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ClaudeEcken


LeMonde,
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OuvrageproposéparRolandC.Wagneretpubliésousladirectiond’OlivierGirard.

ISBN:978-2-84344-148-6
CodeSODIS:NU82117
Parution:septembre2010
Version:1.1—21/12/2010

©2010,leBélial’,pourlaprésenteédition
Illustrationdecouverture:©2005,EricScala
3ClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés








•LeMonde,tousdroitsréservés
(LaGestemicroéditions,1994)
•Membresàpartentière
(Carfaxn°26/27,1987,Québec;
LaCroiséedessphèresn°6,EncreNoire,1997)
•EdgarLomb,unerétrospective
(Erecompriméen°20,1983)
•L'Unique
(inédit)
•LesDéracinés
(Erecompriméen°12,1981;
Apsaran°16,1998)
•Espritd'équipe
(L'Argonauten°40,1986)
•Fantômesd’universdéfunts
(Invasions99,leBélial’,1999)
•LaBêtedurecommencement
(plaquette,LaBullenoire,1985)
•Éclatslumineuxdudisqued'accrétion
(Bifrost29,Bélial,2003)
PrixRosnyAîné2004
•LaDernièremortd'AlexisWiejack
(Carfaxn°7,1985,Québec;
LaCroiséedessphèresn°6,EncreNoire,1997)
•Ensatour,Annabelle
(Folies,ôfolies,1989,Castres)
•LaFinduBigBang
(Escales2001,FleuveNoir,2000;
SF2000-2002,lesmeilleursrécits,leBélial’,2002)
PrixRosnyAîné2001
•Futursscénarios
(FluideGlacialn°80,1983)


4
Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés


Sommaire





Avant-Propos,parRolandC.Wagner.................................................................................................6
LeMonde,tousdroitsréservés...........11
Membresàpartentières........................................................................................................................42
EdgarLomb,uneretrospective..........54
L’Unique........................................................68
LesDéracinés...........................................................................................................106
Espritd’équipe........................................112
Fantômesd’universdéfunts..............118
LaBêtedurecommencement...........................................................................................................145
Eclatslumineuxdudisqued’accrétion.........................152
LaDernièremortd’AlexisWiejack................................................................................................194
Ensatour,Annabelle...........................................................203
LaFinduBigBang.208
CODAFutursscénarios......................................................................................................................250


5ClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés

















Avant-Propos

6
Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés









J’aifaitlaconnaissancedeClaudeEckenen1985aufestivalBDd’Angoulême.
Impossibledemesouvenirdequoinousavonsdiscuté,maiscetterencontrem’alaissé
uneexcellenteimpression.Ilparlaitbienetilsavaitdequoi,letoutavecunemodestie
rare.Àl’époque,jen’avaisdûlirequeL’AbbéX,sonpremierroman—unesombre
histoiredeballetsbleusimpliquantdesnotablesdansuneinstitutionreligieusepour
mongoliens—etpeut-êtreuneoudeuxnouvelles.Lecontrasteentrelanoirceurdece
livre et la profonde humanité de son auteur était tout à fait frappant. Comment
quelqu’und’aussigentilavait-ilpuécrireunlivreflirtantàcepointaveclesordide?
Deuxansplustard,lapublicationdeL’Universenpièce,annoncécommeledébut
d’unesérieintitulée«Chroniquestélématiques»qui,àmongrandregret,nedevait
jamaisconnaîtred’autretome,m’aamenéàmeposerbiend’autresquestionsausujet
decesurprenantbonhomme.Onétaiteneffetenpleindanslavague cyberpunk,
amorcéeenFranceparlatraductiondeNeuromancienfin1985,etL’Universenpièces’y
inscrivaitsanscontestationpossible.Seulement…
Seulement, lorsqu’il travaillait sur ce roman, Claude Ecken n’avait pas lu
Neuromancien,niaucunautrelivrecyberpunk.Laconjonctiondestempsderéflexionet
d’écriture,desdélaisdelectureetdepublication,onteupourrésultatdemasquerce
queL’Universenpièceavaitdenovateur,ettotalementoccultélefaitquesonauteur
avait inventé tout seul, dans son coin, quelque chose qui ressemblait fort à ce
«cyberpunk»quinousvenaitdel’autrecôtédel’Atlantique.Laparutiondecelivreau
Fleuve Noir, dans une collection populaire dont les titres disparaissaient des
présentoirsauboutdedeuxoutroismois,n’asansdoutepasaidéàsarenomméenon
plus, et l’emploi d’un argot à base de russe constituait peut-être un handicap
supplémentaire.Maissivousparvenezàmettrelamaindessus,n’hésitezpas:voilàun
livrequimériteledétour.
Peu après, lorsque la direction du Fleuve Noir a changé, Claude Ecken
est
naturellementdevenul’undesreprésentantslesplusdouésdelaGénérationperdue,
cettepoignéed’auteursquiatrouvédanslacollection«Anticipation»unendroitoù
raconterdeshistoiresenuntempsoùlacritiquesefocalisaitsurlesnéo-formalistes
«littératurants».Iln’étaitpasenmauvaisecompagnie,notezbien:MichelPagel,JeanMarcLignyouJean-ClaudeDunyach,pourneciterqu’eux,peuventdifficilementêtre
considérés comme des seconds couteaux. Pendant quatre ans, sous la direction
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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
bienveillantedeNicoleHibert,lesauteursdelaGénérationperdueontjouid’une
libertéartistiquequasitotale,dontilsontsuprofiterpoureffectuerdesexpériences,
prendredesrisques,s’amuser—enbref,poserlesbasesdeleurœuvrefuture.
PourClaudeEcken,cefut,entreautreschoses,L’Èredupyroson,unromanen
deuxtomesbasésurlepostulatquelesonsetransformeenchaleur.L’undemes
exemplespréférésdesconséquencesincongruesmaislogiquesdecettesituationest
l’emploidedisquesdehardrockpourfairechaufferl’eau.Maislaissonsplutôtlaparole
àsonauteur:
«Jemedemandaiscommentlesgensarriveraientàsurvivredansunmondeoùle
sonauraitdisparu,enmedisantquepeut-êtreilsdécouvriraientdespouvoirspsi.On
enlèveunsenspourpermettreàunautredesedévelopper.C’estenmedocumentantpour
êtreplausiblescientifiquementquejesuistombésurl’idée.Lesonsediviseenéléments
sonores,vibratoiresetcalorifiques.Toutcequiabsorbelesonestpluschaudautoucher
parceque,justement,ilabsorbeleson.Silesondisparaît,sonénergieestredistribuéeen
chaleuretenvibrations.Àpartirdelà,jen’avaisplusqu’àdéclinermonunivers.C’était
facile.
Je signale que même à la fin, lorsque les immeubles fondent, c’est exact
scientifiquement.Lorsqu’unsonfaitvibrerunobjetaucarrédesonvolume,cedernierse
metàfondre.J’avaislesmontresdeDali,maisenvrai.»
Mine de rien, la démarche décrite est à la fois classique et révolutionnaire.
Classique car c’est ainsi que fonctionne depuis toujours la science-fiction: Claude
Eckenlesaitetill’exprimebeaucoupmieuxquebiend’autres.Etrévolutionnairecaril
prendlapeinedejustifierscientifiquementcequi,chezd’autres,auraitétésimple
prétexteàdéliressurréalistes.L’espaced’unroman,ilréunitmagistralementlesdeux
principalestendancesdelaSFfrançaisedel’époqueenappliquantaunéo-formalisme
lesbonnesvieillesrèglesdelaSFsansjamaisperdredevuelesoucidelaGénération
perduederaconteravanttoutunehistoire.
Cette préface ne prétendant nullement constituer une étude exhaustive de
l’œuvredeClaudeEcken,lemomentestvenudefaireunsautdequelquesannées,
jusqu’àlaconventiond’Orléansen1993.MichelTondellieretPhilippeBoulier,qui
éditaientalorsunexcellentfanzineintituléLaGeste,devaientréaliseruneinterviewde
Claude,pourlaquelleilsm’avaientrecruté,ainsiqu’André-FrançoisRuaudetPascal
Godbillon.C’estenl’écoutantcejour-làquej’aiprisconscienceàquelpointilavaitsaisi
lanatureprofondedelascience-fictionetdesesmécanismesintimes:
«Jen’aimepaslesbouquinsdeSFoùl’auteurnes’estpasdocumentéetqueçase
voit.Lascience-fictionc’estquandmêmes’intéresserauprogrèsengénéralmaissurtout
àunmondequiévoluedeplusenplusvite.C’estinquiétant,unmondedominéparla
science,latechnologie.Sil’onnesedocumentepas,sil’onneregardepasautourdenous
etqu’onsecontentederaconterdespetiteshistoiresquifontrêver,alorscen’estpasdela
SF.»
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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
Cettecitation,àmonsens,résumeparfaitementladémarchedesonauteur,onen
trouvera maintes preuves dans le présent recueil, et notamment dans les pièces
maîtresses que constituent «La Fin du Big Bang» et «Éclats lumineux du disque
d’accrétion»,chacunecouronnéeensontempsparunprixRosnyAîné.Danscesdeux
textes,nonseulementlerécit,maisaussiladimensionhumainesenourrissentdela
documentationscientifique.C’estd’autantplusfrappantàmesyeuxencequiconcerne
«Éclats…».J’aieusouslesyeuxdesnotesdetravailconcernantcettenouvellebiendes
annéesavantsonécriture,etjemesouviensquejen’avaisalorspastrèsbiencompris
oùClaudeEckenvoulaitenvenir.Pourtoutdire,lelienqu’ilopéraitentrelaphysique
destrousnoirsetlasociologienem’avaitguèreconvaincusurlemoment,sansdoute
parcequejeneparvenaispasàvisualisercequecelapouvaitdonner.
Certainesidéessontpersonnelles.Sipersonnellesqu’onestobligédelestraiter
seuletdelespousseràboutpourparveniràlesexprimeretàlescommuniquerà
autrui.Decepointdevue,«LaFinduBigbang»meparaîttrèssimilaireà«Éclats…».
Quid’autrequeClaudeEckenauraitpusongeràallierdelasortelapsychologie
humaineetlesuniversdivergentsdelaphysiquequantique?
Certes,sestrousnoirsbanlieusardspeuventêtrerapprochésdesattracteurs
étranges«philosophiques»deGregEgan,maislacomparaisons’arrêtelà:quoique
tousdeuxs’intéressentàl’êtrehumain,Eganl’envisagesousl’anglemorallàoùClaude
Eckenadopteuneapprocheplusindividuelle.Lecœurdeleurréflexionscience-fictive
estlemême,peut-êtreparcequ’ils’agitdeceluidetouteréflexionscience-fictive,mais
ilestévidentqu’ilsl’abordentets’enécartentdansdesdirectionsdifférentes.Et,quand
GregEganaplutôttendanceàallerversl’abstraction,ClaudeEckens’enéloigneau
contrairepourendégagerdeseffetsplusconcretsetmoins(anti-)métaphysiques.Chez
lui,lesgrandsprincipesuniverselsramènenttoujoursàl’humain,àl’individuetàsa
conscience.
Le lecteur s’étonnera peut-être, après tant de développements autour de la
scienceetdesonrôledanslaSF,desonabsencedansletexted’ouverturedecerecueil,
quiluidonneaussisontitre.Néanmoins,s’ilyregardeàdeuxfois,ilserendracompte
queladémarchedeClaudeEckenn’yestpassidifférente.Traitantd’unsujetquine
nécessitaitpasd’approfondissements,nid’extrapolationsscientifiques,saufdelégères
anticipationstechnologiques,ilaeucettefoisrecoursauxtechniquesduromannoir,
ungenreoùilexcelle,commeentémoigneparexemplel’étonnantAuditionscoupables,
etquipossèdeunedimensionsociologiqueassezfortepourquecetteextrapolation
passeparlui.Ilsesitueainsiàl’exactelimitedelafameuse«bulledeprésent»définie
par Sylvie Denis, en équilibre entre l’avenir présent et le présent à venir. Soit
l’emplacementprécisdenombredegrandstextesdefictionspéculativedel’Âged’Orà
nosjours.
9
Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
Entoutétatdecause,lerésultat,percutant,estànouveautoutàfaitconformeà
ce que Claude Ecken déclarait lors de cette fameuse interview de la convention
d’Orléans:
«Pourmoi,raconterunehistoiredanslefuturcen’estpasforcémentfairedelaSF.
La SF, c’est regarder le monde contemporain.» Comme il le dit par ailleurs:
«Aujourd'hui,onnepeutbienparlerduprésentqu'aufutur.»

RolandC.Wagner

10ClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés


















Le Monde,
tous droits réservés

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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés









Jen’aijamaisconsidérélejournalismecommesusceptiblededeveniràsontour
un sujet d’actualité. Mais si des gens vendent aux agences des parcelles de leur
existence,pourquoinesoumettrais-jepasàmontouraupublicmabrèveexpériencede
journaliste?L’uniquearticledefondqu’ilm’aitétédonnéd’écriren’acesséd’évoluer
pouraboutiràcettedernièremouture,danslaquellel’épisodeorigineln’estplusqu’un
évènementparmid’autres.
Illuirestecependantlemérited’avoirdéclenchétoutlereste.Maisnil’épisode,
nil’articlen’auraitdébouchésuruneréflexionsiChristopherBehrn’avaitjouélerôle
decatalyseur.
Ilseraitfauxdedirequeriennel’yprédisposait,mêmesi,enapparence,il
attendaittranquillementlaretraite.Unreporterdesonenvergurenepouvaits’être
totalementcoupédesaffairesdumonde.Àl’aubedelasoixantaine,iln’occupaitqu’un
médiocre poste sur Avignon alors que ses confrères avaient accédé au rang de
directeursd’agencedèsquel’âgeneleuravaitpluspermisdecouriràtraversleglobe.
Enréalité,ChristopherBehrs’étaitplacéenretraitplusqu’ilnes’étaitmisàlaretraite,
critiquedistantd’unsystèmequ’ilnedésiraitpascautionneràunplushautniveau.
Saphilosophiedelaviem’étaitalorsimperméable.J’étaisjeuneetfier,pétri
d’idéesquiétaientautantd’assurancesàpartirdesquellesj’avaisélaborémesplansde
carrière.Lesremettreenquestionrevenaitàsacrifiermonrêved’enfance:devenirun
grandreporter.Etjen’avaisencorerienàluisubstituer.
Aussi, Christopher Behr m’apparut dès notre première rencontre d’une
insupportable indolence: à moi qui ne rêvais que de scoops et de retentissants
reportages, on m’avait imposé la fréquentation d’un homme ne daignant filmer
l’évènementquelorsqu’ilsurvenaitsoussesyeux,etencore,àconditionquel’anglede
vuefûtbon.
Jevenaisjustededécrochermonpremierposteàl’agenceRotter,etj’étaisencore
flatté,ébloui,etpourtoutdiresouslechocàl’idéedefairemespremierspasausein
d’unesigigantesqueentreprise.Avignonn’étaitqu’unepetiteville,maisj’espéraisbien
m’ydistinguer.Menanti,leresponsablelocaldel’information,nemefitpasdelong
discours.IlmecollaBehrcommecoéquipierpourlesprisesdevue,enluidemandant
dem’apprendrelesficellesdumétiersurletas.
12ClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
Mapremièresemainefutuncalvaire.ChristopherBehrmepromenadanstoutela
villecommesinousétionsdestouristes.Nousn’avionspasd’horaires,effectuantdes
randonnéesdejourcommedenuit.Jepensaisquemoncoéquipiermeconduiraitlàoù
il était indispensable de se trouver, mais les seuls évènements auxquels nous
assistâmesnousfurentcommuniquésparl’agencesurlaradiodeborddenotreGolf
décapotable.Enfaitdereportages,jenecouvrisquedeuxinaugurationsetnepus
acheterplusdetroisfaitsdiversdanslescommissariats.Unemisèrequenesemblait
pasdéplorerl’ex-grandreporter.
Lecréditquejeluiavaisaccordés’épuisarapidement.Sagloirepasséesefondait
surunefertileimagination,oualorssavaleuravaitdéclinéjusqu’àcequ’ilnefutplus
quel’ombredelui-même.Behrétaitunhommefini.
J’envinsmêmeàmepersuaderqu’onm’avaitadjointcepersonnagedansleseul
but de m’écarter des affaires sérieuses. Officiellement, j’étais censé gagner de
l’expérienceenfaisantéquipeavecceprétendugrandbonhomme.Officieusement,on
merangeaitsurunevoiedegarageparcej’étaisundangereuxconcurrentpourlesgens
enplace.
Jebouillaisd’impatience.JereprochaissanscesseàBehrdenepasmeprésenter
descontactsintéressants,desendroitsoùtrouverdel’infopaschère.Mesremarques
acerbesnefaisaientpourtantquel’amuser.
«La nouvelle promotion a les dents longues, répétait-il en riant de mes
impertinences.Maisilnesuffitpasd’avoiruncarnetd’adressesbienremplietune
provisionbancairepourêtreungrandreporter.Sinon,tutravailleraispartéléphoneet
t’enverraisunphotographeramenerdesimages.»
Jenelecroyaispas,biensûr.J’étaisprêtàbondirsurlepremierfaitdiversqui
passerait à ma portée, comme un charognard peu regardant sur la qualité ou la
fraîcheurdelaviande.Bref,j’étaismûrpourunecuisanteleçon.
Nous longions un soir les Remparts aux pierres corrodées par les gaz
d’échappement.ChristopherBehrparlaitdesquartiersarabesetcoréens,desréseaux
deputesimportéesouàdestinationdel’Europe,d’unvieuxquartierendémolitionou
de la dernière mode théâtrale présentée au festival off. En pointillés, par des
juxtapositionsd’anecdotessombresetderécitsgais,ilpeignaitlaville.Maisilvoyait
bienqueseshistoiresnem’intéressaientpas.
Sonitinérairenemepassionnaitpasdavantage.Behravaittournéàgauchepour
explorer les ruelles du centre-ville. Le contraste saisissant entre les remparts, si
fragilesderrièreleurapparencerobuste,écrasésparlestoursvertigineusesquiles
ceinturaient,s’estompaitdèsquel’ons’engageaitdanscesvieuxquartiersqu’onavait
essayédepréserverdutemps.Moncoéquipieravaitadoptéd’embléeuneallureplus
débonnaire,appréciantmanifestementlemomentoùlanuitsefaufilaitlelongdes
murs,commeunchienquiauraitmarquésonterritoiredeflaquesd’ombresàchaque
anglederue.
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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
Jesavaisdéjàqu’autermedecettepromenade,nousnousarrêterionsdansun
bistrotoùilavaitsesaises.Jedétestaiscespertesdetempsmaisjehaïssaisencoreplus
lafaçonqu’ilavaitdelesjustifier:lebarétaitlepremierpointdecontactdelacité,le
lieuprivilégiéoùglanerdesrenseignements!Argumentsstupides!Quelleétaitla
valeur de ces informations, puisqu’il fallait de toute façon les vérifier auprès des
personnes concernées? Autant les négocier tout de suite avec les intéressés !
D’ailleurs,Behrnesefaisaitjamaisreconnaître,desortequepersonneneluiaurait
proposéuneinformation.Iln’allaitjamaisaucomptoiravecsacaméraniavecrienqui
pûttrahirsaprofession!Çarevenaitàouvriruncommercesansmêmeplacerune
enseignesursonpasdeporte.
Cesoir-là,nousn’arrivâmesjamaisaubar.Nousvenionsdefreinerausortirdela
ruePaulManivetquandunjeunehommeseprécipitasousnosroues.Ilpritappuisur
l’avantduvéhiculepouréviterlachuteetcontinuasacoursedansl’affolementleplus
total.Etpourcause:quatrepoursuivantsletalonnaientdeprès.
Larue,videdetouteprésencehumaine,n’étaitqu’uneenfiladedeportesetde
voletsclos.Nousétionsdonclesseulstémoins.L’individufutrattrapéàquelques
mètresdelàetaussitôtassaisonnédecoups.J’aisentidansmoncorpsl’affluxde
l’adrénaline.Jetenaisenfinunechancedemedistinguer!
Maisj’aicrudevenirfoufurieuxquandChristopherBehrrefusadefilmerlascène.
«Laissetomber,fils,onvasefaireavoir,futsaréponseàmesharcèlements.Et
puisy’apaslalumière…»
Interloquépartantdedésinvolture,j’aiprislacamérasurlesiègearrièreetj’ai
filméàsaplace.Nonseulementmoncoéquipierétaitunhommefini,maisenplus
c’étaitunlâche.
Par chance, la victime avait réussi à fuir de nouveau, de sorte que le film
commençaittoutdemêmeparunepoursuite.Parchanceencore,lepugilatreprit
autourd’unréverbèrequidispensaitl’éclairageidéalpourenregistrerlabagarre.Il
nimbaitenoutrelascènederefletsblafardsrehaussantsadimensiondramatique.Tout
cecipourdirequej’étaistrèsfierdemoietrêvaisdéjàauPulitzer.
Toutenavançantsurlesagresseursafindevarierlesanglesdevue,jerédigeais
mentalementdesphrasescourtes,incisives,rendantcomptedecettescènederue.J’ai
craintunmomentquel’undesagresseurs,quiavaitregardépar-dessussonépaule,ne
vint casser mon appareil. Mais il se contenta de m’adresser un sourire narquois,
presqueobscène,avantdesignaleràsescompagnonsqu’ilétaittempsdedéguerpir.
Jemesouviensencoretrèsbiendemonétatd’alors.Haletantcommesij’avais
participéàlaluttemaispleinaussid’uneformidableénergie.Jemesuisdépêché
d’interviewerlavictimetoutenmedemandantquellesquestionsposeràunhomme
passéàtabac.Jen’étaisentraînéqu’àinterrogerdespersonnalitéspolitiquesoudu
mondeartistique,documentationàl’appui.
14
Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
Lejeunehommeneconnaissaitpassesagresseurs.J’avaisassistéàunvulgaire
faitdiversoùlepassantsertdedéfouloir.Maisc’étaitunebonneillustrationdela
violenceurbaine,toutàfaitdansl’airdutempsdepuisqueJean-PaulTrichetti,le
député-maire,avaitdécidéd’assainirsaville.J’aidoncdemandéàmonsujetd’article
dedéterminerlafréquencedesmauvaisesrencontresdanslequartier,entantque
victimeetquetémoin.Etpeut-êtreaussid’agresseur,carilavaitprouvépendantla
bagarrequ’ilsavaitsebattre.Enfin,ilm’abienfalluenvenirauxquestionsfinancières.
J’aiagitémacaméraetannoncémaprofessionenguised’entréeenmatière.Dans
cedomaineégalement,jemanquaisd’expérience.Menantim’avaitfaitbénéficierd’une
provision de dix mille euros pour commencer. Au-delà, je devais contacter le
comptablequinégociaitl’évènementàmaplace.Jusqu’àprésent,jen’avaisjamais
réellementdiscutéduprixd’unreportage.Aveclespersonnalitésmédiatiquesetpour
lesévènementsattendus,toutescestractationsétaientrégléesàl’avance.
«5000euros.»
Le ton était ferme, sans appel. Je me suis étranglé. Un fait divers de cette
enverguren’envalaitpasplusdemille.Lesprixavaientmêmetendanceàbaisserdans
lescommissariats,parcequepersonnenevoulaitplusachetercetyped’information.
Lavictimem’afaitjudicieusementremarquerqu’unetelleoffrenecouvraitmêmepas
lessoinsetl’inactivitéforcée,comptetenudesquelquescôtesqu’onluiavaitcassées.
J’aidoncpoussémonoffreàdeuxmilleeuros.
«5000!Onneparlepasdesautresagressionsparcequ’onnelesvoitpas.Pris
surlevif,çavautcertainementplus.Tuvastefairedescouillesenoravecceliveet
moi,jemeseraifaitcasserlagueulejustepourquetut’enrichisses.C’estpasjuste.»
La victime accepta cependant de transiger à 3500 euros, somme que je lui
proposais à condition de pouvoir photographier l’hématome qui enflait sur sa
pommettegauche.J’aitoujourssurmoiunboîtierdetransfertpourdébiterd’unecarte
magnétiqueàl’autrel’argentélectronique,desortequel’acquittementdemadettefut
rapidementréglé.
OndisaitqueChristopherBehravaituncertaintalentpourtirerlesportraits.
Maisilrestasourdàmesappelsl’enjoignantdenousrejoindre.Cettefois,jefus
réellementencolèreetlemenaçai,dansdestermesplutôtorduriers,deremettreà
Menantiunrapportsalésursaconduitependantletravail.
Laréflexiondéclenchal’irritationduvieilhomme.Ilextirpasabedainedela
décapotableetrécupéraengrommelantsonReflex.L’obéissancequ’ilmanifestaaprès
moncoupdegueulem’emplissaitdesatisfaction.Àprésent,jetenaislesrênesde
l’équipe!
«Iln’estpasassezamochépourfaireunbonportrait.Fautl’arrangerunpeu…»
Lejeunehommeassiscontrelemurnevitpaspartirlecoup.Lapointedela
chaussurel’atteignitàl’oreille.Déjà,Behrreprenaitsonélan.J’étaistropstupéfaitpour
15ClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
réagir.Maissonpiedsedétenditdanslevide.Lavictimes’étaitrelevéeets’éloignaità
toutevitesse.
«Vousêtescomplètementfou!Qu’est-cequivousprend?
—Ilcourtdrôlementvitepouruntypequialescôtescassées,tutrouvespas?
—Qu’est-cequeçaveutdire?
— Que tu t’es fait avoir. Je t’avais prévenu. Je déteste ces arnaqueurs qui
invententdesinfospourlesrevendreauxjournalistes.Tun’aspastrouvéçabizarre,
cettebastonquisedéroulejustesousnosyeux?Quandlestypessontpassésdevantla
bagnole,tun’aspasremarquéqu’aucund’euxnesoufflait?Ilscommençaientjusteà
courir!»
Surlecoup,jen’airiendit.Jen’auraisjamaisimaginéquequelqu’unpûtaccepter
derecevoirunecorrectionjustepourescroquerquelqueseuros.Pourquelascènefût
crédible,sescomplicesnel’avaientpastropménagé.
«Jamaisimaginé?C’estgrave!semoquagentimentBehr.Unjournalistesans
imagination,c’estcommeunévènementsanslieunidate:çan’aaucunevaleur.»
À présent, je comprenais pourquoi la bande m’avait laissé filmer. La colère
m’étouffait.J’étaissurtoutvexéd’avoircruàcettemiseenscène.Maprécipitation
coûtaitégalementcheràl’agence.Jemedemandaiscommentexpliquerl’affaireà
Menantidemanièreànepastropcompromettrelasuitedemacarrière,maisjene
trouvaisaucuneexcusevalable.Ledépitmemortifiaitàcepointquej’aidécidéde
rédigerunarticle,malgrétout.
«Finalement,rienneprouvequ’ils’agitd’uncoupmonté.Etquandbienmême,
nousneseronsquedeuxàlesavoir.
—Petit,tun’iraspasloinsitucommencescommeça.Laseuleprésenced’un
journaliste déforme déjà suffisamment le cours naturel des choses. On ne va pas
inventerdelaréalitépar-dessusça!
—Vousauriezpumemettreplusexplicitementengarde,futlaréponsepleinede
ressentimentquemedictalahontedel’avoirprécédemmentinsulté.
—Çan’ariendegrave.L’agenceneserapasenfaillitepourautant.Mieuxvaut
fairedepetitesbêtisesaudébut.Sij’avaisréussiàteconvaincre,tuauraistoujours
gardéundoute,n’est-cepas?»
Commejenerépondaispas,ilajouta:
«Detoutefaçon,cen’estpastafaute.C’estcelledusystème.»
Maisjenevoyaispasenquoilesystèmeétaitresponsable.
Pasencore.
Cetteleçonmefitreveniràdemeilleurssentimentsàl’égarddeChristopher
Behr.Ilavaituneconceptiondépasséedujournalismemaisn’enconnaissaitpasmoins
touteslesficellesactuelles.Jeluiétaissurtoutreconnaissantden’avoirpasprofitéde
masottisepourmerabrouerouadopteruneattitudeplusautoritaireenversmoi.
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Aucontraire,ChristopherBehrcontinuadecherchermonamitié.Cefutluiqui
m’apportasurunplateaumonpremierreportage,celui-làmêmequej’avaismanqué.Il
lefitàsamanièresaugrenueetpleinedemalice.Ilavaittoujoursunefaçonindirecte
d’expliquerleschosespouramenersoninterlocuteuràcomprendredelui-même.
Nousétionsdansunbardelaplacedel’Horloge.Fidèleàsonhabitude,Behr
s’étaitinstallédefaçonàsurprendrelesconversationsenvironnantes.Ilm’avaitlaissé
faceàlabaievitrée,sachantquejelèverailesyeuxàunmomentouàunautresurle
flotdestouristess’écoulantcontinûmentàproximitéduPalaisdesPapes,maisaussi
surlesmessagesdupanneauGraffitifixésurlafaçaded’unimmeuble.Personnene
résistaitlongtempsauplaisirouàlacuriositédelirecesbrèvesnotesrédigéespardes
mainsanonymes,àl’intentiondelecteurstoutaussianonymesoudepersonnesbien
précisesdontonavaitl’impressiondepercerunpeul’intimité.
C’étaitlapetiteamied’uncertainBobquiprévenaitqu’elleétaitretenuechezPat
pourunebonneheure.C’étaitunrâleurquiavertissaitlesclientsdubarClémentquele
servicelaissaitàdésireretquelegarçonétaitungrossierpersonnage—cetypede
messagepouvaitaussibienémanerdelaconcurrence.C’étaientd’authentiquespoètes
delaruequiexprimaientleurmaldevivreouleursespoirsenunsublimehaïku.
Commedesincongruitésinséréesdansladizainedemessagesaffichés,desslogans
politiquesoudesobscénitésimposaientleurpuissantevulgarité.Onsesentaitalors
soulagédesavoirqueladuréedeviedecesécritsn’excédaitpascinqminutespourne
pas gêner les autres utilisateurs quiauraient eu quelque information pressante à
communiquer.
S’étantassuréquejesuivaisbienl’apparitiondenouveauxmessages,Christopher
Behrselançadansuneconversationdestinéeàmerendreattentifautextequ’ilavait
programmé.
Jedigéraisencore—etcomment!—l’affrontdel’avant-veille,etiln’eutaucun
malàentrerdanslevifdusujet.Ilenprofitapourm’asticoteraupassage,commeil
aimaitparfoislefairepourm’obligeràpoussermesraisonnementsjusqu’aubout.
Àlaquestiondesavoircommentnosjeunesescrocssavaientquedesjournalistes
passeraient dans cette rue, il m’expliqua qu’on avait fini par apprendre, dans le
quartier,lanaturedesonactivité.Behrchangeraitdésormaisdebar.
«Tuvoiscequenousaamenélesystème:cesgensquitournentautourdes
journalistescommedesmoustiques.
—Jecroyaisquec’étaitnous,lesmoustiques.
—Non.Nous,noussommesdessangsues.Nousnousnourrissonsdelaréalité
jusqu’àluivicierlesang.»
L’aventureétaitcenséemeprouverqu’enjournalisme,l’anonymatestpréférable
àl’aveudesaprofession.Jemisaussitôtendoutesonaffirmationendémontrant
qu’hormisquelquesfatalsdésagrémentsdecetype,unjournalisteavaittoutàgagner
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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
enœuvrantaugrandjour,laplupartdespersonnescherchantàlecontacterayanttout
demêmedesinformationssérieusesàvendre.
«Àvendre!C’estbienlàleproblème!Toutlemondespéculeaujourd’huisur
l’information!Lejournalisteestdevenuunvulgairehommed’affaires.Lesgrands
reportersvoyagentmêmeenpermanenceavecuncomptabledelaboîtequis’occupe
detouteslestransactionsimportantes,cellesquiserèglentàcoupdemillionsd’euros.
L’information, en fait, appartient aux publicitaires qui en financent l’achat ! C’est
commeçaquetuenvisageslemétierdejournaliste?Unvaletdelapubquicherchedes
sujetspourqu’onmettedesspotsautour?Regarde-toi,avectavestedejeunecadreet
tacravatedeministre!Oncroiraitvoirundecesagentsdumarketing,pasunfutur
globe-trotter!Tusaiscommentonappellelesjournalistesdanslemilieudelapub?
Lespêcheursdeperles!Maistusaisquedanscecommerce,ceuxquienprofitentsont
lesbijoutiersquiplacentlesplusbelleseauxdansdesécrins!Lapub:desécrins!»
Jehaussailesépaules,peudésireuxd’entamerunepolémiquesurcesujet.Les
réflexionsdemoncoéquipierétaientbiencellesd’unpreneurd’images.C’étaitfacilede
critiquerlesdroitsréservéssurl’informationquandonavaittoujoursbénéficiéd’un
copyrightsurladiffusiondesimages.Pourquoiunjournalistenetoucherait-ilpasdes
royaltiessurunévènementqu’ilavaitdéniché?Lesopinionsetlesréflexionsqu’il
livraitdanssesarticlesétaienttoutaussidignesd’êtresprotégésquel’angledevueou
leplanoriginald’unephotoreproduiteàtraverslemondeentier.
C’estàpeuprèsàcemomentquelaphrasedeBehrs’affichasurlepanneau
Graffiti.Ilm’avaitlaisséboudersanscesserdesurveillersamontre.
«Hé!Vousavezvucellequivientd’apparaître?Unjournalistepeut-ildiffuserune
informationdontilneseraitpasseulementletémoin?Çapourraitpresques’adresserà
nous.»
Iln’avaitpasdaignéseretournerpourlireleslettreslumineusesetsonsourire
desatisfactionnememitpassurlapiste.
«Àtoi,pasànous.
—Pourquoirienqu’àmoi?…Oh,d’accord!Avant-hier,j’aiétéletémoinmais
aussilavictime.
—Cen’estpasça.C’estmoiquiaiécritcemessage.»
Jemesouviensd’avoirgardélesilencequelquessecondes.Lesagissementsde
Behrmedéconcertaientencore.
«Vouspensezquejedevraisdiffusercequis’estpasséavant-hier?Jevaisme
couvrirderidicule!
— Pas si tu feins d’avoir donné dans le panneau. Tu brodes sur le thème:
jusqu’oùiront-ils?Desjeunessetabassentdanslebutdevendreunreportage!Pour
illustrertonarticle,iln’yapasquetonfilm.»
Illançasurlatableunpaquetdephotographiesetjedécouvrisavecstupeurles
différentesétapesdemestractationsaveclafaussevictime.Onmevoyaitégalementen
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Extrait de la publicationClaudeEcken-LeMonde,tousdroitsréservés
train de filmer l’évènement. Le fait d’avoir été photographié par un comparse
accréditaitlerôledefauxnaïfqueBehrdésiraitmevoirjouer.
«Àmaconnaissance,tousceuxquisesontfaitavoirdelasorteontévitéd’en
parler.Tulancerasunebellebombeenrévélantcessalespetitespratiques.Unbon
débutpoursedistinguerdansl’écurieRotter,non?»
Jenesaisplusquelsremerciementsstupidesj’aibafouillé.Jeregrettaisd’avoirsi
maljugécethomme.Enfait,ilm’avaithabilementmanipulépourleforceràépouser
sespointsdevue,maisjenem’enrendaispasencorecompte.QuandMenantiaccepta
avecenthousiasmemaproposition,m’assurantdéjàunediffusiondanslemensuel
Accro-Cité,quidisposaitparailleursd’unmagazinetéléviséeuropéen,ilétaittroptard
pourfairemachinearrière.J’étaispiégé.
Je savais Behr opposé au copyright sur l’information, ce sujet composant
d’ailleursl’essentieldenosconversations,maisj’étaisjusqu’àprésentrestérebelleà
sesargumentsetluienavaisopposéd’autresaussicatégoriquesquelessiens.Or,pour
peuqu’onvoulûtbientirerlesleçonsdufaitdiversdontj’avaisétélavictime,onse
livraitimmanquablementàunecritiquedusystème.Jevenaisdem’engageràtraiter
unsujetquiallaitàl’encontredemesconvictions!
ChristopherBehrriaitsouscapedemevoirsidésemparé.Ilm’assuraqueje
finiraispartrouver,lemomentvenu,lesbonsargumentspourjustifiermalgrétoutle
système,maissefaisaitunplaisirdedémolirlesderniersquej’avaisenréserve.
Parailleurs,lerécentcoupd’éclatd’Info-Libredonnaitàmonsujetuneautre
résonance,éminemmentplussubversive.Curieusement,j’avaisentenduparlerpourla
premièrefoisdecesterroristesdel’informationlejourdemonengagementchez
Rotter,àParis.
Onm’avaitpriédepatienterdanslavastesallederédactionoùlesresponsables
desdiverssecteursdel’informations’agglutinaientautourdestélexetjonglaientavec
les téléphones pour suivre plusieurs conversations à la fois. C’était le jour du
tremblementdeterredeTokyoetc’étaitprécisémentpourcetteraisonqu’onne
pouvaits’occuperdansl’immédiatdemacandidature.
Toutlemondeconnaîtledélitcommisparlesterroristesd’Info-Libreàl’encontre
deRotter,deSunCanaletdelaprofessionengénéral.Maisjedésiretoutdemême
relaterlafaçondontj’aiprisconnaissancedecesévènementscartoutlemondene
mesurepeut-êtrepaslaportéedeleuracte.
Ilfautsavoirqu’unecatastrophedecetteenvergureesttropgrandepourêtre
monnayéeparlecorrespondantlocal.L’informationestvendueauxenchèresdans
chaqueÉtatetmêmeunesociétéinternationalecommeRotternepeutenacquérirles
droitspourl’ensembledespaysoùelledéversedel’actualité.Pourungouvernement,
c’estleseulmoyenderéunirsuffisammentdefondspourfairefaceaudésastre.
LescomptablesdechezRottern’étaientpastrèschaudspourinvestirdansun
tremblementdeterre,fût-ildeforce8surl’échelledeRichter,etquandbienmêmele
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