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Le More-Lack

De
238 pages
Le More-Lack représente une exception dans la littérature abolutionniste du XVIIIème car il réunit deux types apparemment inconciliables d'écriture : d'un côté le soit-disant témoignage passionné d'un jeune homme qui a vécu l'expérience déchirante de l'esclavage dans les colonies américaines, de l'autre l'essai rigoureusement documenté, qui fait le point sur le débat concernant la traite négrière et l'esclavage et propose des solutions. Cette réédition révèle pour la première fois un véritable patchwork de lectures abolitionnistes.
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          LE MORE-LACK  
   COLLECTION  AUTREMENT MÊMES conçue et dirigée par Roger Little Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans lordre national du mérite, Prix de lAcadémie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc.   Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de lAutre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il sagit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis linstallation des établisse-ments doutre-mer). Le choix des textes se fait dabord selon les qualités intrinsèques et historiques de louvrage, mais tient compte aussi de limportance à lui accorder dans la perspective contem-poraine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur lintérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte.   « Tout se passe dedans, les autres, cest notre dedans extérieur, les autres, cest la prolongation de notre intérieur.»  Sony Labou Tansi  Titres parus et en préparation : voir en fin de volume
  
 
     Lecointe-Marsillac  
 LE MORE-LACK ou Essai sur les moyens les plus doux et les plus équitables dabolir la traite et lesclavage des Nègres dAfrique en conservant aux colonies tous les avantages dune population agricole    Présentation de Carminella Biondi avec la collaboration de Roger Little          LHARMATTAN    
   En couverture : « Saladier aux esclaves » (1785) en faïence de Nevers, une des pièces majeures du Musée du Nouveau Monde, La Rochelle, reproduit avec laimable autorisation du conservateur, Mme Annick Notter.                    © LHarmattan, 2010 5-7, rue de lÉcole-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-12967-2 EAN : 9782296129672
          INTRODUCTION  par Carminella Biondi                       
  
 Ouvrages de Carminella Biondi  Mon frère, tu es mon esclave ! Teorie schiaviste e dibattiti antropologico-razziali nel Settecento francese, Préface de Corrado Rosso, Pise, Editrice libreria Goliardica, 1973 Ces esclaves sont des hommes. Lotta abolitionista et letteratura negrofila nella Francia del Settecento, Préface de Corrado Rosso, Pise, Editrice libreria Goliardica, 1979 Marguerite Yourcenar ou la quête de perfectionnement, Pise, Editrice libreria Goliardica, 1997 La Francia a Parma nel Secondo Settecento, Bologne, CLUEB, 2003 Rêver le monde. Écrire le monde. Théorie et narrations dÉdouard Glissant, Bologne,CLUEB, 2004 (avec Elena Pessini)   
 
   INTRODUCTION  Un auteur à découvrir  Le More-Lack parut anonyme et les comptes rendus de l’époque ne font aucune référence à l’auteur1. L’ouvrage a été attribué à Lecointe-Marcillac par Barbier2, par Quérard3 et tout récemment par Conlon4, mais déjà à partir du début du XIXesiècle, les écrits qui se sont occupés du problème de l’esclavage ont tous attribué l’ouvrage à Lecointe-Marcillac ou Marsillac5, ou encore Le Cointe Marcillac, sans toutefois s’interroger sur l’auteur. L’abbé Grégoire, dans la dédicace de saLittérature des nègres(1808) à tous ceux qui ont acquis des mérites dans la lutte abolitionniste, insère dans la liste Lecointe-Marsillac. Aucun doute par conséquent sur l’attribu-tion de l’ouvrage, même s’il reste à savoir de quel Lecointe-Marsillac il s’agit. Le seul ouvrage, à ma connaissance, qui l’identifie avec le quaker Jean Lecointe de Marsillac, est celui que Dorigny et Gainot consacrent à la Société des Amis des Noirs6. L’identification ne fait pas de doute, car elle se base                                                  1Cf.Journal Encyclopédique, 1789, vol. 6, p. 403 ;Mercure de France, sept. 1789, p. 71 ;Allgemeine Literatur-Zeitung, 27 nov. 1790. Cf. aussi, Peter Brock, Essays on Conscientious :Against the Draft Objection from the Radical Transformation to the Second World War, University of Toronto Press Incorporated, 2006, ch, V, p. 65-74. 2 Dictionnaire des ouvrages anonymes, Paris, Daffis, 1875, III, p. 57. 3 La France littéraire, Paris, Didot, 1833, V, p. 57. 4 Le Siècle des Lumières. Bibliographie chronologique. 1789 : Auteurs, Genève, Droz, 2008, p. 295. 5 L’auteur lui-même signe indifféremment Marsillac ou Marcillac. Je choisirai la première forme qui semble être la plus courante. 6Marcel Dorigny, Bernard Gainot,La Société des Amis des Noirs. 1788-1799. Contribution à l’histoire de l’abolition de l’esclavage, Paris, UNESCO/EDICEF, 1998, p. 236.  vii
sur une lettre envoyée de Londres par le quaker James Phillips à Brissot de Warville où il lui communique que « M. Le comte de Marcillac, qui est actuellement à Londres, a mis sous presse un ouvrage sur la traite des nègres ». Or, nous savons que le quaker Jean de Marsillac se trouvait en 1789 à Londres et que « d’après les lettres qu’il écrivait au cours des mois de septembre et d’octobre 1789, il semble qu’il s’in-téressait beaucoup au sort des nègres bien qu’il eût donné précédemment l’apparence d’approuver le commerce des esclaves »1. Nous savons aussi qu’il avait établi des rapports d’amitié avec l’éditeur quaker James Phillips, comme témoignent leurs échanges épistolaires2. Toutefois, Marcel Dorigny est le seul, à ma connaissance, qui dans une notice biographique synthétique dit clairement que l’auteur du More-Lackest le quaker Jean de Marsillac. Le texte de Dorigny est précieux car les auteurs qui s’occupent duMore-Lack donnent aucun renseignement ne sur l’auteur et ceux qui s’occupent de la vie du quaker Jean de Marsillac, et plus généralement du quakerisme français, ne font aucune référence à l’ouvrage3, tout en fournissant des                                                  1Cf. Henry van Etten,Chronique de la vie quaker française. 1745-1945,  Deuxième édition revue et augmentée, Paris, Société religieuse des Amis (Quakers), 1947, p. 45. C’est notre texte de référence et celui dont nous avons tiré presque toutes les notices biographiques sur Jean de Marsillac, mais il faut préciser que van Etten les a tirées à son tour, parfois presque à la lettre (d’ailleurs il le reconnaît dans son texte, p. 91), de la « remarquable étude » de Norman Penney, « Life and letters of Jean de Marsillac », parue dans quatre numéros de la revue The Journal of the Friends’ Historical Society, en 1918, p. 49-56, 88-93 ; et 1919, p. 18-22, 81-90. 2Van Etten, ch. V, « Premiers contacts »,passim. 3 Edmond Jaulmes, Cf.Les Quakers français. Étude historique, Nîmes, Imprimerie Clavel et Chastanier, 1898 ; Van Etten,op. cit.On trouve en ligne la première édition de 1938 : http://www.regard.eu.org/ Livres.5/Chronique.de.la.vie.quaker/fac.gif consulté le 10 mai 2010 ; Jeanne-Henriette Louis,La pétition présentée par Jean de Marcillac, et William et Benjamin Rotch à l’Assemblée Nationale le 10 février viii
renseignements biographiques importants pour son attribu-tion ; surtout si on les recoupe avec les quelques remarques biographiques que l’auteur donne sur lui-même dans l’ou-vrage. On aurait pu les considérer comme des notices fictives, mais elles correspondent à des faits de la vie de Jean de Marsillac. Dans la dédicace «Aux Sociétés philanthropiques, et à toutes les âmes sensibles », une sorte de préface à son ouvrage, l’auteur affirme avoir rencontré à Jersey, en 1788, le More-Lack1 qui lui a confié un manuscrit où il raconte son histoire et celle de ses frères esclaves2: « Il y a environ un an, qu’ayant été obligé de me rendre à l’île de Guernesey, je fus contraint, à mon retour en France, de relâcher à l’île de Jersey…» (p. 8). Or, il est certain que Jean de Marsillac, début juillet 1788, a accompagné à Guernesey des amis quakers qui, en mai, étaient allés rendre visite aux Quakers de Congénies (le village près de Nîmes où vivait le groupe le plus important des « Amis » français) et qui avaient ensuite passé quelques jours dans la résidence de Jean de Marsillac,                                                                                                     1791, dansL’Amérique et la France : deux révolutions, textes réunis par Élise Marienstras, préface de Claude Fohlen, Paris, Publications de la Sorbonne, 1990, p. 205-210. Gordon K. Lewis dansMain Currents in Caribbean Thought : The Historical Evolution of Caribbean Society in its Ideological Aspects, 1492-1900, The Johns Hopkins University Press, 1983, p. 351, note 117 du ch. 4, indique l’auteur comme étant Charles Lecointe-Marcillac. 1Le nom choisi par l’auteur est étrange, car il est le résultat d’un mélange de français : « More » ou « Maure » – qui indiquait l’habitant de l’ancienne Mauritanie, mais qui était aussi employé pour indiquer un Africain, un Noir – et d’anglais : « lack », qui signifie manque, insuffisance. Il s’agit donc d’un personnage qui a vécu l’expérience de l’esclavage et dont les origines sont, du moins en partie, africaines mais qui n’est pas noir ou tout à fait noir. Cf. la description faite par l’auteur, p. 10 : « son visage ne paraissait pas avoir une origine africaine ; son teint n’était guère plus brun que celui des Espagnols et des Portugais… ». 2traite et l’esclavage et la référenceIl s’agit en réalité d’un essai contre la au manuscrit d’un jeune homme qui a connu les faits racontés a l’air de n’être qu’un expédient narratif.  ix
appelée « Les Vignes », près d’Alençon1. Toujours dans cette « introduction » duMore-Lack, l’auteur affirme, en guise de captatio benevolentiæ pour justifier les faiblesses de son et style, qu’il est un jeune militaire qui a beaucoup voyagé et que cet ouvrage est le « premier fruit de [ses] observations dans ce genre » (p. 12). Jean Lecointe de Marsillac a, en effet, été militaire, dans un régiment du prince de Conti, commandé par son père, même s’il a abandonné l’armée depuis longtemps, en 1777, après avoir été séduit par le credo des Quakers. Ce sont les seules données biographiques qu’on trouve dans son texte, auxquelles on pourrait, peut-être, ajouter une connaissance fouillée de tous les ouvrages écrits par les Quakers anglais et américains – avec lesquels Jean de Marsillac entretenait des rapports depuis 1785, date de son premier voyage à Londres – contre la traite et l’esclavage ; et un éloge passionné des « Amis », qu’il fait prononcer au More-Lack dans le chapitre XXI de la première partie, consacré aux sociétés philanthropiques. Dans leDictionnaire de la noblesse2 l’article Le on à lit Cointe : « C’est une famille noble, ancienne et militaire, originaire de la province de la Beauce, établie depuis en Languedoc et à Paris ». Nicolas-Antoine Lecointe est le chef de la branche aînée qui passe en Languedoc fin XVIIe-début XVIIIe siècle. Ils étaient de foi calviniste. Son neveu, Jean-Louis Le Cointe, seigneur de Marsillac, admis à l’Académie de Nîmes, fut gentilhomme de chambre du prince de Conti et capitaine de cavalerie dans le régiment de ce prince, dans lequel entra aussi son fils Jean-Louis, l’auteur dont nous nous occupons. Sa mère était Catherine de Jourdan des comtes de
                                                 1  Cf.Some Account of the Life and Religious Labours of Sarah Grubb, Londres, James Phillips, 1794 (2e édition), ch. V, p. 181;The Life of Mary Dudley, Philadelphie, Nathan Kite, 1842 (2eédition américaine), p. 63. 2De la Chenaye-Desbois et Badier,Dictionnaire de la noblesse, troisième  édition, Paris, Schlesinger frères, 1865, t. II, p. 12-16.  x