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Le Médecin chrétien - Vie du docteur Lecreps

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156 pages

Jean-Baptiste Lecreps naquit à Vire, petite ville du département du Calvados, le 7 juin 1789. Son père, Germain-Henri, sieur de Launay, avocat au parlement et au bailliage de Vire, était assez largement gratifié des dons de la fortune ; mais le déplorable système des assignats diminua notablement l’aisance dont il jouissait. Sa mère, Anne Lejeune, sortait d’une ancienne famille viroise, entourée de la considération publique.

C’était assurément commencer dans des conditions bien défavorables la carrière toujours si périlleuse et parfois si pénible de la vie, que de naître, comme Jean-Baptiste Lecreps, à une époque aussi rapprochée de la révolution française.

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J. BTE. LECREPS,

Docteur en médecine, né le 7 Juin 1789, mort le 10 Septbre 1841

Félix Constant Dolé

Le Médecin chrétien

Vie du docteur Lecreps

APPROBATION

de Mgr l’Évêque de Bayeux et de Lisieux.

 

Nous avons fait examiner deux ouvrages que M. l’abbé Dolé, prêtre de notre diocèse, se propose de publier : l’un sous le titre de Vie de Jean-Baptiste Lecreps, docteur-médecin ; l’autre intitulé, Jésus et Marie, par Jean-Baptiste Lecreps, docteur-médecin. D’après le rapport favorable qui nous a été fait sur ces deux ouvrages, nous leur donnons notre pleine et entière approbation. Les fidèles trouveront dans le premier un modèle accompli de toutes les vertus chrétiennes, et dans le second l’expression des sentiments de la plus tendre piété.

Bayeux, le 10 novembre 1855.

 

† L.F. ÉV. DE BAYEUX.

PRÉFACE

L’Eglise peut être comparée à une terre d’une inaltérable fécondité. Parmi les plantes que cette terre produit et les fleurs dont elle se pare, il en est qui s’offrent d’elles-mêmes à la vue et qui fixent plus particulièrement l’attention, par la pureté dé leur forme, l’éclat de leur beauté, la douceur des parfums qu’elles exhalent ; mais il en est encore qui, non moins belles et précieuses que les premières, se plaisent à croître dans des lieux écartés et solitaires, comme pour s’y dérober aux regards.

De même, au sein de l’Eglise, il est des hommes que leurs éminentes vertus, les immenses services qu’ils ont rendus, la position qu’ils ont occupée, leur genre de mort, les miracles qu’ils ont opérés, signalent, d’une manière spéciale à notre attention, et en qui nous admirons les effets merveilleux de la grace divine. Mais il en est aussi qui, pour être restés dans une condition plus obscure et comme perdus dans la foule, n’en sont pas moins les amis de Dieu, parce qu’ils ont fidèlement accompli tout ce qu’il exigeait d’eux. Dans toute leur conduite, lorsqu’on est parvenu à percer le mystère qui l’enveloppe, on est étonné de trouver des vertus portées, en secret et sous les yeux de Dieu, au plus haut degré de perfection.

Le docteur Lecreps fut une de ces plantes modestes, un de ces hommes dont les belles qualités, sans être entièrement ignorées, n’ont été cependant appréciées, même dans les lieux qu’il habita, que par ceux qui, plus spécialement en rapport avec lui, furent les confidents ou les auxiliaires de son zèle et de sa charité. Il convient donc d’arracher à l’oubli une vie si pleine de mérites et si féconde en sujets d’édification ; c’est ce que nous essayons de faire aujourd’hui.

Le lecteur se convaincra bientôt lui-même que notre travail n’est point un aride résumé de faits et d’événements divers. Le pieux docteur a laissé un grand nombre de pensées et de notes dont nous avons largement profité. Ces citations, toutes marquées au coin de la plus exquise piété, ont bien plus de valeur que nos paroles pour faire apprécier ce digne serviteur de Dieu.

CHAPITRE PREMIER

Jean-Baptiste Lecreps naquit à Vire, petite ville du département du Calvados, le 7 juin 1789. Son père, Germain-Henri, sieur de Launay, avocat au parlement et au bailliage de Vire, était assez largement gratifié des dons de la fortune ; mais le déplorable système des assignats diminua notablement l’aisance dont il jouissait. Sa mère, Anne Lejeune, sortait d’une ancienne famille viroise, entourée de la considération publique.

C’était assurément commencer dans des conditions bien défavorables la carrière toujours si périlleuse et parfois si pénible de la vie, que de naître, comme Jean-Baptiste Lecreps, à une époque aussi rapprochée de la révolution française. En effet, lorsqu’il eût dû recevoir les premiers éléments de l’instruction religieuse, quand il devint capable de se former peu à peu aux pratiques de la piété, le culte catholique était proscrit, les églises étaient fermées, et les prêtres avaient disparu, pour ainsi dire, du sol de la France. Mais Dieu, dans sa bonté miséricordieuse, lui avait donné une mère modèle de vertus. Les soins assidus et intelligents qu’elle lui prodigua, firent pour son instruction morale et religieuse au-delà de ce que l’on pouvait espérer ; il apprit au foyer domestique, plus encore par l’exemple que par de simples leçons, à connaître, à aimer et à servir Dieu ; et ces enseignements précieux, déposés par la tendresse d’une mère dans le cœur de son fils, y produisirent une si profonde impression, que l’on peut à juste titre les regarder comme le point de départ de la vie sainte qui les a couronnés.

Ainsi, pendant les longues années de l’anarchie révolutionnaire, Anne Lejeune, sachant bien tout ce que son titre de mère exigeait d’elle, ne faillit jamais aux devoirs que la Providence lui imposait. Retenu à Vire par sa profession d’avocat, son mari faisait sa résidence ordinaire dans cette ville. Pour elle, retirée à sa maison de campagne du Haut sujet, en Sainte-Marie-Laumont, elle y était continuellement occupée de sa petite famille, composée de deux fils et de deux filles. Tous les soirs cette bonne mère réunissait ses enfants pour leur apprendre le catéchisme et les prières ou pour faire de pieuses lectures. Chaque jour de dimanche et de fête, on lisait en commun, le matin, l’Ordinaire de la messe et les Psaumes de la Pénitence ; l’après-midi on se rassemblait de même pour la récitation des vêpres. Ces pratiques de religion, si propres à former les cœurs à la vertu, furent, dans cette pieuse famille, une règle fidèlement observée pendant toute la durée de la révolution.

Heureux les enfants qui étaient alors élevés ainsi dans les bons principes et nourris de la saine doctrine ! Hélas ! en combien de familles les anciennes traditions n’étaient-elles pas ou abandonnées par faiblesse ou reniées par impiété ! Combien, parmi les contemporains du jeune Lecreps, vivaient et grandissaient dans une ignorance complète des croyances religieuses ! Aussi la génération qui traversa cette époque, a généralement porté le cachet de son origine. L’indifférence, le scepticisme trop souvent, ont été son caractère distinctif ; et la société, privée de ces précieuses garanties d’ordre et de stabilité qu’elle puise dans la religion, en a éprouvé un malaise, des crises, des commotions qui durent encore depuis plus d’un demi-siècle.

Quand l’église de Sainte-Marie fut rendue au culte, après la révolution, les habitants de cette paroisse accueillirent avec bonheur l’abbé Burel1, leur ancien pasteur. Il ne fit même, en quelque sorte, que continuer publiquement au milieu d’eux l’exercice du saint ministère, car il s’y était tenu longtemps caché, au péril de sa vie, pour prendre soin du salut des âmes. Aussi la cérémonie de réinstallation fut pour tous un jour d’allégresse. Les enfants lui furent présentés, et l’un d’eux fut choisi pour être l’interprète de la population entière. Ce fut Lecreps qui porta la parole et qui récita quelques strophes composées par l’abbe Moisson, prêtre de Vire2.

On comprend que les prêtres, une fois rendus à l’exercice de leurs fonctions, ne devaient pas manquer de travail. Il s’en fallait beaucoup sans doute que la foi fût éteinte dans les âmes, malgré les efforts redoublés de l’impiété pour atteindre à ce but ; dans les contrées religieuses de la Basse-Normandie, elle avait même moins souffert qu’ailleurs du malheur des temps. Cependant la cessation si prolongée des exercices publics du culte catholique, d’une part, et, de l’autre, les ravages qu’avaient causés dans le bercail de Jésus-Christ des pasteurs illégitimes, imposaient au clergé une tâche délicate et difficile. Le zèle des pasteurs, éprouvé par le feu de la persécution, fut à la hauteur de la mission qu’ils avaient à remplir.

Une portion précieuse de leur troupeau réclamait leurs soins d’une manière spéciale : c’étaient les enfants qui avaient, en grand nombre, dépassé l’âge de la première communion. La sollicitude pastorale du curé de Sainte-Marie-Laumont se porta tout d’abord sur ce point capital. Le jeune Lecreps, préparé d’avance par sa vertueuse mère, sentit toute l’importance de cette grande action. A mesure que le jour désiré approchait, sa piété croissait d’une manière remarquable. Il perdait la légèreté naturelle à l’enfance, et devenait de plus en plus sérieux et réservé ; la pensée de son bonheur prochain était pour ainsi dire continuellement présente à son esprit.

Souvent, retiré à l’écart dans le jardin qui entoure la maison paternelle, il faisait de pieuses lectures et dès prières. Dans ses repas même il appréhendait de passer les bornes de la tempérance. Un jour qu’on lui offrait, par l’ordre de sa mère, une boisson plus généreuse que de coutume, il la refusa en disant : Je dois bientôt faire ma première communion. Il fallut le rassurer et insister pour vaincre sa résistance. Animé de pareils sentiments, fidèle à correspondre aux secrètes inspirations de la grace, le pieux enfant accomplit cette grande action de la manière la plus édifiante, et, dès ce moment, il se fit en lui un changement complet.

Pendant lès années que Jean-Baptiste Lecreps passa à Sainte-Marie-Laumont jusqu’à sa première communion, la douceur de son caractère lui acquit parmi les enfants de son âge un certain ascendant, dont il usait pour maintenir entre eux la bonne intelligence. Survenait-il quelque petite difficulté qui aurait pu s’envenimer et devenir sérieuse, il s’interposait sur-le-champ pour rapprocher les esprits, et sa médiation était ordinairement acceptée. Aussi ses condisciples savaient apprécier ses vertus et lui rendre justice. Dans leurs rapports avec lui, au milieu de leurs jeux, au lieu de le désigner par son prénom, ils avaient coutume de l’appeler le Bon, pour le distinguer de son frère aîné, Michel Lecreps. Cet hommage spontané, exempt de toute flatterie et qui partait du cœur, est honorable pour lui, parce qu’il est l’expression de la vérité même.

Cependant, malgré la sagesse et la douceur qui le distinguaient, le jeune Lecreps éprouva un jour l’un de ces mille accidents auxquels les enfants sont souvent exposés. C’était peu de temps après la première communion. Il se récréait alors avec un de ses cousins3 devant la maison paternelle, et voilà que, dans leurs évolutions, les deux enfants perdent l’équilibre et tombent l’un sur l’autre. Le jeune parent eut la jambe brisée. Cet accident fut pour Jean-Baptiste Lecreps un sujet de peine et de regrets longtemps sentis. Bien des années plus tard, il rappelait encore avec douleur le souvenir de cet accident à celui-là même qui en avait été la victime ; mais, à cette époque, Lecreps était élève en médecine, et pour réparer son ancien méfait, il s’était constitué pendant ses vacances le garde-malade de son cousin ; une seconde fois accidentellement blessé à la jambe d’un coup de faucille.

CHAPITRE II

Le temps était venu d’initier le jeune Lecreps aux éléments de la langue latine, et on lui fit donner des leçons particulières, afin de le préparer à suivre les cours publics. Le collège de Vire venait d’être réorganisé par les soins de M. Lemontier, qui a laissé dans la ville les plus honorables souvenirs. On avait provisoirement établi les classes dans les bâtiments de la communauté de l’Hôtel-Dieu, d’où l’orage révolutionnaire avait chassé les religieuses. Pendant la durée de ses études littéraires, Jean-Baptiste Lecreps se fit remarquer parmi ses condisciples par la sagesse de sa conduite, par son application soutenue, par son exemplaire docilité. Le goût du travail qu’il possédait à un haut degré, et la crainte qu’il avait de former des liaisons dangereuses, le retenaient un peu dans l’isolement, quoiqu’il existât toujours entre ses condisciples et lui des rapports de bonne intelligence. Ou ne saurait dire qu’il fût doué de talents extraordinaires ; mais son aptitude naturelle, jointe à la persévérance de son travail, lui assura constamment des succès, et il eut dans toutes ou presque toutes ses classes le prix d’excellence.

Après avoir entièrement achevé ses études au collége de Vire, le jeune Lecreps quitta cet établissement en 1810, emportant avec lui l’excellente réputation qu’il s’y était acquise. Il lui fallut alors prendre une décision et se choisir une carrière. Notre prudent jeune homme, dans une affaire d’une si haute importance pour son avenir, n’eut garde d’agir avec précipitation et légèreté. Il étudia ses goûts, s’éclaira des conseils de personnes expérimentées, et surtout, dans la droiture de son cœur, il multiplia ses prières et consulta Dieu. Dès qu’il reconnut avec cette sage maturité, que ses inclinations le portaient vers la médecine, il prit sur-le-champ son parti d’une manière irrévocable.