchoirs et écharpes, et saluaient tous les piétons. Les passants sur les trottoirs se retournaient et les gens accouraient de partout, car tout le monde voulait voir ce défilé et savoir qui étaient ces célèbres mariés dont la cérémonie bousculait toute la ville. Le couple avait invité plusieurs personnes à l’apéritif qui se déroula dans le plus grand hôtel de la ville. La place vint à manquer dans cet hôtel, car en plus des nombreux invités, plusieurs parents étaient là. Plusieurs badauds aussi avaient réussi à s’infiltrer à l’intérieur, pour profiter de la fête. Les photographes se bousculaient et tous les invités voulaient se photographier avec le couple, afin de garder un souvenir de cette célèbre cérémonie. Il y avait à boire et à manger pour tout le monde. La soirée dansante, qui succéda à l’apéritif, se poursuivit très tard dans la nuit et chacun put se réjouir. Après cette grandiose fête de mariage, la vie commune commença de fort belle manière. Le couple s’entendait très bien, la paix et l’amour régnaient dans leur maison. D’un commun accord, Houyivane et Zibline choisirent de se retirer des milieux ambiants qu’ils fréquentaient auparavant, afin de se donner une image plus 8
fraîche correspondant à leur statut de mariés. Sur un terrain qu’il s’était acquis à coup de millions, Houyivane entreprit de bâtir, avec l’aide de sa femme, une superbe villa, dans un des plus beaux quartiers de la ville. Il roulait désormais dans une belle voiture de marque Mercédès. Sa femme Zibline n’ayant pas d’emploi, il lui remit un considérable fonds de commerce et elle se lança, avec succès, dans la vente de vêtements féminins et de cosmétiques, qu’elle faisait venir d’Europe, d’Asie et d’Afrique de l’Ouest. Dans le cadre de son travail, Houyivane voyageait beaucoup, pour des stages et des séminaires à l’étranger. C’est d’ailleurs au cours de l’un de ses voyages qui avait duré deux ans qu’il confia à sa femme la charge de poursuivre les travaux de construction de leur maison. Son épouse s’acquitta correctement de cette tâche, injectant même de considérables sommes d’argent personnel dans les travaux de cette maison. Lorsque Houyivane revint de son voyage, il fut ébahi de constater le travail accompli par Zibline qui, dans le rôle de chef de chantier, excella au point de l’étonner. La maison était parfaitement achevée et Houyivane n’eut que quelques travaux de finition à faire, pour embellir encore plus l’ouvrage. Par la suite, ils s’installèrent dans leur magnifique maison qui suscitait l’admiration et la convoitise de tous dans le quartier. Dans cette maison, on ne manquait de rien ; on y mangeait et dormait bien. La toiture de la maison était faite de tuiles de couleur verte, ce qui tranchait d’avec les tôles rouillées qui recouvraient les maisons alentour. Les fenêtres étaient faites de larges panneaux vitrés et les différentes pièces étaient climatisées. Une imposante antenne parabolique surplombait, de très haut, la toiture de cette villa. Elle était visible de plusieurs lieux à la ronde. La cour était entièrement couverte de pavés et une superbe haie de fleurs ornait l’extérieur de la concession suivant de manière rectiligne la barrière délimitant la face avant de celle-ci. Gagné par l’ivresse de l’amour et touché par la réussite de sa femme, Houyivane voulut témoigner de la reconnaissance vis-à-vis de celle-ci. Il fit changer les documents de propriété de la maison nouvellement construite ; le nom de monsieur Houyivane fut enlevé et les documents furent désormais libellés au nom de sa femme. Cependant, il ne le lui dit pas, pensant lui faire une surprise agréable lors de l’un des anniversaires de leur mariage qu’il
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