Le modèle des habitants de la campagne ou vie de Ste Germaine,... proposée à l'imitation des travailleurs, avec des réflexions pratiques à la fin de chaque chapitre ; par un curé du diocèse de Toulouse...

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Pinel (Toulouse). 1868. Cousin, Germaine. In-18.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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LE MODELE
DES HABITANTS DE LA CAMPAGNE
OC YIE
ID2 SMSïSîâ <B2&EtM2TS
RIItGÈBB DE PIBRiC
PROPOSÉE A L'IHITATION DES TRm'LLELM
Avec des Réflexions pratiques à la fin de chaque chapitre ;
PAR UX CURÉ
DU DIOCÈSE DE TOULOUSE;
our CAGE
Recommandé par Mgr larchevèque de Toulouse.
A tir
Ji T Je vous ai d:nné l'exemple
afin que vous fassiez comme
j'ai fait moi-même.
(Saint Jean, cb. 13. v. 15.)
TOULOUSE,
J.-M. PINEL, BII'RDIElJR-LIBR:\II\E,
Tlace Louis-Napoléon, S.
1868
0,3 S
ES nABrtMTS
12 mIDILm
)ES HABI*' 'TS DIE ]LA CAJlP"'GE
ou
VIE DE SAINTE GERMAINE
Proposée à leur imitation.
APPROBATION
- De Mgr l'Arcbevèque de Toulouse.
»e
ARCHEVÊCHÉ DE TOULOUSE.
Toulouse, le 6 février 1868.
Nous Jolien-Félix-Florian Dbsprez , Archevêque de
Toulouse et de Narbonne; Sur le rapport favorable qui
nous a été fait, recommandons le Modèle des habitants
de la campagne, par un Curé de notre diocèse.
Par la simplicité de la forme et par l'application spé-
ciale qu'il présente des exemples de sainte Germaine, ce
livre est de nature à répandre l'imitation et l'amoutde
notre glorieuse bergère parmi la portion la plus nom-
breuses de notre troupeau.
t FLORIAN, Archevêque de Toulouse.
LE MODÈLE
lES HABITA\TS DE LA CAIIPAGNE
OU VIE
-< GHmmAitEriB
<, ï ,0\
;. ! /.BJïftGERE DE P1BRAC ,
- mym. a-ottation des travailleurs
Avec des lî&exion&^aju*!1163 ® de chaque chapitre ;
S. T' PAR IIM CURÉ
4ir CÈSE DE TOULOUSE;
OUVRAGE
ifccommaudé par Mgr l'Archevêque de Toulouse.
Jo vous ai donné l'exemple
afin que vous fassiez comme
j'ai fait moi-même.
(Saint Jean, ch. 13, y. 15.)
--Q-
TOULOUSE,
J.-M. PINEL, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
Place Louis-Napoléon, 5.
1868,
ERRATA.
Page 40, ligne 28 , le saint ministre semble séduit,
lisez: le spint ministère semblt
rédaft. !
Page 46 , ligne 3 , afin de prévenir que cet oracleJ
lisez. afin que cet oracle. J
Page 47, ligne ?2 , S'ervÓfJs-nOQ' de l'âme, 1
lisez : servons-nous de l'arme. i
Page 69 , figne 10 , à la contrition , j
- lisez : et la contrition. ]
Page 107, ligne 6, à nous éviter,
lisez : à nous faire éviter.
Page 157, ligne 4, leur , lisez : lui.
Page i 67, ligne 20, quillustrent,
lisez : qui illustrent.
Page 187, ligne 28, eu triomphante,
lisez: en triomphe.
Page 909, ligne 11, crédulité, lisez: crédibilité.
Page 208, ligne 5, instruit, fixez intrus.
AVANT-PROPOS.
-<P.JD-
Dans le temps où nous sommes , l'on paraît
vouloir s'occuper d'améliorer le sort des ha-
bitants de la campagne , et l'on fait bien ; ce
n'est lè que justice et reconnaissance ; car outre
que les habitants de la campagne forment la
portion la plus nombreuse de la société , ils en
forment aussi la portion la plus utile.
Comme meilleur moyen d'atteindre le but
proposé, l'on compte beaucoup sur l'instruction
primaire. C'est pourquoi l'on fait pour elle les
plus grands sacrifices , et afin de bâter son ex-
pansion générale, l'on va même jusqu'à de-
mander qu'elle devienne gratuite et obligatoire,
VEglise est loin de nier les avantages de
l'instruction primaire ; elle est la première à
les ressentir. Aussi avant même ce grand mou-
vement qui vient de s'opérer en sa faveur, que
de saintes institutions n'a-t-elle point enfantées
afin d'aller la répandre jusqu'au sein des
contrées les plus isolées.
— 6 —
Toutefois, pour que l'instruction primaire
produise le bien qu'on en attend, il ne faut pas
qu'elle marche seule ; elle doit prendre pour
guide la religion , dont elle doit se montrer en
tout la fille soumise.
Sans le concours de la religion , l'instruction
primaire serait comme frappée de stérilité , et
pourrait même devenir funeste, parce qu'alors^
en contribuant à développer parmi les habitants
de la campagne , le germe d'orgueil déposé au
fond de toute âme humaine, elle ne servirait
qu'à leur donner de la suffisance, et qu'à les
dégoûter de leur tranquille séjour , pour les
attirer au sein des villes , où ils iraient grossir
ces multitudes si redoutables en certaines cir-
constances.
Disons le mot, si l'on tient à améliorer le sort
des habitants de la campagne , il faut surtout
et avant tout, les porter à la pratique de la
religion, parce que la religion seule peut leur
faire aimer leur humble condition, supporter
avec patience leurs pénibles travaux, et accepter
avec résignation les rudes épreuves auxquelles
ils sont journellement soumis.
Cette vérité, l'Eglise la démontre, non pas
en se livrant à de vaines théories, mais par
l'exemple bien plus efficace d'une pauvre
paysanne, qui vécut il y :a deux siècles et
demi, et qu'elle vient d'évoquer de la poussière
du tombeau pour lui dresser des autels.
- 7 -
En effet, qui fut plus malheureux que Ger-
maine suivant le monde : infirmités, injures ,
privations , mauvais traitements , tout sembla
conspirer, afin de lui rendre la vie amère.
Pourtant cette fille des champs , en apparence
si infortunée, surabondait de joie comme le
grand apôtre au milieu de ses tribulations.
Ah 1 c'est que la religion , dont Germaine
n'abandonna jamais la pratique , lui tenait lieu
de tout, et conservait inaltérable dans son
âme , malgré tous ses malheurs, la paix , qui
est le plus précieux de tous les trésors , la paix
qui est essentielle à la vraie félicité et que le
monde ne peut dunner.
Heureux les habitants des campagnes si,
comme Germaine, ils savaient conserver la foi
et pratiquer ses saints commandements. Ce
qu'elle fit pour Germaine , la religion le ferait
pour eux ; ils trouveraient en elle un remède à
leurs souffrances, un soutien dans leurs fatigues,
une consolation au milieu de leurs tristesses,
et la joie même au sein de l'adversité.
C'est afin que les habitants des campagnes
puissent jouir ici-bas de tous ces biens que la
religion procura à Germaine , que nous venons
leur proposer cette sainte fille pour modèle ,
dans ce livre écrit plus particulièrement pour
eux.
Le point de vue auquel nous nous plaçons,
en même temps qu'il justifie notre œuvre,
— 8 —
explique aussi comment, après des auteurs
si distingués, nous avons osé écrire nous-même
la vie de la bergère de Pibrac. Certes, il ne
nous en coûte pas d'en faire l'aveu, nous avons
compris qu'il ne nous serait jamais possible,
en traitant le même sujet, de parvenir à la
hauteur où ils se sont élevés.
Si donc nous avons persévéré dans notre
dessein , c'est que nous avons remarqué que
ceux qui nous ont précédé n'ont pas écrit pré-
cisément pour les habitants de la campagne la
vie de Germaine , que Dieu semble avoir sus-
citée pour être leur patronne spéciale, à cause
de son origine et de sa condition de bergère,
qui fut celle de toute sa vie.
Ce qui n'a pas été fait jusqu'ici, nous avons
cru pouvoir le faire, espérant ainsi produire
quelque bien au milieu de ces populations ru-
rales parmi lesquelles nous exerçons le saint
ministère.
Quoi de plus propre , en effet, pour produire
des impressions salutaires sur les habitants de
la campagne , que les exemples qui leur sont
donnés par cette humble bergère qui vécut dans
la condition où ils vivent, qui se sanctifia dans
leurs occupations habituelles.
Pour arriver au même terme, ils n'ont qu'à
marcher sur ses traces sans crainte de s'égarer ;
oar les quelques faitsqui nous ont été conservés
île la vie de-Germaine sont là, pour ainsi dire ,
— 9 — *
qu'on nous passe ces expressions, comme des
jalons plantés, afin de leur indiquer la route
qu'ils doivent suivre au milieu de ce désert du
monde.
AGn de rendre notre livre en même temps
agréable et utile à ceux. pour qui nous l'avons
écrit, nous nous sommes atlaihé , au commen-
cement de chaque chapitre , à développer quel-
que trait de la vie de Germaine , pour expliquer
ensuite les saints enseignements qu'il renferme.
Ainsi à l'intérêt qu'offre la vie de Germaine ,
nous avons joint les avantages d'une instruction
pratique, ce qui rend notre opuscule historique
et ascétique tout à la fois.
Cette méthode fut celle des pères de l'Eglise.
Après qu'ils avaient raconté à leurs peuples la
mort de quelque martyr, ou la vie de quelque
saint illustre , ils consacraient le reste de leurs
discours à les exhorter à imiter ceux dont il's
venaient de leur retracer les vertus. Pouvions-
nous choisir de meilleurs guides ?
Daigne maintenant, Germaine, agréer du
haut du ciel l'hommage de notre modeste travail;
et le faire bénir par l'auteur de tout bien , afin
qu'il puisse contribuer aussi, malgré notre in-
dignité , au salut des âmes.
C'est là notre vœu le plus ardent, ce sera
notre plus chère récompense.
I;jp ru- t- e ï 19
DES HABITANTS DE LA CAMPAGNE
ou
VIE DE SAINTE GERMAINE
CHAPITRE PREMIER.
NAISSANCE ET DESTINÉE DE GERMAINE.
Ce fut en l'année 1579, tout près du village
de Pibrac, que naquit l'humble bergère dont
nous entreprenons d'écrire la vie. Elle eut pour
père un laboureur nommé Laurent Cousin ; sa
mère s'appelait Marie Laroche.
Il ne se fit pas grar.d bruit autour de son
berceau , l'on n'y vit point accourir , comme
autour de celui de saint Jean-Baptiste, les voisins
étonnés, et personne ne se demanda ce que
serait celle enfant.
La solitude, la souffrance , la pauvreté , voilà
ce que rencontra Germaine à son entrée dans le
monde , et pourtant qu'elle était belle , qu'elle
était glorieuse sa destinée 1 Comme à ses prophè-
-12 -
tes et à ses apôtres, Dieu devait lui donner le
pouvoir d'opérer des prodiges ; l'Eglise devait
lui dresser des aulels, et la renommée devait
porter son nom jusqu'aux extrémités du monde.
En exaltant ainsi une pauvre bergère, ce n'est
pas la première fois que Dieu a voulu glorifier
.en sa personne les habitants de la campagne.
L'histoire nous l'apprend , bien souvent il s'est
plu à aller prendre sous le toit des chaumières
ceux par qui il voulait opérer de grandes choses.
Ainsi dans les temps primitifs , c'est un jeune
berger qu'il choisit pour être le père des douze
chefs des tribus de son peuple. Quand plus tard
ce peuple s'est multiplié et qu'il gémit sous le
joug de Pharaon , c'est encore à un berger, en
lui apparaissant au milieu d'un buisson ardent,
qu'il donne la mission de le délivrer de la servi-
tude et de le conduire vers la terre promise.
Enfin , c'est sur un autre berger qui gardait ses
troupeaux dans les campagnes de Bethléen,
qu'il jette les yeux pour en faire tout à la fois le
fondateur de la dynastie qui devait régner sur
son peuple et le chef de la famille d'où devait
naître le Messie.
Sous la loi nouvelle , Dieu a continué à com-
bler de ses faveurs les habitants de la campagne.
Aussitôt qu'est né le Rédempteur promis à la
terre , n'est-ce point à des bergers que les anges
viennent d'abord annoncer cette bonne nou-
velle? Ne sont-ils pas aussi les premiers admis
— 13 -
à lui rendre leurs adorations? Les rois ne vin-
rent qu'après. N'est-ce point aussi pour honorer
les habitants de ta campagne qu'il passe les
premiers trente ans de sa vie mortelle dans un
obscur village , et lorsqu'il a commencé sa mis-
sion divine , s'il vient quelquefois à Jérusalem ,
n'est-ce point au milieu des bourgades qu'il se
plaît à rester le plus longtemps afin de les
évangéliser?
Notre propre histoire offre elle- même plu-
sieurs traits semblables de la faveur divine
envers les habitants de la campagne.
Au commencement de notre première dy-
nastie, c'est une pauvre bergère, Geneviève
de Nanterre, que Dieu 6uscite, afin de pré-
server de la fureur d'Attila ce Paris dont elle
devait devenir la patronne. Quelques siècles
après , quand les soldats de l'Angleterre , ce
futur boulevard du protestantisme , eurent
jetivahi notre malheureuse patrie , c'est Jeanne
d'Arc , villageoise de Domremv , à qui Dieu
inspire le courage de se mettre à la tête de nos
armées pour chasser de la France ces étrangers
qui voulaient l'asservir.
Dans les temps plus rapprochés de nous,
pour guérir tous les maux qu'a enfantés le
protestantisme , et pour faire taire ces infâ-
mes calomnies qu'il ne cesse de vomir contre
notre religion sainte, Dieu va prendre au pied
des Pyrénées un autre pâtre qui gardait lui
— 14 —
aussi les troupeaux de son père; il en fait
l'apôtre de la charité , et Vincent de PauL en
se montrant au monde prouve par ses œuvres ,
mieux que ne sauraient le faire les discours des
plus grands génies , quy ce feu sacré que le
Fils de Dieu est venu allumer sur la terre n'est
pas éteint au sein du catholicisme.
Et de nos jours , maintenant qu'à la suite de
la révolution du siècle dernier , l'orgueil et un
amour effréné du luxe et de la jouissance ont
pénétré jusqu'au sein des classes les plus pau-
vres , voilà que Dieu évoque de la tombe notre
bergère , afin de donner à notre siècle les leçons
dont il a tant besoin.
Suivant que l'a exprimé dans un langage si su-
blime notre immortel Pontife Pie IX : « Quand
tous courent après la fortune, le plaisir et l'agran-
dissement , il est bien essentiel de proposer au
culte et à l'imitation une vie sanctifiée dans la
pauvreté , l'abjection et la souffrance. A un
siècle égaré par les systèmes orgueilleux d'une
fausse philosophie, il faut montrer la vraie
sagesse et la science qu'une petite paysanne
a appris au pied de la croix et dont Les leçons
lui ont valu la plus enviable perfection et le
plus éclatant triomphe. »
Après un tel langage il nous est facile de re-
connaître la mission que Germaine vient exercer j
au milieu de nous. Dès lors il nous est aisé
de comprendre comment cette gracieuse étoile
-15 -
lacée au firmament, mais d'abord voilée et
bscurcie, se montre maintenant àJa voix de
lui qui l'a créée avec tant d'éclat et de splen-
eur ; elle apparaît à l'horizon pour éclairer
eux. qui marchent au milieu des ténèbres de
e nouveau paganisme qu'une philosophie men-
angère cherche à introduire dans le monde,
Jais surtout pour guider vers le port du salut
es pauvres habitants des campagnes que l'on
herche à égarer en voulant leur faire partager
ÎS erreurs de leur siècle.
Le berceau de Germaine renferme de grandes
eçons pour ceux qui ne rêvent que la gloire de
e monde et qui poursuivent sans relâche ce fan-
ôme décevant. Tandis qu'à peine si de nos jours
'on connaît les noms de quelques-uns de ces guer-
iers, de ces magistrats, de ces profonds poli-
.iques qui vécurent au temps de Germaine, voilà
que le souvenir de celle humble bergère s'est per-
pétué jusqu'à nous , et maintenant encore voilà que
ion nom resplendissant d'une gloire nouvelle est
répété parlout jusque dans les demeures les plus
isolées. Evidemment le Seigneur en faisant partir
de si bas pour élever si haut cette simple fille
des champs, a voulu confondre les superbes. Mais
c'est vous, surtout, habitants des campagnes,
nés dans la même condition de Germaine, qui
- 16 -
pouvez vous instruire en vous approchant de son
berceau.
Peut-être en entendant parler des villes et deta
superbes palais qu'elles renferment, ainsi que des
honneurs que l'on rend à ceux qui les babilent,
vous vous êtes regardés comme délaissés dans ce
monde, et vous avez murmuré contre l'obscurité de
votre naissance qui vous condamne à vivre dans la
solitude. Eh bien, il ne doit pas en être ainsi. Le
Seigneur aime également tous les hommes puisqu'iL
est mort pour tous; mais rappelez-vous qu'il aime
particulièrement les humbles à qui il se plaît à
donner ses grâces. S'il le juge à propos, il saura
vous relever de votre bassesse, car il est toujours le
Dieu qui peut, quand il le veut, retirer le pauvre
de son indigence pour le placer au milieu des prin-
ces de son peuple.
C'est ainsi qu'il en a agi envers Germaine qui
n'était qu'une pauvre bergère et qui maintenant
du haut du ciel voit les riches eux-mêmes venir se
prosterner à son tombeau pour lui adresser leurs
prières et implorer sa protection. Et puis considérez
qu'en cette vie, à cause de sa courte durce,, il n'y a
que vanité. Ceux qui pleurent, comme nous le dit
saint Paul, doivent être comme s'ils ne pleuraient J
pas, ceux qui se réjouissent comme s'ils ne se ré-
jouissaient pas; ceux qui usent des biensdecelle vie
comme s'ils n'en usaient pas, tant passe vite la figura
de ce monde. ,
Que dis-je, au lieu de vous plaindre de votre vie
cachée, vous devriez au contraire en remercier le
Seigneur; car elle est de sa part une bien grande
— 17 -
faveur , puisqu'elle préserve votre âme de beaucoup
de dangers. Vous le savez, ce qu'il y a de plus im-
portant pour vous, c'est le salut; car il ne vous
servirait de rien de gagner tout l'univers, si vous
veniez à perdre votre âme. Or, le salut est bien
exposé quand on vit au sein des villes , où l'on ren-
contre presque à chaque pas tant de séductions,
tant d'occasions mauvaises.
« Nous aurions un triste tableau à mettre sous
vosyeux si nous voulions vous peindre tous les périls
auxquels sont exposées dans les villes la foi et la
vertu des chrétiens. Hien n'est plus ordinaire que
d'entendre dans les sociétés des discours où l'on at-
taque les dogmes de notre foi et tout ce qu'il y a de
plussacrésur la terre. La simplicité et l'innocence
sont le sujet des railleries des libertins. L'amour
effréné du luxe , la fureur du jeu, la fréquentation
des spectacles , le besoin des jouissances matérielles
creusent sans cesse un abîme sans fond , cù viennent
s'engloutir la fortune, la santé , les bonnes mœurs
et la dignité des familles. Comment, au milieu de
celle fournaise ardente où bouillonnent toutes les
passions, conserver son âme pure! Comment res-
pirer tous les jours dans cet. e atmosphère chargée
des miasmes de ious les vices sans contracter le mal
contagieux ! Il ne faut rien moins pour être préservé
qu'une résolution héroïque, une sorte de miracle de
la protection divine » (t).
Ces admirables paroles que nous venons de vous
(1) Mandement de Mgr l'archevèque de Tours. 1867.
- is -
citer vous font connaître mieux que nous n'aurions
su le faire nous-même tous les dangers dont le Sei-
gneur vous a délivrés en vous faisant naître à la.
campagne : elles vous font connaître en même temps
toute la reconnaissance que vous lui devez pour un
si grand bienfait. Afin de la lui lémoigner, aimez
l'humble condition dans laquelle, par une faveum
spéciale de la Providence, vous avez été placés.
Votre berceau deviendra ainsi, comme celui lie
Germaine , le premier degré qui vous fera monter
vers le ciel.
CHAPITRE II.
BAPTÊME DE GERMAINE.
Le plus grand bienfait que puisse recevoir un
enfant en venant dans ce monde, c'est de naître
de parents chrétiens ; car ces parents chretiens
en présentant cet enfant à l'église pour le faira
baptiser , suivant que la foi le leur commande,
lui procurent des biens inestimables qui sont
au-dessus des honneurs et de la fortune.
Le premier effet du baptême est de nous dé-
livrer de la servitude du démon. Par le péché
de notre premier père , nous étions tombés e
sa puissance ; mais le baptême en effaçant J.
tache originelle qui nous rendait un objet d
-19 -
réprobation aux yeux. de Dieu , brise en même
temps nos fers et détruit l'arrêt qui nous
retenait dans la servitude.
De plus le baptême nous fait enfants de Dieu.
]Jés d'un père coupable , nous avions perdu
tous aGi droits à l'héritage céleste : ils nous
sont rendus quand nous recevons le saint bap-
lacae ; car alors , adoptés par Jésus-Christ, nous
commençons à vivre d'une vie nouvelle ; car
alors nous devenons ses frères, ses membres ,
un autre lui-même. Aussi en nous contemplant
du haut du ciel, Dieu le père s'écrie de nou-
veau avec amour : Voilà mon Fils bien-aimé en
.qui j'ai mis toute ma complaisance.
Enfin le baptême nous fait aussi enfants de
l'église. Ce nouveau titre nous confère toute
sorte de pEérogatives, car il nous donne le droit
de participer aux autres sacrements. aux so-
lennilés , aux mystères , aux sacrifices, aux
Jlennes œuvres, aux prières, à tous les biens
en un mot qui sont communs à la nouvelle
aociété dans laquelle nous venons d'être initiés.
Nous ne saurions jamais assez, remercier le
-Saigaenr de la grâce qu'il nous a faite en nous
admettant à recevoir le baptême. Cette grâce,
-ttBnrait pu nous la refuser comme à tant d'au-
tres. Combien d'infidèles, en effet, qui seront
à jamais privés de la vue de Dieu , parce qu'ils
n'auront point été régénérés dans les eaux sa-
lutaires de ce sacrement.
— 20 —
Le bonheur que nous avons eu d'appartenir
en naissant à des parents chrétiens , Germaim
l'eut aussi: Laurent Cousin et son épouse étaiem
de bons catholiques ; par conséquent ils dureni
s'empresser de porter leur enfant à l'église, afin
de lui faire administrer le premier de tous les
sacrements.
Nous ne connaissons qu'une seule circonsJ
tance du baptême de Germaine : c'est qu'eu
recevant ce sacrement, elle fut placée par ses
parents , suivant que son nom l'indique, sous If
patronage de saint Germa-in, ancien évéque
d'Auxerre.
Ce zélé pasteur des âmes , que l'on peut ra
garder comme l'un des premiers apôtres de l
France , s'était fait pendant sa vie le gnirtf
d'une autre bergère comme Germaine.
Cette antre Bergère qui se nommait Gene-
viève et qui était née à Nanterre , lui fut pré-
sentée par ses parents , et saint Germain se pfci]
à lui donner ses conseils , afin de la porter 2
la plélé et de la conduire dans le chemin de la
perfection. Pour cela il l'exhorta à se consacrer
à Jésus-Christ , à lui garder une fidélité invio;
lable jusqu'à la mort et à mépriser les vaines
parures du monde. a Ne voudriez-vous pas, jà
dit-il , devenir une digne épouse du Sauaan-i
Prenez confiance et armez-vous d'un sai t
rage ; efforcez-vous de rendre votre condade
conforme à vos désirs, et 4e Seigneur mènera
— 21 -
2
votre âme de force et de vertu. Que jamais on
ne voie briller à vos doigts l'or et l'argent, les
perles et les pierres précieuses ; car si le goût
des vaines parures du siècle vient à pénétrer
tant soit peu dans votre cœur, vous perdrez
infailliblement les riches et joyeux ornements
réservés aux épouses de Jésus-Christ dans le
royaume des cieux. »
Geneviève s'empressa de suivre ces sages
avis; toute sa vie elle en garda le souvenir , et
à son tour elle- devint une grande sainte, la
gloire de la France.
il est bien permis de croire que du haut du
ciel , saint Germain , lorsque les parents de
Germaine , au jour de son baptême , implorè.
rent sa protection pour leur enfant , contempla
avec bonté celle qui lui rappelait la vierge qui
faisait sa couronne dans le séjour des élus.
Aussi dans ct mystérieux langage que l'Esprit
Saint rend intelligibles l'âme fidèle , il dut faire
entendre à Germaine les mêmes conseils qui
avaient été donnés à Geneviève. Les traits de
similitude qui existent entre la vierge de Nan-
terre et la vierge de Pibrac autorisent tout-à-fait
cette croyance.
Comme Geneviève, Germaine se donna au
Seigneur sans partage; comme Geneviève elle
l'aima du plus vif amour ; comme Geneviève
elle lui resta fidèle jusqu'au dernier soupir;
comme Geneviève elle méprisa les vanités du
- 3i_
monde, afin de devenir semblable au Dieu
crucifié; enfin comme Geneviève Germaine
aussi devint une grande sainte. De sorte que
ces deux bergères semblent avoir été choisies
pour être les patronnes , l'une du nord , et l'au-
tre du midi de la France.
Les saints ont une grande puissance dans le ciel ;
cela se comprend. Le Seigneur qui se souvient de la
fidélité avec laquelle ils ont observé ses comman-
dcmcnls, des vertus qu'ils ont pratiquées, (les
sacrifices qu'ils se sont imposés, ainsi que de toutes
les persécutions qu'ils ont endurées par rapport à
lui, est tout naturellement porté à leur accorder ce
qu'ils lui demandent.
Souvent même , pendant qu'ils étaient encore sur
la terre, afin de faire comprendre l'efficacité de
leurs prières , le Seigneur est allé jusqu'à leur per-
mettre d'opérer des prodiges.
1 C'est ce qu'il fil en faveur de Germaine et de bien
d'autres saints. A plus forte raison les saints doi-
vent-ils être tout-puissants auprès de Dieu main-
tenant qu'ils ont reçu la couronne immorlclle,
maintenant qu'ils sont auprès de son trône dans le
ciel, qu'ils jouissent de sa présence et qu'il leur est
permis de converser avec lui. Afin de leur être
agré.ible , le Seigneur ne peut qu'exaucer leurs
vœux.
Parmi les saints, il en est un qui nous porte un
intérêt tout particulier, et auquel nous devons prin-
1 — 23 -
cipalement nous adresser dans nos besoins : c'est
celui qui nous fut donné pour patron au jour de
notre bipième. Il voit avec satisfaction que nous
perlons -sou nom , et pur suite il doit être disposé à
se faire notre interprète , notre intercesseur auprès
3e Dieu. Mais voulons-nous mériter de plus en plus
la protertio» de notre saint patron , marchons sur
ses traces. Pour cela éludions sa vie , afin de l'iini
ter ; pour cela cherchons à connaître les vertus qu'il
a |)raliquccs , afin de les pratiquer à notre tour.
Malheureusement, c'est ce qu'on ne fait pas assez;
lîissi beaucoup de chrétiens ne portent pas digne-
ment le nom qui leur fut donné quand ils reçjrent
le sacrement régénérateur, parce que leur vie offre
M triste contraste avec celle de leur glorieux patron.
Il est surtout une chose qui est bien agréable à
notre patron, et qui ne pourra que nous attirer sa
f-HËur spéciale : c'est la fidélité aux engagemenls
que nous avons contractés en même temps que nous
fûmes appels de son nom.
N'oublions jamais les promesses du baptême, C'est
parce que Germaine les rappela toujours, qu'elle
conserva toute sa vie son innocence baptismale. Si
nous avons eu le malheur de perdre cette grâce in-
comparable, travaillons à nous dédommager de cette
perle immense, en faisant naître dans notre cœur
le repentir qui est, comme on l'a si bien dit, une
seconde innocence.
Les promisses du baptême, ayons soin aussi de les
rensuuler de temps en temps, principalement le jour
aanhersllire decelai où il noas fut donné de recevoir
ce divin sacrement. Ce jour-là allonsnous prosterner
— 24 —
au pied des aulels, et là fdisons de nouveau profes-
sion de notre foi, et là renonçons de nouveau à
Satan , à ses pompes et à ses œuvres.
Outre les saints dont nous portons le nom , il en
est d'autres que nous pouvons considérer comme nos
patrons. Dans ce nombre il faut compter celui sous
l'invocation duquel se trouve placée la paroisse que
nous habitons.
Nous lui sommes consacrés , et le culte particulier
que nous lui rendons en fait aussi notre protecteur
auprès de Dieu. Appliquons-nous pour lui plaire à
pratiquer tout ce qui peut lui être agréable. Sanc-
tifions par exemple la lêle instituée à son honneur.
Il est déplorable que cette fêle qni-devrait êlic un
jour de dévotion, par suite des ubus introduits par le
monde ne soit la plupart du temps qu'un jour de
désordres et de scandale.
Nous devons regarder aussi comme nos palrons
le saints qui ont vécu dans notre condition , et à ce
titre Germaine est bien votre patronne, habitants
des campagnes , car votre profession est celle qu'elle
exerça pendant toute sa vie.
Adressez-vous donc à elle avec confiance dans
toutes vos nécessités , soit lorsque l'orage menace vos
récoltes, afin de les préserver, soit lorsque la peste
sévit parmi vos troupeaux , afin d'en obtenir la
cessation.
Pendant sa vie Germaine eut le pouvoir de com-
mander aux élémenls; à ses prières, la grêle, ce
fléau redoutable qui nous inspire tant de crainte
épargna la contrée qu'elle babilail. Maintenant 1
qu'elle est au ciel elle opèrera en votre faveur de
— 25-.
l,lus grands prodige encore pourvus que vous la
priiez avec foi et avec ferveur.
CHAPITRE III.
PREMIÈRE ENFANCE ET PREMIÈRE ÉDUCATION
RELIGIEUSE DE GERMAINE.
La joie que causa à ses parents la naissance
de Germaine fut bientôt troublée, car l'on s'a-
perçut qu'elle était percluse de ses membres ;
de plus des humeurs scrofuleuses , qui devaient
être incurables , vinrent atteindre son faible
corps et se manifestèrent principalement à
son cou.
Ces infirmités ne tirent que redoubler l'amour
de Marie Laroche pour sa fille. Suivant le sen-
timent qu'inspire la nature , une mère , à moins
qu'elle ne soit sans cœur, aimo toujours son
enfant ; mais lorsque cet eijfant vient au monde
avec quelque infirmité , on l'a souvent remar-
qué , sa mère , comme si elle avait à se repro-
cher son malheur parce qu'elle lui a donné le
jour , redouble à son égard de soins et de ten-
dresse.
Mais le meilleur adoucissement à la souf-
france , surtout quand elle est native et que la
science est incapable de la guérir , c'est la
— 26 -
religion. Aussi la mère de Germaine, pré-
voyant, à cause du triste état où elle la voyait
réduite , que sa fille aurait bien des larmes à
verser , bien des maux à supporter , s'empressa
de lui enseigner ces premières vérités de la foi
qui, en même temps qu'elles sont un moyen de
salut, offrent tant de consolation quand on est
malheureux.
C'est pourquoi, après lui avoir appris les
prières qu'elle devait adresser à Dieu chaque
jour, elle dut aussi commencer à lui expliquer
nos mystères adorables, lui enseigner que Dieu
le père avait tout créé , les choses visibles et
invisibles , que Dieu le Fils, consubslanliel au
Pèro , après s'être incarné dans le sein de la
Vierge Marie, nous avait rachetés en versant
son sang pour nous sur l'arbre de la croix , et
que le Saint-Esprit qui procède du Père et du
Fils , et qui avec eux ne fait qu'un seul Dieu ,
nous vivifiait par sa grâce.
Elle dut aussi ne pas lui laisser ignorer qu'après
cette vie il y a un enfer où seront punis éter-
nellement ceux qui auront violé les commande-
ments du Seigneur, et un ciel où seront ré-
compensés ceux qui auront été fidèles à aimer
et à servir Dieu sur la terre.
« Il y a dans ces premiers enseignements
d'une mère à un enfant, dit un des auteurs de
la vie de Germaine , tout un système admirable
d'éducation religieuse ; il n'est pas nécessaire
—27 —
de lui parler beaucoup , il suffit de lui montrer
quelques objets sensibles ; les impressions sont
ceçues avec-facilité, et, quand la nature les
seconde , elles ue s'effacent jamais. Germaine,
à ce qu'il paraît, avait reçu du ciel un cœur
naturellement tourné vers les choses de Dieu ,
un caractère calme et paisible , un esprit ré-
fléchi ; la suite de sa vie le montre. Avec de
telles dispositions développées et cultivées par
une mère attendrie, il n'est pas étonnant que
le souvenir du premier âge ait exercé sur le
«asfce_d0 sou existence une influence heu-
reuse. [Uabhé Satvan) ».
Mais , hélas 1 Germaine fat bien jeune privée
des soins et de l'enseignement de sa mère ; eLe
n'avait que cinq aas lorsque la mort vint la
ravir à son amour.
Comme celte perte qui arriva à Germaine au
moment où elle commençait à apprécier le bon-
heur d'avoir une mère , dut lui être sensible et
affecter péniblement son cœur 1
Comme elle dut être triste lorsqu'elle n'aper-
çut plus daus la chaumière celle qui, tous les
matins, nenail lui sourire à son réveil , celle
qu'elle n'entendait plus lui apprendre de ces
choses qu'elle se plaisait tant à écouter. r
Pour comble de malheur, Laurent Cousin,
quelque temps après la mort de Marie Laroche,
épousa une autre femme. Celle-ci, au lieu
d'avoir.pour Germaine l'attachement qu'aurait
- 28 —
dû lui inspirer le triste état de cette pauvre
orpheline n'eut au contraire pour elle que de
mauvais traitements, et se comporta à son égard
en véritable méchante marâtre. Pleine de dégoût
à la vue du ses humeurs scrofuleuses , elle
chercha autant que possible à l'éloigner de la
maison paternelle. C'est pourquoi Germaine fut
chargée de la garde des troupeaux. Ce qui fai-
sait que dès l'aurore , elle quittait la ferme pour
n'y rentrer que le soir au déclin du jour.
Pourtant les germes de foi et de piété que
Marie Laroche avait semés dans le cœur de sa
fille ne furent point étouffés. Plus d'une fois ,
toute petite , elle l'avait conduite à l'église pa-
roissiale ; Germaine , après sa mort, n'en avait
point oublié le chemin- C'est là qu'elle venait se
consoler de la perte de celle qui l'avait tant
aimée , c'est là aussi qu'en écoutant avec at-
tention les instructions du pasteur chargé d'en-
seigner la doctrine sainte , elle fit de rapides
progrès dans la science du salut. La parole de
Dieu , comme la semence dans la bonne terre ,
ne put que produire au centuple dans cette âme
déjà si bien disposée par les soins maternels.
Enfin ajoutons que pour perfectionner et con-
sommer l'éducation de Germaine, l'Esprit-Saint,
qui se plaît à se dilater dans les cœurs purs et
à les remplir de tous ses dons, dut éclairer i
Germaine de ses plus vives lumières. Voilà ce 1
qui explique comment cette pauvre enfant
— 29 -
rebut de ses proches et de ses compatriotes ,
obligée de passer toutes ses journées au fond de
la solitude , loin de toute société humaine , sut
slbicn apprécier les choses saintes , mépriser
les vanités du monde , supporter avec une pa-
tieuce héroïque tous les maux dont elle fut
affligée , et marcher toute sa vie d'un pas assuré
dans le sentier de la vertu.
Une des plus grandes obligations des parents à
l'égard de leurs enfants est celle cù ils sont de leur
donner une instruction religieuse. De même qu'ils
se font un devoir de leur procurer la nourriture cor-
porelle, ilsdoivent aussi leur donner celle instruction
religieuse qui est. la nourriture spirituelle de l'àme.
C'est pourquoi, comme la mère de Germaine,
qu'ils s'empressent d'apprendre de l.oune heure à
leurs enfants les premiers éléments de la religion ,
se soutenant que tes enfants, suivant qu'ils l'ont
entendu répéter souvent, sont comme de la cire
molle, ce qui fail que dans le bas âge ils reçoivent
plus facilement les impressions que l'on veut graver
dans leur cœur.
Pour commencer à instruire leurs enfants , les ha-
bitants de la campagne ont chaque jour sous leurs
yeux Le magnifique livre de la nature, qui s'étale
devant eux, et dans lequel chacun peut lire même
sans jamais avoir été à l'école.
Tous les devoirs de l'homme se bornent à con-
naître, à aimer et à servir Dieu, aCn d'obtenir la
— 30 -
vie élcrnêlle; or, quoi de plus propre pour faire
connaître Dieu à un enfant que de lui mouLrer le
magnifique spectacle de cet univers qui manifeste
de toutes parts son existence ! quoi de plus propre
pour faire aime" Dieu par un enfant que de lui
apprendre que c'est lui qui, dans sa bonté pour
l'homme, a créé tout ce que nous voyons , tout ce
que nous possédons ! Quoi de plus propre pour porter
un enfant à servir Dieu et à ne pas l'offenser que de
lui faire savoir que l'œil de Dieu, qui veille sur
toute la nature, pénètre aussi au fond de son cœur
et qu'il voit jusqu'à ses plus secrètes pensées.
Quand les enfants commencent à grandir, afin
d'atigmertierletir instruction, les parents, si cela leur
est possible, doivent les envoyer à l'école, pourvu que
la personne qui les du igesoitdigrie de leur confiance.
Surtout ils ne doivent pas manquer de les envoyer
au catéchisme de la paroisse, parce que le prêtre a
pour mission spéciale de leur apprendre la doctrine
du salut. Et afin de se dispenser d'un tel devoir , il
ne faut point que les parents allèguent, comme cela
n'arrive que trop souvent, qu'ils ont besoin de leurs
enfants pour les aider dans leurs diverses occupa-
tions. Ces enfants se font aussi besoin à eux-mêmes ;
ils ont une âme à sauver , un enfer à éviter, un ciel
à gagner , et pour cela la science religieuse leur est
indispensable.
Celle instruction religieuse, en même temps
qu'elle leur apprendra les moyens de se sauver, con-
tribuera à faire leur bonheur dans ce monde même,
en leur enseignant à vaincre leurs mauvais pen-
chanls, en les foi lifiant contre les tentations, en les
I
— 31 —
consolant dans les épreuves que leur réserve l'ave-
nir. H! que serait devenue Germaine au milieu
de sa solitude, au milieu des persécutions de toute
snric qu'elle eut à. cnJurer, si elle n'eût connu le
Lieu qui, du haut du ciel, veille sur nous, qui
compalit à UOJ souffrances, qui compte nos méri-
tes, aiin plus lard de nous récompenser. Sans appui
pua* le présent, sans espérance dans l'avenir,
hjr:ilfai. s'afFaissanl sur elle-même, elle se serait
étiolée comme la fleur qu'une goutte de rosée ne
«eut juint rafraîchir. Bientôt elle n'aurait offert en
sa personne que le triste spectacle d'une ignorante,
'peaL-être même d'une idiote.
Mais, grâce à l'instruction qu'elle avait d'abord
rjçus de sa mère, et qu'elle eut soin elle-même
d'augmcnLcr en venant avec fidélité assister au ca-
léciiisme de ia paroisse, Germaine trouva la rési-
gnation au milieu de ses innrmités, le calme au
milieu des persécutions de sa marâtre et des dédains
de ses compatriotes , ainsi que le bonheur au milieu
de cei isulement, auquel, dès son enfance , elle fut
cnaiiinnée. Bien plus, l'instruction religieuse, en
Caisaul de Germaine une sainte, eu a fait un objet
de respect et d'admiration , et lui a donné en même
temps cette couionne d'immortalité à laquelle tant
d'autres aspirent, et qu'ils ne peuvent acquérir
malgré les fatigues , les travaux et les sacrifices de
\Mie sarle qu'ils s'imposent chaque jour.
— 32 —
CHAPITRE IV.
PREMIÈRE COMMCXIOIS* DE GERMAINE.
Ou se plaît à le répéter avec raison, le jour
de la première communion est un des plus
beaux jours de la vie ; car c'est dans ce jour
qu'il est permis à l'enfant de franchir les bar-
rières qui jusque-là ont été fermées devant lui,
de s'asseoira la table de son père céleste , de se
nourrir du pain des anges et de s'unir de la
manière la plus intime au Dieu qui réjouit vé-
ritablement sa jeunesse.
Ah 1 si l'enfant prodigue fut si heureux de
participer à ce festin que son père, dans la joie
que lui causait son retour , fit préparer par ses
serviteurs , quel ne doit pas être le bonheur de
l'enfant chrétien lorsqu'il lui est permis de s'ap-
procher de ce festin sacré où son Dieu le convie
pour la première fois et dans lequel il se donne
à lui en nourriture. C'est là sans contredit la
plus grande grâce, la plus grande faveur que
cet enfant puisse recevoir. i
L'on ignore à quel âge Germaine fit sa pre-
mière communion. L'un des historiens de sa vie 1
se fondant sans doute sur la coutume du temps, 1
— â3 -
présume qu'elle avait onze ans lorsqu'elle fut
admise à la table sainte. Mais s'il y a de l'incer-
titude sur ce point, il ne saurait y en avoir sur
les dispositions que Germaine dut apporter à
cet acte solennel. La dévotion qu'elle montra
toujours envers le sacrement de nos autels nous
répond de l'amour dont son cœur dut être em-
brasé lorsqu'il lui fut donné pour la première
fois de recevoir dans son. cœur le Dieu de
LEucharisie.
Dès sa plus tendre enfance , en considérant
chaque jour les bienfaits qu'il répand sur toute
la nature , Germaine s'était éprise d'un grand
amour pour Dieu,
Mais comme cet amour dut redoubler quand
elle apprit que ce même Dieu, dans sa ten-
dresse pour l'homme , était allé jusqu'à prendre
la forme d'un aliment pour devenir sa nour-
riture. Avec quelle sainte envie, lorsqu'elle
assistait au saint sacrifice de la Messe, elle
contemplait les fidèles qui participaient au ban-
quet eucharistique 1 Comme il devait lui tarder
de pouvoir elle-même s'unir à son Dieu.
Aussi quand son pasteur lui annonça que cette
faveur lui serait bientôt accordée , comme elle
ut redoubler de zèle , soit afin de s'instruire ,
soit afin de purifier son âme , soit en un mot,
afin d'acquérir toutes les vertus nécessaires
pour recevoir dignement le plus auguste de nos
sacrements,
— 34 —
Enfin, il arriva ce jour si désiré.
Qui dira avec quelle componction Germaine
recut d'abord l'absolution de ses fautes? Oui
pourra raconter les saints élans , les saintes as-
pirations qui s'échappaient de son âme pendant
la nuit qui précéda ce jour fortuné '? Avec quel
transport elle vit apparaître les premiers rayons
de l'aurore qui venaient briller à travers les
fentes du triste réduit où elle reposait.
fe levant aussitôt, elle se revêtit de sa robe
blanche , car ce jour-là sa marâtre elle-même ,
quand ce n'eût été qu'afin de ne pas froisser
l'opinion publique, dut faire en sorte que Ger-
, maine fût convenablement vêtue.
Ainsi parée de sa robe de fête, Germaine prit
le chemin de l'église. Quand elle y entra, elle
n'attira point sur elle les regards de la fou!e,
accourue pour prendre part a la solennité : elle
était si chétive, la pauvre enfant !
Mais si elle passait inaperçue aux yeux du
monde, le Seigneur , du fond de son tabernacle-,
se plaisait à la contempler. Avec quelle admi-
ration il considérait la pureté de son âme et la
foi dont elle était animée 1 Avec quel transport,
en la voyant, il lui adressait les paroles du
livre des Cantiques: Vous êtes toute belle, ô
mon amie t et il n'est pas de tache en vous.
De son côté, quel ne dut pas être le bonheur
de Germaine lorsqu'elle approcha de la table
sainte pour s'unir à son Dieu , qui l'appelait,
— 35 -
lorsqu'elle sentit son divin époux reposer au
fond de son cœur 1 Oh oui, alors , comme son
âme (lut être ardente ! comme elle dut être
inondée des plus pures délices et déborder
d'ivresse!
Rien ne nous a été révélé sur les pieux sen-
timents que Germaine éprouva dans ce moment
heureux; mais en réfléchissant à l'amour dont
son cœur était embrasé , il est bien permis de
croire que son bonheur dut être comme un reflet
de celui qu'éprouva l'éponse du livre des Can-
tiques lorsqu'elle trouva son divin époux , et
qu'alors inspirée par l'esprit divin , elle dut ré-
péter ausv. : « Mon bien-aimé est à moi. et moi
je suis à lui. J'ai trouvé celui que j'aime , je le
tiens et ne le laisserai point aller. »
Germaine n'oublia jamais les moments heu-
reux qu'elle passa au pied des autels le jour de
sa première communion. Aussi pour ainsi dire,
afin de les faire durer toujours, elle revint sou-
vent se désaltérer à celle source eucharistique ,
véritable émanation de ce torrent do pure vo-
lupté qui couie dans le paradis et qui fait de la
terre un ciel.
Nous venons de le dire, heureux l'enfant chrétien
le jour de sa première communion; mais pour qu'il
en soit ainsi, il faut que cet enfant s'approche du
banquet divin dans de saintes dispositions. Sans ces
— 36 -
dispositions, ce jour, au lieu d'être un des plus
be3ux de la vie , devrait être placé tout au contraire
au nombre des jours mauvais , des jours néfastes.
La première disposition qu'il faut avoir quand an
se prépare à lu première communion , est l'instruc-
tion religieuse ; elle doit comprendre les principales
vérités de la foi et particulièrement ce qui concerne
le sacre.'nent de l'Eucharistie.
Mais l'instruction ne suffit point pour être admis
à faire la première communion; il faut de plus la
bonne conduite. Quand même un enfant se ferait
remarquer par son intelligence et qu'il serait wn
véritable savant, s'il n'est pas sage, pieux, mo-
dcstc; si tout au contraire il est dissipé, paresseux ,
qucrclletir, certainement il n'est pas digne de rece-
voir Jésus-Christ. L'entrée du divin Sauveur dans
son àme serait une entrés de malédicliolL, car il
n'aime à se communiquer qu'à ceux qui lui ressem-
blent , qu'à ceux qui , comme lui, sont doux et
humbles de cœur.
Quoique Germaine connût parfaitement les prin-
cipales vérités de la religion , on ne peut pas dire
qu'elle fût savante , puisque d'après l'opinion géné-
rale , elle ne savait pas même lire; mais elle pos-
sédait au plus haut point ces deux vertus de la
douceur et de l'humilité qui sont si agréables à i
Jésus-Christ; et voilà pourquoi ce divin Sauveur, j
au jour de la première communion de Germaine,
vint avec complaisance habiter en son âme et la
combler de tant de grâces. j
Ce que nous venons de dire se rapporte à la
préparation éloignée de la première communion,
— 37 -
3
parlons maintenant de la préparation prochaine ;
elle consiste dans le travail de la purification de
l'âme.
Puisque lorsqu'on communie on reçoit le Fils de
Dieu lui-même, le Dieu trois fois saint, le Dieu
sans tache, il faut nécessairement être en état de
grâce, c'est-à-dire n'avoir aucun péché mortei sur
la conscience, voilà pourquoi saint Piul nous re-
commande de nous éprouver avant de manger la
chair du fils de l'homme et de boire son sang. Il
semble tout d'abord que ces paroles ne peuvent pas
s'adresser à l'enfant à cause de son jeune âge; mais ,
hélas! notre nature est tellement inclinée A ers le
mal que l'enfant lui-même devient coupable lorsque
à peine il commence à être éclaire des premiers
rayons de l'intelligence, lorsqu'à peine il com-
mence à faire usage de sa raison.
Il devient donc nécessaire que l'enfant tra-
vaille lui aussi, à purifier son âme lorsqu'il se pré-
pare à la première communion. Pour opérer cette
purification, l'Eglise ordinairement, à cette époque,
l'oblige à faire une confession générale des péchés
qu'il a commis.
L'enfant doit se soumettre à celle obligation que
l'Eglise lui impose pour le salut de son âme. C'est
pourquoi après avoir scruté avec soin les replis de
sa conscience , qu'il aille se jeter aux pieds du minis-
tre du Sacrement de Pénitence pour lui faire
l'humble aveu des fautes dont il se reconnaît cou-
pable. Une fausse honte ne doit pas le retenir et le
rendre muet. Malheur à l'enfant qui cache au fond
de son âme le péché que la grâce et la conscience le
— 38-
sollicitent de déclarer ! il se prépare un bien triste
avenir. Après avoircommis un sacrilège au tribunal
de la pénitence, il en commettra un autre en s'ap-
prochant indignement de la table sainte que le Sei-
gneur lui reprochera sans cesse comme autrtfois il
reprocha à Caïn son cruel fratricide.
Ah! bien plus heureux est l'enfant qui confesse à
Dieu ses péchés en la personne du prêtre ; il décharge
sa poitrine du poids énorme qui l'accablait, et son
bonheur alors est le bonheur du malade quand il est
rendu à la santé, du captif quand il sent briser ses
chaînes, de l'exilé quand il revoit le sol de la patrie.
Ce qu'il faut encore, ce qu'il faut surtout à l'en-
fant pour bien purifier son àme, c'est la douleur
d'avoir commis le péché et la résolution de ne plus
le commettre. Oh! s'il est animé de pareils senti-
ments, il peut se présenter sans crainte devant le
Dieu sauv eur qui pendant sa rie mortelle se plaisait
à appeler à lui les petits enfants et à les combler de
ses caresses et de ses bénédictions.
Quant au corps, il faut que l'enfant, le jour de
sa première communion , lorsqu'il se présente à la
table sainte, n'ait ni bu ni mangé depuis minuit et
qu'il soit modestement vêtu.
Habitants des campagnes, n'oubliez pas ces der-
nières paroles. Bien souvent à l'approche de la
première communion, vous vous préoccupez trop de
la parure de vos enfants, et quelquefois même ce
jour-là vous les mettez dans un état qui est au-jessus
de leur condition. Ce n'est pas là ce qu'exige d'eux
le Dieu qui pendant sa vie se plut à porter les livrées
de la pauvreté. Les enfants les plus indigents, mal-
— 39 -
gré la simplicité de leurs habits, seront reçus dans
Jd salle du festin sacré avec le même honneur que
les enfants les plus riches) pourvu qu'ils aient la
pureté de l'âme. Tel doit être le plus bel ornement
d'un enfant le jour de sa première communion. Ce
fut celui de Germaine , et c'est là ce qui la rendit si
agréable aux yeux du Seigneur.
Que vos enfants qui sont nés dans la même con-
dition que Germaine s'appliquent à l'imiter dans les
dispositions qu'elle apporta à sa première commu-
nion.
Dès-lôrs le Seigneur les bénira comme il bénit
notre humble bergère, et par l'effet de la grâce
qu'ils auront reçue ces enfants , en même temps
qu'ils croîtront en âge , croîtront aussi en sagesse-et
deviendront tout à la fois la joie de leurs parents,
la consolation de leur pasteur et l'honneur de la
paraisse.
CHAPITRE V.
PERSÉVÉRANCE DE GERMAINE.
Les jours qui suivent celui de la première
communion, hélas! ne lui ressemblent guère I
A ce jour si pur, si calme, si tranquille, succè-
dent des jours remplis d'orages, et pendant ces
- 40-
orages qui suscitent les plus terribles tempêtas
sur cette mer immense du rronde que nous
habitons, combien qui se perdent 1 combien
qui font de tristes naufrages !
Suivant ces paroles de l'éternelle vérité,
« celui-là seul sera sauvé qui aura persévéré
(c jusqu'à la fin. » Or, après la première commu-
nion, y a-t-il beaucoup d'enfants qui conservent
les grâces dont ils ont été comblés en ce saint
jour. Si l'on interroge les pasteurs des paroisses,
ils répondent que leurs efforts sont couronnés
ordinairement de peu de succès,; à peine quelque
temps s'est-il écoulé qu'ils voient se flétrir les
fleurs qui avaient brillé d'un si vif éclat, qui
avaient répandu de si agréables parfums , à
peine quelque temps s'est-il écoulé que l'ivraie
commence à reparaître sur ces champs qu'ils
avaient cultivés avec tant de soin, et qu'ils
avaient arrosés de leurs sueurs.
Quelquefois même ils sont obligés de faire de
bien plus tristes aveux ; car de notre temps,
suivant que l'a écrit l'estimable auteur du Caté-
chisme de Persévérance : « le saint ministre
semble séduit au rôle crucifiant d'engraisser des
victimes pour l'impiété et la corruption. »
Et ce que l'on dit des enfants des villes peut
aussi s'appliquer aux enfants de nos campagnes.
Comme s'ils étaient absorbés par leurs travaux,
ou comme si ces travaux les dispensaient de
leurs devoirs de chrétiens, bientôt après la pre-
— il —
mière communion, on ne les voit plus repa-
raître au catéchisme, bientôt aussi ils cessent
de fréquenter les sacrements, ou ne s'en appro-
chent que très-rarement ; au lieu de suivre les
exercices de pmlé, ils se lancent au contraire
au milieu des amusements du monde où la vertu
court toujours de si grands dangers. Dès lors ,
il n'est pas étonnant qu'ils perdant bientôt les
grâces qu'ils ont reçues et si au lieu de persé-
vérer ils succombent misérablement et se lais
sent aller à de graves désordres. Ah! comment
l'or si pur s'est-il changé en un plomb vil!
comment des enfants qui étaient si beaux quand
naguère ils étaient revêtus de leurs habits de
fête, ont-ils pu se vautrer dans la fange du
,,'ice! comment aussi ont-ils pu oublier ces ser-
fments sacrés qu'ils avaient prononcés avec tant
de solennité en face des autels , en présence de
tout un peuple , de parents et d'amis ? Qu'ils le
sachent bien, s'ils ne se souviennent plus de
leurs serments , le Seigneur, l'Eglise ne les ont
pasoubliés. a Rappelez-vous, dit saint Ambroise,
ce qu'on vous a demandé et ce que vous avez
répondu. On garde vos abjurations non pas
dans les tombeaux des morts, mais dans le livre
des vivants, dans les archives de l'Eglise où
vos noms sont inscrits parmi les enfants du
royaume. C'est là qu'ils sont consignés, c'est de
là qu'on les tirera pour les produire au jugement
de Dieu. »
-!,.:! -
« Vous avez secoué le joug de votre plus redou-
table ennemi, ajoute saint Augustin; vous l'avez
chassé de vos cœurs, quand vous avez prononcé
ces paroles: Jet énoncé. Ce n'étaient pas les
hommes, mais les anges qui reçurent notre
serment dans les cieux.
» Prenez garde que celui à qui vous avez dé-
claré la guerre ne retrouve en vous les œuvres ■
d'iniquité auxquelles vous avez renoncé, qu'il
ne reprenne de nouveaux droits sur vous et qu'il
ne vous entraîne dans votre ancienne servitude.
» Oh 1 chrétiens, vous trahissez votre illustre
nom par un affreux contraste. Quand on vous
voit faire profession d'une doctrine et pratiquer
le contraire , vous portez le nom de fidèles et
vous montrez de l'infidélité dans vos actions en
violant la promesse solennelle que vous avez
faite , vous êtes venus dans le temple saint pour
offrir vos vœux au Seigneur, et le moment
d'après on vous voit dans les assemblées pro-
fanes, au milieu des danses, des divertisse-
ments, des spectacles ; on vous voit mêlés dans
la société des hommes corrompus ; on vous en-
tend parler avec eux un langage obscène et
pousser avec eux les clameurs de la licence , du
libertinage et de la débauche ! Chrétiens parjures,
qu'y a-t-il de commun entre vous et ces pompes
du démon auxquelles vous avez renoncé. Qiàd
libi et poynpis diaboli. »
Ce reproche que l'on peut faire à la plupart
— k3 -
des enfants , de ne point persévérer. Germaine
ne le mérita jamais. Elle vécut le reste de sa
yie comme elle se montra le jour de sa pre-
mière communion. Sans cesse elle se rappela
lts instructions qui lui furent adressées en ce
saint jour et s'appliqua à les mettre en pratique ;
sans cesse elle eut présents à sa mémoire les
serments qu'elle fit au Seigneur et s'efforça d'y
demeurer iidèle, sans cesse elle eut devant les
yeux les grâces qu'elle reçut du Seigneur, et
sans eesse elle fut occupée de lui en témoigner
sa reconnaissance.
Aussi on ne la vit jamais dévier du sentier de
la vertu; aussi chaque jour elle fit de nouveaux
pcogrès dans le chemin de laperf ction ; aussi,
en un mot, par sa persévérance elle mérita
d'entrer dans le port du salut.
Nous pouvons dire de notre sainte toutes ces
choses sans crainte de nous tromper, puisque
d'après la croyance générale elle conserva imma-
culée sa robe baptismale. L'opinion publique ne
lui aurait pas rendu ce témoignage si elle n'eut
persévéré ; et pourtant que d'obstacles vinrent
s'opposer à sa persévérance ! sans parler de ses
occupations qui furent les mêmes que les vôtres,
habitants des campagnes , que d'épreuves plus
que vous elle eut-à supporter! pourquoi donc
ne pourriez-vous pas ce que put cette pauvre
fille?
— 44 -
Le jour de la première communion, avant de se
séparer des enfants qu'elle vient d'admettre à la
table sainte, l'Eglise", par la voix- de ses pastears,
leur prêche la .persévérance, ce grand devoir qui
résume en lui tous les autres et dont l'accomplisse-
ment est nécessaire à ces enfants afin de conserver
les grâces qu'ils viennent de recevoir.
De son côté le monde fait tout son possible pour
leur f:lire perdre ces grâces, il sème sous leurs pas
toute sorte de séduction, et, afin de les attirer au
milieu de ses amusements et de ses plaisirs, il leur
fait entendre ces perfides paroles: « Il faut que jeu-
nesse passe. »
Combien, hélas! ont cessé de persévérer parce
qu'ils ont écouté cette fallacieuse ma.xime. Sans
doute, il faut que jeunesse passe, mais il faut qu'elle
passe .'-..internent ; car la jeunesse au lieu d'être le
temps de la dissipation et des désordres doit être,
au contraire, le temps de la piété et de la ferveur.
Les réflexions suivantes serviront à nous en con-
vaincs.
Au jour de la première communion, le Seigneur,
nous venons de le voir, comble l'enfant de toutes
sortes de bienfaits. Il lui pardonne ses fautes pas-
sées et lui rend tous les droits au royaume du ciel, et
pour cimenter sa nouvelle alliance avec lui il l'in-
vite au saint banquet des anges.
Or convient-il que presque aussitôt après avoir
reçu ces grâces inestimables, l'enfant s'éloigne du
Seigneur et abandonne sa loi sainte pour aller vivre 1
au milieu d'un monde pervers et corrompu,? N'est-
il pas juste, au contraire, qu'il se conserve fidèle et
— 45 —
qu'il donne au Seigneur ce cœur qu'il lui demande
avec instance?
-Considérons encore à quels dangers s'expose l'en-
fant qui ne persévère point après sa première
communion. La sainte Écriture nous l'apprend. Le
Seigneur est jaloux des prémices et il se plaît à cou-
vrir de sa protection ceux qui lui restent fidèles
pendant la jeunesse.
Joseph, aîiu de ne point pécher en présence de
son Dieu, laisse son manteau entre les mains de
l'épouse de Putiphar. Aussi le Seigneur ne l'aban-
donne pas pendant la captivité à laquelle celte
méchante femme le fait condamner et lui accorde le
don de prophétie qui le fait devenir ministre d'un
grand roi.
Le jeune Tobies'applique à marcher sur les traces
de son digne père, et, pour le récompenser, le Sei-
gneur lui envoie un archange du ciel qui lui sert de
guide dans le périlleux voyage qu'il est obligé d'en-
treprendre.
Mais quand un enfant naguère l'objet de toute
la tendresse du Seigneur, le délaisse pour se donner
au monde et aux créatures, justement irrité d'une
telle injure, le Seigneur, à son tour, s'éloigne de lui,
et sans toutefois lui refuser ses grâces, il ne le
regarde plus d'un œil aussi favorable et ne le traite
pas avecla même générosité.
- Dès lors que devieut cet enfant dans la voie de la
perdition où il est entré; bientôt on le voit dissiper
les trésors de la grâce dont il était enrichi, tomber
d'abîme en abîme et contracter de ces vices qu'il
sera plus lard bien difficile d'extirper de son cœur;
— 46 —
car il est écrit que l'adolescent ne qailtera point sa
voie. même quand il sera devenu vieillard.
Afin de prévenir que cet oracle de l'éternelle vé-
rité ne se réalise point par rapport à vous, enfants
de nos campagnes, persévérez après votre première
communion. Tout vous y engage, tout vous y invite
autour de vous; voyez, que fait ce soleil qui chaque
jour vous éclaire de ses rayons? que fait cette terre
qui chaque année se couvre de nouvelles fleurs, de
nouveaux fruits, ils persévèrent à leur manière en
remplissant ainsi sans jamais cesser, la fin pour
laquelle Dieu les a créés.
Votre destinée, à vous, c'est d'aimer et de servir
Dieu, et cette fin vous l'accomplirez en persévérant.
Pour aimer et pour servir Dieu, n'attendez pas A
vos derniers jours; car une fois que vous vous serez
laissés aller au mal, il sera bien difficile de revenir
au bien. Est-il facile, je vous le demande, de.re-
dresserle jeune arbrisseau lorsqu'il est devenu un
grand arbre, et qu'il a poussé dans la terre de pro-
fondes racines. Il en sera de même de votre cœur;
difficilement vous parviendrez à le corriger de ses
mauvais penchants une fois qu'il se sera tourné vers
le. vice.
C'est là ce que comprit Getmaine, aussi, on ne la
vit point un seul instant dévier du droit sentier où
elle était entrée; aussi, on ne la vit pas un seul ins-
tant cesser de persévérer.
Faites comme elle, et la persévérance après vous
avoir rendus heureux dans cette vie en vous épar-
gnant "bien des peines, bien des remords, vous
rendra infiniment heureux dans l'autre j car c'est
— 47 -
elle qui vous guidera sûrement vers le port du salut
et qui vous fera entrer dans le divin séjour. *
CHAPITRE VI.
DE L'ESPRIT DE PRIÈRE DE GERMAINE.
Se maintenir dans la pratique de la vertu
n'est pas chose facile ; car nous avons à lutter
tout à la fois contre notre nature qui, d'elie-
même , nous porte au mal, contre le monde qui
est rempli d'embûches et contre le démon qui
nous livre des combats continuels.
On parvient à se délivrer des bêtes féroces, et
même en les pourchassant, on finit par en dé-
peupler un pays ; mais le démon, ce loup rapace
qui rode sans cesse autour de nous pour nous
dévorer, impossible de le détraire.
Pourtant si nous le voulons bien nous pouvons
ne pas succomber dans les attaques que nous
avons à soutenir contre lui. Pour cela nous n'a-
vons qu'à crier vers le Seigneur qui du haut
du ciel nous contemple et qui ne manquera pas
4e se faire notre défenseur. Oui, pour vaincre
Pêneemi du salut servons-nous de l'âme puis-
sante que nous avons entre nos mains, la prière.
— 48 -
Tel est le moyen auquel Germaine eut re-
cours toute sa vie, afin de persévérer dans la
vertu et de se préserver du mal ; sa journée en-
tière , on peut le dire , elle la passait en prières.
Dès le matin, aussitôt que le jour commençait
à paraître, elle so levait promptempnt, etalors
tombant à genoux, dans son pauvre réduit, avec
quelle ferveur elle s'adressait à notre père qui
est dans les cieux , afin de lui demander le pain
de chaque jour, afin de le conjurer de ne pas la
laisser succomber a la tentation et de la délivrer
de tout mal.
Avec quelle ferveur encore elle s'adressait à
Marie, la vierge pleine de grâce, aGn d'implorer
sa protection , afin de lui demander de prier
pour elle, pendant cette journée qui venait de
commencer et à l'heure de la mort.
Après avoir vaqué à ce saint exercice de la
prière et avoir pris le pain dont elle devait se
nourrir ainsi que sa quenouillle avec le lin qu'on
lui donnait à filer, Germaine allait ouvrir la
porte de la bergerie à son trouppau qu'elle con-
duisait dans le vallon du Cavé où coule le
Courbet.
Pendant que son troupeau se répandait sur la
prairie pour broûter l'herbe fraîche , Germaine
priait avec une ferveur nouvelle Alors l'âme
toute remplie des doux sentiments et des suaves j
impressions que fait naître le réveil de la nature,
elle se joignait aux crétatures qui, toutes, prient
- kd —
Dieu à leur manière. Alors elle l'invoquait avec
^oiseau qui chante, avec l'insecte qui bour-
donne sous ce brin d'herbe, avec l'agneau qui
îêle dans la prairie, avec le ruisseau qui mur-
nure dans la vallée , avec tons les êtres , en un
Mot, qui, le matin, semblent s'unir pour
hanter ensemble un hymne à l'Eternel. Et
comme elle devait être agréable au Seigneur la
prière de cette jeune fille, qui montait vers lui
toute parée, pour ainsi dire, des perles de la
rosée toute embaumée du premier parfum des
fleurs.
Durant le cours de la journée , combien de
fois aussi Germaine se plaisait à élever son âme
vers Dieu. La tradition nous rapporte qu'on la
voyait souvent se prosterner au pied d'une
croix, et là, profondément recueillie, elle
adressait sa prière au Seigneur , ou bien elle
méditait sur quelque vérité du salut. C'est dans
cette pieuse posture qu'elle est représentée or-
dinairement dans les différents tableaux qui
ont été composés pour retracer les principales
circoustances de sa vie.
Au déclin du jour , quand le soleil jetait ses
derniers feux à l'horizon et que les ombres de
la nuit commençaient à s'étendre dans la cam-
pagne. Germaine, à la tête de son troupeau,
reprenait le chemin de sa chaumière.
Après qu'elle avait enfermé ses brebis dans
la bergerie, vous croyez qu'elle s'empressait
— 50 -
d'aller s'asseoir au foyer de la famille , afin de
-se défrayer , en jouant avec ses frères, de l'iso-
lement auquel elle avait été condamnée pendant
toute une long je journée. Non, cela ne lui était
pas permis , et Germaine ne s'en plaignait pas,
elle s'en réjouissait même , parce qu'elle avait,
plus de temps et de liberté pour converser avec
le Seigneur.
Prosternée au pied de son grabat, elle le re-
merciait alors des grâces qu'elle en avait reçues
pendant la journée , lui demandant humble-
ment pardon des fautes qu'elle croyait avoir
commises, en le priant de continuer à veiller
sur elle pendant son sommeil.
Et si durant la nuit ses paupières venaient à
s'entr"ouvrir , instinctivement son âme s'élevait
vers le Seigneur, aGn de le bénir encore.
Germaine priait donc le Seigneur continuel-
lement , aussi continuellement du haut du ciel
descendaient sur elle des rayons de grâces , de
saintes inspirations qui entretenaient son âme
dans une sainte ferveur ,. qui faisaient qu'elle
se maintenait pure devant Dieu , et que toujours
elle sortait victorieuse des assauts qu'eUe avait
à soutenir contre le tentateur^
Puisque la prière fut si ulile à Germaine, afin de
vous sanctifier, priez aussi vous-même, el comme
Germaine, priez souvent. Priez dès votre lever, afin
d'oBrir votre journée au Seigneur, avec toutes vos

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