Le Memento des vivants et des morts, ou Quelques réflexions sur l'état de la France sous le gouvernement de Louis XVIII au mois de mai 1817, comparé à ce qu'elle a été sous Bonaparte et le peuple souverain...

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impr. de F. Poisson (Caen). 1817. In-8° , XXIV-115 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1817
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LE MEMENTO
DES VIVANS ET DES MORTS,
ou
QUELQUES REFLEXIONS
SUR
L'ÉTAT DE LA FRANCE
SOUS
LE GOUVERNEMENT DE LOUIS XVIII,
AU MOIS DE MAI 1817 .
COMPARÉ A CE QU'ELLE A ÉTÉ SOUS BONAPARTE
ET LE PEUPLE SOUVERAIN ;
DÉDIÉES AUX BONS ET FIDÈLES NORMANDS,
PRINCIPALEMENT aux habitans du Bocage , et généralement à tous
ceux qui croient en DIEU , aiment le Roi , désirent la JUSTICE
et la PAIX.
Par un Desservant du diocèse de Bayeux, membre d'un
des Comités d'Instruction publique.
Noli oblivisci omnes retributiones ejus. Ps. 102.
Gardons-nous bien d'oublier ce que le Seigneur a fait
pour et contre nous.
Oh, je suis prêtre moi
Et j'aime ma patrie ,
Pour ma croyance et pour mon Roi
Je donnerais ma vie.
PRIX : 1 f. 25 c.
A CAEN ,
De l'Imprimerie de F. POISSON, rue Froide,
1817.
NOTA.
Les premières feuilles de cet ouvrage devaient paraître
dès le commencement de l'année ; sans cette observation,
quelques réflexions de circonstances paraîtraient mal ap-
pliquées
RÉFLEXION S
PRÉLIMINAIRES (1).
I. « Est-ce qu'il n'existe point encore assez de
» livres en France, sur le rétablissement de la
» Religion, et de la Royauté, sur les maux qui
» les ont précédés et sur les biens qui peuvent en
» être le résultat ?...... A quoi bon grossir ce
», tas énorme de productions éphémères qui rie
» sortent souvent des mains de l'imprimeur, que
», pour aller mourir de honte entre celles de l'e-
» piciep» ?...., Il faut en convenir,, la Révolution
comme la Restauration, a produit des livres sans
nombre, parmi lesquels, il s'en trouve qui valent bien
mieux que le mien ; mais enfin, je puis dire que celui
qui conviendrait aux habitans de nos campagnes,
n'est pas venu jusqu'à nous (2); j'en pourrais
(1) Ces Réflexions préliminaires sont un véritable post-
scriptum ; elles sont le résultat des observations qu'ont bien
voulu me faire les personnes qui s'intéressent à mon hon-
neur et à mon repos,: les plus complaisantes ont applaudi sans
restriction : les plus sincères m'ont exposé tout le danger,
toute la témérité même, et même l'inutilité de mon projet.
Je ne suis de l'avis ni des uns ni des autres : mes Réflexions
sont loin de la perfection ; mais aussi je ne les crois ni
dangereuses ni téméraires, et j'espère qu'elles ne seront
pas inutiles, c'est pour m'expliquer sur tout cela, que je
mets en avant quelques Réflexions qui peuvent servir de
préface, et me justifier aux yeux des personnes dont j'ho-
nore la prudence et les sages avis , mais dont je ne suis
pas le conseil.
(2) J'ai fait, venir de Paris même , plusieurs brochures,.
iv REFLEXIONS
dire autant de ce qui tient, aux villes de pro-
vinces, ou s'il existé ce livre, il est encore enseveli
pour nous dans l'obscurité, des boutiques , car il
est très-certain qu'au milieu des suggestions perfi-
des dont l'esprit de révolte et d'insubordination
fait un si cruel usage, même parmi nous, il n'y a
pas un seul livre qui nous montre le venin caché,
sous lés apparences séduisantes , que les circons-
tances de misère, où nous nous trouvons aujour-
d'hui, rendent plus dangereuses encore ; ..... il
existe beaucoup d'excellens livres sur l'état actuel
de la France : je le crois, mais ces livres ne sont
pas pour nous ; les mots et les lignes se comptent
et se vendent au poids de l'or ; si quelquefois ils
dépassent les murs de la capitale, c'est pour cir-
culer et mourir entre les mains, des riches ; ils ne
sortiraient pas même du salon pour aller porter
quelques lumières dans la basse-cour, la cuisine,
ou le comptoir de l'homme d'affaires ; et cepen-
dant, c'est de ces foyers que le plus souvent sortent
ces exhalaisons pestilentielles , qui répandent au
dont l'intitulé me faisait soupçonner que peut-être elles se-
raient le livre que j' ai toujours désiré voir circuler dans
nos campagnes, et pas une seule n'a rempli, mon attente
il en est une entre autres qui m'avait séduit par son texte.,
elle a pour objet une sorte d'histoire des tyrannies qui se
sont secondées depuis la chute du trône; ce qui entre for-
mellement dans mon plan ; et à peine ai-je trouvé dans cette
brochure, d'environ cent pages , une seule ligne dont j'aie
pu faire usage ; elle est cependant l'ouvrage d'un célèbre
avocat (M. Billecoq ). Mais tout pauvre petit prêtre de
campagne que je suis , je sais peut-être mieux ce qui con-
vient aux habitans dè nos bocages, que les plus savans
jurisconsultes de Paris.
PRELIMINAIRES. V
sein de nos campagnes cet esprit d'inquiétude
d'insubordination et même d'impiété , qui fait
notre danger comme notre malheur.
Non, les riches propriétaires qui viennent de
fois à ; autres respirer l'air salubre de nos campa-
gnes , ne surveillent pas assez ceux qui les servent
et les entourent : un mauvais valet de chambre,
un méchant garde chasse ; une chétive servante
de basse-cour, toute cette classe si elle a de mau-
vais principes, peut contribuer d'une manière ef-
frayante à rallumer les torches qui incendièrent les
châteaux il y a moins de trente ans.' - Il existe
une multitude de livres excellens, ...... qui en
doute,; il existe aussi d'excellent pain dans la mai-
son voisine,, mais cela m'empêchera-t-il d'aller me
coucher sans souper s'il n'y en a pas dans la
mienne. Vous avez d'excellens livres, soit ; mais
à qui les communiquez -vous ?
Il est très-certain que les méchans, mettent bien
plus de zèle, bien plus de persévérance et de dé-
sintéressement pour le mal ,que nous qui nous
flattons d'être les apôtres de la bonne cause n'en
mettons pour le bien : quand il fut question de dé-
catholiser la France pour la révolutionner, c'est-
à-dire pour la démoraliser et la déroyaliser, des
libelles sans nombre , propagèrent le poison dans
les lieux les plus solitaires de nos campagnes; pas
un bourg," pas un village qui n'eût son : Gorsas ,
son père Duchêne, sa feuille villageoise ; pas
une chaumière où l'on ne respirât l'infection de ces
cloaques impurs , qui engendrèrent le peuple sou-
verain, et firent croire à nos plus pauvres arti-
sans , que l' insurrection contre l'autorité tempo-
relle et spirituelle, était le premier des droits
VI REFLEXIONS
de l'homme, comme le plus saint de ses de-
voirs : on insinue encore aujourd'hui fa même
doctrine ; de vieux jacobins s'intitulent les
champions de la liberté ; les amis du peuple ,
les défenseurs de ses droits : sa volonté redevient
encore dans leur langage la loi suprême, ce que le
peuple poudra , il l'obtiendra. (1) Nous savons,
tous, ce que ces mots et cette doctrine ont produit
de crimes et fait verser de sang dans tous les siècles
et dans tous les pays: les expressions sont différen-
tes ; les, intentions sont les mêmes : gouvernement
libéral, — éducation libérale, —peuple libéral, —
tout ce LIBÉRALISME ne désigne rien dans là
pensée de bien des gens, que la liberté dit ja-
cobinisme : l'irréligion se cache, ou plutôt se
montre sous le mot principes religieux : des gens
sans moeurs ne parlent que moralité, d'incrédules
égoïstes, enfans légitimes de Mirabeau le père, se
disent,comme lui, amis des hommes; c'est à leur
école et dans leurs livres, que nous retrouverons
tous les principes du philosophisme; voilà déjà
que l'on réimprime et que l'on annonce à très-bas
prix les infamies politiques, immorales et anti-
chrétiennes de Voltaire et de Jean-Jacques. C'est
la , très-certainement, cette incohérence bisarre
dont parle M. de Bonald dans la séance du 4
mars , qui cache un motif secret , et ce motif
qur se manifeste quand l'occasion s'en présente,
est d'augmenter l'indifférence pour la religion ,
qui tôt ou tard se change en haine. Quoiqu'il
en soit du motif, qui n'est pas douteux pour qui-
conque veut ouvrir les yeux, les oeuvres de Voltaire,
( 1) Journal des Débats , du' 7 janvier 1817.
PRÉLIMINAIRES. vij
Jean-Jacques et la Fontaine (1), se réimpriment,
et s'annoncent avec une affectation déchirante pour,
tous les amis de la religion et de la royauté; cela,
se fait à la vue de la France entière avec une auda-
cieuse ostentation : à peine quelques voix timides
et plaintives se font entendre contre cette infamie,
et nous nous disons : chrétiens et royalistes.....
Que de gens le disent, et ne sont ni l'un ni l'autre-
Le Roi se fait gloire d'être le ROI TRES-CHRÉTIENA
c'en est assez pour que bien des gens en veulent
prendre l'apparence, ad instar Régis totus com-
ponitur orbis: nous aimons tous assez à prendre
les grands pour modèles dans ce qui flatte notre
orgueil.
Nous chassions à grands frais l'année dernière,
nous chassions du milieu de nous les régicides ;
et cette année, nous réveillons, nous ressuscitons ,
nous rechauffons dans notre sein les vrais régici-
des ; oui, la France réintroduit dans son sein les,
meurtriers de son Roi, c'était à l'école de Voltaire,
Jean-Jacques et compagnie, que les Carnots, les
Mehée , les Grégoires , apprirent que LOUIS XVI
était un faussaire, un traître, un bourreau, un
tyran, un homme couvert de sang et de crime ;
(2) ce fut à cette école de honte et d'opprobre, à cette
(1) Ce Lafontame disait en mourant : Puissai-je, avant
d'entrer dans mon éternité , verser assez de larmes pour
effacer chaque lettre de mes contes : et aujourd'hui on
les fait revivre , ces contes qui ont coûté tant de repentir à
leur auteur : est-ce ainsi qu'on respecte en France la volonté
des morts ?
(2) Toutes ces jolies choses sont consignées dans le journal
Ecclésiastique, tom. 6, p. 36.5 , et dans les Mémoires pour
le 18e. siècle, tom. 3, p. 215. On les retrouverait toutes
dans les journaux du temps.
viij REFLEXIONS
école que Grégoire le philantrope apprit dans sa
démagogie que « les dynasties sont des races dé-
» vorantes qui ne vivent que de chair humaine ;
» que les Rois sont dans l'ordre moral , ce que
» les monstres sont dans l'ordre physique, et que
» leur histoire est le martyrologe des nations; ce
» futaussi de ces mêmes maîtres que nos gens a
» idées libérales apprirent que /es Rois sont
» une classe d'êtres purulens , qui furent toujours
» l'écume de l'espèce humaine et la lèpre des gou-
» vernemens ». Tels furent et tels sont aussi les
hommes qui déclarèrent il n'y a pas encore si
long-temps, « que les statues des Capets avaient
» roulé dans la poussière, et qu'il fallait écraser
» là tête de quiconque oserait tenter de relever le
» trône des BOURBONS. »
Serions-nous donc condamnés à entendre pro-
clamer dans nos campagnes ces élémens d'anar-
chie, de sédition et de révolte ; cette atteinte sa-
crilège portée à la personne et, à la dignité des
Rois, sans oser même élever la voix, pour donner,
aux habitans de nos campagnes, quelques pré-
servatifs contre tant d'impudence et d'audace?
II. Mais , qui lira votre livre ? — Vous , qui
me le demandez , et tous ceux à qui vous le com-
muniquerez ; que votre zèle égale mon dé-
sintéressement; et pas une famille dans nos cam-
pagnes qui ne lise avec empressement un livre
aussi court que le mien, qui rappelle au souvenir
des pères et des mères, ainsi qu'à celui des enfans,
tout ce que leur ont fait éprouver les agens du
peuple souverain, les conscriptions de Bonaparte,
ses garnissaires et ses gendarmes; ses Te Deum
et ses proclamations ; et si nous remontons plus
haut,
P R É L I M I N A I R E S. ix
haut, pas un habitant de la campagne qui ne lise
avec intérêt le détail des moyens que les factieux
employèrent il y a bientôt trente ans , pour nous
entraîner dans l'abîme : les noms seuls de Mira-
beau, de Roberspierre, de Marat et autres, peuvent
encore les faire frémir aujourd'hui : il est naturel
a l'homme de considérer avec une sorte de satis-
faction , les débris de son vaisseau, quand il a
eu le bonheur de se sauver du naufrage.
Je sais que la vogue d'un livre dépend beau-
coup de la réputation de son auteur, je le sais ,
et je sais aussi qu'en fait de réputation , la
mienne ne s'étend pas beaucoup au-delà des li-
mites de ma petite succursale ; cependant, ( soit
dit sans beaucoup de vanité ), ce n'est pas pour la
première fois que je. m'expose aux écueils de la
presse, et si ce second effort a le même succès
qu'eut mon premier essai, je le disputerai en vogue
à M. de Châteaubriant; il est vrai qu'alors, j'a-
dressais mes Réflexions à des pauvres insulaires ,
(oui pauvres, dans le sens de beau pauperes spiri-
tu,) (1) et qu'aujourd'hui j'aventure mes Réflexions
au milieu d'un peuple qui n'est pas du nombre
des divites in fide (2) , mais je ne m'égare pas
dans mon ambition ; je me circonscris volontiers
dans mes bornes , et je me trouverai assez
honoré d'avoir des lecteurs bénévols parmi nos
campagnards, qui n'ont rien du bel extérieur,
de la bourgeoisie, mais qui ne lui cèdent pas en
bon sens, quand on ne les met pas hors de leur-
sphère.
(1) Pauperes spiritu, pauvres d'esprit.
(2) Divites in fide , riches en foi.
X REFLEXIONS
Qui lira mon livre? Ce seront toutes les per-
sonnes à qui je l'adresserai, et dont la liste est
déjà passablement nombreuse, et qui le commu-
niqueront ou le recommanderont aux personnes de
leur connaissance.
Et puis aussi, combien de familles aisées, vic-
times comme nous des systèmes anarchiques et ir-
réligieux de l'autre siècle, approuveront au moins
mon intention et se feront un mérite et peut être
même un devoir de communiquer mes Réflexions
à ceux qui les servent, les entourent et les in-
voquent dans leurs besoins ou leurs affaires : elles
les mettront en garde contre cette vermine irré-
ligieuse et tracassière, qui ne travaille dans les
ténèbres qu'en attendant l'occasion favorable pour
éclater, avec furie contre l'autel de notre Dieu ,
et le trône de notre Roi.
III. « Mais quel remède à d'aussi. grands
» maux, quelle digue opposer au torrent ? Quels
» moyens avons nous de détourner l'orage s'il est
» vrai qu'il se forme de nouveau sur nos têtes ? »
—LE SOUVENIR DU PASSÉ. Je le sais bien ; de
savans historiens consacreront leurs talens et leur
travail à ce souvenir, et conserveront à la pos-
térité la grande et terrible catastrophe de notre
révolution qui a ébranlé tous les trônes de l'Eu-
rope, et a conséquemment failli de nous replon-
ger dans les horreurs de la barbarie, en nous ré-
duisant tous à l'état de peuplades sauvages (1).
(1) Il existait en France, en Allemagne et bien ailleurs,
et cela depuis plus de quatre-vingt-dix ans, une, secte qui
n'est par encore entièrement éteinte , dont le but était
d'anéantir les lois, : les Rois , le gouvernement, et de ré-
duire les hommes à l'état de pure nature ? qu'ils appelaient
PRELIMINAIRES. xj
Oui, mais ces livres seront dés volumes, et ces
volumes ne seront point à notre portée; ils seront
loin de nous, et au-dessus de nous et par leurs
prix , et par leur élégance, et plus encore par leur
étendue ; ce qui les rendra le patrimoine exclusif
des oisifs, des riches et des savans , et nous, pau-
vres campagnards, nous ne sommes rien de tout
cela : aussi, bien avant qu'un demi siècle se soit
écoulé, les habitans de nos campagnes et même
une grande partie de ceux des villes, ne sauront plus
ce que c'est qu'unpeuple qui se régénère; on ne
croira plus aux excès dont il est capable : hélas !
nous qui en avons été les témoins et les victimes et
quelquefois même aussi les instrumens, nous n'y
pensons bientôt plus, et nous avons peine à croire
tout ce que nous avons vu de nos propres yeux :
le livre que je veux faire , n'est point une histoire
des maux que nous avons soufferts et vu souffrir;
mais tout simplement un petit mémorial qui puisse
rappeler; à ceux qui viennent et viendront après
nous, ce que c'est que de n'avoir plus ni DIEU ,
ni For, ni LOI, ni ROI, ou d'être sous la domi-
nation d'un CONQUÉRANT qui ne respire que la
guerre, et ne connaît d'autre bonheur que celui
de commander des incendiés et des dévastations.
IV. «Ce n'est pas ici le moment de se mettre
» en évidence, les esprits sont inquiets, les agi-
VIE NOMADE ou PATRIARCHALE : cette secte , appelée les
Illuminés, avait pour; chef et pour fondateur un nommé
Weshant, et ce qu'il y a de bien incroyable dans l'ensor-
cellement de ces énergumènes, c'est qu'ils étaient, parvenus
à faire dés partisans et des adeptes parmi les princes, les
magistrats, les riches et les savans. V. M. Baruel, et Mémoi-
res ecclésiastiques pour le 18e. siècle.
XÎj REELEXIONS
» tateurs se remuent, les mécontens se multi-
» plient, et les malveillans reprennent le ton me-
» naçant et audacieux ;..... la misère est grande ,
» elle est universelle, et nous savons combien les
» méchans savent tirer parti des calamités publi-
» ques pour indisposer et soulever le peuple contre
» tout ce qui tient à l'autorité (1)..... Oui, quand
» on est dans l'obscurité d'un bocage , à l'abri de
» l'orage et loin du danger, le plus sage parti ,
» est de se tenir clos et coi dans son petit réduit,
» d'y vivre en paix , sans s'exposer même à se
» faire remarquer »...., l'avis paraît sage, mais il
n'est point honorable ; à vaincre sans péril, on
triomphe sans gloire... Quel mérite y a-t-il à
pousser à la roue quand le harnois va son train :
à quoi sert la sentinelle qui crie aux armes, quand
l'ennemi a pris la fuite, ou qu'il est monté sur le
rampart : je le sais, notre lie remue encore ; notre
écume fermente, elle fermentera toujours , mais
nos volcans ne produiront leurs éruptions ; l'en-
nemi ne reparaîtra sur la brèche, que quand les senti-
nelles endormies n'auront pas averti le général assez
tôt pour se mettre en bataille : je me crois, comme
tous, ceux à qui l'église a confié une portion de sa
surveillance , je me crois du nombre de ces sentinel-
les qui doivent crier aux armes, quand l'ennemi se
montre; or, je regarde comme tels certains person-
nages malfaisans, que souvent les villes nous en-
voyent satos différens : prétextes, et qui répandent au
milieu de nous des bruits alarmaus et des doctrines
pernicieuses ; un piéton ; un garde-champêtre ,
(1) Pas de révolution , pas; d'émeute populaire, dont la
famine, vraie ou supposée, n'ait été la cause ou le prétexte*
PRELIMINAIRES. xiij
un percepteur, un porteur de contraintes et bien
d'autres feront toujours du bien ou du mal selon
qu'ils seront bien ou mal intentionnés ; les uns et
les autres peuvent, nous faire des maux infinis, et
n'eussai-je dit que cela de bien dans mon livre,
je pourrais, me flatter d'avoir dit une chose im-
portante ; que tous ces agens secondaires de l'au-
torité, qui doivent leur existence à notre révolu-
tion , qu'ils se ressouviennent ou qu'ils appren-
nent ce que c'est qu'une populace en insurrection,
et ils sentiront combien il leur importe de ne pas
être les échos de certaines gens à principes, qui les
endoctrinent et les conduisent parmi nous comme
par la main, pour au moins y préparer l'incendie.
« Tenez : voilà ce que vous envoie LOUIS
» XVIII,.... criez donc VIVE LE ROI à pré-
» sent..... Si' l'Empereur était encore à Paris,
» je ne viendrais pas vous apporter une con-
» trainte ...... Ce langage n'est point d'imagina-
tion, il n'y a pas encore trois mois que celui qui
le tenait à toute occasion , est destitué de son
poste, et l'on voudrait nie faire croire qu'il faut
rester muet, clos et coi chez soi, quand on voit
de semblables atteintes portées à la tranquillité
publique !... Oui, je le reconnais, je le sais, c'est
une témérité de ma part, d'oser faire imprimer mes
Réflexions..... Eh bien ! qu'un autre le fasse mieux
et je déchire moi-même les pages de mon livre.
Je crois à la méchanceté des malveillans, mais
j'en crains peu les suites; je me repose entièrement
sur la vigilance du gouvernement , qui a tous les
moyens nécessaires pour contenir les mal inten-
tionnés dans le devoir ; mais enfin, s'il est vrai
que leurs efforts puissent avoir quelques succès ,
XIV RÉFLEXIONS
c'est alors que je réponds à ceux qui me blâment
d'oser faire un livre, sur les affaires du temps ,
quand la patrie est en danger, tout citoyen est
soldat, et quand la religion est attaquée, tout
chrétien est apôtre: qu'on ne me dise pas qu'il
est inutile de raisonner sur tout cela avec les ha-
bitans de la campagne, parce que je dirais que
si l'esprit de vertige et de cupidité n'eût pas boule-
versé nos têtes ; si nos laboureurs et nos artisans
n'eussent aucuns abandonnés la cause de leur
Dieu et dé leur Roi, le jacobinisme concentré dans
les villes , s'y serait étouffé de ses propres fureurs,
et la France n'aurait jamais été ni décatholisée,
ni déroyalisée; mais les idée de liberté, d'éga-
lité, de bonheur troublèrent, nos têtes, et bientôt
Je mal fut sans autre remède que celui de ses excès.
Ici se présente une observation , que je crois
aussi honorable pour le ministère dont je suis
honoré, qu'elle est importante pour les personnes
au milieu desquelles nous l'exerçons : partout où
les ministres de la religion se montrèrent inébran-
lables, ou y vit des prodiges de fidélité de la part
des peuples confiés à leurs soins ; et ces. fruits ne
furent pas des fruits dé moment, car ce fut au
sein de ces mêmes paroisses que les ecclésiastiques
restés en France sous le règne de la terreur, trou-
vèrent des asiles et des moyens de subsistances,
et qu'on vit encore une sorte de calme régner au
sein de la tempête ; mais ce qui n'est pas moins
digue de notre observation, c'est que ce sont
encore aujourd'hui ces mêmes paroisses qui mon-
trent le plus de dévouement à la cause du Roi.
Mais aussi quel désordre dans les paroisses où la
faiblesse où même la perversité fit des apostats
parmi nous ! ! Que de bien auraient fait, au
PRÉLIMINAIRES. xvj
sein des campagnes , les défenseurs de l'autel
et du trône, s'ils se fussent montrés aussi
zèlés, aussi ardens, aussi désintéressés pour le
bien, que les propagandistes le furent pour le mal ;
belle leçon, dont hélas nous ne profitons guères.
V. « Mais enfin, si Napoléon allait revenir,
» comme on le dit, que deviendriez-vous avec
» votre livre ?.... Est-il bien sûr que vous ne lui
» seriez pas dénoncé, comme ennemi de sa gloire?
» Ne seriez-vous point mis au nombre des conspi-
» rateurs contre son trône et sa puissance? Pensez
» donc à tout ce qui pourrait en être la suite. »
1°. Si Napoléon revenait de Ste. Hélène, je de-
viendrais ce que je devins lorsqu'il revint de l'Isle
d'Elbe : je lui dirais comme alors : « tant que vous
» fûtes sur le trône, reconnu par les puissances de
» l'Europe et le chef de l'église, je vous restai
» fidèle; mais dès l'instant de votre abdication, et
» même dès l'instant où mon souverain légitime a
» fait entendre sa voix et que sa voix a retenti
» à mes oreilles, vous n'avez plus été RIEN pour
» moi : je fuirai, s'il le faut, je fuirai pour la se-
» conde fois sur une terre étrangère, ou bien j'irai
» de nouveau arroser vos prisons de mes larmes ,
» si je ne peux trouver un asile, contre la pour-
» suite de vos gendarmes; mais tant qu'il existera
» dans l'Europe un seul étendard déployé au nom
» des Bourbons, je leur serai fidèle, autant par
» un sentiment de respect et d'amour, que par un
» principe de conscience, et d'honneur. »
2°. Oui, Bonaparte va arriver au premier jour
(1) ; cela n'est pas douteux ; le grand Asmodée l'a
(1) Ce devait être le 20 de mars; mais cette heureuse
époque est passée, et le grand homme est encore à Ste-Hélène.
XVJ RÉFLÉXIONS
transporté de Sainte-Hélène à Sénégambie, en
Afrique ; il l'aurait acconduit droit en France,
mais le voiturier n'avait pu obtenir de licence
que pour le Cap-Vert, où tous les philantropes,
les amie des hommes, les libéraux , les éco-
nomistes , les gens à moralité et à principes reli-
gieux, se rendent en foule (V. Journal des Débats
du mois de janvier 1817 ), pour delà revenir à
la suite du bon Napoléon, le pacificateur de l'Eu-
rope, rendre à la France sa gloire , son repos et
surtout l'abondance : oui, l'abondance, car c'est
lui qui fait acheter , tout présentement, les blés
de France , pour nous les rapporter avec les idées
libérales, les droits de l'homme, la souveraineté
populaire et la gloire nationale.... N'attribuons
donc plus la cherté des vivres aux pluies abon-
dantes et continuelles de l'an dernier , mais bien
à la prévoyance du grand politique Napoléon,
qui nous affame aujourd'hui, pour avoir le plaisir
de nous rassasier la semaine qui vient : déjà
trente mille Verts sont dans les forêts du Maine
pour l'y attendre; il s'avance à grandes journées,
suivi de trois cents mille voitures chargées de blé,
de farine et de pain tout cuit.
Tout cela est très-sûre, car tout le monde le
disait au marché de C. m. t. de Vil. et de Th. g... :
le pain ne vaudra plus que deux sols la livre : vive
l'Empereur !
Ces sottises ( sauf rédaction ) se débitent pu-
bliquement et sérieusement ; et des personnes
qui se croient sensées, le sont assez peu pour
s'en alarmer et le publier; pour moi, je ne CROIS
ni ne CRAINS le retour de Bonaparte. Quelques
papiers anglais, d'accord avec nos jacobins, dé-
bitent
PRÉLIMINAIRES. xvij
bitent sur ce sujet d'effrayantes impostures; mais
la confiance du gouvernement doit être la règle
de la nôtre ; et très-certainement s'il y avait la
moindre chose à craindre du côté de Sainte Hélène,
le Roi n'aurait ni demandé ni obtenu le départ de
trente mille des troupes étrangères, dont la pré-
sence nous serait si nécessaire, si les ennemis de la
paix étaient en ce moment aussi redoutables qu'ils
cherchent à le faire croire : le calme qui règne
en France, dit M. de Villèle, rend ces forces
inutiles. (Séance du 6 février 1817.)
Il fut un temps ( et ce temps fut celui de la
première restauration ), où nous pûmes et dûmes
craindre le retour de Bonaparte. N'était-il point
même nécessaire ce retour au repos de la France?
Tout respirait encore autour de nous l'esprit de
jacobinisme ; les écrits séditieux et irréligieux cir-
culaient comme dans les premiers jours de la révo-
lution ; nous y entendions le même langage, les
mêmes menaces, nous voyons les mêmes hommes;
on y faisait un crime à LOUIS XVIII de s'intituler
Roi par la grâce de Dieu : on y disait nettement
que nous allions retomber sous la triple tyrannie
des Rois, des Nobles et des Prêtres ; on nous y
menaçait de la fureur populaire et des vengeances
nationales : à tous ces symptômes d'anarchie, nous
pouvons ajouter les sentimens et les dispositions de
plusieurs d'entre ceux à qui le Roi avait donné sa
confiance. Combien né se trouva-t-il pas de traîtres
parmi ses ministres, ses pairs , ses généraux , et
nos députés ? On conservait sous les yeux du Roi
même, les pierres d'attentes. Napoléon pouvait-il
être supposé effacé du coeur des gens en autorité,
puisque son nom ne l'était-même pas de des-
xviij RÉFLEXIONS
sus les murs des appartemens du Roi; sa cha-
pelle elle-même n'avait pas d'autres ornemens
que ceux qui pouvaient et devaient rappeler le
souvenir de Napoléon : aussi Napoléon revint;
mais les choses ont bien changé ! Le Roi et les
départemens ont fait un meilleur choix, nous de-
vons le croire. Je le crois, et la chose n'est pas
douteuse; je sais tout ce que je dois de respect
et de confiance à des hommes qui s'honorent
d'être nos représentans auprès du trône ; si donc
il m'est échappé un seul mot, dans le cours de.
mes réflexions, qui puisse donner à douter que
ces deux sentimens sont dans mon coeur , je le
désavoue; mais enfin, puisque ces MM. consentent
que les journalistes fassent retentir jusqu'à nous
leurs discours et leurs opinions, il me semble qu'ils
ne peuvent nous faire un crime d'y opposer nos
raisonnemens , et de les soumettre à nos Ré-
flexions.
VI. Ne mettons pas beaucoup de différence entre
ceux qui sonnent l'alarme sur ce prétendu retour
de Bonaparte, et ceux qui, affectent d'en paraître
effrayés; les uns et les autres parlent par humeur
et dans un esprit de contradiction : ceux qui sem-
blent former des voeux pour son retour, ressem-
blent au bûcheron de la fable, qui ayant invoqué
la mort, lui tourna le dos aussitôt qu'il la vit
venir, et courut se cacher dans le tronc d'un vieux
chêne, où mille fois il s'était mis à l'abri des vents,
des pluies, des froids et des orages : LOUIS XVIII
est le vieux chêne de ma parabole , et ce serait
sous les branches de cet antique et puissant abri
que les coriphées de la ci-devant Majesté iraient,
tous les premiers, chercher un asile; ils seraient
PRÉLIMINAIRES. XIX
les premiers à crier VIVE LE ROI ! VIVE LOUIS
XVIII ! Ils crieraient plus haut que nous; c'est
ainsi que le voleur qui fuit à travers le village,
crie aussi de toutes ses forces : Au voleur,....
arrêtez,.... le voilà,.... courez donc,.... arrêtez-
le, au voleur,.... et par cette ruse il s'échappe;
cela n'a pas besoin d'explication; il pourrait même
arriver que nous serions obligés de nous taire,
nous autres royalistes de bonne foi, pour ne pas
être confondus avec les fourbes ; ce que je sais
à cet égard , c'est que les royalistes cessèrent
promptement de porter la fleur de lys, parce
que nous la voyions à la boutonnière des plus
déterminés bonapartistes , et ce fut promptement
à cette marque qu'on les reconnut.
Quant à l'autre espèce de gens qui parlent à
tout propos du retour de Bonaparte comme d'une
calamité, nous devons les plaindre si elles pensent
comme elles parlent ; mais la plupart ne le font
que pour le plaisir de faire un peu de sensation
dans le cercle qui les entoure; cela tient à je ne
sais quelle bile, qui croupit plutôt qu'elle, ne fer-
mente : ne cherchons pas à être d'accord avec ces
sortes de personnes, car nous n'y parviendrions
jamais.
VII. Le grand item c'est qu'il faut vivre,
Voilà pourquoi l'on fait un livre.
Je sens aussi le besoin de vivre, et je connais
toute la modicité de mes moyens, qui se bornent
tout simplement aux revenus de ma petite succur-
sale, et cependant je me crois au nombre des riches,
puisque mes besoins sont au-dessous de mes
XX RÉFLEXIONS
moyens, et que tous les jours, encore je tends
une main secourable à l'indigence; mais quoiqu'il
en soit de ma misère ou de mon opulence, je
proteste que l'espoir du gain n'a jamais influé sur
les intentions de mon travail. J'ai entendu, et j'en-
tends encore tous les jours de pitoyables raison-
nemens, des suppositions ridicules , des censé-
quences alarmantes ; j'entends, je vois tout cela
circuler au milieu de nous : je sais, de plus d'une
manière, que ces bruits confus de la malveillance
nourrissent et alimentent le feu sous notre cendre ; ils
inspirent des craintes, des méfiances, et même des
aversions (1). Je crois que le SOUVENIR du passé
serait un préservatif et un remède ; je l'offre ce
souvenir, et s'il contribue à dissiper les efforts
de la malveillance, je serai bien payé de mon
travail et de mes avances; si cependant les per-
sonnes à qui j'adresserai mon livre jugent à propos
de me faire passer quelque chose pour m'aider à
m'acquitter avec mon imprimeur , je le recevrai
avec reconnaissance, et s'il me vient quelque
chose de plus , je n'en ferai pas mon profit, je
l'emploirai à quelques bonnes oeuvres, dont l'oc-
casion ne nous manque pas aujoud'hui ; j'en ai
(1) Il y a bien peu de jours qu'une personne,
qui a le droit d'être crue, me disait : « Oh ! M., si vous
» saviez que nous sommes malheureux chez nous : on y
» hait les Prêtres et le Roi comme la mort ; ils seraient
» si contens si l'autre revenait : c'est le père de la France,
» celui-là , disent-ils.... oh ! il arrivera bientôt... le pain
» que nous payons six sols, n'en vaudra plus que deux,
» etc. ». Pas un marché, dans l'instant présent, où ces
sottises ne retentissent....
PRÉLIMINAIRES. XXJ
pris l'engagement avec Dieu. Je le renouvelle dans
ce moment, et j'y serai fidèle jusqu'au scru-
pule.
VIII. Bien des personnes croiront, peut-être,
en avoir lait assez pour moi , et avoir plaine-
ment répondu à mes intentions en me payant
un petit tribut d'éloges, accompagné d'un peu
de monnaie , y joint quelques remercîmens de
politesse et d'usage; or, MONSIEUR ou MADAME,
permettez-moi de vous le dire , vous m'élèveriez
au-dessus des Delisle , des Bonald , des Castel-
Bajac , des Châteaubriant , pour la composition
de mon livre ; vous y ajouteriez le double, le
triple, le décuple de sa valeur en argent sonnant,
si avec tout cela vous mettez mon livre dans un
coin, quelqu'honorable qu'il soit ce coin , si vous
l'y mettez à dormir du sommeil de la mort, vous
n'aurez nullement répondu à mon désir. — Qu'est-
t-il donc votre désir ? — C'est que vous répandiez
quelques exemplaires de mes Réflexions au milieu
de ce qui vous entoure , ou au moins que vous
communiquiez celui que j'ai eu l'honneur de vous
adresser, à toutes les personnes que vous croirez
capables d'en faire usage et d'en profiter.
Telle fut la conduite que tinrent, et les moyens
qu'employèrent les séditieux de 1789 et années,
suivantes ; Gorsas, la Feuille villageoise, et bien
d'autres, étaient adressées aux maires tricolors,
qui étaient chargés de former de petits clubs, c'est-
à-dire de petits rassemblemens, où ledit maire lisait
et commentait les impostures dont il était le dépo-
sitaire.... Ayons pour le bien le même zèle, la
même persévérance, le même désintéressement
que les révolutionnaires eurent pour le mal, et
XXIJ RÉFLEXIONS
je réponds du succès; car enfin, nous avons une
meilleure cause, nous avons pour nous la plus
terrible expérience ; nos maires et nos adjoints ,
nos trésoriers et nos fabriciens , doivent avoir été
choisis d'après les voeux du Roi ; ce sont donc des
royalistes , nous pouvons au moins le supposer ,
qu'ils soient aussi jaloux de l'écharpe royale que
les maires, élus il y a vingt-cinq ans, le furent
de l'écharpe républicaine, et tout ira bien.
Les ecclésiastiques, qui étaient alors dans le
ministère, peuvent bien se ressouvenir que si on
nous faisait la grace de ne pas nous adresser
directement les ordurières et mensongères pro-
ductions de Gorsas , de Hébert et Chesnier,
qui étaient remplis de virulentes diatribes contre
les prêtres, et de ridicules contre tout ce qui tenait
aux fonctions de notre ministère, on n'en trouva
pas moins le moyen de faire de nous aussi des
apôtres de sédition ; plus d'une fois il nous fut
enjoint de lire publiquement, et même à nos
prônes, des proclamations incendiaires , où l'au-
torité des Rois et des Papes était outragée ; où la
liberté, l'égalité étaient annoncées comme source
du bonheur public; où tous les principes, les causes
et les moyens de la révolte étaient digérés de la
manière la plus propre à émouvoir, séduire et en-
traîner le peuple de nos campagnes; et plus de cent
lois le maire , bariolé de son ruban, environné
de ses municipaux en costume , fit parler son
curé ou lui imposa silence, au gré de son caprice.
Un curé reçut en chaire un coup de pistolet, dont
il mourut sur-le-champ ; d'autres furent contraints
de descendre de chaire, arrachés de l'autel, dé-
pouillés des ornemens sacerdotaux , et chassés
PRÉLIMINAIRES. XXIIJ
hors le lieu saint pour n'avoir pas raisonné dans
le sens de MM. les maires...... Mais ce n'est pas
ici le lieu de ces sortes de détails; cependant l'ap-
plication qu'on en peut faire , entre de droit dans
mon sujet. Faisons pour le bien ( sauf les violen-
ces , les injustices , les impostures ) , ce que les
méchans font pour le mal, et nous triompherons
au sein de la paix.
IX. Qu'il me soit permis d'ajouter encore un
mot en faveur de mon livre (et c'est le dernier,
gémissement de ma petite montagne ), c'est qu'il
ressemble à l'élixir de longue vie , qui plus il
vieillit, plus il vaut ; il serait très-utile assuré-
ment, que dans l'instant présent, instant de mi-
sère, et conséquemment d'inquiétude et d'alarme;
instant dont les esprits brouillons et tracassiers,
profitent, pour ressusciter cet esprit de mal-aise et
de sédition qui commença et consomma les mal
heurs de la France il y a bientôt trente ans ; il
serait très-utile que les habitans de la ville, comme
ceux de la campagne , se ressouvinssent des maux
que nous avons soufferts tant que nous avons été
sans Roi, sans foi, sans loi; mais ce sera dans
vingt, trente, quarante, cinquante ans d'ici, que
ce souvenir serait encore d'une bien plus grande
utilité, car alors les massues , les cachots, les
fusillades, les cruautés , les impiétés du peuple
souverain, comme les conscriptions, les gen-
darmes , les réquisitions, les garnisaires de
Napoléon seront entièrement oubliés : ce serait
alors qu'il serrait utile de pouvoir dire aux ha-
bitans des villes et des campagnes : .... « TENEZ ,
» prenez , lisez et comprenez ; voilà ce qui
» nous attend , si nous nous y laissons prendre».
XXIV RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES.
Je peux dire que ce qui contribua beaucoup à
m'armer de courage contre les suggestions, les ca-
resses et les menaces des constituans, ce fut la
lecture que j'avais dès-lors eu occasion de faire
de la révolution d'Angleterre, par le ministère
de Cromwel ; qu'on lise aussi les révolutions ro-
maines et celles du Portugal, et partout on trou-
vera les mêmes prétextes, les mêmes moyens ,
le même résultat, et aussi les hommes de la même
trempe; partout la religion, la liberté, le bonheur
du peuple, la gloire nationale est mise en avant ;
il est à remarquer que la nation française est la
seule qui ait voulu détruire sa propre religion ;
mais elle n'en est venue à cet excès de fureur
et de délire, qu'après avoir déclaré solennellement
qu'elle voulait maintenir le culte de ses pères ,
et rendre à la religion catholique son ancienne
pureté, son ancien éclat, sa beauté primitive.
Ces protestations hypocrites retentirent cent et
cent fois à la tribune et dans les proclamations
jacobines et sur les places publiques elles-mêmes,
Ou dans ces tripots d'anarchie, appelés clubs....
Est-il bien sûre qu'aujourd'hui cette hypocrisie
sacrilége et dérisoire n'est pour rien dans ce que
quelques-uns disent en faveur de la religion ?
S'il est vrai que j'aye parlé avec trop peu de ménagement des per-
sonnes en place sous Napoléon, celles qui pensaient bien et qui ne
firent le mal que par la cruelle nécessité des circonstances , me le
pardonneront en considération de mon zèle pour une cause qui leur
est chère comme à moi : quant à celles qui firent le mal par esprit de
parti ou d'intérêt, je n'ai point d'excuse à leur faire, encore moins
de pardon à leur demander.
QUELQUES RÉFLEXIONS
SUR L'ÉTAT ACTUEL
DE LA FRANCE.
CHAPITRE PREMIER.
QU'UNE portion , même considérable , de la nation fran-
çaise se soit laissée éblouir, séduire , épouvanter et vaincre
par les promesses , les impostures, les caresses , les me-
naces , les violences et tant d'autres moyens de séduction
dont se servirent, il y a 25 ans , les premiers artisans de
notre audacieuse , irréligieuse et sanguinaire révolution ,
pour nous précipiter avec eux dans ce déluge de maux ,
dont nous sommes encore à peine délivrés , il n'y a pas
beaucoup à s'en étonner : nous ne savions pas encore par
nous-mêmes ce que vaut et peut un peuple sans Dieu
et sans Roi, qui, séduit par les maximes insensées d'une li-
berté sans frein , comme d'une égalité sans borne , à conçu
la chimérique espérance d'un bonheur imaginaire, fondé
sur le bouleversement et l'anéantissement de tous les prin-
cipes religieux, moraux et civils ; mais ce qui semble ne
pouvoir être conçu de personne , c'est qu'après tout ce que
nous avons souffert et vu souffrir sous le sceptre ensanglanté
du peuple souverain , et la hache exterminatrice des juges
bourreaux de notre révolution , il se trouve encore parmi
nous des hommes assez méchans, assez ennemis de leur repos
et du nôtre, pour regretter ces jours de honte et de dou-
leur qui ont couvert la France de deuil, de sang et de ruines.
1
Dans mille et mille endroits de notre France, on voit
encore les tristes et douloureux monumens des fureurs po-
pulaires ; cependant combien, parmi nous, renverseraient
encore aujourd'hui de leurs propres mains , s'ils le pou-
vaient, le trône de notre Roi, poux y substituer celui d'une
populace ignorante , orgueilleuse et furibonde , qui croit
encore à son fantôme, de souveraineté : oui, nous marchons
encore , au sein même de nos campagnes , sur des cendres
brûlantes, qui cachent sous nos pieds des tisons de dis-
corde , tisons mal éteints qu'une étincelle pourrait rallumer
de nouveau si la surveillance du gouvernement, n'en ralen-
tissait l'effervescence.
« Les potentats , dit M. Desèze, fils du célèbre défenseur
» de Louis XVI, ont fixé nos destinées politiques ; mais
» rien ne peut désarmer ces ennemis secrets qui déchirent
» le sein de notre patrie ; les nations ont terminé leurs
» puissantes querelles , mais en France les ambitions , les
» haines , les remords ne sont point encore pacifiés. — Des
» hommes qui , dans les premiers jours de notre révolution,
» ont assisté aux. saturnales du pouvoir., redemandent en-
» core les jours de licence et de, crime , et ceux qui ont
» participé à cette domination superbe, dont s'est indigné
» le monde entier, emploient d'aveugles instrumens dont
» on dirige l'aveugle docilité... L'audace de ces anciens fac-
» tieux cherche à porter dans l'ombre des coups plus sûrs;
» elle parle aux passions populaires , elle irrite les regrets,
» enflamme les désirs et préparé une sourde révolution qui
» puisse éclater avec furie.... »
M. de Vandoeuvre , dans son rapport sur l'affaire des
conspirateurs de Paris , appellés patriotes de 1816, dit :...
« Il y a des fléaux pour tous les siècles et des poisons pour
» tous les climats ; le nôtre a vu naître des hommes qui
» ne se meuvent que pour le crime , que l'expérience ne
» touche pas, que la clémence ne peut vaincre , et qui n'a-
» gissent, ne parlent, ne respirent que pour la ruine de
» leur pays. »
Nous avons besoin de semblables témoignages dans nos
paisibles campagnes ( je parle de celles que j'habite ) pour
croire à toute la malignité de certains pervers que les am-
bitions, les haines, les remords poussent continuellement
vers le crime : les habitans de notre bocage veulent en gé-
néral leur Religion et leur Roi ; il n'y a peut-être pas dans
la France entière un seul peuple plus ami de la paix que
celui qui m'entoure : le petit troupeau confié à mes soins
est cité pour exemple : la révolution n'a pour ainsi dire
changé en rien , ni ses moeurs, ni sa croyance , ni ses ha-
bitudes; il ne s'est pour ainsi-dire jamais ressenti de ces
grandes calamités qui ont frappé la France pendant la lon-
gue tourmente qui l'a bouleversée pendant vingt-cinq an-
nées entières. Cependant cette portion , si chère à mon
coeur, a besoin d'être mise en garde contre les efforts de
l'esprit de mensonge et de vertige, et c'est à elle que je
consacre d'une manière plus particulière mes réflexions et
mon travail.
Oui, j'ose l'assurer, il est même au sein de nos cam-
pagnes des hommes que l'expérience ne touche pas , que
la clémence ne peut vaincre. En effet, des bruits men-
songers, des cris séditieux, des plaintes, exagérées, des
calomnies atroces , des suppositions vagues , des incrimi-
nations absurdes, et, tous les autres alimens de l'insubor-
dination , circulent de la ville au village et nourrissent, au
sein même des plus paisibles campagnes , ce vieil esprit de
vertige dont les premiers essais nous ont coûté si cher. Les
séditieux de Grenoble nous donnèrent, dans leur expédi-
tion du 5 mai 1816, une belle leçon à cet égard. C'est au
gouvernement à punir de semblables tentatives ; mais pas
un français , ami de son DIEU et de son Roi, qui ne doive
employer tous ses moyens pour en bannir loin de nous jus-
qu'à la pensée. Tel est le but de ce petit ouvrage, que je
dédie principalement aux habitans de la campagne, et
dans lequel je me propose de rappeler à leur souvenir les
moyens que les factieux de 1789 employèrent pour sou-
lever la France contre la France et faire périr des milliers
de français par la main des français eux-mêmes. C'est un
arbre que je me propose de replanter sous nos yeux; nous
verrons comment il prit racine , quelles branches il poussa,
quels fruits il produisit, et quels hommes l'engraissèrent du
sang de plusieurs millions de français qu'ils lui immolèrent
de milles manières différentes. Cet arbre de crime et de mort
fut appelé l'Arbre de la Liberté et de la Régénération
française; les racines de cet arbre , engraissées de sang
humain , n'ont pu lui donner qu'une existence passagère;
mais cet arbre a produit des fruits et ces fruits existent en-
core au milieu de nous.
Nous vîmes bien des réjouissances à la première, et prin-
cipalement à la seconde restauration de LOUIS XVIII,
parce qu'alors on n'apercevait que le sceptre de fer qui ve-
nait d'être brisé sous nos yeux , et bien véritablement sur
nos têtes ; mais au seul mot d'impôt à payer, d'armée
à réorganiser, les fronts se recouvrirent de nuages et les
murmures se firent promptement entendre ; les perquisitions,
les dénonciations , les visites domiciliaires, les pillages, et
les massacres du peuple souverain.... ; les réquisitions, les
contraintes, les gendarmes, les conscriptions de Bona-
parte furent bientôt oubliés ; bientôt on ne vit plus que les
calamités du présent, celles du passé n'étaient déjà plus rien
pour nous ; elles étaient déjà bien loin de notre souvenir :
Inde mali labes. Telle fut, telle est, telle sera toujours la
cause des misères de l'homme.
Jamais il ne voit, jamais il ne sent que les souffrances
de, l'instant présent ; il pousse des cris dé douleur et quel-
quefois de désespoir sur le mal qu'il souffre ; il ferme les
yeux sur le passé; il les ouvre à peine sur l'avenir :
d'où ilrésulte qu'indocile aux leçons des plus terribles
épreuves, il ne détourne presque jamais les maux qui
le menacent... Puisse mes Réflexions remédier, au moins
en quelque chose, à ce malheur, qui très-certainement
est la source de tous les autres; car le DIEU que nous ser-
vons est trop juste et trop plein de miséricorde , pour ne
pas détourner sa verge, si nous cessions d'en mériter les
coups ; et pour cesser de les mériter ces coups si redou-
tables , il nous suffirait de nous ressouvenir des causes
qui l'ont provoquée contre nous , et voilà ce que nous ne
faisons pas, noli oblivisci.... Gardons-nous bien d'ou-
blier ce que le Seigneur a fait pour et contre nous. —
Nos émotions ont été si violentes , nos maux si effroya-
[5]
bles, que leur souvenir seul devrait captiver toute notre
attention, ( dit L. Aimé Martin ).
Oui, si le peuple de France, et principalement celui
des campagnes , se ressouvenait encore aujourd'hui du
calme, de la paix et du repos dont il jouissait sous le
gouvernement de Louis XVI : s'il se ressouvenait encore
de la cent millième partie des maux qu'il a souffert depuis
la mort de ce Roi , si justement appelé par ses ennemis
même , le plus honnête homme de son royaume : oui ,
le peuple de France tomberait, au moins par la pensée,
aux pieds de LOUIS XVIII : il le bénirait, il le regar-
derait comme le libérateur de la France, le pacificateur
de l'Europe ; il reconnaîtrait en lui l'Image vivante du
Roi des Rois, et cela seul ferait le bonheur des français;
nous redeviendrions encore la nation choisie, le peuple de
prédilection. Mais il n'en sera pas ainsi; car « les fac-
» tieux , (dit le ministre de l'intérieur dans sa circulaire
» du 11 mai 1816), n'ont encore perdu ni leur espé-
» rance ni leur audace. Eternels ennemis de l'ordre, ils
» ne négligent aucune occasion , aucun prétexte pour ré-
» veiller la cupidité, alarmer la faiblesse, et diriger toutes
» les passions vers le crime »....
Je concevais à peine ce que pouvaient signifier ces paroles
alarmantes : je ne croyais plus qu'il existât encore en France
des hommes assez méchans pour conspirer contre l'autorité
paternelle de Louis XVIII, La conspiration de Paris et
celle de Grenoble , vinrent me tirer d'une aussi douce il-
lusion, et encore dans l'instant même où je rappelle à
mon souvenir ces derniers efforts d'une rage expirante ( 5
janvier 1817) , on répand encore des bruits sinistres, le
grand perturbateur du repos public doit avoir escaladé les
murs de sa prison , et s'être précipité du haut des rochers ,
de son île; les uns le disent en Amérique, à la tête d'une
armée de noirs qui, sans doute,, comme ceux de il y a sept
à huit mois , n'ont qu'un oeil au front et sont d'une
taille de Goliat : — les autres le disent en Allema-
gne , à la tête d'une puissante armée, pour venir contre
la France, de concert avec le prince Charles; voilà ce que
je viens de voir dans une lettre fort détaillée : tous ces bruits
[6]
sont absurdes, ils n'alarmeront que ceux qui aiment à se
faire des monstres pour les combattre ; mais ces bruits n'en
sont pas moins des preuves certaines , qu'il en est parmi
nous , de ces hommes dont parle M. Desèze , qui n'ont pas
encore l'audace des anciens factieux, mais qui cherchent
à porter dans l'ombre des coups plus sûrs , en parlant
aux passions populaires , pour en faire encore aujour-
d'hui , comme il y a vingt-cinq ans, les instrumens aveu-
gles de leur fureur.
Cette observation de M. Desèze est très-juste et très-
vraie ; il est très-important pour le peuple des villes et des
campagnes d'en bien saisir la vérité : les grands conspi-
rateurs ne se mettent en évidence que lorsqu'ils croyent
leurs desseins assurés, ce sont toujours . les hommes de,
la dernière classe qu'ils mettent en avant : la conspira-
tion de Grenoble et celle de Paris en sont les exemples
les plus récens que je puisse citer ; dans la première , ou
né comptait pour ainsi dire que de pauvres ouvriers ,
parmi les douze cents qui furent , comme pris , les
armes à la main ; et nous savons ce que c'était que ce
Plegnier et compagnie, qui avait projeté de faire sauter les
Tuileries, pour ensevelir la famille Royale sous ses dé-
combres.
L'esprit de faction et de révolution est encore si plein de
vie dans l'intérieur de la France , que, dans des assemblées
électorales de 1816, on entendit lés cris séditieux de 1789...
A bas les Prêtres , à bas les Nobles.
Je pourrais parler ici de cette conspiration , vraie, ou sup-
posée, dont les journaux ont parlé il n'y a pas encore un
an ; elle était aussi l'oeuvre des ténèbres : un concierge
d'Alençon devait être à la tête; son fils était son bras droit ;
et les associés étaient comme lui , de cette vile populace
que l'expérience ne touche pas et que la clémence ne
peut vaincre.
Et puis enfin , ce Rondon, âge de vingt-quatre ans , hom-
me sans moyens en apparence , et qui gémit présentement
dans les prisons de Bordeaux ; il se disait lieutenant de
Bonaparte , et gouverneur en chef de l'organisation ; il
s'était déjà montré à Tours, à Blois et à Poitiers, et avec
[7]
quelques succès, puisqu'il obtenait déjà des avances en
échanges de bons , sur le futur passé trésor impérial; tout
ce que l'on a pu arrêter de ses associés, tous sont de la plus
basse classe; découvert sur la fin d'octobre 1816 , il a été
incarcéré le 19 décembre. (Journal des Débats du mois de
janvier).Tout cela ne peut alarmer les personnes qui croyent
à l'active prévoyance du gouvernement; cependant, tout
cela nous dit que dans tous les coins de la France, il est
des hommes, qui justifient le mot d'un des derniers ouvra-
ges de M. de Châteaubriant ; il est bien aisé, dit-il , de
remuer la lie des nations, mais il ne l'est pas autant de
la rasseoir; ce lie sont peut-être pas ses propres expres-
sions, mais c'est son idée, et l'expérience de toutes les ré-
volutions nous en démontre la vérité.
L'oisiveté des villes produit encore aujourd'hui, comme
il y a vingt-cinq ans, des raisonneurs intarrissables qui
nous vantent la liberté du peuple anglais; à les enten-
dre , il n'y a point sur la terre de peuple plus heureux
que ce peuple anglais ; et ce bonheur vient tout entier
du gouvernement libéral de cette nation fortunée. Cela
est fort beau dans les salons et les livres , et surtout
dans les conversations, après un bon dîné; mais dans la
vérité, le peuple n'est point heureux en Angleterre,
et la preuve en est incontestable ; souvent on en trouvé
expirant de faim dans les rues et sur les places publi-
ques, il n'y a pas de pays au monde peut-être, où
les supplices soient plus ordinaires, on en a compté près
de soixante mille sous le règne d'Élisabeth ; mais ce qui
doit être pour les habitans des villes et de nos campagnes,
une leçon bien plus puissante, c'est que depuis environ
deux ans et peut-être davantage, il se forme dans les plus
grandes villes et dans Londres même, des sociétés de bandits
que la police ne peut réprimer, et dont toute l'occupation
est de briser les métiers de différentes manufactures ; les
pillages et les vols en sont les suites nécessaires , et si l'on
veut avoir une idée de ce qu'est quelquefois le peuple
anglais , en conséquence de ses droits de liberté (1) ,
nous n'avons qu'à nous ressouvenir de ce que nous fûmes
(1) Quelle affreuse liberté que celle qui conduit à la potence.
sous l'empire du peuple souverain, et ce souvenir, si nous
savons nous instruire de notre propre expérience , nous
fera bénir le gouvernement paternel de notre Roi : c'est à
quoi tendent mes réflexions , puissent-elles contribuer à
un aussi grand bien , cela seul serait la récompense de mon
travail, et cette seule espérance m'inspire assez de courage
pour oser rendre publiques des réflexions qui n'ont d'autre
mérite à mes yeux, que la pureté de mes intentions et l'ap-
probation des personnes éclairées qui ont bien voulu en
prendre connaissance.
Peuple de France, habitans des villes et des campa-
gnes , soyons LIBRES;... oui, libres de faire le bien quand
nous le pouvons, et jamais de faire le mal impunément...
Ne confondons pas la liberté avec la licence; si l'une fait
la gloire et le bonheur d'une nation, l'autre en fait la honte
et le malheur; nous l'avons appris par notre expérience et
à nos dépens , que cette terrible leçon ne s'efface jamais
de notre souvenir, Noli oblivisci... N'oublions jamais les ter-
ribles châtimens dont le Seigneur a usé contre nous pen-
dant vingt-cinq années entières, pas plus que les grands
biens dont il nous comblera au sein de la paix, si nous
revenons tous, et sincèrement, à notre DIEU et à notre
Roi...
CHAPITRE
[ 9 ]
C H A P I T R E I I.
CE qui précède montre assez quels sont mes motifs, mes
moyens et mon but... voici mon plan.
Dans l'espace de moins de vingt-cinq années, trois Sou-
verains se sont présentés successivement et consécutive-
ment à l'amour et à la haine;... au respect et au mépris...
aux bénédictions et aux malédictions de la nation fran-
çaise , je pourrais même dire , de toutes les nations de
l'Europe et peut-être même du monde entier , car dans
quelle contrée de notre Univers n'ont pas retenti les cri-
mes et les vertus de notre révolution : toujours , puis-je
assurer , que la rage et la fureur de nos révolutionnaires,
les souffrances et la patience de leurs victimes , ont fait
verser des larmes de douleur à nos missionnaires de la
Chine ; l'Amérique en a retentit d'un bout à l'autre , elle
s'est aussi ressentie dé notre bouleversement ; et combien
de proscrits n'ont pas été traînés dans les déserts brûlants
de la Guyanne, pour y terminer une vie de misère dans
les plus horribles souffrances , et y faire retentir par de
longs gémissemens une partie des horreurs dont nos régé-
nérateurs se sont rendus coupables.
Nos trois Souverains se sont dits les amis, du peuple,...
les pères de la patrie,... les restaurateurs. de sa liberté,...
lès soutiens de sa gloire,.... les fondemens de son espé-
rance, .... les garans de son bonheur ; ..... à les entendre
ils avaient les droits les plus sacrés à la souveraine auto-
rité, à nos respects , à notre amour , à notre reconnais-
sance : soumettons à notre jugement les titres, les droits
et les prétentions de ces trois Souverains et voyons auquel
il est raisonnable, avantageux et juste de donner la pré-
férence : les pièces de ce grand procès sont sous nos yeux :
nous pouvons juger en connaissance de cause ; il est de
notre plus grand intérêt de ne pas nous méprendre clans le
jugement d'une affaire qui tient essentiellement au bonheur
du temps et de l'éternité.... LE PEUPLE , — NAPOLÉON , —
Louis XVIII... ce sont les trois Souverains cités à notre
tribunal : soyons justes et rendons à chacun ce qui lui
appartient.
I. Le PEUPLE a été le premier de trois Souverains qui
se soit mis en évidence depuis la destruction de l'autorité
royale en France: il régna pendant plus de dix années en-
tières : ses enseignes portèrent gravées en lettrés de sang,
ces quatre mots: LIBERTÉ, ... ÉGALITÉ , ... FRATER-
NITÉ, ...BONHEUR..... Ces mots furent ses cris de rali-
ment... Nous entendions de toutes parts crier à plein gosier,
vive la Liberté !... vive l'Egalité ! nous serons tous libres,
tous égaux, tous heureux; plus de prêtres , plus de nobles,
vive la Nation !.... Les instrumens de sa puissance furent
la terreur, — les dénonciations , — les proscriptions, —
les guillotines , — les piques , — les torches , — les ha-
ches , — les massues et tous les autres attributs d'un
peuple qui se régénère par L'EAU , le SANG et le FEU.
Nous verrons ces trois sortes de régénérations mises en
oeuvre par les agens du Peuple Souverain, qui se succé-
dèrent sous les titres pompeux d'Assemblée Constituante,
— Corps Législatif, — Convention, — Directoire — An-
ciens et Cinq-Cents , etc.
Ç'a été sous l'empire de cette hideuse catégorie d'assas-
sins, que la France a vu son trône renversé , — son Roi
massacré , — ses temples profanés , — ses autels, brisés, —
ses vierges outragées , — ses prêtres calomniés , ... dépouil-
lés , ... poursuivis,... bannis ou mis à mort. Ce fut sous
ce sceptre de sang et de crimes, que les châteaux furent
réduits en cendre , les nobles poursuivis, égorgés, ou mis
en fuite.
Ce fut à l'Ecole du Peuple Souverain que nous apprî-
mes, jusque dans les lieux les plus reculés de nos provin-
ces , à braver les jugemens de Dieu , à nous moquer de ses
châtimens, à mépriser ses menaces et à nous faire un
amusement de la profanation de tout ce qu'il y a de plus
saint et de plus sacré dans la religion de l'évangile,
II. NAPOLÉON vint ensuite; il a régné près de quatorze
ans , sous les titres de Consul et d'Empereur. Les pre-
miers jours de son règne furent ceux de sa gloire ; il fit
concevoir à la France un espoir de calme après l'orage.
Les nobles et les prêtres reparurent en France ; les jours
du Seigneur furent rétablis, ses temples se rouvrirent, ses
autels purifiés redevinrent les autels du DIEU des chrétiens;
la religion , les bonnes moeurs, le commerce et l'agriculture
semblèrent promettre l'abondance ; mais Napoléon n'était
encore pour la France qu'une autre verge dont la main ven-
geresse et puissante de l'arbitre souverain des empires , vou-
lait se servir pour faire rentrer dans le néant ce fantôme de
souverain peuple, à qui la puissance de nuire avait été
donnée , pour nous punir de notre orgueil et se punir lui-
même des excès de son immoralité et de son impiété.
La France n'avait pas seule provoqué la colère céleste ;
toutes les puissances de L'Europe devaient boire, avec leurs
peuples, dans le calice d'amertume que le Seigneur avait
préparé dans sa colère ; il choisit Napoléon pour être l'exé-
cuteur de sa vengeance , il le plaça sur le trône , lui mit la
couronne sur la tête; il arma son bras d'un sceptre de fer; il le
lança sur l'Europe comme il lance la foudre au milieu des airs :
au lieu de fermer nos plaies et de guérir nos blessures ,
Napoléon les ouvrit encore , il les rendit plus profondes ,
plus douloureuses , plus difficiles à guérir... Cependant, par
un miracle de sa puissance, DIEU se servit des calamités,
même dont Bonaparte avait été l'instrument pour ramener
la France de son anarchie populaire au gouvernement D'UN
SEUL, non d'un seul tyran, comme nous l'avions trouvé
dans Napoléon, mais d'un seul Roi , le père , le consola-
teur, l'espérance et l'appui de son peuple. — La guerre fut
l'élément de Napoléon ; il régna par les réquisitions, les
conscriptions, les proclamations , les gendarmes et les gar-
nisaires. Il nous fit chanter des Te Deum sans nombre ,
pour célébrer ses sanglantes victoires , et toujours ce chant,
de joie fut pour la France un chant de deuil ; toujours il
fut pour les mères un glaive à triple tranchant qui leur
annonçait que bientôt on allait leur ravir d'autres enfans,
et peut-être même leurs époux; trois cents mille de nos
jeunes français , et quelquefois davantage, sont allés , par
chaque année , périr de faim, de fatigue et de misère dans
les hôpitaux ou sur les champs de bataille : des tas d'osse-
mens cachés sous un peu de terre , des monceaux de cen-
dre détrempés dans des fleuves de sang et de larmes,... des
débris encore fumans de plusieurs milliers de villes , de
bourgs et de villages , sont les épouvantables monumens qui-
déposeront pendant des siècles entiers contre le gouverne-
ment de Bonaparte,... gouvernement qui pèserait encore
aujourd'hui sur nos têtes si le ciel apaisé n'avait brisé sa
verge. Si Napoléon se fût servi de sa puissance pour le bien ,
il eût été l'image de DIEU pour nous,... s'il n'eût été que
sévère , il eût été, le ministre de la justice divine;... mais
cruel, méchant , sanguinaire , il fut l'instrument des ven-
geances célestes.
Napoléon crut devoir user de beaucoup de m'énagemens
pour apaiser les humeurs républicaines ; il se dit d'abord
Consul, au nom de la République et par la grâce du
peuple, bien entendu ; mais bientôt la couronne impériale
eut plus de charme pour lui que la verge consulaire ; il
s'intitula Empereur, et même par la grâce de Dieu ,
parce qu'il voyait dans la nation française une volonté
bien prononcée d'être une nation religieuse. Napoléon fit
battre monnaie , et il y mit pour devise , DIEU PROTÈGE
LA FRANCE... Oui, dans le sens de qui bien aime , bien
châtie... Mais comme la récompense suit le châtiment d'un
père juste, et bon , DIEU, nous donné Louis. XVIII après
Napoléon, et la France est sauvée.
III. LOUIS XVIII n'a pas encore régné deux ans , il n'a
pas encore eu, ni le temps ni les moyens de faire à la France
tout le bien qui est dans son coeur ; mais il a déjà assez
régné pour nous faire concevoir, l'espérance d'un plus heu-
reux avenir : la douceur , la clémence, la justice, et l'a-
mour sont dans son. coeur ; ces vertus sont l'urne et le
caractère de son gouvernement.. . . Il a fait, ou au moins
a voulu faire du bien à, tous, même à ses ennemis ; il n'a-
fait de mal à personne : pas une goutte de sang n'a coulé
pour sa, cause, pas un coupable n'a été puni par ses or-
dres; il a gémi sur nos infortunes; il a versé des sommes
considérables dans le sein des pauvres ; il a déjà fait re-
fleurir la religion et les bonnes moeurs, ; il a pacifié la
France deux lois ; il l'a , comme il le dit lui-même, re-
conciliée deux fois avec l'Europe... En tout, Louis VVIII
se montre l'ami de ses sujets, le père de son peuple, le
ROI selon le coeur de DIEU.
Eh bien ! peuple de France, habitans des villes et des
campagnes , soyez justes.... ; prononcez.... auquel de
ces trois Souverains que je viens de citer à votre tribunal,.
auquel croyez-vous qu'il soit de notre honneur et de notre
[ 13 ]
bonheur de donner la préférence? Pour moi, j'ai fait mon
choix. VIVE LE ROI ! ... gloire à Dieu , ... paix à la
France,... fidélité , respect, obéissance , amour à Louis
XVIII et à sa famille.
Quelle règne sur nous , cette famille héritière des vertus
de ST-LOUIS , de HENRI IV et de Louis XVI? Quelle
fasse la gloire du trône et le bonheur de la France. Vive
les Bourbons !
Loin de nous, .... loin de nous donc, cette hideuse
légion de sauterelles dévorantes , de tigres affamés qui,
sous les dénominations de jacobins, d'anarchistes, ter-
roristes, républicains, maratistes , girondins, brissotins,
montagnards et autres, tous gens à hache, à torche ,
à pique refondus en Bonapartistes, qui ont. fait périr
plusieurs millions de français sous les armes , et se sont
enrichis des dépouilles de plusieurs cent mille victimes,
qu'ils n'envoyèrent à l'échafaud que pour s'engraisser. . . .
Loin de nous ces anges de Satan, ces tisons de discorde,
qui dans l'instant même où je trace ces lignes , travaillent
encore sourdement pour relever leur idole ; ils n'ont rien
perdu , ni de leur audace ni de leur volonté de faire le
mal; ils travaillent dans les ténèbres à réveiller la cupi-
dité , à alarmer la faiblesse et diriger toutes les passions
vers le crime.
Mon DIEU ! ! ! Mon DIEU... Dieu de la France et de
mon Roi, . . vous qui disposez à votre gré des trônes et
des sceptres; vous qui brisez les uns et renversez les autres
avec la même facilité que vous renversez les chaumières
de nos pauvres laboureurs , et brisez la houlette d'un simple
berger, soutenez le trône de France , conservez son Roi, ...
conduisez son Roi, . . . soutenez-le contre les attaques des
suppôts de l'Enfer.... Ses ennemis, sont les vôtres, vos
ennemis , sont les. siens.... Eclairez , y mon DIEU ! l'esprit
de tous ceux qui environnent le trône de Louis XVIII :
que le souvenir des maux qu'ils ont soufferts avec nous ,
et que nous avons soufferts avec eux , leur apprenne comme
à nous , que la Religion seule peut être la base et la caution
de la félicité publique Qui osera jamais se dire l'ami de
son Roi, s'il n'est l'ami de son DIEU? Mais aussi, qui
osera se dire fidèle à son DIEU , s'il n'est l'ami de son Roi ?
Domine , salvum fac Regem.
[14]
CHAPITRE III.
§. I.
DE tous les obstacles que nous avons à vaincre pour faire
le bien , je ne crois pas qu'il y en ait de plus ordinaire, et
de plus difficile à surmonter que la prévention : l'homme
en place a beau avoir de l'éloquence, des lumières et du
zèle, ses talens se paralyseront toujours, si de fâcheux
préjugés sont contre lui : il en est deux contre moi, qui
très-certainement seront préjudiciables aux fruits que je
pourrais attendre de mon travail.... Je suis prêtre, et, qui
pis est, prêtre de campagne ; — duré de campagne ,...
médecin de campagne ,.. avocat de campagne , toutes
expressions synonymes, pour désigner des hommes de
médiocre intelligence .. . Peut-il venir quelque chose
qui vaille de Nazareth , disait un certain Natanaël,
en parlant de celui qui devait être le salut et la lumière
du monde... Je sens tout ce que cette comparaison à d'in-
convenable, mais elle fait voir combien nous sommes in-
justes dans nos préventions, et c'est tout ce que je voulais
dire.
Que vous importe quelle main tient le flambeau qui
vous éclaire au milieu des ténèbres qui vous environnent,
pourvu qu'elle ne vous égare pas?. . . Que vous importe
de quel four sort le pain que vous mangez., pourvu qu'il
soit de bon goût, nourrissant, salutaire et à bon marché?...
Que vous importe que je sois prêtre ou laïque ; de la pro-
vince ou de la capitale; de la campagne ou de la ville,
pourvu que ce que je recommande à votre attention puisse
contribuer à votre repos et conséquemment à votre bon-
heur ?
§. II.
« C'est un prêtre , diront quelques-uns , même parmi les
» plus simples habitans de notre bocage ; il faut le laisser
[15]
» dire : ce sont les dîmes , les fondations, les terres d'au-
» mônes , qu'il regrette ; voilà pourquoi il plaide avec tant
» zèle la cause du Roi, et qu'il dit tant de mal de ceux
» qui les lui ont enlevées ».
Si les sermens n'étaient pas aussi avilis en France qu'ils
le sent depuis, un quart de siècle, j'assurerais sur ma
conscience que tous ces motifs ne sont rien pour moi :
je n'ai jamais rien possédé de toutes ces choses, qui furent
autrefois le sujet de tant de murmures et l'objet de tant
de jalousies : Le sacrifice de mes dix années d'études pour
L'état ecclésiastique, m'avait aussi donné droit à des moyens
de subsistances établis par l'antique piété de nos ancêtres,
garantis sur les lois fondamentales du gouvernement et
la loyauté de nos concitoyens. Oui.... Mais tout
cela a disparu , et disparu pour toujours. Ma résigna-
tion est parfaite.: heureux de pouvoir servir à l'autel,
comme je l'ai fait dès ma tendre enfance, je m'en tiendrai
sans peine aux émolumens qui s'y rattachent de nouveau...
Mais pour répondre aux reproches que l'on nous fait de
soupirer après le rétablissement des dîmes, j'ose le dire
au nom des trois quarts, et demi des ecclésiastiques dans
les fonctions du ministère , loin de désirer le rétablisse-
ment des dîmes , nous regardons cette chimère comme le
plus grand des malheurs qui puisse nous arriver en ce
moment : le mécontentement des redevables serait le moin-
dre mal ; les embarras , les soins, l'assujétissement des
ménages nombreux, est pour les devoirs de notre ministère,
un des plus dangereux inconvéniens que nous ayons à
redouter.
Pour moi, je ne forme qu'un voeu sur ce qui tient à
notre subsistance, c'est 1°. qu'on ne la fasse dépendre
en rien de la volonté de nos paroissiens; il en résulte
pour nous une humiliation trop avilissante, pour ne pas
être très-préjudiciable aux succès de notre ministère.
Je désire, en second lieu , que les fonds qui nous se-
ront destinés soient entre les mains de nos évêques, pour
que nous ne soyons pas contraints de tendre la main à des
laïques qui ne, nous font pas toujours un accueil bien dis-
tingué.
[16]
§. III.
Parmi les préventions qui peuvent préjudicier le succès
de mon travail, il en est une qui tient essentiellement à
une cause qui m'est bien chère , je veux parler de l'affer-
missement de l'autel et du trône; c'est-à-dire de la religion
et de la royauté, l'une et l'autre est rétablie en France,
mais l'une et l'autre est environnée d'ennemis inquiets,
actifs et puissans ; il ne faut pas douter qu'ils sont nom-
breux dans les grandes villes, puisqu'il s'en trouve même
au sein de nos campagnes. Ces deux causes sont si étroi-
tement unies ensemble, qu'elles sont inséparables : sans
religion point de Roi ; l'irréligion entraîne l'anarchie et
tous les désordres qui lui appartiennent : sans Roi point
de religion , surtout en France, où le gouvernement D'UN
SEUL peut seul nous donner cet heureux calme , qui seul
peut faire fleurir une religion qui fuit les grandes agita-
tions des passions humaines , cherche la paix et ne pros-
père qu'au sein du repos ; les persécutions , il est vrai, sont
momentanément son triomphe et sa gloire; mais une re-
ligion qui ne se pratique que dans le secret des catacom-
bes , ne peut être regardée comme la religion du peuple
qui la persécute : la France a besoin d'une religion , mais
d'une religion publique, qui ait des jours solennels et des
cérémonies dont la majesté réponde à la grandeur de celui
quelle honore ; or, il n'y aura jamais que sous l'autorité
d'un monarque que la France pourra se flatter d'avoir une
pareille religion.
Quant à ce qui regardé la royauté considérée en elle
même ou dans la personne de Louis XVIII, il est très-
certain qu'elle est chère à la très-grande majorité des ha-
bitans de notre bocage ; cependant des insinuations perfi-
des altèrent notre confiance , au détriment du respect et
de l'amour que nous devons à notre Roi Je remporte-
rais une grande victoire, dès mon avant-propos , si je pou-
vais détourner de son gouvernement des préjugés ou pré-
ventions qui lui sont défavorables , et que les éternels enne-
mis du bien public ont soin d'insinuer à nos laboureurs
toutes les fois que les occasions s'en présentent, et ces oc-
casions
[17]
casions sont toujours celles des foires et marchés, d'où
nous ne revenons jamais tels que nous y sommes allés ,
c'est-à-dire que toujours on rapporte au sein du ménage ,
quelques nouvelles alarmantes , quelques suppositions
vagues , quelques craintes exagérées , quelqu'imposture
plus ou moins propre à troubler la tranquillité publique ,
et conséquemment à diminuer ces sentimens de respect,
de confiance et d'amour que nous devons à notre Roi.
§. IV.
1°. L'énormité des impôts et la cherté des vivres, est
pour l'instant présent la mine qu'exploitent, contre Louis
XVIII, les mal intentionnés ; .... 2°. le passage momentané
des Prussiens est encore en ce moment, pour le passé ? le
sujet des clameurs d'un grand nombre;.... 5°. la crainte
de revoir les Prêtres et les Nobles trop puissans , est ce qui
tourmente pour l'avenir; or, ces trois élémens de dis-
corde fermentent dans les têtes et portent les uns à regret-
ter Bonaparte , les autres à regretter ces honteux jours d'une
liberté farouche , où chacun ne dépendait de personne,
agissait au gré de ses passions sans avoir rien à redouter
de la triple tyrannie des Rois, des Nobles et des Prêtres.
Je le dis avec douleur, ces paroles séditieuses sorties de
la bouche des Carnot et des Méhée , paroles consignées dans
le Censeur (1), ont retenti jusque dans les paisibles con-
trées de notre bocage, et j'entendais dire en ma présence
il n'y a pas bien long-temps , ce si les prêtres et les nobles
» reprennent le dessus, nous serons plus malheureux que
» jamais ; il ne nous sera pas même permis d'avoir un
» couteau à notre poche » ;.... et puis à la suite , force
imprécations contre le Roi, que bien des gens regardent
encore , n'en doutons pas , comme l'ennemi de la France ,
par cela seul qu'il est Roi : mais peuple de France,
habitans des villes et des campagnes, pouvez-vous donc
encore aujourd'hui vous laisser aller à de semblables pré-
ventions : est-ce que vous étiez malheureux sous le gou-
vernement de Louis XVI, qui était Roi ?... Il y avait des
pauvres parmi vous ; mais enfin, la misère fut-elle portée
jamais aux cruelles extrémités où nous la vîmes sons
(1) Libelle diffamatoire et périodique qui vomissait publiquement et impuné-
ment des blasphèmes contre Dieu et des atrocités contre le Roi.
3
[18]
l'empire du Peuple Souverain et sous celui de Napoléon?
Avez-vous donc si promptement oublié la disette de 1812 ,
où pour 20 fr. vous trouviez à peine un boisseau de mau-
vais blé ? cependant la récolte précédente avait été passa-
ble; vous murmurâtes de la cherté des grains dans l'année
1816 , mais vous ne pensiez donc pas que les armées étran-
gères avaient été contraintes de traverser tout le levant de la
France dans les jours du printemps de, l'année précédente,
jours où les champs sont couverts des espérances du labou-
reur ; et n'était-il point juste , que nous contribuassions des
productions de notre sol à nourrir celles de nos pro-
vinces qui avaient supporté le fléau qu'entraîne le passage
d'une armée quelque bien disciplinée quelle soit. Nous
touchons encore en ce moment à une autre disette , les
pauvres en souffrent déjà les rigueurs, nous en partageons
tous la crainte; oui... niais à qui pouvons-nous l'attribuer?
votre Roi peut-il quelque chose sur les élémens , les vents;
les tempêtes et les pluies , obéissent-elles à sa voix ?... Non :
pas plus qu'à la vôtre. Hélas ! si le peuple de France eût
imité la piété de son Roi, les prières et les supplications
dont nos églises ont retenti par ses ordres, auraient désarmé
la colère du ciel, et des pluies continuelles et extraordi-
naires n'auraient pas, fait périr nos grains dans leur ma-
turité , elles ne détruiraient pas encore en ce moment le ger-
me de nos blés à mesure qu'ils sortent de terre.
§. V.
Les pauvres souffrent déjà beaucoup, ils souffriraient
bien davantage si on n'allait à leur secours ; mais à qui pou-
vons-nous en attribuer la cause ; Louis XVIII s'enrichit-il
aussi de nos misères: imitera-t-il celui qui pour des soupes
à la Rumfort, pour quelques sacs de pois et de riz distri-
bués dans la disette de 1792, nous fit payer des sommes
énormes dès l'année suivante ? Notre bon Roi le dit et
nous devons l'en croire sur sa parole ; il souffre grande-
ment des souffrances de son peuple, il l'a déclaré solen-
nellement dans son discours d'ouverture de la chambre
des députés : qu'on nous dise ce qu'il aurait pu faire pour
nous soulager et qu'il n'ait pas fait... Non, jamais Prince ne
montra plus de sensibilité pour les malheureux, jamais Roi
ne fit plus pour les soulager que le nôtre.
Nous sommes chrétiens, nous ne pouvons donc mécon-
naître le doigt de Dieu dans les terribles, châtimens dont
nous avons été les victimes pendant plus de vingt années
entières ; ne méconnaissons pas la même main qui nous
frappe cette année , par ces pluies continuelles et abon-
dantes, qui ont causé de se grands dommages aux produc-
tions de la terre ; nous sommes bien revenus à notre Roi,
au moins pour le plus grand nombre; mais sommes-nous
aussi revenus à notre Dieu, même dans les apparences ?
Ninive fut sauvée par sa pénitence, et la France semble
vouloir périr par son endurcissement.
Cependant la foi n'est pas éteinte dans l'esprit de
la nation française ; les fruits de la mission qui vient
de se terminer dans la capitale de notre Basse-Normandie
en est une preuve bien certaine et bien consolante... Quel
spectacle pour la. terre et même pour le ciel, que cette mul-
titude de chrétiens et de chrétiennes de tout âge, et de tout
rang, écoutant avec une sainte avidité les hommes de
Dieu qui ont fait retentir les chaires d'une ville qui, dans
les jours de notre anarchie ne fut pas la dernière à déchi-
rer des membres palpitans, à profaner ses temples, à briser
ses croix, à immoler ses prêtres, à ériger des autels d'in-
famie pour y faire asseoir des divinités abominables, ra-
massées dans les égouts du crime, à qui la crapule offrit.
L'encens de la prostitution.
§. VI.
Les impôts sont considérables; il est vrai, mais est-ce
LOUIS XVIII qui en est la cause? 1°. Point de gouverne-
ment sans des dépenses, multipliées au-delà de notre ima-
gination : car en outre l'éclat du trône qu'il faut soutenir,
le maintien de la paix au-dedans et au-dehors, entraîne et
absorbe d'énormes dépenses, et où le Roi prendra-t-il pour
traiter honorablement, ses ministres, ses magistrats, ses
généraux, ses officiers, ses soldats ; comment protegera-t-il
l'innocence, contre la fureur des méchans , comment répri-
mera-t-il le vice ; comment récompensera-t-il la vertu ,
si son peuple ne contribue à tout cela par des impôts?
Comment pourra-t-il tendre une main secourable aux
[ 20]
malheureux , que tant d'événemens imprévus jettent si
souvent dans la misère, si ceux de ses peuples que la
providence favorise davantage ne viennent à son secours ?
Où le Roi prendra-t-il pour récompenser ses plus fidèles
serviteurs, si son trésor ne lui procure pas le moyen de se
montrer généreux et reconnaissant? Mais 2°., en outre ces
dépenses ordinaires, pensons donc aux sept cents millions de
rançon que Louis XVIII a été contraint de promettre et
qu'il est obligé de payer aux PUISSANCES ÉTRANGÈRES ,
pour nous débarrasser de l'énorme fardeau que leur présence
nous faisait supporter il y a moins de dix-huit mois.
§. VII.
A ce mot de Puissances étrangères, il me semble en-
tendre la voix des mécontens, s'élever et s'aigrir : à ce
mot , les malédictions redoublent et la colère devient
fureur... « Qu'avions nous besoin de ces armées étran-
» gères, qu'avait-il besoin de les faire venir ? que ne se
» tenait-il où il était et que ne les laissait-il où elles
» étaient. »
Pauvre peuple... comme on vous trompe : comme on
vous abuse ; comme vous vous trompez et vous abusez
vous-même.... Vous ressemblez vraiment à cette malheu-
reuse et méchante femme dont vous racontez souvent la
douloureuse et plaisante histoire : accablée des mauvais
traitemens de son mari, tombée sous les coups de ce bar-
bare époux, elle pousse mille cris de douleur, elle appelle
le voisinage à son secours: un des voisins y accourt, il
parle le langage de la paix, et pour sauver les jours de cette
misérable femme, il s'expose lui-même aux fureurs du
tigre... Mais qu'arrive-t-il ? Cette femme encore plus in-
grate qu'elle n'est malheureuse, se relève avec violence ,
s'arme elle même de fureur , et de concert avec son
bourreau, elle s'élance la première , contre son libé-
rateur , elle lui arracherait la vie si elle le pouvait... Va
te mêler de ton ménage, lui dit-elle en furie.... Si je veux
être battue que t'importe : c'est mon affaire et non la
tienne.
Vous qui vous irritez contre nos libérateurs, examinez,
comparez, soyez de bonne foi et vous conviendrez de la
ressemblance...» Combien de larmes ne vous fit pas verser;
que de cris de douleur il vous fit pousser ce barbare, qui
sous le titre d'Empereur, exerça sur la France le despo-
tisme sanglant d'un conquérant furieux, lui qui fit couler
par torrens le sang des enfans et les larmes des mères...
Quoi vous êtes pères et vous avez si promptement oublié
les cris plaintifs , les regrets amers , les larmes abondantes
que poussaient vos enfans , lorsque la barbare conscription
les arrachait à votre tendresse pour les immoler au démon
de la guerre : combien de fois dans l'excès de votre dou-
leur n'invoquâtes vous pas vous-même la vengeance du
ciel et les secours de ces mêmes puissances , que vous
maudissez aujourd'hui et contre lesquelles vous vous seriez
armés si vous en aviez eu le courage et les moyens...
Combien de fois, ne tournâtès-vous pas vos yeux vers le trône
de Louis XVI et ne demandâtes-vous pas au ciel, dans
l'excès de votre douleur, le retour de celui-là même, qui
replacé sur le trône des Bourbons par la main de Dieu, est
aujourd'hui l'objet de votre injuste haine et de vos malé-
dictions. Louis XVIII vient essuyer vos larmes : après
vingt ans d'absence, il vient aussi s'exposer aux fureurs
de vos, bourreaux qui sont aussi ses ennemis.... Et quand
il vous rend la paix vous vous armez contre lui, vous
l'abreuvez du fiel de votre ingratitude, vous le couvrez de
vos malédictions, et vous semblez lui dire avec la mégère de
ma parabole : mêlez-vous de vos affaires, si nous voulons
vivre sous le despotisme d'un tyran, que vous importe :
ce sont nos affaires, et non les vôtres.
N. B. Ce serait ici le lieu de parler de la prétendue tyrannie des
Nobles et des Prêtres, mais ces deux chapitres trouveront leur
place ailleurs ; provisoirement, je défie tous les antiprêtres et les
antinobles de citer un seul fait avéré, qui justifie leurs clameurs sé-
ditieuses : dépouillés de tout, sauf l'honneur, les Prêtres et les No-
bles voient leurs biens , jusqu'à leurs habitations , entre des mains
étrangères ; ils les voient sans s'en plaindre autrement que dans le
secret de leur douleur; et l'on crie encore à la tyrannie contre eux....
Que veulent-ils donc que l'on fasse de plus pour eux ? . . . Qu'on
renvoie les Prêtres et les Nobles à la Guyanne ; oui, oui.... : mais
c'est ce qui ne se fera pas.
C H A P I T R E IV.
IL est une chose de la plus grande importance et que les
habitans de la campagne n'ont pas assez bien comprise (1) :
les Puissances étrangères ne se sont point armées pour la
cause de LOUIS XVIII, mais pour leur cause personnelle :
le Régent d'Angleterre en fit la déclaration formelle avant
de s'unir à la coalition des puissances contre Bonaparte (2),
qui déclarèrent qu'elles ne s'armaient-pas contre la France,
mais contre le perturbateur de l'Europe... Ce Bonaparte ne
leur avait-il point fait assez de mal pour qu'elles tremblas-
sent encore à la seule pensée que ce fléau de l'Europe,
une fois rétabli sur le trône de France, aurait bientôt à
ses ordres des légions formidables de soldats intrépides,
qui accoutumés, à vaincre depuis dix années entières,
auraient immanquablement parcouru pour la troisième fois.
l'Europe d'un bout à l'autre, laissant toujours, après eux.
des tas de ruines, des monceaux de cadavres, dès fleuves
de sang.... Voilà ce qui arma L'Europe pour la seconde fois
contre ce Bonaparte devenu la terreur des nations voisi-
nes; et quand une fois le peuple de France aura, su être
juste à l'égard de son Roi, il saura que sans sa puissante
médiation, entre la nation française et les puissances alliées,
c'en était fait de la France; elle aurait été partagée pour
devenir le domaine de ces quatre grandes Puissances
et la récompense de leurs légions victorieuses ; et dans
l'instant où je trace ces lignes , la France ne serait plus
France ; elle serait morcelée en quatre lambeaux, tribu-
taires de ses nouveaux maîtres ; elle n'aurait plus d'autre
existence que celle d'une nation déchue de sa gloire et
soumise aux caprices de ses vainqueurs ; c'aurait été alors
que devenus peuple conquis nous aurions traîné les chaînes,
d'un dur esclavage, ... et nous l'aurions bien mérité.
Qui nous a préservé de ce plus grand des malheurs ? Peuple
de France, portez vos yeux vers le trône de Louis XVI,
(1) Reste a savoir si ceux de la ville la comprenne bien mieux.
(2) Cette déclaration se trouve dans le journal du 2 mai 1815.
de HENRY IV et de SAINT LOUIS : voyez-y l'héritier de
leur puissance et de leur vertus, et vous y verrez votre li-
bérateur; et cependant c'est ce frère de LOUIS XVI contre
qui les serpents de la haine sifflent, c'est contre LOUIS XVIII
qu'ils dirigent leurs dards empoisonnés.
« Je vois du sein de cette assemblée, disait M. Burck,
» célèbre orateur anglais , je vois un grand vide entre l'Al-
» lemagne et l'Océan, entre la Manche et la Méditerranée,
» il n'y a plus de France ».... Il proclamait cette effrayante
prophétie dès les premiers jours de notre révolution La
France a échappé à tous les dangers des fureurs républicaines:
mais elle n'aurait pas survécu aux sanglantes provocations
du Corse, si Louis XVIII ne se fût trouvé là, pour dé-
sarmer la colère justement irritée de ces puissances qui ont
tant souffert, de l'intrépidité de nos armées, tant qu'elles ont
été aux ordres d'un conquérant infatigable, qui très-cer-
tainement n'a été mis sur le trône des Bourbons, que pour
être entre les mains de Dieu un ange exterminateur, un
fléau, une verge destinée à châtier l'Europe entière.
Parmi les preuves incontestables que Louis XVIII ne
faisait point cause commune avec les puissances coalisées,
dans ce qui tenait à leurs formidables préparatifs contre
la faction de Bonaparte, c'est que jamais ce Roi plein de
tendresse pour ceux qu'il appelait ses enfans, ne voulut
consentir que les serviteurs fidèles qui l'avaient suivi dans
sa disgrâce du mois de mai ( 1815 ), unissent leurs armes
à celles des puissances étrangères; il ne voulait être que
médiateur ; aussi les armées étrangères ne furent pas plutôt
maîtresses de la capitale , que Louis XVIII ( Contre le
gré même des armées libératrices ), vint promptement se
mettre entr'elles et nous ; et ce fut cette démarche em-
pressée de Louis XVIII, qui occasionna une chose, alors
inconcevable pour nous, c'est que beaucoup de villes fortes
ne voulurent jamais ouvrir leurs portes aux armées victo-
rieuses ; et nous entendions tous les jours dire, sans en
pouvoir comprendre la raison : Telle ville tient toujours,
pour Louis XVIII. Et pour en citer un exemple assez
près de nous, Cherbourg fut de ce nombre; il fut me-
nacé d'un siége; mais il en préféra les dangers , à la dou-
[24]
leur d'ouvrir ses portes à tout autre qu'à son légitime sou-
verain : aussi le Roi nous donne-t-il le titre de bons et fidè-
les Normands. (1)
Mais si nous voulons encore avoir un autre motif d'être
justes et reconnaissans à d'égard de notre Roi, ressouve-
vons-nous seulement de la rigueur avec laquelle l'armée
Prussienne s'empara des caisses de plusieurs villes, et de
la sévérité qu'elle mit dans le désarmement des campagnes...
Que serions-nous devenus, par suite de ces exécutions
militaires, si le Roi, par ses prières et peut-être aussi par
ses larmes, mais principalement par l'ascendant de ses vertus
(car il n'avait pas alors d'autres moyens de nous défendre),
que serions-nous devenus , si Louis XVIII ne se fût. pas
placé de lui-même comme une victime de propitiation ,
entre les vainqueurs et nous? Je le répète , nous serions
devenus la conquête des souverains , la récompense des gé-
néraux , le butin des officiers , la proie du soldat : oui, c'est
à Louis XVIII que nous sommes redevables de notre con-
servation comme, nation libre et indépendante.
Cette assertion est de la plus haute importance; elle
tient essentiellement au sentiment de respect et de con-
fiance , de reconnaissance et d'amour, que nous devons à
Louis XVIII et à sa famille. Je crois pouvoir oser défier
les plus grands ennemis de la famille royale d'attaquer
cette importante vérité par des raisonnemens de quelque
valeur. En effet....
§. I I I.
Bonaparte vaincu, mis en fuite, et son armée réléguée
au-delà de la Loire ; ses partisans réduits à se cacher
une seconde fois ; tous tremblans de frayeur et de rage ,
avaient enfin, dès-lors, perdu tout' pouvoir et tout moyen
de nuire ; si les puissances étrangères n'eussent eu d'autre
intention , comme la première fois , que de replacer Louis
XVIII sur son trône, elles pouvaient se retirer comme la
première fois, en donnant seulement à notre Roi les
moyens de tenir dans le devoir les malveillans et les
mal intentionnés ; et pour cela , elles en avaient assez
que les troupes victorieuses qu'elles avaient conduites de
victoire
(1) Première circulaire de M. le Préfet.
victoires en victoires jusqu'au centre du royaume, dans le
sein même de la capitale et quelles distribuaient à volonté
dans tous les coins de la France , sans que nous puissions
y mettre le plus petit obstacle: partout, princes, généraux,
officiers et soldats, partout, tous commandent en maîtres,
et si malheureusement il y eût eu parmi eux un seul
Bonaparte, c'en était fait de nos villes et de nos campa-
gnes, tout aurait été ravagé, pillé, brûlé; nos vieillards,
nos mères et leurs enfans , tous auraient subi le sort de la
guerre, il auraient été réduits à périr de faim, de froid,
de peur et de misère, à la lueur de leurs maisons embra-
sées (1) ; les puissances alliées étaient donc maîtresses de la
France : Oui... Cependant Elles n'en faisaient pas
moins entrer en France des légions formidables; elles assié-
geaient les villes et les bombardaient comme villes enne-
mies ; ces villes malheureuses offraient de se rendre au
nom de Louis XVIII, mais les puissances n'en voulaient
point à cette condition : un grand nombre de ces villes
telle que Huningue, Strasbourg , Montmédi et bien
d'autres aimèrent mieux s'exposer aux horreurs d'un siége,
que de se rendre aux puissances étrangères ; ce n'était ni
le jacobinisme , ni le bonapartisme, qui leur inspirait ces
courageuses résolutions , puisqu'elles avaient toutes arboré
le pavillon blanc et qu'elles offraient de se rendre à celui
qu'elles déclaraient reconnaître et vouloir pour leur seul et
légitime souverain.
Pour citer encore une autre preuve non moins convain-
cante , et encore plus plausible , de l'opposition que Louis
XVIII mit aux desseins des puissances étrangères , et du
besoin que nous avions de sa puissante médiation ; c'est que
le colonel Braun, fut jugé par un conseil de guerre, le vingt-
sept mai mil huit cent seize : sur sept juges, qui compo-
saient la commission , quatre l'ont déclaré coupable... De
quoi?... D'avoir trahi la cause de Louis XVIII... En quoi?
En livrant aux autrichiens , par une capitulation , la ville
d'Auxonne; or, cette capitulation est du vingt-huit août
mil huit cent quinze, et nous savons que dès le mois de
juillet, la France était en la disposition des puissances
(1) La guerre de 1812 en fournit mille exemples ; on ne peut en lire l'histoire
sans frémir de douleur, et aussi de houte, en pensant que ces calamités étaient
l'ouvrage, du français.
4
alliées ; elle n'était donc pas encore alors sous la puissance
de son légitime souverain, puisque c'était trahir sa cause
que de capituler arec ces mêmes puissances, que la mali-
gnité assure n'avoir pénétré en France qu'à la sollicitation
de notre Roi : c'est bien à elles très-certainement que nous
sommes redevables de notre délivrance ; sans elles nous
retombions infailliblement sous le joug de Bonaparte et
peut-être bien sous celui des jacobins ; mais sans Louis
LVIII , les puissances victorieuses nous en auraient imposé
un autre ; lui seul pouvait par l'ascendant de ses grandes
Vertus, fléchir le courroux de ces potentats dont nous avions
ébranlé les trônes en pénétrant jusque dans leurs propres ca-
pitales, et à qui nous annoncions de nouveaux malheurs,
par les formidables préparatifs de Bonaparte , pendant les
derniers cent jours de son existence politique.
Ces preuves sont convaincantes pour tout homme qui
aimant la vérité, veut rendre justice à qui elle appartient :
voici une autre preuve , mais dans un autre genre, et celle-
ci ébranle les facultés de mon ame , elle remplit mes yeux
de larmes ; elle ferait tomber la France aux pieds de son
Roi, si la France voulait enfin reconnaître tout ce qu'elle
doit à ce Roi si digne d'être appelé le sauveur de la France,
le père de son peuple : ce sont les propres paroles de Louis
XVIII que j'invoque en ce moment , et voici comme il
s'exprime dans sa proclamation du vingt-huit juin mil huit
cent quatorze , datée de Cambrai :
« Les portes de la France viennent de se rouvrir devant
» moi, J'ACCOURS pour ramener mes sujets égarés ; pour
» adoucir les maux que j'avais voulu prévenir... J'accours
» POUR ME PLACER UNE SECONDE FOIS ENTRE LES
» ARMÉES ALLIÉES ET LES FRANÇAIS. C'est
» la seule manière dont j'ai voulu prendre part à la guerre :
» je n'ai pas permis qu'aucun prince de ma famille parût
» dans les rangs des étrangers, et j'ai enchaîné le courage
» de ceux de mes serviteurs qui auraient pu le parta-
» ger autour de moi : je veux tout ce qui sauvera la
» France » Oui, mais la France veut elle ce qui peut
la sauver? Elle qui insensible aux leçons de la plus terri-
ble expérience , éprouve encore en ce moment quelque

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