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Imaginez un monde où les organes de presse auraient le pouvoir de copyrighter l'information... Un monde où il serait possible de déléguer les tâches subalternes auprès de clones et mener ainsi plusieurs vies de front... Un monde où les génotypes seraient contrôlés par l'État et où, avant votre naissance, votre avenir serait prédéterminé en fonction d'un ADN attribué... Un monde où il serait possible de parcourir l'univers en s'incarnant dans des entités extraterrestres... Un monde qui, ayant banni la mort, punirait le suicide par une peine de vie à perpétuité... Imaginez... demain.
Publié le : mercredi 1 septembre 2010
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782843441493
Nombre de pages : 256
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ClaudeEcken


LeMonde,
tousdroitsréservés







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OuvrageproposéparRolandC.Wagneretpubliésousladirectiond’OlivierGirard.

ISBN:978-2-84344-148-6
CodeSODIS:NU82117
Parution:septembre2010
Version:1.1—21/12/2010

©2010,leBélial’,pourlaprésenteédition
Illustrationdecouverture:©2005,EricScala
3ClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés








•LeMonde,tousdroitsréservés
(LaGestemicroéditions,1994)
•Membresàpartentière
(Carfaxn°26/27,1987,Québec;
LaCroiséedessphèresn°6,EncreNoire,1997)
•EdgarLomb,unerétrospective
(Erecompriméen°20,1983)
•L'Unique
(inédit)
•LesDéracinés
(Erecompriméen°12,1981;
Apsaran°16,1998)
•Espritd'équipe
(L'Argonauten°40,1986)
•Fantômesd’universdéfunts
(Invasions99,leBélial’,1999)
•LaBêtedurecommencement
(plaquette,LaBullenoire,1985)
•Éclatslumineuxdudisqued'accrétion
(Bifrost29,Bélial,2003)
PrixRosnyAîné2004
•LaDernièremortd'AlexisWiejack
(Carfaxn°7,1985,Québec;
LaCroiséedessphèresn°6,EncreNoire,1997)
•Ensatour,Annabelle
(Folies,ôfolies,1989,Castres)
•LaFinduBigBang
(Escales2001,FleuveNoir,2000;
SF2000-2002,lesmeilleursrécits,leBélial’,2002)
PrixRosnyAîné2001
•Futursscénarios
(FluideGlacialn°80,1983)


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Sommaire





Avant-Propos,parRolandC.Wagner.................................................................................................6
LeMonde,tousdroitsréservés...........11
Membresàpartentières........................................................................................................................42
EdgarLomb,uneretrospective..........54
L’Unique........................................................68
LesDéracinés...........................................................................................................106
Espritd’équipe........................................112
Fantômesd’universdéfunts..............118
LaBêtedurecommencement...........................................................................................................145
Eclatslumineuxdudisqued’accrétion.........................152
LaDernièremortd’AlexisWiejack................................................................................................194
Ensatour,Annabelle...........................................................203
LaFinduBigBang.208
CODAFutursscénarios......................................................................................................................250


5ClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés

















Avant-Propos

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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés









J’aifaitlaconnaissancedeClaudeEckenen1985aufestivalBDd’Angoulême.
Impossibledemesouvenirdequoinousavonsdiscuté,maiscetterencontrem’alaissé
uneexcellenteimpression.Ilparlaitbienetilsavaitdequoi,letoutavecunemodestie
rare.Àl’époque,jen’avaisdûlirequeL’AbbéX,sonpremierroman—unesombre
histoiredeballetsbleusimpliquantdesnotablesdansuneinstitutionreligieusepour
mongoliens—etpeut-êtreuneoudeuxnouvelles.Lecontrasteentrelanoirceurdece
livre et la profonde humanité de son auteur était tout à fait frappant. Comment
quelqu’und’aussigentilavait-ilpuécrireunlivreflirtantàcepointaveclesordide?
Deuxansplustard,lapublicationdeL’Universenpièce,annoncécommeledébut
d’unesérieintitulée«Chroniquestélématiques»qui,àmongrandregret,nedevait
jamaisconnaîtred’autretome,m’aamenéàmeposerbiend’autresquestionsausujet
decesurprenantbonhomme.Onétaiteneffetenpleindanslavague cyberpunk,
amorcéeenFranceparlatraductiondeNeuromancienfin1985,etL’Universenpièces’y
inscrivaitsanscontestationpossible.Seulement…
Seulement, lorsqu’il travaillait sur ce roman, Claude Ecken n’avait pas lu
Neuromancien,niaucunautrelivrecyberpunk.Laconjonctiondestempsderéflexionet
d’écriture,desdélaisdelectureetdepublication,onteupourrésultatdemasquerce
queL’Universenpièceavaitdenovateur,ettotalementoccultélefaitquesonauteur
avait inventé tout seul, dans son coin, quelque chose qui ressemblait fort à ce
«cyberpunk»quinousvenaitdel’autrecôtédel’Atlantique.Laparutiondecelivreau
Fleuve Noir, dans une collection populaire dont les titres disparaissaient des
présentoirsauboutdedeuxoutroismois,n’asansdoutepasaidéàsarenomméenon
plus, et l’emploi d’un argot à base de russe constituait peut-être un handicap
supplémentaire.Maissivousparvenezàmettrelamaindessus,n’hésitezpas:voilàun
livrequimériteledétour.
Peu après, lorsque la direction du Fleuve Noir a changé, Claude Ecken
est
naturellementdevenul’undesreprésentantslesplusdouésdelaGénérationperdue,
cettepoignéed’auteursquiatrouvédanslacollection«Anticipation»unendroitoù
raconterdeshistoiresenuntempsoùlacritiquesefocalisaitsurlesnéo-formalistes
«littératurants».Iln’étaitpasenmauvaisecompagnie,notezbien:MichelPagel,JeanMarcLignyouJean-ClaudeDunyach,pourneciterqu’eux,peuventdifficilementêtre
considérés comme des seconds couteaux. Pendant quatre ans, sous la direction
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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
bienveillantedeNicoleHibert,lesauteursdelaGénérationperdueontjouid’une
libertéartistiquequasitotale,dontilsontsuprofiterpoureffectuerdesexpériences,
prendredesrisques,s’amuser—enbref,poserlesbasesdeleurœuvrefuture.
PourClaudeEcken,cefut,entreautreschoses,L’Èredupyroson,unromanen
deuxtomesbasésurlepostulatquelesonsetransformeenchaleur.L’undemes
exemplespréférésdesconséquencesincongruesmaislogiquesdecettesituationest
l’emploidedisquesdehardrockpourfairechaufferl’eau.Maislaissonsplutôtlaparole
àsonauteur:
«Jemedemandaiscommentlesgensarriveraientàsurvivredansunmondeoùle
sonauraitdisparu,enmedisantquepeut-êtreilsdécouvriraientdespouvoirspsi.On
enlèveunsenspourpermettreàunautredesedévelopper.C’estenmedocumentantpour
êtreplausiblescientifiquementquejesuistombésurl’idée.Lesonsediviseenéléments
sonores,vibratoiresetcalorifiques.Toutcequiabsorbelesonestpluschaudautoucher
parceque,justement,ilabsorbeleson.Silesondisparaît,sonénergieestredistribuéeen
chaleuretenvibrations.Àpartirdelà,jen’avaisplusqu’àdéclinermonunivers.C’était
facile.
Je signale que même à la fin, lorsque les immeubles fondent, c’est exact
scientifiquement.Lorsqu’unsonfaitvibrerunobjetaucarrédesonvolume,cedernierse
metàfondre.J’avaislesmontresdeDali,maisenvrai.»
Mine de rien, la démarche décrite est à la fois classique et révolutionnaire.
Classique car c’est ainsi que fonctionne depuis toujours la science-fiction: Claude
Eckenlesaitetill’exprimebeaucoupmieuxquebiend’autres.Etrévolutionnairecaril
prendlapeinedejustifierscientifiquementcequi,chezd’autres,auraitétésimple
prétexteàdéliressurréalistes.L’espaced’unroman,ilréunitmagistralementlesdeux
principalestendancesdelaSFfrançaisedel’époqueenappliquantaunéo-formalisme
lesbonnesvieillesrèglesdelaSFsansjamaisperdredevuelesoucidelaGénération
perduederaconteravanttoutunehistoire.
Cette préface ne prétendant nullement constituer une étude exhaustive de
l’œuvredeClaudeEcken,lemomentestvenudefaireunsautdequelquesannées,
jusqu’àlaconventiond’Orléansen1993.MichelTondellieretPhilippeBoulier,qui
éditaientalorsunexcellentfanzineintituléLaGeste,devaientréaliseruneinterviewde
Claude,pourlaquelleilsm’avaientrecruté,ainsiqu’André-FrançoisRuaudetPascal
Godbillon.C’estenl’écoutantcejour-làquej’aiprisconscienceàquelpointilavaitsaisi
lanatureprofondedelascience-fictionetdesesmécanismesintimes:
«Jen’aimepaslesbouquinsdeSFoùl’auteurnes’estpasdocumentéetqueçase
voit.Lascience-fictionc’estquandmêmes’intéresserauprogrèsengénéralmaissurtout
àunmondequiévoluedeplusenplusvite.C’estinquiétant,unmondedominéparla
science,latechnologie.Sil’onnesedocumentepas,sil’onneregardepasautourdenous
etqu’onsecontentederaconterdespetiteshistoiresquifontrêver,alorscen’estpasdela
SF.»
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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
Cettecitation,àmonsens,résumeparfaitementladémarchedesonauteur,onen
trouvera maintes preuves dans le présent recueil, et notamment dans les pièces
maîtresses que constituent «La Fin du Big Bang» et «Éclats lumineux du disque
d’accrétion»,chacunecouronnéeensontempsparunprixRosnyAîné.Danscesdeux
textes,nonseulementlerécit,maisaussiladimensionhumainesenourrissentdela
documentationscientifique.C’estd’autantplusfrappantàmesyeuxencequiconcerne
«Éclats…».J’aieusouslesyeuxdesnotesdetravailconcernantcettenouvellebiendes
annéesavantsonécriture,etjemesouviensquejen’avaisalorspastrèsbiencompris
oùClaudeEckenvoulaitenvenir.Pourtoutdire,lelienqu’ilopéraitentrelaphysique
destrousnoirsetlasociologienem’avaitguèreconvaincusurlemoment,sansdoute
parcequejeneparvenaispasàvisualisercequecelapouvaitdonner.
Certainesidéessontpersonnelles.Sipersonnellesqu’onestobligédelestraiter
seuletdelespousseràboutpourparveniràlesexprimeretàlescommuniquerà
autrui.Decepointdevue,«LaFinduBigbang»meparaîttrèssimilaireà«Éclats…».
Quid’autrequeClaudeEckenauraitpusongeràallierdelasortelapsychologie
humaineetlesuniversdivergentsdelaphysiquequantique?
Certes,sestrousnoirsbanlieusardspeuventêtrerapprochésdesattracteurs
étranges«philosophiques»deGregEgan,maislacomparaisons’arrêtelà:quoique
tousdeuxs’intéressentàl’êtrehumain,Eganl’envisagesousl’anglemorallàoùClaude
Eckenadopteuneapprocheplusindividuelle.Lecœurdeleurréflexionscience-fictive
estlemême,peut-êtreparcequ’ils’agitdeceluidetouteréflexionscience-fictive,mais
ilestévidentqu’ilsl’abordentets’enécartentdansdesdirectionsdifférentes.Et,quand
GregEganaplutôttendanceàallerversl’abstraction,ClaudeEckens’enéloigneau
contrairepourendégagerdeseffetsplusconcretsetmoins(anti-)métaphysiques.Chez
lui,lesgrandsprincipesuniverselsramènenttoujoursàl’humain,àl’individuetàsa
conscience.
Le lecteur s’étonnera peut-être, après tant de développements autour de la
scienceetdesonrôledanslaSF,desonabsencedansletexted’ouverturedecerecueil,
quiluidonneaussisontitre.Néanmoins,s’ilyregardeàdeuxfois,ilserendracompte
queladémarchedeClaudeEckenn’yestpassidifférente.Traitantd’unsujetquine
nécessitaitpasd’approfondissements,nid’extrapolationsscientifiques,saufdelégères
anticipationstechnologiques,ilaeucettefoisrecoursauxtechniquesduromannoir,
ungenreoùilexcelle,commeentémoigneparexemplel’étonnantAuditionscoupables,
etquipossèdeunedimensionsociologiqueassezfortepourquecetteextrapolation
passeparlui.Ilsesitueainsiàl’exactelimitedelafameuse«bulledeprésent»définie
par Sylvie Denis, en équilibre entre l’avenir présent et le présent à venir. Soit
l’emplacementprécisdenombredegrandstextesdefictionspéculativedel’Âged’Orà
nosjours.
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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
Entoutétatdecause,lerésultat,percutant,estànouveautoutàfaitconformeà
ce que Claude Ecken déclarait lors de cette fameuse interview de la convention
d’Orléans:
«Pourmoi,raconterunehistoiredanslefuturcen’estpasforcémentfairedelaSF.
La SF, c’est regarder le monde contemporain.» Comme il le dit par ailleurs:
«Aujourd'hui,onnepeutbienparlerduprésentqu'aufutur.»

RolandC.Wagner

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Jen’aijamaisconsidérélejournalismecommesusceptiblededeveniràsontour
un sujet d’actualité. Mais si des gens vendent aux agences des parcelles de leur
existence,pourquoinesoumettrais-jepasàmontouraupublicmabrèveexpériencede
journaliste?L’uniquearticledefondqu’ilm’aitétédonnéd’écriren’acesséd’évoluer
pouraboutiràcettedernièremouture,danslaquellel’épisodeorigineln’estplusqu’un
évènementparmid’autres.
Illuirestecependantlemérited’avoirdéclenchétoutlereste.Maisnil’épisode,
nil’articlen’auraitdébouchésuruneréflexionsiChristopherBehrn’avaitjouélerôle
decatalyseur.
Ilseraitfauxdedirequeriennel’yprédisposait,mêmesi,enapparence,il
attendaittranquillementlaretraite.Unreporterdesonenvergurenepouvaits’être
totalementcoupédesaffairesdumonde.Àl’aubedelasoixantaine,iln’occupaitqu’un
médiocre poste sur Avignon alors que ses confrères avaient accédé au rang de
directeursd’agencedèsquel’âgeneleuravaitpluspermisdecouriràtraversleglobe.
Enréalité,ChristopherBehrs’étaitplacéenretraitplusqu’ilnes’étaitmisàlaretraite,
critiquedistantd’unsystèmequ’ilnedésiraitpascautionneràunplushautniveau.
Saphilosophiedelaviem’étaitalorsimperméable.J’étaisjeuneetfier,pétri
d’idéesquiétaientautantd’assurancesàpartirdesquellesj’avaisélaborémesplansde
carrière.Lesremettreenquestionrevenaitàsacrifiermonrêved’enfance:devenirun
grandreporter.Etjen’avaisencorerienàluisubstituer.
Aussi, Christopher Behr m’apparut dès notre première rencontre d’une
insupportable indolence: à moi qui ne rêvais que de scoops et de retentissants
reportages, on m’avait imposé la fréquentation d’un homme ne daignant filmer
l’évènementquelorsqu’ilsurvenaitsoussesyeux,etencore,àconditionquel’anglede
vuefûtbon.
Jevenaisjustededécrochermonpremierposteàl’agenceRotter,etj’étaisencore
flatté,ébloui,etpourtoutdiresouslechocàl’idéedefairemespremierspasausein
d’unesigigantesqueentreprise.Avignonn’étaitqu’unepetiteville,maisj’espéraisbien
m’ydistinguer.Menanti,leresponsablelocaldel’information,nemefitpasdelong
discours.IlmecollaBehrcommecoéquipierpourlesprisesdevue,enluidemandant
dem’apprendrelesficellesdumétiersurletas.
12ClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
Mapremièresemainefutuncalvaire.ChristopherBehrmepromenadanstoutela
villecommesinousétionsdestouristes.Nousn’avionspasd’horaires,effectuantdes
randonnéesdejourcommedenuit.Jepensaisquemoncoéquipiermeconduiraitlàoù
il était indispensable de se trouver, mais les seuls évènements auxquels nous
assistâmesnousfurentcommuniquésparl’agencesurlaradiodeborddenotreGolf
décapotable.Enfaitdereportages,jenecouvrisquedeuxinaugurationsetnepus
acheterplusdetroisfaitsdiversdanslescommissariats.Unemisèrequenesemblait
pasdéplorerl’ex-grandreporter.
Lecréditquejeluiavaisaccordés’épuisarapidement.Sagloirepasséesefondait
surunefertileimagination,oualorssavaleuravaitdéclinéjusqu’àcequ’ilnefutplus
quel’ombredelui-même.Behrétaitunhommefini.
J’envinsmêmeàmepersuaderqu’onm’avaitadjointcepersonnagedansleseul
but de m’écarter des affaires sérieuses. Officiellement, j’étais censé gagner de
l’expérienceenfaisantéquipeavecceprétendugrandbonhomme.Officieusement,on
merangeaitsurunevoiedegarageparcej’étaisundangereuxconcurrentpourlesgens
enplace.
Jebouillaisd’impatience.JereprochaissanscesseàBehrdenepasmeprésenter
descontactsintéressants,desendroitsoùtrouverdel’infopaschère.Mesremarques
acerbesnefaisaientpourtantquel’amuser.
«La nouvelle promotion a les dents longues, répétait-il en riant de mes
impertinences.Maisilnesuffitpasd’avoiruncarnetd’adressesbienremplietune
provisionbancairepourêtreungrandreporter.Sinon,tutravailleraispartéléphoneet
t’enverraisunphotographeramenerdesimages.»
Jenelecroyaispas,biensûr.J’étaisprêtàbondirsurlepremierfaitdiversqui
passerait à ma portée, comme un charognard peu regardant sur la qualité ou la
fraîcheurdelaviande.Bref,j’étaismûrpourunecuisanteleçon.
Nous longions un soir les Remparts aux pierres corrodées par les gaz
d’échappement.ChristopherBehrparlaitdesquartiersarabesetcoréens,desréseaux
deputesimportéesouàdestinationdel’Europe,d’unvieuxquartierendémolitionou
de la dernière mode théâtrale présentée au festival off. En pointillés, par des
juxtapositionsd’anecdotessombresetderécitsgais,ilpeignaitlaville.Maisilvoyait
bienqueseshistoiresnem’intéressaientpas.
Sonitinérairenemepassionnaitpasdavantage.Behravaittournéàgauchepour
explorer les ruelles du centre-ville. Le contraste saisissant entre les remparts, si
fragilesderrièreleurapparencerobuste,écrasésparlestoursvertigineusesquiles
ceinturaient,s’estompaitdèsquel’ons’engageaitdanscesvieuxquartiersqu’onavait
essayédepréserverdutemps.Moncoéquipieravaitadoptéd’embléeuneallureplus
débonnaire,appréciantmanifestementlemomentoùlanuitsefaufilaitlelongdes
murs,commeunchienquiauraitmarquésonterritoiredeflaquesd’ombresàchaque
anglederue.
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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
Jesavaisdéjàqu’autermedecettepromenade,nousnousarrêterionsdansun
bistrotoùilavaitsesaises.Jedétestaiscespertesdetempsmaisjehaïssaisencoreplus
lafaçonqu’ilavaitdelesjustifier:lebarétaitlepremierpointdecontactdelacité,le
lieuprivilégiéoùglanerdesrenseignements!Argumentsstupides!Quelleétaitla
valeur de ces informations, puisqu’il fallait de toute façon les vérifier auprès des
personnes concernées? Autant les négocier tout de suite avec les intéressés !
D’ailleurs,Behrnesefaisaitjamaisreconnaître,desortequepersonneneluiaurait
proposéuneinformation.Iln’allaitjamaisaucomptoiravecsacaméraniavecrienqui
pûttrahirsaprofession!Çarevenaitàouvriruncommercesansmêmeplacerune
enseignesursonpasdeporte.
Cesoir-là,nousn’arrivâmesjamaisaubar.Nousvenionsdefreinerausortirdela
ruePaulManivetquandunjeunehommeseprécipitasousnosroues.Ilpritappuisur
l’avantduvéhiculepouréviterlachuteetcontinuasacoursedansl’affolementleplus
total.Etpourcause:quatrepoursuivantsletalonnaientdeprès.
Larue,videdetouteprésencehumaine,n’étaitqu’uneenfiladedeportesetde
voletsclos.Nousétionsdonclesseulstémoins.L’individufutrattrapéàquelques
mètresdelàetaussitôtassaisonnédecoups.J’aisentidansmoncorpsl’affluxde
l’adrénaline.Jetenaisenfinunechancedemedistinguer!
Maisj’aicrudevenirfoufurieuxquandChristopherBehrrefusadefilmerlascène.
«Laissetomber,fils,onvasefaireavoir,futsaréponseàmesharcèlements.Et
puisy’apaslalumière…»
Interloquépartantdedésinvolture,j’aiprislacamérasurlesiègearrièreetj’ai
filméàsaplace.Nonseulementmoncoéquipierétaitunhommefini,maisenplus
c’étaitunlâche.
Par chance, la victime avait réussi à fuir de nouveau, de sorte que le film
commençaittoutdemêmeparunepoursuite.Parchanceencore,lepugilatreprit
autourd’unréverbèrequidispensaitl’éclairageidéalpourenregistrerlabagarre.Il
nimbaitenoutrelascènederefletsblafardsrehaussantsadimensiondramatique.Tout
cecipourdirequej’étaistrèsfierdemoietrêvaisdéjàauPulitzer.
Toutenavançantsurlesagresseursafindevarierlesanglesdevue,jerédigeais
mentalementdesphrasescourtes,incisives,rendantcomptedecettescènederue.J’ai
craintunmomentquel’undesagresseurs,quiavaitregardépar-dessussonépaule,ne
vint casser mon appareil. Mais il se contenta de m’adresser un sourire narquois,
presqueobscène,avantdesignaleràsescompagnonsqu’ilétaittempsdedéguerpir.
Jemesouviensencoretrèsbiendemonétatd’alors.Haletantcommesij’avais
participéàlaluttemaispleinaussid’uneformidableénergie.Jemesuisdépêché
d’interviewerlavictimetoutenmedemandantquellesquestionsposeràunhomme
passéàtabac.Jen’étaisentraînéqu’àinterrogerdespersonnalitéspolitiquesoudu
mondeartistique,documentationàl’appui.
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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
Lejeunehommeneconnaissaitpassesagresseurs.J’avaisassistéàunvulgaire
faitdiversoùlepassantsertdedéfouloir.Maisc’étaitunebonneillustrationdela
violenceurbaine,toutàfaitdansl’airdutempsdepuisqueJean-PaulTrichetti,le
député-maire,avaitdécidéd’assainirsaville.J’aidoncdemandéàmonsujetd’article
dedéterminerlafréquencedesmauvaisesrencontresdanslequartier,entantque
victimeetquetémoin.Etpeut-êtreaussid’agresseur,carilavaitprouvépendantla
bagarrequ’ilsavaitsebattre.Enfin,ilm’abienfalluenvenirauxquestionsfinancières.
J’aiagitémacaméraetannoncémaprofessionenguised’entréeenmatière.Dans
cedomaineégalement,jemanquaisd’expérience.Menantim’avaitfaitbénéficierd’une
provision de dix mille euros pour commencer. Au-delà, je devais contacter le
comptablequinégociaitl’évènementàmaplace.Jusqu’àprésent,jen’avaisjamais
réellementdiscutéduprixd’unreportage.Aveclespersonnalitésmédiatiquesetpour
lesévènementsattendus,toutescestractationsétaientrégléesàl’avance.
«5000euros.»
Le ton était ferme, sans appel. Je me suis étranglé. Un fait divers de cette
enverguren’envalaitpasplusdemille.Lesprixavaientmêmetendanceàbaisserdans
lescommissariats,parcequepersonnenevoulaitplusachetercetyped’information.
Lavictimem’afaitjudicieusementremarquerqu’unetelleoffrenecouvraitmêmepas
lessoinsetl’inactivitéforcée,comptetenudesquelquescôtesqu’onluiavaitcassées.
J’aidoncpoussémonoffreàdeuxmilleeuros.
«5000!Onneparlepasdesautresagressionsparcequ’onnelesvoitpas.Pris
surlevif,çavautcertainementplus.Tuvastefairedescouillesenoravecceliveet
moi,jemeseraifaitcasserlagueulejustepourquetut’enrichisses.C’estpasjuste.»
La victime accepta cependant de transiger à 3500 euros, somme que je lui
proposais à condition de pouvoir photographier l’hématome qui enflait sur sa
pommettegauche.J’aitoujourssurmoiunboîtierdetransfertpourdébiterd’unecarte
magnétiqueàl’autrel’argentélectronique,desortequel’acquittementdemadettefut
rapidementréglé.
OndisaitqueChristopherBehravaituncertaintalentpourtirerlesportraits.
Maisilrestasourdàmesappelsl’enjoignantdenousrejoindre.Cettefois,jefus
réellementencolèreetlemenaçai,dansdestermesplutôtorduriers,deremettreà
Menantiunrapportsalésursaconduitependantletravail.
Laréflexiondéclenchal’irritationduvieilhomme.Ilextirpasabedainedela
décapotableetrécupéraengrommelantsonReflex.L’obéissancequ’ilmanifestaaprès
moncoupdegueulem’emplissaitdesatisfaction.Àprésent,jetenaislesrênesde
l’équipe!
«Iln’estpasassezamochépourfaireunbonportrait.Fautl’arrangerunpeu…»
Lejeunehommeassiscontrelemurnevitpaspartirlecoup.Lapointedela
chaussurel’atteignitàl’oreille.Déjà,Behrreprenaitsonélan.J’étaistropstupéfaitpour
15ClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
réagir.Maissonpiedsedétenditdanslevide.Lavictimes’étaitrelevéeets’éloignaità
toutevitesse.
«Vousêtescomplètementfou!Qu’est-cequivousprend?
—Ilcourtdrôlementvitepouruntypequialescôtescassées,tutrouvespas?
—Qu’est-cequeçaveutdire?
— Que tu t’es fait avoir. Je t’avais prévenu. Je déteste ces arnaqueurs qui
invententdesinfospourlesrevendreauxjournalistes.Tun’aspastrouvéçabizarre,
cettebastonquisedéroulejustesousnosyeux?Quandlestypessontpassésdevantla
bagnole,tun’aspasremarquéqu’aucund’euxnesoufflait?Ilscommençaientjusteà
courir!»
Surlecoup,jen’airiendit.Jen’auraisjamaisimaginéquequelqu’unpûtaccepter
derecevoirunecorrectionjustepourescroquerquelqueseuros.Pourquelascènefût
crédible,sescomplicesnel’avaientpastropménagé.
«Jamaisimaginé?C’estgrave!semoquagentimentBehr.Unjournalistesans
imagination,c’estcommeunévènementsanslieunidate:çan’aaucunevaleur.»
À présent, je comprenais pourquoi la bande m’avait laissé filmer. La colère
m’étouffait.J’étaissurtoutvexéd’avoircruàcettemiseenscène.Maprécipitation
coûtaitégalementcheràl’agence.Jemedemandaiscommentexpliquerl’affaireà
Menantidemanièreànepastropcompromettrelasuitedemacarrière,maisjene
trouvaisaucuneexcusevalable.Ledépitmemortifiaitàcepointquej’aidécidéde
rédigerunarticle,malgrétout.
«Finalement,rienneprouvequ’ils’agitd’uncoupmonté.Etquandbienmême,
nousneseronsquedeuxàlesavoir.
—Petit,tun’iraspasloinsitucommencescommeça.Laseuleprésenced’un
journaliste déforme déjà suffisamment le cours naturel des choses. On ne va pas
inventerdelaréalitépar-dessusça!
—Vousauriezpumemettreplusexplicitementengarde,futlaréponsepleinede
ressentimentquemedictalahontedel’avoirprécédemmentinsulté.
—Çan’ariendegrave.L’agenceneserapasenfaillitepourautant.Mieuxvaut
fairedepetitesbêtisesaudébut.Sij’avaisréussiàteconvaincre,tuauraistoujours
gardéundoute,n’est-cepas?»
Commejenerépondaispas,ilajouta:
«Detoutefaçon,cen’estpastafaute.C’estcelledusystème.»
Maisjenevoyaispasenquoilesystèmeétaitresponsable.
Pasencore.
Cetteleçonmefitreveniràdemeilleurssentimentsàl’égarddeChristopher
Behr.Ilavaituneconceptiondépasséedujournalismemaisn’enconnaissaitpasmoins
touteslesficellesactuelles.Jeluiétaissurtoutreconnaissantden’avoirpasprofitéde
masottisepourmerabrouerouadopteruneattitudeplusautoritaireenversmoi.
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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
Aucontraire,ChristopherBehrcontinuadecherchermonamitié.Cefutluiqui
m’apportasurunplateaumonpremierreportage,celui-làmêmequej’avaismanqué.Il
lefitàsamanièresaugrenueetpleinedemalice.Ilavaittoujoursunefaçonindirecte
d’expliquerleschosespouramenersoninterlocuteuràcomprendredelui-même.
Nousétionsdansunbardelaplacedel’Horloge.Fidèleàsonhabitude,Behr
s’étaitinstallédefaçonàsurprendrelesconversationsenvironnantes.Ilm’avaitlaissé
faceàlabaievitrée,sachantquejelèverailesyeuxàunmomentouàunautresurle
flotdestouristess’écoulantcontinûmentàproximitéduPalaisdesPapes,maisaussi
surlesmessagesdupanneauGraffitifixésurlafaçaded’unimmeuble.Personnene
résistaitlongtempsauplaisirouàlacuriositédelirecesbrèvesnotesrédigéespardes
mainsanonymes,àl’intentiondelecteurstoutaussianonymesoudepersonnesbien
précisesdontonavaitl’impressiondepercerunpeul’intimité.
C’étaitlapetiteamied’uncertainBobquiprévenaitqu’elleétaitretenuechezPat
pourunebonneheure.C’étaitunrâleurquiavertissaitlesclientsdubarClémentquele
servicelaissaitàdésireretquelegarçonétaitungrossierpersonnage—cetypede
messagepouvaitaussibienémanerdelaconcurrence.C’étaientd’authentiquespoètes
delaruequiexprimaientleurmaldevivreouleursespoirsenunsublimehaïku.
Commedesincongruitésinséréesdansladizainedemessagesaffichés,desslogans
politiquesoudesobscénitésimposaientleurpuissantevulgarité.Onsesentaitalors
soulagédesavoirqueladuréedeviedecesécritsn’excédaitpascinqminutespourne
pas gêner les autres utilisateurs quiauraient eu quelque information pressante à
communiquer.
S’étantassuréquejesuivaisbienl’apparitiondenouveauxmessages,Christopher
Behrselançadansuneconversationdestinéeàmerendreattentifautextequ’ilavait
programmé.
Jedigéraisencore—etcomment!—l’affrontdel’avant-veille,etiln’eutaucun
malàentrerdanslevifdusujet.Ilenprofitapourm’asticoteraupassage,commeil
aimaitparfoislefairepourm’obligeràpoussermesraisonnementsjusqu’aubout.
Àlaquestiondesavoircommentnosjeunesescrocssavaientquedesjournalistes
passeraient dans cette rue, il m’expliqua qu’on avait fini par apprendre, dans le
quartier,lanaturedesonactivité.Behrchangeraitdésormaisdebar.
«Tuvoiscequenousaamenélesystème:cesgensquitournentautourdes
journalistescommedesmoustiques.
—Jecroyaisquec’étaitnous,lesmoustiques.
—Non.Nous,noussommesdessangsues.Nousnousnourrissonsdelaréalité
jusqu’àluivicierlesang.»
L’aventureétaitcenséemeprouverqu’enjournalisme,l’anonymatestpréférable
àl’aveudesaprofession.Jemisaussitôtendoutesonaffirmationendémontrant
qu’hormisquelquesfatalsdésagrémentsdecetype,unjournalisteavaittoutàgagner
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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
enœuvrantaugrandjour,laplupartdespersonnescherchantàlecontacterayanttout
demêmedesinformationssérieusesàvendre.
«Àvendre!C’estbienlàleproblème!Toutlemondespéculeaujourd’huisur
l’information!Lejournalisteestdevenuunvulgairehommed’affaires.Lesgrands
reportersvoyagentmêmeenpermanenceavecuncomptabledelaboîtequis’occupe
detouteslestransactionsimportantes,cellesquiserèglentàcoupdemillionsd’euros.
L’information, en fait, appartient aux publicitaires qui en financent l’achat ! C’est
commeçaquetuenvisageslemétierdejournaliste?Unvaletdelapubquicherchedes
sujetspourqu’onmettedesspotsautour?Regarde-toi,avectavestedejeunecadreet
tacravatedeministre!Oncroiraitvoirundecesagentsdumarketing,pasunfutur
globe-trotter!Tusaiscommentonappellelesjournalistesdanslemilieudelapub?
Lespêcheursdeperles!Maistusaisquedanscecommerce,ceuxquienprofitentsont
lesbijoutiersquiplacentlesplusbelleseauxdansdesécrins!Lapub:desécrins!»
Jehaussailesépaules,peudésireuxd’entamerunepolémiquesurcesujet.Les
réflexionsdemoncoéquipierétaientbiencellesd’unpreneurd’images.C’étaitfacilede
critiquerlesdroitsréservéssurl’informationquandonavaittoujoursbénéficiéd’un
copyrightsurladiffusiondesimages.Pourquoiunjournalistenetoucherait-ilpasdes
royaltiessurunévènementqu’ilavaitdéniché?Lesopinionsetlesréflexionsqu’il
livraitdanssesarticlesétaienttoutaussidignesd’êtresprotégésquel’angledevueou
leplanoriginald’unephotoreproduiteàtraverslemondeentier.
C’estàpeuprèsàcemomentquelaphrasedeBehrs’affichasurlepanneau
Graffiti.Ilm’avaitlaisséboudersanscesserdesurveillersamontre.
«Hé!Vousavezvucellequivientd’apparaître?Unjournalistepeut-ildiffuserune
informationdontilneseraitpasseulementletémoin?Çapourraitpresques’adresserà
nous.»
Iln’avaitpasdaignéseretournerpourlireleslettreslumineusesetsonsourire
desatisfactionnememitpassurlapiste.
«Àtoi,pasànous.
—Pourquoirienqu’àmoi?…Oh,d’accord!Avant-hier,j’aiétéletémoinmais
aussilavictime.
—Cen’estpasça.C’estmoiquiaiécritcemessage.»
Jemesouviensd’avoirgardélesilencequelquessecondes.Lesagissementsde
Behrmedéconcertaientencore.
«Vouspensezquejedevraisdiffusercequis’estpasséavant-hier?Jevaisme
couvrirderidicule!
— Pas si tu feins d’avoir donné dans le panneau. Tu brodes sur le thème:
jusqu’oùiront-ils?Desjeunessetabassentdanslebutdevendreunreportage!Pour
illustrertonarticle,iln’yapasquetonfilm.»
Illançasurlatableunpaquetdephotographiesetjedécouvrisavecstupeurles
différentesétapesdemestractationsaveclafaussevictime.Onmevoyaitégalementen
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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
train de filmer l’évènement. Le fait d’avoir été photographié par un comparse
accréditaitlerôledefauxnaïfqueBehrdésiraitmevoirjouer.
«Àmaconnaissance,tousceuxquisesontfaitavoirdelasorteontévitéd’en
parler.Tulancerasunebellebombeenrévélantcessalespetitespratiques.Unbon
débutpoursedistinguerdansl’écurieRotter,non?»
Jenesaisplusquelsremerciementsstupidesj’aibafouillé.Jeregrettaisd’avoirsi
maljugécethomme.Enfait,ilm’avaithabilementmanipulépourleforceràépouser
sespointsdevue,maisjenem’enrendaispasencorecompte.QuandMenantiaccepta
avecenthousiasmemaproposition,m’assurantdéjàunediffusiondanslemensuel
Accro-Cité,quidisposaitparailleursd’unmagazinetéléviséeuropéen,ilétaittroptard
pourfairemachinearrière.J’étaispiégé.
Je savais Behr opposé au copyright sur l’information, ce sujet composant
d’ailleursl’essentieldenosconversations,maisj’étaisjusqu’àprésentrestérebelleà
sesargumentsetluienavaisopposéd’autresaussicatégoriquesquelessiens.Or,pour
peuqu’onvoulûtbientirerlesleçonsdufaitdiversdontj’avaisétélavictime,onse
livraitimmanquablementàunecritiquedusystème.Jevenaisdem’engageràtraiter
unsujetquiallaitàl’encontredemesconvictions!
ChristopherBehrriaitsouscapedemevoirsidésemparé.Ilm’assuraqueje
finiraispartrouver,lemomentvenu,lesbonsargumentspourjustifiermalgrétoutle
système,maissefaisaitunplaisirdedémolirlesderniersquej’avaisenréserve.
Parailleurs,lerécentcoupd’éclatd’Info-Libredonnaitàmonsujetuneautre
résonance,éminemmentplussubversive.Curieusement,j’avaisentenduparlerpourla
premièrefoisdecesterroristesdel’informationlejourdemonengagementchez
Rotter,àParis.
Onm’avaitpriédepatienterdanslavastesallederédactionoùlesresponsables
desdiverssecteursdel’informations’agglutinaientautourdestélexetjonglaientavec
les téléphones pour suivre plusieurs conversations à la fois. C’était le jour du
tremblementdeterredeTokyoetc’étaitprécisémentpourcetteraisonqu’onne
pouvaits’occuperdansl’immédiatdemacandidature.
Toutlemondeconnaîtledélitcommisparlesterroristesd’Info-Libreàl’encontre
deRotter,deSunCanaletdelaprofessionengénéral.Maisjedésiretoutdemême
relaterlafaçondontj’aiprisconnaissancedecesévènementscartoutlemondene
mesurepeut-êtrepaslaportéedeleuracte.
Ilfautsavoirqu’unecatastrophedecetteenvergureesttropgrandepourêtre
monnayéeparlecorrespondantlocal.L’informationestvendueauxenchèresdans
chaqueÉtatetmêmeunesociétéinternationalecommeRotternepeutenacquérirles
droitspourl’ensembledespaysoùelledéversedel’actualité.Pourungouvernement,
c’estleseulmoyenderéunirsuffisammentdefondspourfairefaceaudésastre.
LescomptablesdechezRottern’étaientpastrèschaudspourinvestirdansun
tremblementdeterre,fût-ildeforce8surl’échelledeRichter,etquandbienmêmele
19ClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
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l’éditionpapierdumêmeouvrage(ISBN:978-2-84344-062-5).
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