Le message au point de vue militaire / [signé : H. Entz]

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impr. de Laroche (Sedan). 1871. 8 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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:AU?>QINT DE VUE MILITAIRE
M. le Président de la République, dans son message, a partagé la tâche
de la réorganisation de l'armée en deux parties :
La première consistant à classer définitivement nos régiments et à en
fixer le nombre ;
La seconde à établir un système de recrutement qui, tout en sauvegar-
dant l'intérêt vital de la Société, permit d'alimenter l'armée sans nuire à
l'accroissement de la population.
Bien que les deux propositions soient interverties et que leur ordre
naturel eut demandé de mettre la seconde avant la première, nous suivrons
néanmoins M. le Président de la République sur les deux jterrains qu'il a
choisis et nous dirons en toute sincérité, ce que nous pensons des bases de
réorganisation militaire qu'il vient de poser.
D'après le programme présidentiel l'infanterie française devra compter
600,000 soldats, répartis en 150 régiments de 4,000 hommes (3,000 en
campagne et -1,000 en dépôt).
D'abord et avant tout, le chiffre fixé par M. Thiers pour l'effectif total
de l'armée nous paraît fort insuffisant.
La qualité, il est vrai, vaut mieux que la quantité en fait de soldats;
mais, il ne faut pas non plus que la disproportion soit trop grande ; et, les
allemands nous ont prouvé qu'ils savaient joindre la quantité à la qualité.
Il n'est entré que 700,000 allemands en France, dit M. Thiers, nous
ne discuterons pas ce chifire ; mais, ce que nous pouvons affirmer, c'est
que 600,000 autres étaient prêts à venir appuyer les premiers, si le
besoin s'en était manifesté. — Consultez sur ce sujet les officiers français
qui ont été en captivité en Allemagne.
Il s'en suit que si l'éventualité d'une lutte avec l'Allemagne se présen-
tait, le chiffre fixé par M. le Président de la République, mettrait notre
armée dans une grande infériorité numérique envers l'armée allemande
qui nous a tellement prouvé sa qualité et ses quantités, qu'il serait impru-
dent de ne pas les reconnaître et que les nier deviendrait insensé.
— 2 — _
En admettant momentanément les données"du message pour les 600,000;
fantassins, nous trouvons le nombre de 150 régiments trop faible pour un
semblable effectif.
Le chiffre de 4,000 hommes par régiment ne nous paraît pas praticable
que le régiment soit subdivisé en 3 ou 4 bataillons; et de plus, laisser 1,000'
soldats au dépôt de chaque régiment, nous paraît être une grande erreur.
Voici nos raisons :
La funeste guerre de 1870-1871, a prouvé,'par la perte de nos armées
en deux mois, que les campagnes seraient dorénavant très-rapides et que
la puissance qui pourra, dès le début de la guerre, mettre le plus de soldats
en ligne, aura l'avantage sur son adversaire ;' que les gros bataillons, en
un mot, décideront désormais du sort des nations dans les batailles décisives.'
En 1870, sans le siège de Paris, qui a été la seule faute stratégique, une
faute énorme, il est vrai, commise par les allemands, après la reddition de
Metz tout aurait été terminé, et rien n'empêchait, après Sedan, le général
de Molke de paralyser toute défense et toute organisation postérieures, en'
faisant promener ses nombreuses armées dans toute la France, tout en laissant
-sous Paris 3 ou 4 corps. Paris aurait alors lancé une armée en province,
nous dira-t-on, ce qui s'y est passé rend cette hypothèse invraisemblable ;
mais fut-elle devenue une réalité, que l'armée sortie de Paris se serait vue
accablée par le nombre, comme toutes nos armées d^anciennes ou de nou-
velles formations l'ont constamment été. Donc, d'après la déduction logique
d'es faits, sans l'entêtement des allemands à entrer dans Paris ; la guerre
commencée en août aurait été terminée à la fin d'octobre ; c'est-à-dire en
trois mois.
Nous sommes, en conséquence, fondé à admettre, d'après les exemples
de 1866 et de 1870, que toutes les guerres futures seront de peu de
durée. Ceci prouvé ou admis, pourquoi conserver 1.000 soldats au dépôt
de chaque régiment, lorsque leur place est sur le champ de bataille, où
leur absence peut changer le succès en revers et amener les plus grands
désastres?
La guerre déclarée, tout ce qui est soldat à l'école de bataillon ou d'es-
cadron doit marcher ; et les dépôts de régiments ne doivent conserver que
les nombreux cadres nécessaires à l'instruction avec le nombre strict d'an-
ciens soldats ou de ceux peu valides, devant initier les recrues aux divers'
détails du service.
En comptant 3 ou 400 hommes par dépôt, c'est faire très-largement la
part des besoins de l'instruction et permettre d'envoyer pour compléter les
rangs des bataillons actifs un ancien sur deux jeunes soldats. D'après ces
données, il resterait un excédant de 600 soldats par régiment qui, pour les
150 régiments donnerait un effectif de 90,000 hommes à jeter dans la
balance des premières opérations ou des batailles décisives.

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